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THE EVIL WITHIN 2

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Date de sortie : 12 octobre 2017
Genre : action-aventure, horreur
Plateformes : PC – PS4 – XBOX ONE
Editeur : Bethesda Softworks

Synopsis : Trois ans après les événements de Beacon Mental Hospital, Sebastian Castellanos a quitté le département de police de la ville de Krimson pour traquer la mystérieuse organisation Mobius. Cependant il continue à être hanté par ce qu’il a vécu à Beacon, la disparition de sa femme Myra et la mort de sa fille Lily lors d’un incendie. Noyant ses peines dans un bar, Sebastian est alors approché son ancienne partenaire et agent de Mobius Juli Kidman, qui lui révèle que Lily est toujours en vie. C’est à contrecœur que Sebastian va devoir s’associer à l’organisation Mobius s’il souhaite avoir une chance de retrouver sa fille saine et sauve

Toujours développé par Tango Gameworks et édité par Bethesda, c’est cette fois John Johanas, « responsable » des DLC oubliables du premier opus The Assignment et The Consequence qui occupe cette fois le poste de chef d’orchestre. The Evil Within 2 semble désormais porter l’ambition de replonger les aficionados du tourment d’il y a 3 ans dans leurs souvenirs confus et horrifiques, tout en ouvrant la porte aux joueurs moins expérimentés dans un jeu plus accessible. Pour posséder le courage d’aller braver un monde peuplé d’abominations insurmontables : Ew2 a fait le choix des concessions. Exit Krimson City et le mystérieux Ruvik. Bonjour Union et son monde ouvert plus ou moins labyrinthique. Quid donc d’un volet se voulant l’alternance parfaite d’une aventure cauchemardesque moins linéaire et libre mais aussi moins oppressante et pénible? Le pari semble osé, voir condamnable.

Au clair de la lune noire

Le « Mal Intérieur » (PsychoBreak en vo) était un premier sentier imparfait mais pétrifiant ayant marqué les esprits en octobre 2014 de par sa difficulté, sa violence et son exigence. Œuvre somme des influences de Shinji Mikami ; père fondateur du chef d’œuvre Resident Evil ; le joueur subissait le calvaire de Sebastian Castellanos dans un monde aussi tortueux et éprouvant que l’était un scénario parfois confus et inutilement opaque.

Jonglant avec des références vidéo ludiques et cinématographiques aussi diverses que Silent Hill, Resident Evil évidemment mais également nombre de métrages horrifiques comme Massacre à la tronçonneuse, Fragile, The Cell, Ring ou les amas de chair de David Cronenberg : The Evil Within premier du nom faisait le pari de devenir une bible des impératifs du survival horror. Quitte à privilégier la multiplication de directions sans parvenir à achever son propos… Flic désabusé évoquant autant le Bruce Willis de Piège de Cristal que Max Payne ou John Constantine, notre héros friable et scarifié recevait un appel radio lui indiquant de multiples homicides à l’hôpital de Beacon. Nous ne sommes effectivement pas si éloigné des aventures advenues dans un certain manoir… Aux côtés de ses collègues : Joseph Oda et Juli Kidman, l’inspecteur s’apprêtait, après la perte de sa fille, à revivre un cauchemar atroce et harassant.

La Somme de toutes les peurs

Trois ans plus tard, après avoir survécu au chemin de croix, Sebastian traque toujours Mobius pour prouver que son récit n’est ni affabulation, ni divagation d’un homme meurtri. Malgré une santé mentale en équilibre sur un fil d’Ariane synonyme de souffrance et d’abandon, l’inspecteur se bat. À l’évidence à raison, sa persévérance  se muant dans ce second volet en voilier naviguant à l’aveugle vers l’espoir d’une fin heureuse. Sa   fille serait toujours en vie et la multinationale marionnettiste (suivez mon parapluie) lui propose alors de replonger dans le stem car c’est elle  qui, depuis l’incendie, en est le noyau. Capturée certes mais surtout aujourd’hui hors de contrôle. Un marché ? Non un piège irrécusable. Une ville en ruines, une équipe de récupération sous les oripeaux d’un swat à l’oriflamme consumé par le feu : force est de constater que les références sont visibles, voire grossières. Ce ne sera malheureusement pas le moindre des griefs à porter à EW2.

Ouvrant son récit par une introduction classique mais soignée, le soft n’est à l’évidence pas ici pour révolutionner le genre. L’exposition est convenue, l’aventure semble presque déjà familière. A l’image d’une recette – melting-pot des impératifs du genre : le premier EW avait toutefois surpris par une attitude adulte vis-à-vis de son joueur. Sans jamais le prendre par la main, il était même pertinent de le qualifier d’exigeant. Dans la même approche, dès le troisième acte ici, on s’aperçoit avec surprise du dévoilement d’une carte qui sans être vaste,  est suffisamment ouverte pour réserver quelques surprises et autres quêtes annexes. On se dit donc aller au-devant de nombreuses déconvenues.  Il n’en est rien. Grâce à un talkie-walkie vous permettant de repérer les éléments de crafting, cette map semi-ouverte vous offrira suffisamment de loot pour rouler rapidement sur le jeu en fonction des pièces détachées, armes, sacoches et gel vert (l’ingrédient pour augmenter ses capacités dans le HUB). A vous de voir donc quel genre d’aventure vous souhaitez vivre. Si vous décidez de parcourir de fond en comble la map avant de vous attaquer au scénario, vous devriez rapidement prendre de l’expérience, des améliorations et gagner en confiance. Ainsi, en craftant durant quelques heures, vous deviendrez surpuissant face à des ennemis dont vous ne ferez qu’une bouchée, en mode Sam Ficher ou John Rambo, en privilégiant le skill ou la fuite… Vous êtes prévenus.

Concernant la fuite justement, on conseillera de miser sur votre endurance, réduite à peu de chagrin en début aventure. Un item particulièrement frustrant. Malgré donc un personnage un peu pataud (toujours cette caméra rapprochée…), lent et agaçant (ses sempiternelles expressions de surprises sont incompréhensibles après toutes ces aventures), on prend plaisir à parcourir les allées d’Union. Quelques jump scares au détour d’une porte, des environnements inattendus, les quêtes annexes de la créature aux cheveux noirs…

Ces retrouvailles agréables (comme les crawlers de RE) et références sont effectivement bienvenues. Glauque et érudit, le jeu l’est sans conteste: Alice au pays des merveilles (le miroir), le cinéma horrifique nippon, la symbolique des cauchemars de Freddy Krugger… Saupoudré d’easter egg et de clins d’œil, c’est toutefois peu, bien trop peu pour prétendre à une quelconque claque, voir à un renouvèlement du genre. Le jeu semble ainsi s’inspirer (plagier?) de certains titres avec beaucoup trop d’insistance et, par excès de prudence après un premier volet plus courageux, se contenter d’un parcours convenu sans séquences mémorables.

