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Battleship Island : BD

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BATTLESHIP ISLAND (Gun-ham-do)

Genre :action – drame – guerre

Réalisateur :Ryoo Seung-wan

Acteurs :Hwang Jung-min, So Ji-seob, Song Joong-ki, Lee Jung-hyun, Kim Su-an

Musique :Leo Bang

Image :1080p – 2.35 :1

Son :DTS HD Master Audio : Français 5.1 – Coréen 5.1

Sous-titre :  Français

Durée :2h12 / 2h32 (version longue)

Distributeur :Seven7

Éditeur :Métropolitan Vidéo

Date de sortie :18 juillet 2018

Artistique :4,5/6

Le pitch : Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs centaines de Coréens sont emmenés de force sur l’île d’Hashima par les forces coloniales japonaises. L’île est un camp de travail où les prisonniers sont envoyés à la mine. Un résistant infiltré sur l’île élabore un plan d’évasion géant, afin sauver le plus grand nombre de prisonniers possible.

LA GRANDE EVASION

Battleship Island est avant tout une histoire d’amour. Subtile comme un lancer de parpaing certes, mais de l’affection oui. Le récit de galériens, frères d’armes embarqués dans un enfer sans nom, 1km sous le niveau de la mer, suintant le charbon par 45 degrés. Dans ce petit paradis sur terre : inspiré à l’évidence du formidable Roberto Benigni dans La Vie est belle, un père musicien : le génial Hwang Jung-min et sa fille (Kim Suan qui a la classe d’avoir aussi joué dans Dernier Train pour Busan !) vont tenter de survivre aux maisons closes, à la faim, à la soif, à la chaleur, aux geôliers, à la violence, et surtout à l’injustice. Pan oublié de l’histoire du vingtième siècle (on comprend pourquoi certains livres, en fonction de leur origine, ont « omis » de mettre en lumière cette période infernale), basée à 18km de la tristement célèbre Nagasaki :  une galerie de portait au vitriol va s’affronter.

Nous y reviendrons pour les griefs. Certains vont alors naturellement s’évertuer à échafauder un plan d’évasion. Classique dans sa narration (des quidams innocents subissent une injustice et, malgré leurs faiblesses, unir leurs forces pour retourner le cours logique de l’histoire), le film est démesuré. Comme par exemple 6 mois de construction pour retranscrire à l’écran les 2/3 de l’ile originale ou cette galerie d’interprètes de haut vol (mention spéciale au Yakusa Chil-sung, joué par So-Ji-sub ou à la magnifique et scarifiée Lee jung-byun : quelle beauté !). Le film est maitrisé de bout en bout. Que ce soit les décors gigantesque (« l’escalier pour l’enfer » est terrifiant), sa colorimétrie étouffante et grisâtre, sa photo (la scène des bougies par exemple) ou l’utilisation judicieuse de quelques moments de climax savamment distillé (l’arrivée sur l’île, l’évasion, le morceau mythique de Morricone…) : tout transpire le soin et la conscience dans ce devoir de mémoire.

Premièr film à dépasser les 2 000 copies en Corée du sud (et la polémique de domination des salles qui va avec), projeté à l’UNESCO : Battleship Island est donc à recevoir comme une gifle, le rappel d’une histoire oubliée. Sous occupation japonaise durant la seconde guerre mondiale, ces centaines de travailleurs forcés ont ainsi vécu la torture, le châtiment, la mort. Hashima, ville minière surnommée l’ile du cauchemar… Quand on sait qu’elle n’excédait pas quelques centaines de mètres de long, on peine à imaginer autant de souffrance dans un si petit périmètre… C’est que nous étions bien mal renseignés.

