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Horse Soldiers

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Genre : action – guerre – aventure

Réalisateur : Nicolai Fuglsig

Acteurs : Chris Hemsworth, Michael Shannon, Michael Peña

Musique : Lorne Balfe

Image :1080p – 2.39 – 16 :9 natif

Son : Français et Anglais DTS HD Master Audio 5.1 – Piste d’audiodescription DTS-HD MA 2.0 stéréo et sous-titres pour malentendant

Sous-titre :  Sous-titres Français

Durée : 2h11

Distributeur : Seven 7

Éditeur : Metropolitan Vidéo

Date de sortie : 31 mai 2018

Artistique : 4/6

Technique : 5/6

Interactivité : 3/6

Le pitch : Le capitaine Mitch Nelson est le chef de l’unité des Forces Spéciales qui a été choisie pour une périlleuse mission secrète. Son détachement et lui sont envoyés en Afghanistan, en plein conflit armé, pour apporter leur aide aux Afghans dans leur lutte contre les talibans…

RAMBO III : « That you guys don’t take any shit »

Partant du postulat inattaquable post 11/09, difficile de prime abord d’éclaircir les intentions premières du cinéaste débutant. A l’inverse du dramatiquement prophétique Made in France de Nicolas Boukhrief, de Zero Dark Thirty à Vol 93 ou World Trade Center, nombreux sont les métrages traitant de manière plus ou moins frontales de la tragédie humaine et (géo)politique encore cicatrisante du 11/09/2001. L’Espagne exorcisait ses démons franquistes par le spectre de l’épouvante suggérée, la catastrophe nucléaire d’Hiroshima sous le vernis friable de Godzilla… L’Amérique elle, comme à son habitude, ne s’embarrasse pas d’encombrants oripeaux et, pour paraphraser le verbe d’un certain Chuck, met les pieds où elle veut.

Après donc une exposition express (attentats – parachutage en zone de guerre – bottage de cul héroïque) le film plonge tête la première dans le patriotisme et le premier degré. Aucune nuance, aucune exposition à la tempérance bienvenue ; on est ici dans le pur produit acquis d’avance. Ils sont beaux, forts, solidaires, vibrent pour la nation avec même ce soupçon de fébrilité et de doute qui en font des héros. On ne peut pas stratifier la souffrance d’une nation au nombre de ses victimes. Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice… Nul doute qu’on imagine « sans peine », ayant vécu nous aussi notre lot d’évènements chaotiques, le drame vécu. Nous sommes ici face à une œuvre de cinéma, à juger en tant que telle, ni plus, ni moins. Difficile alors de jongler avec le fil particulièrement fragile avec lequel l’Amérique joue au soldat, entre nationalisme exacerbée, impérialisme conscient et leçons sanglantes et empiriques… Produit par Jerry Bruckheimer, le film, oh surprise dégouline d’emphase, de glorification et d’un méchant aussi subtil qu’une roquette dans la tronche.

LA CHEVAUCHÉE FANTAISISTE

Ce n’est pas une nouveauté, mais même si on connait la chanson, on aurait apprécié une écriture enfin subtile, avec des variations thématiques bienvenues, des clins d’œil évoquant le traumatisme des dernières décennies ou des leçons tirées de leurs propres méfaits… Ce n’est pas encore pour cette fois. Heureusement tout n’est pas à jeter dans cette apologie de la loi du talion.

12 Strong (le ton est donné) est notamment à saluer par son ambiance et le soin apporté à l’illustration de son propos. Les images sont magnifiques (le cadrage par drone fait souvent mouche), les travelling et dezoom laissant imaginer la complexité d’évoluer dans des vallées aussi arides, hostiles et escarpées. Malgré son manque d’expérience, le réalisateur parvient à livrer un produit calibré mais efficace. Plongé au cœur de l’action (notamment grâce à un très bon travail sur le multicanal), on se plait à entrevoir des bribes d’humanité chez ses guerriers prêt à tout pour sauver leur idéal. Plus proche des montagnes d’Afghanistan de Rambo III que de Sergio Leone (et attention, on ne parle ici que de réalisation !), ces bérets verts s’ils ne brillent pas par leur nuance, transpirent l’engagement et la conviction. Four intersidéral dans l’Hexagone (moins de 100 000 spectateurs malgré plus de 200 copies), il se peut que le film s’offre une seconde jeunesse en vidéo. Porté par un Thor qui fait le job et malgré un Michael Shannon sous-exposé, c’est le souvent génial Michael Peña qui porte le film sur ses épaules, un second rôle savoureux. Des forces spéciales, c’est par le prisme d’un Chris Hemsworth se muant en prédateur qu’on narre le chemin de croix de cette équipe. Une équipe qui, une fois n’est pas coutume, parviendra à surmonter ses griefs en apprenant à tendre la main à des révolutionnaires afghans tout en évitant d’approfondir le débat occupation / alliance.