Le survival PG8

Mimant jusqu’à la nausée le bijou The Last of us (bien que la formidable Hurleuse n’ait pas à rougir face aux claqueurs), on se prend à pester régulièrement par le manque de personnalité du soft. Système de couverture pompé (jet de bouteilles, assassinats silencieux…), crafting identique, ennemis copiés-collés, on semble même halluciner en revivant une séquence d’Arkham Asylum! Au-delà donc d’un manque de personnalité incontestable, on rage également sur un gameplay ultra répétitif et un rythme saccadé ennuyeux (innombrables allers-retours de sauvegarde, régénération de santé via le café a volonté ou passage à travers le miroir). Ajoutant à cela une absence de TP incompréhensible (les ennemis semble-t-il ne repope pas) et un manque d’écriture flagrant, le jeu est en somme aussi inégal que son prédécesseur. Jamais effrayant, jamais à court de munitions, on aurait adoré rencontrer dans Union des personnalités attachantes, prétextes à des quêtes annexes originales ou des séquences mémorables. Si ce n’est UN pnj qui confiera son histoire et repéré à l’écoute de cris lointains ou la rencontre fortuite de la Sadako-like pour quelques séquences stressantes : nous parcourons les allées en roue libre sans jamais lâcher le pad. L’absence d’énigmes, le bestiaire trop limité et une réalisation inégale laissent donc dans la bouche eux aussi ce gout de souffre préjudiciable.

D’une durée de vie d’une vingtaine d’heures en ligne droite et d’une quarantaine pour tout fouiller à fond, Evil Within 2 est une suite convenue manquant de grandiloquence, de moments chocs : d’ambition. Dommage car certains paramètres peaufinés sont savoureux. Le doublage français de Mira et la lecture de sa dernière lettre, certains boss comme le Mosquito Man ou Obscura, les mises à mort de Stephano (la séquence du théâtre) ou le premiers pas inquiétants dans de nouveaux environnements comme la fonderie ou les catacombes. Mais une addition de différents genres (action, infiltration), environnements (jungle, usine désaffectée) ou expériences n’ont jamais été synonyme d’un grand jeu.

VERDICT

Beaucoup trop référencé: EW2 est donc un titre agréable à parcourir mais sans surprises et au final très décevant malgré un début d’aventure prometteur. Manquant d’imagination (ou sont les pièges, les mécanismes face aux caisses à briser?), doté d’un gameplay bancal (on vous conseille fortement la visée automatique face aux masques de collision hasardeux) et d’un climax trop prévisible; le jeu aurait gagné en maturité et en puissance narrative en misant sur ses points forts. Entendant par là le mixage sonore souvent bluffant, la symbolique proposée (le lait maternel…) et les changements de décors toujours bienvenus. Aucune surprise in fine donc dans son contenu et son intention. L’absence de véhicules, d’armes originales (vous n’utiliserez que le tiers disponible sauf challenge personnel) ou d’IA efficace (on court, on se cache, on tue) sont alors des dommages collatéraux incontestables.  Malgré son passage en monde semi-ouvert bienvenu et un challenge corsé pour qui osera se frotter aux modes de difficultés supérieures (pas d’améliorations d’armes, sauvegardes limitées…) et sans être un mauvais jeu : The Evil Within 2 a donc les défauts de ses qualités. Une carte ouverte mais vide, une difficulté plus accessible mais manquant de challenge, un scénario moins bordélique mais fade…

A l’image de sa réalisation en dents de scie et pour paraphraser un passage de « La Cité de le peur » du regretté Alain Berberian (disparu en aout dernier): The Evil Within 2 c’est bien, mais pas top…

 

 

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Un monde entre nous

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The Space Between Us – USA– 2017
Genre : comédie dramatique, science-fiction, romance
Réalisateur : Peter Chelsom
Acteurs : Gary Oldman, Janet Montgomery, Trey Tucker, Carla Gugino, Asa Butterfield
Musique : Andrew Lockington
Durée : 121 min
Image : ratio 2.35 (16/9 compatible 4/3)
Son : pistes anglaises – françaises mixées en Dolby Digital 5.1
S-T : anglais, français
Editeur/distrib. : Los Angeles Media Fund – STX Entertainment – Southpaw Entertainement
Date de sortie : 5 juin 2017

Film : 2/6
Technique : 2/6
Interactivité : 2/6

Synopsis : Gardner a été élevé sur la planète Mars en secret, auprès d’une équipe de scientifiques, après la mort de sa mère astronaute. Devenu adolescent, il voyage avec une jeune femme à travers les Etats-Unis, en quête d’un père qu’il n’a jamais connu.

Vers le néant et au-delà…

Tourné fin 2015 au Nouveau Mexique, Un Monde entre nous a été en partie tourné au Spatioport America de Las Cruces dans l’état du Nouveau Mexique. Révélé en 2014 sous le titre provisoire Out of this world, le film est mis en scène par un yes man inintéressant responsable de purges qu’on imagine innommables comme Shall we dance ? ou Hannah Montana, le film. C’est donc bien plus qu’une litote que d’affirmer que nous attendions cette sortie DVD (et c’est tout) avec énormément de fébrilité.

L’idée est pourtant séduisante, notamment les thématiques d’adaptabilité de l’humanité à un nouvel environnement, la conquête spatiale et la colonisation pour la survie. Le fait de grandir orphelin en tant que premier martien est assez  innovant et bien que la recherche de ses origines soit un leitmotiv surexploité depuis trop longtemps, nous aurions apprécié un développement scientifique érudit sur les impératifs techniques et physiologiques comme point de départ.  Rien de tout cela ici malheureusement. Gardner Elliot est un garçon lambda, brillant, qui réussit à pirater les systèmes de la NASA comme un portique RATP et après avoir découvert une photo de ses parents, s’envole pour la terre à la recherche de ses origines…