MEURTRES A HASHIMA : The ecstasy of gold

Techniquement inattaquable, interprété de manière magistrale et réalisé avec soin (certains plans virevoltent et d’autres sont pure poésie), le principal reproche à faire au film et son ton UNIQUEMENT à charge. Nul doute qu’en ourdissant cet enfer, la Corée à fait exploser sa rage déjà paroxystique pour son voisin japonais. Mais dans cette galerie de personnages tous plus dégueulasses les uns que les autres, un minimum de retenue ou du moins un personnage japonais nuancé eût été judicieux. Tous sont alors des salopards de la pire espèce. Violentant et abusant sexuellement des femmes, pédophiles sans remords, jouissant de la souffrance affligée et crachant sur les vies humaines comme si elles n’étaient que de simples morceaux de charbon… L’âme des japonais est souillée comme la peau sous la suie. Les lanternes défuntes ne s’envoleront jamais pour eux. Un constat dramatique de virulence et de pessimisme. Un âpre bilan donc, à écorcher les plus solides diplomates japonais…

Cette erreur mise en lumière et éprouvée, reste le cinéma. Malgré un second défaut mineur (le twist que tout le monde avait envisagé), et les inventions historiques (aucune évasion de ce genre n’a eu lieu mais le camp lui a existé),  le film est  un vrai morceau de bravoure. Virtuose donc, condensé haletant de mise en scène inspirée et d’une réelle empathie pour ce tableau peint au charbon, cette fresque est à voir d’urgence, que vous soyez friands de technique, de réalisation, de dramaturgie ou d’honnêteté historique (sans subtilité aucune, voir avec une touche de nationalisme nauséabond on le rappelle).

Intime autant que spectaculaire, révoltant autant que salutaire, Le film de Ryoo Seung-wan est une nouvelle claque assénée par le cinéma coréen. Enchainant les pépites années après années, le pays domine la planète en termes d’intensité et de suffocation. Une nouvelle fois, exception faite du continent américain, la Corée prouve donc pour les cancres du fond de la classe à quel point ses créations sont aussi spectaculaires que riches en sens. Cinemateaser parle de chef d’œuvre. On en est tout proche. Du grand art mais pas toute la vérité. Je le jure !

LA TECHNIQUE

Image : 5/6

Une photographie exceptionnelle faisant rapidement oublier quelques fonds verts maladroits ou CGI pixellisés. La définition est remarquable (même au second voir au troisième plan !), le piqué lui nous fait ressentir la suie, la sueur, la crasse et le poids des guenilles. Un travail remarquable tout simplement.

Son : 5/6

.Des explosions dévastatrices, un caisson de baisse qui crache ses tripes pour dégager de ce bourbier. Les deux versions en DTS-HD ont visiblement été envisagées avec soin tant l’équilibre est palpable. Une nouvelle fois un travail impeccable qui vous épuisera dans son dernier tiers.

Interactivité : 4/6

Dommage qu’avec un film si riche en relectures et en implication, l’éditeur n’ait pas décidé de mettre le paquet. Une heure et demi de coulisses aurait été les bienvenus

.Making of (9 min 30, 1080i)

Dans ce cours segment d’une dizaine de minutes, vous pourrez apprécier, entre autres :  les déclarations de Lee mo Gae (le directeur photo), du talentueux chef décorateur Lee Hwo-Kyung ou du chorégraphe. Vous apprendrez ainsi que l’incroyable séquence de fin à nécessité plus de 30 jours de tournage ! Malgré des dithyrambes un peu forcées de la part des acteurs sur le metteur en scène (« Voilà pourquoi il est le meilleur », OK), on comprend les difficultés de tournage, et les performances de ces derniers ont autant plus de valeur. Qu’il s’agisse de la douce Lee Jung-byun qui fait le job en racontant ses misères ou le module expliquant le gigantisme de la reconstitution, nous sommes à l’évidence devant un projet pharaonique, accordé à l’unisson avec précision et professionnalisme.

I.nterview de Ryoo Seung-wan (8 min 03, 1080i)

Interview de 8 minutes du réalisateur réalisée à Sitges par Frédéric Ambroisine, habitué des éditions cinématographiques de cinéma asiatique. Le réalisateur évoque le devoir de mémoire. Bien que ce dernier indique que la version plus courte de 20 minutes soit destinée à la distribution internationale et un soi-disant propos plus acceptable, nous pouvons vous rassurer sur la violence des images et l’empathie ressentie en fin de métrage, le souffle court. Le propos est convenu.