Récit sans surprise, Horse soldiers est à appréhender en ayant conscience de ses failles. Généreux, et parfois jouissif (surtout dans son dernier tiers), on lui reprochera une vraie timidité autant dans l’écriture de ses porte-étendards (Shannon invisible) que dans ce front commun sous exploité entre afghans et soldats us. Après Exfil, le second film de Fuglisg tiré du roman éponyme est donc une œuvre calibrée et sans surprises mais dont le soin apporté à sa plastique (photographie et démesure des décors) fait oublier un chef taliban insipide ou une écriture clichée.

LA TECHNIQUE

Image : Master impeccable, contrastes denses et couleurs vives, rien à reprocher de ce côté-là. La définition est nette, les noirs profonds. Si ce n’est quelques chutes ici et là, c’est très propre

Son : L’un des gros points forts du titre. Le DTS master audio 7.1 est incroyablement jouissif ! Dynamique en diable, on vit dans du pur Bruckheimer. Les explosions bien entendu sont dévastatrices et exagérées mais qu’importe, c’est immersif au possible. L’impact des basses est inoubliable

Interactivité :

Acte de guerre : la réponse de l’Amérique (12 minutes). Module traitant de la monumentale statue de bronze imaginée par le sculpteur Douwe Blumberg. Visible depuis 2011 devant le National September 11 Memorial & Museum à New York ; l’œuvre est empreinte de sens et d’intensité.

Horse Soldiers : la réalisation d’une mission impossible (22 minutes). L’intérêt principal de ce cours making of est, au-delà de l’envers du décor, de l’entrainement militaire des acteurs et de quelques interviews convenues, de mettre face à face les véritables soldats ayant vécu les évènements et leurs avatars : le capitaine Mark Nutsch qui était à la tête du commando ODA 595, son second, Bob Pennington, et le général John F. Mulholland Jr

Bandes annonces (4 minutes de films disponibles chez l’éditeur)

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KILLING GUNTHER

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KILLING GUNTHER

Genre : Action – Comédie

Réalisateur : Taran Killiam

Acteurs : Arnold Schwarzenegger, Cobie Smulders, Taran Killiam

Musique : Dino Meneghin

Image : MPEG-4 1080p – 1.85 :1

Son : Français – Anglais DTS-HD master audio 5.1

Sous-titre : Français, anglais, espagnol

Durée : 92 minutes

Distributeur : Seven 7

Éditeur : Metropolitan FilmExport

Date de sortie : 31/05/2018

Artistique : 1/6
technique : 2/6
Interactivité :1/6

Le pitch : Un groupe d’assassins excentriques ne supporte plus la concurrence de Gunther, le plus grand tueur à gage au monde. Ils concoctent alors un plan machiavélique pour l’éliminer mais leurs tentatives échouent lamentablement. Gunther a toujours une longueur d’avance…

Il FAUT TUER LE SOLDAT SCHWARZY!!

Exception faite de Last action Hero et True Lies, c’est bien Le dernier rempart qui avait prouvé qu’il était encore possible de jouir d’un métrage drôle, attachant, surprenant, bourré d’adrénaline et de taglines savoureuses avec le Terminator.  C’est cette fois beaucoup plus compliqué de trouver, de piocher, de creuser à se casser les ongles afin de trouver quoi que ce soit de jouissif dans ce Killing Gunther. Les décors d’Ermanno Di Febo-Orsini par exemple transpirent l’amateurisme (les voitures calcinées en stud… euh dans la rue, la course poursuite dans des bureaux désaffectés et en carton…). Les incrustations numériques elles sont risibles et le pitch déjà-vu est toujours génial (une course poursuite entre tueurs à gage) mais tombe à plat faute à des personnages très mal écris (c’est quoi ce vieillard ?? Ce bras bionique ?? Cette pin-up caution ??).