228 000 millions de kilomètres et demi-tour

Bourré d’éclipses scénaristiques et sémantiques, le film est un naufrage. Scientifiquement déjà. Après l’exigence et les portes ouvertes de Gravity ou Interstellar, revoir leur prédécesseur frise le ridicule (et les rétines). Piochant à tout va sur les grands films galactiques dans chacune de ses séquences, de Moon à Prometheus, le méfait est extrêmement indigeste. Ainsi, pour un voyage de presqu’un an pour parcourir la distance Terre-Mars, nous avons le plaisir de découvrir le tchat intersidéral en temps réel… Les ellipses ou les raccourcis avec la vérité sont de toutes façon ce qui rend le film très suffisant, voir irritant. Pourquoi ne pas avoir développé la relation entre cet enfant et le robot qu’il a créé, son seul ami depuis des années? Pourquoi sa correspondante, vivant en pleine campagne conduit des motos, des avions a 15 ans (alors qu’elle est plus proche de la trentaine) et abhorre le mensonge des adultes ? D’où lui vient cette colère ? Qui est ce père alcoolique ? Nous pourrions continuer ainsi ad vitam aeternam, notamment sur le vide de la relation qu’entretient sa mère de substitution (Carla Gugino) et notre héros aux os de verre…

Ces incompréhensions scénaristiques sont par la même des erreurs fatales pour un drame science fictionnel. Seul sur Mars, Midnight Special, Premier contact ou Life sont passés par là. La comparaison est sans appel. Le film spatial de qualité a le vent en poupe et il est à l’évidence inconcevable de montrer ce film au-delà de la pré puberté. C’est toutefois dommage car quelques séquences sont assez jouissives comme l’échange amoureux durant le road trip (encore Midnight Special), la partition de Butterfield (Hugo Cabret, Miss Pérégrine et les enfants particuliers) ou la découverte de sa bulle de vie sur la planète rouge. Mais tout, absolument tout sent le travail bâclé. Trop rapide et expédié (le voyage spatial, l’entrainement, le départ, le twist final), le raccourci se voit à l’écran et le plagiat également. C’est beaucoup plus dommageable.

Aucune originalité donc pour un film dont le souvenir fond comme neige au soleil. On comprend même l’absence de sortie HD pour un métrage aussi inoffensif. Il ressemble donc in fine, à la position militaire du pays où le centre médical mis en avant est installé: la Suisse…

Image : 3/6
Son : 3/6
Interactivité : 1/6

Liste des bonus : Un commentaire audio (là il ne faut pas pousser!), une série de scènes coupées inoffensives, inintéressantes et dont la suppression fut une judicieuse intuition, une fin alternative elle aussi ratée. Sans trop en dévoiler, aucune de ces deux fins n’est satisfaisante, notamment face à au caractère subitement désintéressé de notre héros vis-à-vis de sa promise… Le making-of où s’expriment les comédiens Gary Oldman, Asa Butterfield, Carla Gugino et Britt Robertson est en réalité tout sauf un making of !! C’est une bande annonce de 2 minutes entrecoupée de quelques extraits d’interviews. Presque du jamais vu pour le coup et presqu’insultant. Durée du making-of : 4 minutes…

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BITS: Interview Rafik Djoumi

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Présent au forum des images durant la dernière édition de l’Etrange Festival pour une soirée spéciale BITS : Rafik Djoumi, cinéphile passionnant et curieux de toutes les créations artistiques et culturelles est un « érudit populaire ». Défendant depuis toujours la culture « geek » : bd, comics, cinéma, jeu vidéo, littérature sf ou fantastique (entre autres), le créateur de la meilleure émission visible sur le net nous a accordé une longue interview. Nous tenions sincèrement à mettre un coup de projecteur sur ce prêcheur de culture, qu’elle soit underground ou mainstream, la laissant toujours s’envoler vers des cimes philosophiques et sociologiques captivantes. Récit.

LE BITS C’EST FREAK

FA : Bonjour et merci Rafik. Tu es présent cette année pour une soirée spéciale BITS. Avant de parler du choix de tes deux longs métrages, j’aimerai évoquer le caractère particulier de l’émission. Pour paraphraser le chef d’œuvre de Fincher : nous sommes une jeunesse qui a grandi sans grande crise économique, sans conflits mondiaux, sans grande dépression (malgré de très douloureux traumatismes)… C’est à cette branche de la population qu’est dédiée BITS ? Un programme qui, sous le vernis de la pop culture dévoile une véritable soif d’érudition et d’exigence ? Peux-tu par ailleurs nous indiquer ton projet d’époque et les circonstances de sa création ?

RD : Après la diffusion du documentaire ‘Suck My Geek’, Arte a souhaité produire une émission s’adressant à cette frange de population. Ils ont auditionné plusieurs personnes, dont moi. Ma présentation leur a plu. Je voulais désenclaver cette culture. Je me souviens par exemple les avoir surpris lors de la première rencontre en leur parlant d’Alain Resnais. C’est l’un des plus grands collectionneurs de comic book du monde ! Ils étaient assez stupéfaits. C’est une culture mutante, qui se nourrie de tout. Elle n’a pas d’exclusivité. En ce qui  concerne le public, c’est plus compliqué à identifier. Je n’avais pas d’idées préconçues mais avant cela, j’expliquais souvent des champs culturels entiers à des gens qui y étaient inconnus et on me qualifiait souvent de pédagogue… Mon magazine ne s’adresse pas aux geeks, ni aux téléspectateurs qui de toute façon s’en foutent. Je souhaitais qu’une personne lambda qui entende le mot RPG comprenne sa signification. Et ce n’est pas Wikipédia. La meilleure des façons est alors de lui montrer que ce qu’elle pense ne pas connaitre fait partie de son quotidien, de sa culture.

FA : C’est exactement le tronc de BITS !

RD : Eh oui ! Vous ne le savez peut-être pas mais cette chose vous affecte. Voilà ce que pour moi signifie désenclaver. Rien à voir avec un territoire dangereux, lointain ou caché… Voilà comment le magazine est né. Et ça continue car on commence bientôt la sixième saison.

FA : Un sacré pari et un beau succès. Non seulement sur Arte mais bien qu’il soit accessible, BITS est tout autant exigeant.

RD : Il est exigeant c’est vrai, là-dessus, on ne s’est pas fait de cadeaux! Généralement un magazine à un schéma type et une fois que tout le monde l’a en tête, la reproduction est plutôt aisée. Le problème avec BITS est que chaque numéro est un prototype. Ça rend le boulot très difficile car on est plus dans l’essai cinématographique que dans le simple mag : artiste – interview – extrait. BITS ne fonctionne évidemment pas comme cela. Le projet était de parler un langage naturel quand on est nerds, celui du « même ». La référence contenue dans l’image, la référence pour pouvoir rebondir sur des concepts, des contrepoids, de l’humour, des niveaux de lecture supplémentaires… C’est pour ça que chaque épisode est un vrai casse-tête. On essaie donc de développer des concepts cérébraux mais de façon imagée. Et ça crois-moi, ce n’est pas gagné !

FA : Tu sais j’ai fait des études de philo et j’apprécie autant Bits parce que ça sent la sueur et l’exigence intellectuelle. Ça transpire le boulot et l’accouchement dans la souffrance.

RD : C’est sûr que je remercie toutes ces années à bouffer du film parce qu’au bout d’un moment, on commence à disposer d’un catalogue dans lequel on peut puiser.

FA : Justement on parlait d’implication, de souffrance. Quand on voit le raz-de-marée que vous avez provoqué avec Arnaud Bordas ou Yannick Dahan sur Fury Road ou en soutenant McTiernan, on se dit qu’on n’est plus dans la passion. C’était une levée de glaive en hurlant : « écoutez notre propos, ce que l’on exprime a du sens ». Je pensais être dedans mais vos vocations, vos parcours tendent à évoquer une obsession, un sacerdoce. Suis-je dans le vrai ?

RD : Oui d’une certaine manière mais on n’est pas non plus rentré dans les ordres ! Mais le fait est que oui, on ne s’est pas retrouvé là par hasard, notamment l’équipe de Capture Mag. Il se trouve que les choses que l’on met sous projecteur sont régulièrement moquées. Nous on choisit de répondre, de contre-attaquer en surenchérissant d’arguments. On peut nous reprocher parfois une certaine rhétorique, mais utiliser le vocabulaire de l’adversaire est un bon moyen de faire passer notre message. Une chose est sûre, c’est que ce qui nous intéresse : c’est le film. Tu parlais de Fury Road mais il en a tellement d’autres. Il faut se rendre compte que de toute façon, on peut tout essayer mais le cœur d’un film est très complexe à théoriser. C’est bien là la préciosité d’une œuvre d’art. Donner quelque chose qui transcende les mots. Par ailleurs, quand on se lance dans certaines joutes verbales, on va rarement au bout de ce que l’on pense vraiment. Parce qu’on se dit que l’interlocuteur ne l’entendra pas. L’un des exemples c’est ce que je dis sur les zombies dans Suck My geek. Un sociologue en a parlé dans un de ses bouquins. J’ai l’habitude de théoriser les zombies depuis l’adolescence auprès des réfractaires. Société de consommation bla bla bla… Mais c’est se mentir à nous-même. Ce qui est kiffant dans Zombie c’est qu’il y a des zombies ! Ce sociologue a compris mon propos. Que derrière, il y a quelque chose qui transcende, qu’on ne peut pas expliquer. C’est pour ça qu’avec cette bande (Bordas, Dahan, Rozec…), on suit ces cinéastes avec lesquels nous avons particulièrement d’affection. Je pense par exemple à Guillermo Del Toro qu’on suit depuis les années 2000 et j’ai souvent eu avec lui cette réflexion. On sait qu’on est en train de parler de la même chose et on ne sait pas comment ça s’appelle… Pourquoi lui et moi nous sommes fascinés par les ouvrages d’alchimie ou de magie ? C’est parce que ce type de littérature apporte un discours cohérent à ce qui nous préoccupe.  Les films sont magiques et essayer de le comprendre n’est pas quelque chose qui permet de briller en société si tu veux. Fury Road…

FA : « Le plus grand film ! » pour vous citer.

RD : Oui bien sûr, on peut parler de véganisme, de néo féminisme ce genre de choses et pourquoi pas. Il est vegan lui-même et a combattu pour les droits civiques des femmes mais au cœur du film, se trouve autre chose… Mais on ne peut s’en approcher qu’en parlant de façon très chiante du cinéma…  Quand tu commences à évoquer le cœur du cinéma, tu dois parler technique. Là tu perds des gens. J’ai toujours lu toute la presse cinéma, depuis gamin. Tout ce que je trouvais. Mais je n’y trouvais pas mon compte. Ma première révélation c’est en lisant un article de Jean-François Tarnowski. Il décrivait une séquence de Vertigo dans Starfix. Ce décryptage a débloqué le : « c’est ça. Il a mis le doigt dessus », alors que l’article ne parlait que de cadres, de découpage, de profondeur de champs… Des choses très chiantes mais en lisant cette analyse, tu rentrais dans la tête du créateur et par la même, tu commençais à comprendre ce qu’il avait voulu mettre dans son film.  

FA : Tout à fait. Lorsque tu commences à toucher du doigt l’essence d’un film, de caresser les intentions d’un cinéaste, c’est un moment vraiment privilégié… En parlant de cinéastes surdoués, nous venons de passer une année dramatique avec la perte, entre autres, de deux géants du cinéma de genre : George Romero et Tobe Hopper. As-tu des souvenirs particuliers de rencontres, de découvertes en salles obscures ou de débats enflammés à leur sujet ?

RD : Je n’ai jamais rencontré ni l’un ni l’autre mais j’aime beaucoup une anecdote que je raconte souvent. Après tu en fais ce que tu en veux ! Zombie avait été menacé tacitement d’une interdiction en France,  d’un classement X. Le distributeur ne l’avait donc pas sorti à cause de cette censure indirecte. La seule solution était de le couper dans tous les sens et il en aurait été méconnaissable. Autrement dit, tu ne le sors pas si c’est pour le limiter aux salles pornos. René Château a alors créé la collection des « films que vous ne verrez jamais », un joli coup marketing, ou se retrouvaient tous ces films : Massacre à la tronçonneuse, Zombie etc.

FA : Ah ? Je ne savais pas qu’il y avait une législation à ce sujet ?

RD : En fait, non il n’y en avait pas c’est pour ça qu’il passait à travers les mailles du filet ! Puis Mitterrand a mis fin à cet…

FA : Etat de fait ?

RD : Hypocrisie plutôt ! Donc les premiers vidéoclubs parisiens ont basés leurs produits d’appel sur ce type de longs métrages. Je me souviens qu’à la sortie de l’école, je te parle de gamins de 7 ans, notre premier réflexe était de courir vers les vitrines pour regarder les extraits montés de tous ces films! Tous les moments les plus dégueulasses de Massacre ou Zombie étaient devenus une bande démo de 10 minutes hypnotisant des gamins ! C’est intéressant de se rendre comment la culture fonctionne. D’un côté, des institutions qui disent «  ce film, nous l’interdisons aux adultes », et par les interstices, des gamins de 6 ans qui adorent les pires séquences de Massacre à la tronçonneuse ! Ce truc est incontrôlable. Soit les institutions ne le comprennent pas, soit ils le comprennent trop et donc le contrôle.