Exception faite de l’homme à la mèche (qui pourtant réalise un film à sa propre gloire) et de monsieur explosif, les différents porte-flingues, malgré une visible volonté d’originalité et de légèreté ne donnent jamais l’impression d’être ni dangereux, ni consistant. On suit donc sans trop savoir pourquoi une bande de bras cassés (portant considérés comme la crème de la crème) décidés à assassiner le meilleur d’entre tous : le tueur de Predator alias Gunther. Plagiat éhonté des pitch de Kill Bill etC’est arrivé près de chez vous(sans la virtuosité ou l’érudition des précités), ce budget fauché ne réussit jamais à faire oublier son indigence et un propos vain.

LAST ACTING HERO

Au-delà donc du fait que Conan ait fait son Bruce Willis (soit faire vendre un film sur son nom pour un gros chèque, deux jours de tournage et 15 minutes à l’écran). En dépit également d’un film malhonnête : regardez l’affiche puis attendez le dernier quart d’heure pour voir notre Last action héro… Compte-tenu enfin d’une réalisation insupportable (sorti moins de 6 mois après, regardez A Ghost Story et admirez un cinéaste), d’effets spéciaux honteux, d’un ton décalé faisant mouche une fois sur 10 et d’un postulat inexistant (d’où vient l’équipe de tournage, comment cette rencontre a eu lieu, qui sont réellement ces tueurs ?) : impossible de trouver quoi que ce soit à sauver dans le film. Priant pour que monsieur Killiam n’ai jamais plus l’envie de passer derrière la caméra (car c’est le seul qui joue à peu près juste), on ne peut donc que vous invitez à fuir le film comme la peste. Jamais vraiment drôle, surprenant et surtout audacieux, Killing Gunther possède donc le goût insipide de productions fauchées ET cyniques.

Ça fonctionnait parfois dans les années 80. La pilule s’avale beaucoup plus difficilement en 2018. Ce, malgré L’IMMENSE ET INDEFECTIBLE amour que l’on porte à Arnold. Raté voir injurieux, ce Killing Gunther n’a donc ni la saveur des productions bancales mais sincères, ni la maitrise de films à l’humour décalé et avant-gardistes comme Fargo ou ceux de Robert Rodriguez. On est ici à 1000 lieues, quel que soit l’endroit où on l’envisage ; la bienveillance forcément aux abonnées absentes…

 LA TECHNIQUE

Image : Malgré une caméra ivre : le piqué et la définition sont satisfaisants. Les couleurs éclatent à l’écran, pétillantes et offre même une clarté appréciable même dans les tonalités les plus sombres.  La profondeur de champ elle est impeccable. Jamais prise en défaut, le contraste vu à l’écran n’est donc pas critiquable et encore moins le pire défaut du film.  Malgré une personnalité absente et un soin inexistant, c’est donc la technique qui agresse la rétine. Les cadrages sont catastrophiques et digne du pire des DTV. La « pellicule » est un crachat dans le porte-monnaie et le montage à proscrire dans toutes les écoles de cinéma. Les found footage et fake documentaries ont pourtant livrés de véritables pépites quand elles servaient un propos, une réflexion d’auteur, une mise en abyme (Blair witch project, Documents interdits, Rec). Découpage immonde, problèmes de raccords grossiers, explosion en incrustation qui feraient rougir le 3ème assistant réal du pire des Sharknado, n’en jetez plus : tout cela est particulièrement agressif. Qui a dit qu’on devait faire un mauvais film sans budget ? Trimballer sa caméra n‘importe comment et embaucher des comédiens ratés ?

Son : Le minimum syndical est fait, notamment avec des moments punchy où l’ampleur et le recul des armes ou des explosions (en sfx) sont englobantes. Pour le reste, le mixage est très souvent limite (un tour de passe-passe grâce à la caution « documentaire pris sur le vif ). Mention spéciale au doublage français, on n’a pas vu pire depuis Maitresses et patientsdes Inconnus. Mais eux c’était volontaire…

Interactivité :bandes annonces de films avec Schwarzenegger.

 

 

 

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Exposition: Enfers et fantômes d’Asie

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Du 10 avril au 15 juillet 2018, l’un des plus beaux musées parisiens accueille une nouvelle exposition exceptionnelle. Sous la direction de Julien Rousseau, commissaire de l’exposition, c’est donc la promesse d’une errance inoubliable et à pas de loup au milieu des spectres de la forêt, esprits tourmentés ou rites ancestraux qui est ici proposée aux amoureux de culture asiatique.

Impossible, même si nous ne souhaitions, de nous montrer complets quant aux nombreuses surprises qui vous attendent une fois entrés dans la gueule du monstre. Une chose est sûre, ce tour d’horizon forcément non exhaustif des thématiques évoquées sont volontairement floues afin de vous laisser le bonheur et la surprise d’arpenter ces allées. Puis, au détour d’un virage inattendu : vous abandonner dans les griffes plus ou moins bienveillantes de ces esprits malicieux car comme l’on peut le lire durant l’exposition : «La peur des fantômes est peut-être à la mesure de l’importance qu’une société accorde au culte de ses ancêtres » …

SOS Fantômes !

De la spectaculaire estampe :La Princesse Takiyasha et le spectre-squelette d’UtagawaKuniyoshi (1844) à salle de bornes de jeux vidéo mise en scène par la formidable association MO5, des peintures de fantômes signées Iguchi Kashu (1890-1930) aux découvertes de rites funéraires chinois, vietnamiens ou thaïlandais : l’exposition transpire l’érudition, le soin dans chacune de ses mises en scène et la volonté d’une médiation accessible et compréhensible de tous. Nous n’avions tout simplement pas vécu un tel moment de grâce depuis l’exposition du Petit Palais : Estampes visionnaires, de Goya à Redonen 2015/2016.

Créatures chimériques ou cauchemars pelliculés et célébrés du J-Horror (Ringest bien évidemment présent dans une salle dédiée inoubliable), l’exposition ENFERS ET FANTÔMES D’ASIE présentée fait osciller son propos d’Asie Orientale et du Sud-Est aux influences contemporaines dans des illustrations aussi diverses que le cinéma, l’art religieux ou le manga.

Développée en marge de la toile peinte, qu’elle soit profane ou sacrée, la représentation des spectres ou esprits malins doit donc autant son imagerie aux origines du bouddhisme qu’aux rites ancestraux de récites mythiques et légendaires. Entremêlant les époques en suivant un parcours thématique et géographique, c’est toute la nécessité d’exprimer une (des) peur(s) universelle(s) qui se dévoile sous vos pas.

De la fébrilité face à une estampe d’Hokusai au magnétisme du culte des esprits en Thaïlande, le bonheur ressenti à s’égarer dans les allées est sans doute peu de chose face à l’engouement palpable de l’équipe créative du musée. Des œuvres à dévorer du regard, théâtralisées avec implication et imagination. Bien qu’on puisse regretter certains focus insuffisants sur des pans pourtant très importants mais ici survolés (le travail de Tezuka, les films Ju-on, les kappa…), ce n’est que faire la fine bouche tant l’expérience vous transportera.

L’épouvante est une thématique universelle aussi ancienne que le lever du jour. Des morts qui reviennent à la vie ? Des errances ad vitam en forêt ? Des femmes vengeresses ? Toutes ses illustrations ne sont in fine pas si éloignées de nos coutumes. Impossible en effet de se dédouaner des influences plurielles qu’a eu cette obsession de l’au-delà sur le genre humain, quel que soit l’endroit de la carte où il a ouvert les yeux. Vous apprendrez ainsi en fixant les yeux sur Deja Jâtaka (les dix dernières vies du Bouddha) : une toile cambodgienne de XVIIIème siècle, comment la déesse de la terre, en tordant ses cheveux, provoqua un raz-de-marée. Elle balaya ainsi l’armée de Mara: le démon de la mort. Alors, Bouddha accéda à l’éveil. Vous pourrez également perdre vos repères face à un film inouï de violence (Naroc: Tanit Jitnukul, Sathit Pradistarn et Teekayu Thamnitayakul), rencontre improbable entre 2001 odyssée de l’espaceet Cannibal Holocaust dans un enfer ocre de feu et de sang (attention aux âmes sensibles)! C’est ainsi que quelque soient vos coups de cœur, de la lecture d’un papyrus hypnotisant à Hannya, femme jalouse du théâtre nô se transformant en démon afin de faire payer rivale et ancien amant, vous verrez quoi qu’il en soit des chefs d’œuvre par dizaine. Des souvenirs imprimés sur la rétine pour longtemps.