FA : J’adore ! Un mot rapide concernant tes deux choix. J’imagine que la présence de De La Iglesia a joué.

RD : A vrai dire, quand ils m’ont proposé la soirée, Perdita Durango faisait partie de mes choix avant de savoir qu’Alex De La Iglesia était leur invité. Chanceux, ils avaient à disposition toute sa filmographie donc ils ont pu me le réserver. Je l’ai découvert la seule fois où il a été visible en salle à Paris, lors d’une précédente édition de l’Etrange Festival. J’étais frustré de ne pas le montrer dans ces conditions. Il est fait pour être vu en salles et pour moi, De La Iglesia est peut-être le cinéaste le plus complet en Europe. Il représente BITS par son mélange des genres : comédie, gore, action, des partitions d’acteurs inoubliables, des nationalités différentes à tous les postes…

Pour Forgotten Silver, j’ai une histoire très personnelle avec Peter Jackson. J’étais à une époque le seul journaliste français à parler du Seigneur des anneaux. A l’époque tout le monde s’en foutait. Pas de superstar, un cinéaste méconnu, un tournage en Nouvelle-Zélande… A la vue des délais, je savais donc que j’avais 3 ans pour faire monter la tension. Tout ce que je pouvais récupérer comme infos, je les écrivais dans Mad Movies et Impact. Petit à petit, je suis donc devenu en quelques sorts le « référent » puisque la seule source francophone sur le projet. Le site The One Ring regroupait toutes les infos sur le film et certains de mes papiers ont d’ailleurs été traduits, notamment une interview de l’illustrateur John Howe. Ensuite j’ai réussis à convaincre Mad de faire une couv’ sur le film un an et demi avant sa sortie! La première au monde. New Line nous avait d’ailleurs commandé des exemplaires et en étaient très heureux. Voilà, j’ai aussi réalisé un essai dessus, étais rédacteur en chef sur un Hors-Série qui lui était consacré… Mon ami Arnaud Bordas qui avait contribué à sa rédaction m’a même confié que c’était l’un de ses boulots dont il était le plus fier. Mon histoire avec Jackson est donc très personnelle. Mine de rien, à cette époque, on avait aucune info et rédiger en moins d’un mois un hors-série sur lui, ses collaborateurs, ses films etc. c’était un sacré challenge. C’est quasiment devenu un livre et je trouve qu’on a bien bossé sur ce projet.

FA : Je comprends mieux le choix. Et puis c’est un « documentaire » inoubliable, à ranger à côté des Documents interdits ou Punishment Park.

RD : Mine de rien, il y a beaucoup de monde qui ne l’a pas vu. De toute façon, je vais présenter Forgotten Silver comme un documentaire. Sans en dévoiler le principe. Je ne veux pas spoiler et le présenterai de telle manière que les spectateurs le voit dans les mêmes conditions que les néozélandais à l’époque.

FA : Dernière question non pas sur le cinéma de genre français parce que c’est un peu con comme question mais plutôt sur un mouvement d’expatriation. Ça est en train de tout casser ce qui confirme l’amour du genre et, plus proche de nous : Leatherface pointe le bout de son nez. Une entreprise de Julien  Maury et Alexandre Bustillo, deux madeux qui avaient mis pas mal de monde à l’amende avec A l’intérieur. Puis il y a eu Martyrs de Pascal Laugier

RD : Oui, je me souviens, Alex venait me vendre des affiches et des jeux de photos  dans la boutique Movies 2000 à l’époque ! Il était projectionniste et récupérait pas mal de matos.

FA : Et la boucle est bouclée… Tout ça est une petite famille ! Moi je distribuais les DVD Carlotta à Fabrice et Bruno chez Metaluna il y a quelques années… Bref, je voulais in fine évoquer le départ de nos talents aux US car visiblement l’horreur plait, notamment dans les mains de cinéastes français. Nous pourrions aussi évoquer le cas d’Alexandre Aja, réalisateur du remake de La Colline à des yeux ou de Piranha 3D. Toi qui a probablement pas mal de connexions dans le circuit de distribution et de diffusion, comment-t’expliques-tu un système qui ne parvient à retenir ses talents.

RD : C’est une question complexe. Il y pas mal de facteurs en réalité. Le système français est un système conventionné. Les décideurs de ces comités évoluent dans une vision du cinéma déconnectée de tout, perpétuant un système qui n’évolue pas depuis les années 50… Les cinéastes dont tu parles n’ont par exemple jamais bénéficié du statut Art et essai. Ça en dit suffisamment long. Ce sont de jeunes réalisateurs, qui veulent faire des films d’horreur, mais produits à l’étranger. C’est donc très compliqué à coproduire ici. Mais alors que le système de financement français  prétend favoriser les jeunes réalisateurs et les projets difficiles, il refuse d’aider les films d’horreur… C’est drôle non ? Leur motif étant que ce sont des films commerciaux. Oui, lorsqu’ils sont américains et coutent 40 millions de dollars! Là on parle de jeunes auteurs, créateurs de leur script et amoureux du genre. Moi je veux bien accepter beaucoup de choses sauf l’hypocrisie. S’il existe un texte de loi qui explique que les comités doivent financer les nouveaux projets et aider les jeunes réalisateurs, alors tu finances aussi ces films !

Ensuite je pense qu’on a un gros déficit de producteurs amateur du genre… J’ai une collègue que je ne citerai pas qui à l’époque faisait un film d’horreur. Il a un style visuel assez affirmé et, pour réaliser un plan, a demandé la location d’un steadycam pour une journée.  Il explique qu’il souhaite réaliser un plan propre pour une scène. On lui répond : « Propre ? Mais tu fais un film d’horreur ». Suffisamment explicite sur la compréhension du genre… On peut également évoquer, que ce soit au niveau des institutions que dans le domaine de la production, une véritable amnésie culturelle. On ne reconnait pas certains éléments culturels spécifiquement français comme  tel. Voici un exemple d’une connaissance qui souhaitait monter un projet sur les vampires. La première question de tous les prods étaient « Mais, vos vampires, ils sont français ?! ». Là tu te dis « euh, disons qu’à l’origine c’est un peu européen le vampirisme… ». Lorsqu’ils voient Brad Pitt, dans Entretien avec un vampire, venir à Paris à la recherche de ses origines : ils trouvent ça normal, mais pas une proposition de vampires français. On profite pourtant d’un catalogue fantastique et horrifique exceptionnel en France mais qui malheureusement, n’a jamais été exploité.

FA : Oui, il faudrait leur donner Feuillade à potasser !

RD : Exactement. J’ai par exemple reçu récemment des rééditions de livres de Jean Ray. Ou se trouvent ses adaptations dans le cinéma fantastique français ?! On en est à ce niveau-là. Il y a quelques années est sorti un film anglais ou américain, en tout cas anglo-saxon qui se passait dans les catacombes.

FA : Et bien c’est Catacombes ! Mais ce n’est pas français ? Je ne l’ai pas vu mais je crois bien. (NDLR : coproduction franco-américaine).

RD : Je ne l’ai pas vu non plus mais le concept m’agaçait. Pourquoi personne ici n’a jamais eu l’idée de mettre en place un projet sur les catacombes ?

FA : Oui je vois bien, l’affiche est rouge-sang ornée d’ossements.

RD : Ce que je veux exprimer c’est que tous ces films fantastiques qui se passent en France, c’est parce que justement : ce sont leurs origines ! Il y a vrai manque de connexion à ce niveau-là, c’est dingue ! On possède une histoire magique et alchimique qui est probablement la plus riche d’Europe. Toutes les hérésies magiques se sont produites ici : les cathares ; le saint graal… Richard Stanley par exemple à réalisé un documentaire sur cet officier SS lancé par Himmler à la recherche du graal. Il est venu à Paris enquêter et le type a vécu une aventure ahurissante ! Il a fréquenté les milieux occultes d’extrême-droite, s’est aventuré dans les paysages cathares du sud… Tu veux du Indiana Jones ? Mais penche toi, c’est là ! Je répète ça depuis des années. Enfin pour terminer sur ta question, et je vais me mettre tout le monde à dos, il y a un vrai braquage, compréhensible mais dommageable. Beaucoup de réalisateurs qui ont fait du cinéma d’horreur en France, et certains sont des amis, l’ont fait dans un climat de défiance et de résistance au reste du cinéma français. L’air de rien, ils sont tout autant obsédé par l’idée de faire un film d’horreur que par l’envie de desservir l’idée communément entendue de la conception du cinéma français. Ça donne des films qui sont des créations qui sont contre quelque chose si tu veux. Je ne pense pas que ce soit la meilleure approche. Pour moi, les réalisateurs français qui ont le mieux réussi dans le genre sont ceux qui se foutent de savoir si c’est français. J’ai par exemple beaucoup d’affection pour Florent Emilio Siri, Éric Valette ou Fred Cavayé. Ils ne pensent pas en termes de nationalité, tu vois ce que je veux dire ? Leurs films sont, naturellement, en français. Tout cela est très fluide et à cultiver. En somme, on ne devrait pas avoir peur d’être franchouillard.

 

 

 

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EL BAR / PRIS AU PIÈGE : BLU-RAY

1Titre original : El bar – Espagne / Argentine –  2017

.Genre : Comédie, Horreur, Thriller
.Réalisateur :  Álex de la Iglesia
.Acteurs : Alejandro Awada, Sue Flack, Terele Pavez, Secun De La Rosa, Blanca Suarez
.Scénario: Álex de la Iglesia et Jorge Guerricaechevarria
.Musique : Carlos Riera & Joan Valent
.Image : HD 1080p 16:9 (1920×1080 p) – Format : 2,35:1
.Son : Espagnol; castillan DTS HD (Master audio) 5.1, Français DTS HD (Master audio) 5.1
.Sous-titrage : Français
.Durée: 102mn
.Distributeur : L’Atelier D’Images
.Editeur: Condor Entertainment, L’Atelier D’Images
.Date sortie / parution : 05/09/2017

SITE OFFICIELhttps://elbarlapelicula.com/

Synopsis : 9 heures du matin. Des clients qui ne se connaissent pas prennent leur café dans un bar de quartier, quand l’un d’entre eux est tué net sous leurs yeux par la balle d’un sniper. Ils réalisent alors qu’ils sont dans sa ligne de mire, se retrouvant de fait prisonniers du bar et en danger de mort. Le compte à rebours est lancé pour trouver le moyen de s’échapper…

Caught de Max Ophuls ou Cornered d’Edward Dmytrik?

Nous attendions ça depuis 2013… Absent sur les écrans hexagonaux depuis 4 ans, les aficionados du trublion espagnol ont enfin pu se dégourdir les mirettes devant le nouveau méfait cinématographique du fou filmant. Pas encore dans les salles obscures non (mais que font les distributeurs…), mais en vod-vidéo grâce à cette judicieuse collaboration entre L’Atelier d’images et Condor Entertainment. Bien qu’il soit difficile d’imaginer une gestation aussi douloureuse (une décennie !?), il est vrai que l’écriture des dialogues (« Monsieur tartine grillée à la tomate »), la galerie des personnages tous plus perchés les uns que les autres et surtout la mise en scène transpirent l’application. Mise en scène justement dès l’entame de folie où Alex de La Iglesia nous offre un plan séquence en pleine rue dantesque, aux évidentes répétitions et à la maitrise formelle inattaquable. Ce plaisir coupable effectué, De La Iglesia cite son maître Hitchcock (on frôle souvent le caprice) et plonge son film dans un polar décalé dans lequel, par le prisme d’un bar populaire devenu théâtre d’angoisse, les destins croisés de quidams aux caractères bien trempés vont devoir se serrer les coudes afin de surmonter le drame qui se déroule sous leurs yeux. A l’image du non moins excellent Phone Game de Joël Schumacher (scripte refusé par Sir Alfred, et la boucle est bouclée) : un sniper abat sans raison apparente les clients du bar qui sortent dans la rue… Autant le confesser, la solidarité morale et idéaliste ne sera pas une mince affaire dans cette galerie de bras cassés… A l’image du très intéressant métrage de Rodrigo Pla que nous avions rencontré au festival Viva Mexico (voir l’interview ici) : Un Monstruo de mil cabezas, les personnages vont pas à pas s’abandonner dans la psychose et laisser éclater leurs rages et frustrations les plus intimes. Rien de très original certes, mais en citant des métrages aussi divers que le jouissif Carnage de Polanski : le réalisateur se met dans la poche tous les partisans du cinéma qui part en vrille.