Production de mannequins glauques ou création d’œuvres par des artistes contemporains, montages vidéo ou hologrammes (l’un de nos coups de cœurs), ce n’est que peu de chose que de raconter, à voix basse et à demi-mots, le travail accompli par l’équipe de médiation et notamment sa mise en scène, comme nous l’évoquions plus haut. Boucle sonore aussi agressive que subtile et bienvenue, idées en trompe l’œil ou œuvre monumental, il serait plus que préjudiciable de trop en dire quant aux trouvailles de ce voyage. Sachez toutefois qu’une précision remarquable est à souligner sur l’éclairage et la luminosité, afin de plonger avec délicatesse les âmes errantes dans ce cauchemar consenti.

Sous la cire : le masque du démon

En effet, jamais un labyrinthe n’a été aussi agréable à parcourir. Malgré tout l’effort effectué sur le devoir de tempérance et de réserve qu’il incombe à Journal du Japon, nous sommes persuadés que tous les gaijins ou curieux qui se déplaceront repartiront comblés. Ce n’est pas toujours le cas tant certaines expositions sont parfois décevantes : aucune médiation, pas de mise en scène, parcours trop rapide, œuvres déjà exposées… Le travail cette fois est remarquable, et remarqué.

De rouleaux japonais du 12ème siècle imprimant les plus anciennes images de revenants connues à ce jour (les fantômes affamés – gaki zoshi) aux masques de Nô en bois sculpté, c’est toute la bienveillance, la crainte, la terreur ou le réconfort d’une civilisation que vous pourrez toucher du doigt durant ces trop fugaces instants. Les supplices infernaux illustrés sur les rouleaux du Sûtra des Dix Rois retrouvés en Chine, à Dunhang, sont par exemple des pièces extraordinaires et d’une valeur inestimable. Datées du Xème siècle, utilisées lors de rites funéraires, il nous enseigne ainsi la succession de nos actes passés, dans cette vie ou dans une autre et invoque ses conséquences… De la cosmologie chinoise (le monde humain reflète le monde divin) aux Trois Mondes thaïlandais (enfer, terre, paradis), des récits terrifiants d’Oiwa au Japon ou Nang Nak en Thaïlande : toutes ces lectures, toutes ces découvertes donnent en tout cas l’impression immédiate de ne pouvoir qu’effleurer la pluralité et la richesse de ce vaste continent tout en donnant l’envie de dévorer livres, récits, films et de s’y rendre. Ce n’est pas là le moindre des compliments.

Plus haut, furent abordés les récits d’Hannya, du formidable cinéma J-Horror (ici exposé avec révérence et permettant enfin de comprendre l’influence historique millénaire de cette femme aux longs cheveux…) ou du survol anecdotique des kappa… Nous pourrions également évoquer la présence des fantômes de la période Edo (env. 1600 – 1868) magnifiés par Hokusai, des personnifications de yōkai (妖怪, intraduisible : « esprit », « fantôme », « démon », « apparition étrange » ou du respect de la tradition Phi. Cette croyance aux esprits mêlant plusieurs types d’entités surnaturelles : qu’ils soieint spectres ou revenants affamés dont la bouche, si petite, empêche de se sustenter. Que ce soit donc à la vision de Rival, acrylique de 2017 d’Anupong Chantorn dans lequel deux moines bouddhiste faméliques sont tombés en enfer en raison de leur avarice, aux sourires non feints à la vision d’affiches d’époque sur le « kung-fu zombies » (ils sautent à pieds joints car attachés une fois morts): l’ensemble des visiteurs trouvera de quoi satisfaire sa curiosité.

Comme sous l’effet d’un charme en papier ou d’un miroir magique, cette plongée fantastique, démoniaque, historique ou artistique est donc tout cela à la fois. Masques de Dixi, ombres chinoises, costumes de Phi ta Kon (danse masquée), ou amulette du bébé d’or (Kumanthong: embryon momifié devenu charme d’invincibilité) sont autant de merveilles qui vous attendent jusqu’au 15 juillet prochain. Si vous souhaitez donc rencontrer la malheureuse Oiwa, défigurée et empoisonnée par son mari, depuis hanté par ce spectre hideux, admirer une planche originale de Dororo d’ Osamu Tesuka et franchir la porte des enfers, vous savez donc où vous précipiter.