Blanca Suárez et le monde s’écroule…

Cette exposition des plus classique entendue, on navigue en terrain connu si l’on apprécie un minimum la filmo du maitre. Point de ruptures de ton surprenantes donc mais un crescendo dans l’action, la vocifération et les griefs. Sans vous révéler d’avantage de l’intrigue principale, sachez simplement qu’un sombre complot étatique expédié en un paragraphe donnera à la situation toute sa justification. Nous qualifieront poliment cette dernière de peu inspirée. Une déception vite oubliée grâce à un dernier tiers trépidant et scotchant. En situant son action dans un nouvel environnement inattendu et en lâchant la bride aux survivants, la séquence finale, à la mise en scène citant ouvertement Requiem for a dream est à tomber. Hurlements, errance labyrinthique, affrontement sanglant et cathartique, nul doute que tous seront vissés sur leur siège pour un champ du signe en forme de leçon. Et puis. Et puis il y a Blanca Suarez… Sorte de Kate Beckinsale ibérique, la madrilène est tout simplement incendiaire. C’est simple, impossible de détourner les yeux de l’écran tant elle est fascinante. Profitant qui plus est d’un effeuillage progressif, le film est une ode à sa beauté, à sa grâce, à ses courbes. Immédiatement dans un top 5, plastifié. Elle a fait vaciller l’auteur de ses lignes.

Paranoïaque, oppressant ou se drapant sous les oripeaux d’une comédie outrancière se muant quand bon lui semble en magistère, ce film mineur dans la filmographie d’Alex De La Iglesia ne l’est certainement pas par sa maitrise formelle. Certes le scénario souffre d’un véritable manque d’écriture (et c’est là son seul vrai défaut) quant à la justification de l’élément déclencheur du récit. La justification médicalo-scientifique complotiste se voulant à vrai dire plutôt embarrassante. Pour le reste, le divertissement est parfait, la composition maitrisée et le visage de Blanca Suarez inoubliable. Voilà qui n’est déjà pas si mal pour un film qui n’a pas l’honneur de rencontrer son public dans les salles françaises, malgré son carton en Espagne. Heureusement, nous avons Kev Adams. A bon entendeur…

Bonus: Making of; interview

Image: 5/6 Un feu d’artifice! Malgré l’aspect huis clos, Alex De La Iglesia parvient à magnifier ses plans en jonglant avec les couleurs de ce bar comme il en existe mille et déchaîne son génie lors du dernier tiers. Sans vous gâcher la surprise, la fin du métrage, comme dans les Les Sorcières de Zugarramurdi, réserve en effet son lot de surprises graphiques. La netteté, la profondeur de champ, le grain cinéma des couleurs ou la peau de Blanca Suarez : tout a été soigné avec énormément de précaution. On le comprend…

Son : 5/6 Là encore, pas grand-chose à reprocher au travail de mastering du DTS-HD  Master Audio 5.1. Le son englobe vraiment l’espace et l’on vous conseille fortement de pousser un peu le bouton de l’ampli jusqu’à 11, histoire de retrouver la folie habituelle du réalisateur ibérique, coutumier des pistes sonores qui décoiffent.

Interactivité : 4.5/6 Côté bonus, une fois n’est pas coutume, le travail du making of ne se contente pas de louer la formidable équipe se liant de concert pour avancer vers un projet commun. En tout cas pas uniquement. Sans égaler une galette comme celle de Rec par exemple, le documentaire  révèle avec sincérité un tournage éprouvant mais enthousiasmant. Ce jusqu’à la leçon de cinéma du maitre, au micro du talentueux journaliste Arnaud Bordas qui permet de préciser un peu les techniques de mise en scène du maestro. Passionnant.

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Étrange Festival 2017: interview Jaume Balaguero

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L’Étrange Festival – XXIIIe édition – 6 au 17 septembre 2017

INTERVIEW JAUME BALAGUERO 

Le dimanche 10 septembre 2017 : Frenetic Arts a eu le plaisir de passer une petite demi-heure avec le réalisateur Jaume BALAGUERO, à qui l’on doit les excellents Rec, Darkness ou Fragile. Morceaux choisis.

FA : Bonjour Jaume et merci pour votre temps (il arrive quelques minutes après mon arrivée – mais à l’heure – pour ne pas rater l’intro d’Elephant Man). Vous êtes donc présent au festival pour une carte blanche. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de l’acceptation de cet évènement, de vos choix et si vous compter profiter un peu de la sélection ?

JB : C’est toujours très compliqué de faire un choix ici. Il y a une telle multiplicité de métrages que s’en est impossible. J’ai donc fais un choix simple. Offrir aux spectateurs des films que j’affectionne, que j’avais envie de montrer pour qu’ils les découvrent. J’ai fait de mon mieux sachant que sur certains de mes choix, les copies étaient trop complexes à réunir. En tout cas, tous ceux présents sont très différents mais très intéressants. Je repars mardi mais je vais essayer de voir quelques pépites. 

FA : Un mot sur le genre surexploité qui réserve autant de belles surprises que de navets et qui vous a fait exploser aux yeux du monde : le found footage. Ici on a par exemple la chance de voir l’inoubliable Documents Interdits de Jean Teddy Filippe.  Quel est l’aspect qui vous passionne le plus dans cet exercice d’illusion de la vérité ? (NDLR : malgré cette citation issue de Mad Movies et visible sur le Wikipédia du film, il semble ne pas connaitre le film. « Ses Documents Interdits sont à l’origine d’une incroyable quantité de péloches de ces 20 dernières années, en particulier [Rec], dont l’un des segments de ces Documents…, sur le mode « reportage télé dans une maison-mystère » est la genèse absolue (pour être poli)… » Rurik Sallé – M 02016 – Mad Movies )

JB : Quel film ?

FA : Les Documents interdits. Une sorte de fausse anthologie de documents d’archives, filmés, censés être véridiques (sorte de mythe urbain depuis longtemps démenti) sur divers évènements paranormaux ou fantastiques. L’abominable Homme des neiges, un naufrage, une maison hantée… Le tout est narré par une voix off omnipotente et inoubliable et crée un doute certain. C’est sacrément bien réalisé et construit.

JB : Des fake documentaries en somme. Ok, j’essaierai de me procurer une copie… Le FF est un genre très intéressant. A mon époque encore plus. Cannibal Holocaust était le premier. C’était exactement le choc qu’ont ressenti les gens à la sortie de Blair Witch project. Les spectateurs étaient perdus de la même manière quant à sa véracité sur cette jungle hostile. Aujourd’hui, on est submergé, ce qui fait que l’intérêt est retombé.

FA : Vous souhaitiez être un précurseur à ce niveau de réalisation avec Rec ? En tout cas l’un des premiers projets si aboutis ?