Nous vous conseillons par ailleurs le weekend des 23 et 24 juin prochain afin de profiter d’activités gratuites : performances, rencontres… Si cela vous est impossible, un très riche hors-série « Connaissance des Arts » est consacré à l’exposition. A vous désormais de vous abandonner ou non aux richesses culturelles d’un continent asiatique aussi impénétrable que fascinant. Quand bien même ces fantômes perçus, à la lumière d’une lanterne et par-dessus mon épaule souhaiteraient m’emporter avec eux: qu’ils en soient les premiers remerciés…

Un merci aucunement emprunté est adressé aux équipes du Quai Branly Jacques Chirac, à son pôle média et tout particulièrement Serena Nisti pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Commissaire : Julien Rousseau, responsable de l’Unité patrimoniale Asie au musée du quai Branly – Jacques Chirac

Conseiller scientifique pour le cinéma : Stéphane du Mesnildot, journaliste aux « Cahiers du cinéma », auteur, spécialiste du cinéma asiatique.

Du 10 avril au 15 juillet 2018.

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Judge Dredd: Année Un

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2/6

Dessins : Simon Coleby
Scénariste : Matt Smith
Nombre de pages : 104 pages – couleurs
Distributeur : Réflexions
Date de sortie : 23 février 2018 (paru en 2013 aux États-Unis)

Le pitch

Fraîchement sorti de l’académie, le juge Dredd, encore débutant, se voit confronté à de nombreux adolescents développant des facultés paranormales qui les rendent particulièrement violents.

LA LOI C’EST MOI

Créé par John Wagner et Carlos Ezquerra : les aventures dystopiques du juge débutent dans la revue britannique de science-fiction 2000,AD en 1977, en plein mouvement punk outre-manche. Officier des forces de l’ordre de Mega-City One, une mégalopole qui couvre la majeure partie de la côte est de l’Amérique du Nord, notre « héros » (pincette de l’espace) est habilité à arrêter, condamner et exécuter des criminels de façon sommaire. Quelle bonne idée !

Premières aventures d’un Joseph Dredd fraîchement sorti de l’académie, ce dernier se voit affecté à une mission en mode « mains dans les poches » pour un dur à cuire. Mega City One voit depuis peu son nombre d’adolescents développer des pouvoirs psychiques rapidement et saccager la ville. Comment faire face à cette menace peut-être plus complexe qu’il n’y parait ? C’est l’enjeu de ce premier tome sur la jeunesse du juge. Hors-série faisant office de préquel à la série régulière, Année Un met-il en scène un Dredd encore balbutiant ? Force est de constater que ce dernier transpire déjà l’acier trempé. Mix improbable entre Infamous (le jeu de Sucker Punch), Phénomènes de M. Night Shyamalan et un tract de la NRA: ce personnage n’est donc pas à mettre entre toutes les mains. Un minimum de recul critique et une certaine maturité sont donc les deux impératifs à maitriser afin d’appréhender ce qu’est la bande dessinée façon Judge Dredd. Du divertissement, de l’art teinté de brûlot politique. Bien qu’on soit encore assez loin d’un Terreur Sainte de Franck Miller par exemple, la précision est nécessaire.

C’est donc dans un monde post cataclysme nucléaire, à reculons et avec l’aide de la division Psy des Juges que l’on plonge sans artifices dans ces rues infestés de punks révolutionnaires, dotés de pouvoirs et s’en prenant aux forces de l’ordre. La cité est en feu. Accompagné du Juge Riorden, Dredd s’abandonne alors dans les bas-fonds afin de déterminer les circonstances de ce foutoir.

ET JE METS LES PIEDS OU JE VEUX.

Paru donc dans 2000,AD; la bande dessinée est un pur produit yankee. Fruit du partenariat entre IDW et de son homologue britannique Rebellion (propriétaire du mensuel Judge Dredd Megazine (JDM) et de l’hebdomadaire, Judge Dredd : Année Un propose aux nouveaux venus de repartir de zéro, de s’approprier le héros : milkshake de Terminator et de l’Inspecteur Harry. Graphiquement, rien à reprocher. Le style est frontal, musclé, âpre et brut. Le crayonné et la colorisation sont inattaquables et le travail soigné. L’agressivité du trait ne plaira pas à tout le monde mais rien à reprocher de ce côté-là. Le bât blesse cependant en qui concerne le propos, le style, le récit. Nous sommes pour commencer sur un reboot qui ne s’embarrasse pas d’exposer son récit. Aucune mise en scène, aucune lumière sur les motivations, le parcours, les cicatrices de Dredd. Il vit dans son uniforme, sort de l’école et veut remplir les geôles de brigands. POINT. Dans ce monde triste et étouffant qui n’est pas sans rappeler Hokuto No Ken, difficile de s’attacher à qui que ce soit durant cette centaine de pages. Anti-héros badass que même Sly n’a pas réussi à rendre sexy, impossible donc de nier que, a contrario de certaines aventures de héros masqué – casqué, rien de mémorable ici. Pas de grand méchant, pas d’originalité (des pouvoirs psy et une guerre nucléaire), pas d’identification, de grand huit émotionnel, de twist, de doubles pages mémorables… On pourrait donc qualifier cet Année Un de fast-food de la bd. Il est des chefs-d’œuvre, des ratés, des incompréhensibles, des ringards… Ce tome lui est un « vite-oublié », qui plus est parfois nauséabond. Dommage car graphiquement on prend beaucoup de plaisir à suivre le trait de Coleby mais tout tombe à plat face à cet affrontement entre marionnettistes du pauvre, Anars en culottes courtes et flics bas du front. Rien n’est jamais passionnant. Et soyons honnêtes, la « révélation finale » est ratée. Mieux vaut donc, si vraiment le personnage vous intéresse, se pencher sur les versions d’Alan Moore ou Neil Gaiman, eux aussi passés par la case Dredd.

« La liberté a un prix » ou « il n’y a rien dans ma tête » … On confirme. La fin justifie donc les moyens pour Dredd : flic réac, con comme une huitre et aussi subtil qu’un parpaing dans la tronche. Dans cet univers post-apocalyptique / cyberpunk aux multiples niveaux de réalité, on ne saluera donc ni la finesse du personnage, ni celle de son écriture (on explique l’intrigue sur une page, ou plutôt une case): « Ah, il y a une fissure (spoiler)… ». Se terminant en une heure, ce premier tome ne joue clairement pas dans la complexité. Ses raccourcis scénaristiques sont préjudiciables et l’action expliquée par les personnages a toujours été synonyme d’une narration indigente (pourtant sous la plume de Matt Smith ! – qui a plusieurs fois remporté l’Eisner Award du « Favourite Editor – ). Alors que les États-Unis sont dirigés par l’un des plus gros imbéciles que l’on ait vu à un tel niveau de responsabilité depuis un bail, on peste à subir les aventures d’un héros copie carbone que l’on n’adore même pas détester. Reste le style monstrueusement graphique du talentueux Simon Colby et l’encrage de Leonard O’Grady. C’est trop peu pour donner envie de lire la suite…

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Happy Birthdead

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Happy Death Day – USA – 15 novembre 2017
• Genre : horreur, thriller, comédie
• Date de sortie : 20 mars 2018
• Réalisation : Christopher Landon
• Casting : Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine, Charles Aitken, Laura Clifton, Jason Bayle, Rob Mello, Rachel Matthews, Ramsey Anderson
• Durée : 196 mn
• Image : 16/9 – 2,40/1
• Sous-titrage : français, anglais, arabe, espagnol, danois, néerlandais, finnois, allemand, hindi, islandais, italien, norvégien, portugais, suédois
• Son : DTS-HD MA 5.1 anglais – DTS 5.1 français, espagnol, allemand, italien
• Bonus : fin alternative (2 mn 21) – scènes coupées (9 mn 22) – Le pire anniversaire de la vie ! (Worst Birthday Ever !, 3 mn 14) – Derrière le masque : les suspects (Behind the Mask : The Suspects, 3 mn 15) – Les multiples morts de Tree (The Many Deaths of Tree, 1 mn 34)
• Éditeur : Universal Pictures Vidéo

Film : 4/6
Technique : 4/6
Interactivité : 4/6

Synopsis: Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ?

Une mort sans fin

Basant son intrigue sur une boucle temporelle,à l’instar du récent Edge of Tomorrow, cette version parodique de Wake up and die de Miguel Urrutia parvient-elle à ne pas trop rougir de la comparaison avec l’un des meilleurs films de tous les temps: Un jour sans fin?