JB : A vrai dire, mon idée était de pousser l’idée de la réalité encore plus loin que dans les deux films précités. Je ne voulais pas d’histoires de vidéo retrouvé. Je voulais mettre l’œil du spectateur dans la caméra. Qu’il ait l’impression que ce qu’il voit est réel. Tout ce qui se passe à l’écran arrive durant le visionnage. Tu ne peux pas arrêter ces évènements. Voilà ce qu’était REC. Un de nos contemporains était Cloverfield. Pourtant Rec le précédait. En tout cas le tournage et il est aussi sorti plus tôt en Espagne.

FA : Une des autres caractéristiques de votre cinéma, pour paraphraser le film de Fritz Lang est ce que j’appellerai « Le Secret derrière la porte ». On croise dans nombre de vos métrages cette obsession du contrejour, du choc après la peur que l’on ressent en entrebâillant la porte. C’est quelque chose qui est conscient et recherché ?

JB : Ça dépend. On conçoit les scènes selon nos besoins. On met en place un système plus ou moins choquant, plus ou moins direct et parfois le film te contrait à être plus sinueux, plus subtil. Rec exigeait d’être plus choquant.

FA : Frontal.

JB : Complètement.

FA : J’aimerais maintenant évoquer l’anthologie des « Historias para no dormir ». Si je ne dis pas de bêtises, votre segment était « A Louer ». Quel était votre objectif en participant? Vous faire plaisir, explorer un nouveau format via cette durée réduite, vous mesurer au programme similaire US des Masters of horror ?

JB : Non rien à voir avec ça. En réalité c’est tout simplement une déclaration d’amour à Narciso Ibáñez Serrador (NDLR : réalisateur de l’inoubliable ¿Quién puede matar a un niño? AKA Les Révoltés de l’an 2000). C’est de la pure nostalgie et un témoignage de respect pour lui, qui est le créateur de ce show télé des 70’s. Avec nos « Peliculas para no dormir » nous souhaitions lui rendre hommage. C’était mythique. Il réalisait ça chaque semaine.

FA : Lui seul ? Pas d’autres cinéastes ?

JB : Je ne suis pas sûr mais je crois bien que c’était El Chicho. C’était mythique. On a tous grandi avec ça alors c’est notre déclaration d’amour car hormis lui (NDLR : il réalise un des nouveaux segments), nous souhaitions tous lui témoigner notre affection : Paco Plaza, Alex De La Iglesia… Lui dire merci.

FA : En parlant d’autres cinéastes, on remarque dans votre carte blanche une pluralité esthétique et un melting pot d’influences inattendues, voir surprenantes. Une esthétique remarquable, dans le sens : identifiable. On passe d’Elephan Man et Street Trash à La Grande bouffe ! Quelle importance ont pu avoir des métrages aussi divers sur votre cinéma, notamment au sujet de leurs univers graphiques on ne peut plus éloignés du vôtre.

JB : Ma plus grande influence visuelle, elle-même nourrie de nombreux arts plastiques, c’est David Lynch. Toute son œuvre. Tarkovski aussi, malgré son hermétisme, me fascine. J’ai proposé Sacrifice cette année et ce sera une séance très dure à suivre pour les spectateurs mais tellement intéressante. Ce rapport à la fin du monde…

FA : Stalker, du même Tarkovski, entretient lui aussi ce sentiment d’errance. Une ambiance brumeuse dans un monde post apocalyptique et un voyage sans but. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui importe le plus ? Le voyage et non la destination…

JB : Tout à fait. Son cinéma est très froid. A contrario, La Grande bouffe est très représentatif du cinéma italien: lumineux, exubérant…

FA : Mais vous aimez aussi !

JB : Ah moi, tous les cinémas me plaisent ! Street Trash aussi : très gore, proche du comic book, du cartoon.

FA : Nous évoquions justement plus haut l’esthétisme de vos choix et la dualité illusion / vérité de vos réalisations. Cette dualité est omniprésente et identifiable dans votre cinéma. De la perte de repères au parcours balisé, du gore frontal à l’élégance la plus soignée (notamment dans Fragile dont la photo est à tomber), de l’abandon au combat, de l’errance au choc… Cette dualité est-elle consciente et recherchée afin d’inviter le spectateur à différents niveaux de lecture ?

JB : C’est difficile de te dire si c’est recherché, avoué et conscient mais c’est très intéressant que tu le remarques car c’est vrai! Ma façon de conter sera encore plus proche de ce que tu évoques dans mon prochain film. Il est très élégant, dans l’ambiance d’un collège de Dublin, entre professeurs et influences littéraires et d’un coup: c’est l’explosion de la violence la plus inattendue. J’aime beaucoup ta question et heureux de cette remarque !

FA : Tant mieux si je ne me suis pas trompé ! Le temps passe et je voulais souligner, au-delà de la notion de dualité, celle de la complexité. Rec par exemple peut être entendu et reçu comme une critique virulente à l’égard du cynisme médiatique, une évocation des peurs ancestrales (les possessions démoniaques), une réflexion sur la crainte de futures dérives scientifiques… Tous ces niveaux de lecture sont-ils indispensables ou pourriez-vous vous contenter d’un pure divertissement, d’un polar etc.

JB : Ça non ! Un pur divertissement est tout à fait louable. Mais en même temps, qu’on le veuille ou non, le cinéma est si complexe que c’est mission impossible de ne pas le stratifier en différentes interprétations. C’est toujours le film de quelqu’un. Même s’il veut se brider, il y a toujours un homme derrière la caméra.

FA : Il y a toujours une âme derrière un film…

JB : Mais oui ! Quelles que soient tes intentions, tu peux toujours le recevoir au premier degré mais il y aura quelqu’un pour t’emmener vers ces différents niveaux de lecture et en parler avec un journaliste. Si tu as trouvé tout cela dans mes films, c’est que de toute façon, ils y étaient.

FA : Inconscientes ou pas.

JB : Exactement.

FA : Dernière question sur vos projets et Muse qui arrive bientôt sur les écrans.

JB : Je travaille à le finaliser en ce moment. Nous organisons la première à Sitges le 7 octobre. J’adore Sitges. C’est inspiré du roman La Dame numéro 13 de José Carlos Somoza. Cela se passe dans une ambiance universitaire. Il évoque le mythe de la muse qui inspire le poète. Pour autant, on tombe sur certaines preuves et indices qui laissent croire que les muses ne sont pas seulement un mythe mais bien réelles, qui plus est d’une cruauté extrême…

FA : Voilà un pitch sacrément original ! Un grand merci pour votre temps Jaume

Un grand merci à  Estelle Lacaud, toute la team de l’Étrange festival, du Forum des Images et bien entendu Jaume Balaguero: doux, accessible et éminemment sincère.

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