Produit par la société Blumhouse Productions, le film a de prime abord la bonne idée de ne jamais jouer dans la cour des grands en assumant son statut de petit slasher sympathique, référencé et bienveillant. C’est la son premier bon point. Conscient que le premier du genre: Psycho ou Halloween de Carpenter, le meilleur d’entre tous, sont des chefs d’œuvre inégalables; le producteur Jason Blum (qui oscille entre les purges comme Ouija, PA: The Marked ones et les pépites: Get out, Insidious, Des Hommes sans loi) connaît en tout cas ses classiques. La magnifique blonde (Jessica Rothe, impeccable), doctoresse es-pétasse en chef est, malgré le cliché ambulant de suffisance et de mépris qu’elle trimballe sur le front de plus en plus proche de la crise de nerfs au fil de ses réveils successifs auprès d’un inconnu. Et ce chaque fois qu’elle se voit trucidée par un étrange tueur masqué…

C’est donc sur le célèbre mode du die-and-retry du monde vidéo-ludique que l’incendiaire lycéenne va passer du statut d’insecte de proie à Prédator. Un pitch classique mais jouissif et maîtrisé. Mix improbable entre les comédies 80’s, les films de Wes Craven, le Cluedo et l’esthétique nauséabonde des Frères Scott (que l’on espère volontaire!), le film de Landon est une jolie surprise mais manque de finesse dans son écriture, dans son alliance de comédie et d’horreur.

Destination finale: la faucheuse!

Genre jouissif et archi populaire, le « slasher » (taré masqué et invincible) oscille toujours, en fonction du génie de ses metteurs en scène et scénaristes avec nichons qui font du trampoline, fous rires (le sac de couchage de Jason X), terreur (le premier Freddy, le dernier plan de Vendredi 13, le piano d’ Halloween), les multiples niveaux de lecture (Scream) et l’inoubliable (le premier visionnage de Massacre à la tronçonneuse). On oscille dans Happy Birthdead entre un sentiment toujours étrange de bonnes idées (l’enquête qui avance après chaque meurtre, les fausses pistes, les crises de Tree) et les déconvenues (la réalisation, le petit ami bien élevé, le manque de subtilité dans l’écriture des personnages…). Christopher Landon, auteur de la franchise Paranormal Activity, n’est pas Orson Welles. On le savait et lui aussi. Il progresse cette fois mais le pitch et son héroïne aurait mérité un yes-man beaucoup plus compétent. N’est pas Wes Craven qui veut. Malgré une ironie parfois bienvenue (l’héroïne ne connaît pas Bill Murray), le film aurait donc gagné en ampleur et en maturité en s’adressant à autre choses qu’a des prépubères. A des cinéphiles. Bien donc qu’il soit particulièrement jubilatoire de voir une insupportable poupée populaire de confrérie se faire trancher de haut en bas jusqu’à l’écœurement, on aurait salué plus de folie et d’inventivité dans la mise en scène et les éléments déclencheurs. Mieux vaut donc savoir qu’on est plus proche d’ Urban Legend ou Mortelle Saint-Valentin que des Griffes de la nuit ou du film de Ramis.

Série B classique et efficace, cet hommage joue avec révérence mais sans intelligence avec le film d’horreur pure souche (car jamais gore) et la parodie, des récents remake de Vendredi 13 ou Freddy à son maître évident: l’inégalé Scream de feu Wes Craven.Jonglant entre les clins d’œil multiples plus ou moins efficaces, on saluera donc un rythme plaisant malgré une fin / méchant vraiment fade. Une parfaite galette pour un soirée pizza – bières entre potes.

Image: La copie haute définition offre un niveau de détail maîtrisé et réaliste mais ne surprend jamais. Le film est propre mais n’a pas à proprement parler de «personnalité picturale».

Son: Privilégiez la version originale pour le 5.1 avec suffisamment de clarté, de puissance et d’ampleur. Les voix sont limpides grâce au mixage et la spatialisation suffisamment immersive. Mention spéciale pour l’utilisation de la musique.

Interactivité: La fin alternative est à voir, les scènes coupées entre anecdotiques et inspirées mais leur suppression fut judicieuse. Le pire anniversaire de la vie ! (Worst Birthday Ever !) est le module le plus intéressant. Derrière le masque : les suspects (Behind the Mask : The Suspects) offre un condencé de ce que l’on vit durant le film et Les multiples morts de Tree (The Many Deaths of Tree) est exactement ce qu’il annonce, attention aux spoilers donc.