.Bande annonce (1 min 56, 1080p) et teaser (1 min 15, 1080p) français du film

.3 bandes annonces de l’éditeur (Kundo, Nameless Gangster et The Strangers, 1080p)

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DETECTIVE DEE : La Légende des rois célestes (Di Renjie zhi Sidatianwang)

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Genre : action – aventure – fantastique

Réalisateur : Tsui Hark

Acteurs : Marc Chao, Feng Shaofeng, Gengxin Lin

Musique : Kenki Kawai

Durée : 2h12

Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers

Date de sortie : 8 août 2018

Artistique : 4/6

Le pitch : Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le Detective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire…

China Blues. En 2D, 3D ou 4DX

Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués. Une insupportable impératrice (très bien interprétée) placée sous protection. A moins que… On ne peut plus original donc (puisqu’on ne pose même pas la possibilité d’un whodunit final) ; inutile de s’attarder sur une narration déjà vue, entendue ou lue 1000 fois auparavant. Un complot dans les hautes sphères de l’état donc, orchestré pour prendre le pouvoir. Bien.

C’est toujours le problème avec Tsui Hark. Passer de l’excitation lorsqu’on connait le talent du bonhomme, magnifié dans des projets cultes tels que : Zu, les guerriers de la montagne magique (1983), Il était une fois en Chine (1991) ou l’extraordinaire The Blade (1996). Il y a quatre ans, le réalisateur avait prouvé qu’il avait encore beaucoup de choses à dire et pas mal de chevaux sous le capot avec le spectaculaire La Bataille de la montagne du tigre. Pourtant déjà auteur des deux très réussis premiers volets, le metteur en scène se prend pour la première fois les pieds dans le tapis avec la franchise. Nous sommes en effet cette fois plus proche de Double Team… Nous exagérons c’est vrai mais c’est qu’on connait le potentiel du cinéaste et l’attente / exigence est proportionnelle à l’affection…

A bientôt 70 printemps, le hong-kongais rempile une troisième fois pour nous narrer les aventures du facétieux détective. 8 ans après sa découverte sur grand écran, ce mix jubilatoire entre Sherlock Holmes et les virevoltants héros du Wu Xia s’emploie cette fois à révéler au grand jour une machination inouïe.

Avant d‘évoquer les sujets qui fâchent, force est de constater que le bonheur de Hark transpire sur la pellicule. Une bobine généreuse. Tellement généreuse qu’elle semble totalement en roue libre ! Des masques de cire qui s’étripent sur les toits, des gorilles albinos (Oui oui, un peu comme dans le si subtil Rampage), du mobilier qui prend vie (la plus belle scène du film) et des lames de la taille d’un homme ! N’en jetez plus, le film est jouissif et sincère, ses combats dantesques : c’est une certitude. Sa galerie de personnages a elle aussi quelque chose de très attachante. La grande méchante a vraiment une tête à claque, le moine sage ou les seconds couteux de Lee sont bien interprétés et apportent eux de la fraicheur à un script oubliable ; mention spéciale à Sichun Ma, amazone ès casse-noisette géniale mais sous-exploitée.  Malheureusement cela ne suffit pas à faire un grand film.

The Sword ébréchée, la bride abandonnée

L’un des principaux griefs qu’il faudrait in fine retenir (ou pas) de ce troisième opus serait à n’en point douter (et avant son bestiaire) sa direction artistique. C’est moche, tout simplement. Les couleurs sont criardes, l’or prédomine et les associations douteuses faites en dépit du bon sens. Au lieu d’étalonner son film avec trois teintes prédominantes et en justifier une quatrième pour illustrer un propos ; on assiste ici à une bouillie indigeste. Se prenant l’espace de quelques plans pour le Ang Lee de Tigre et Dragon ou le Zhang Yimou du Secret des poignards volants, ce n’est pas faire injure que de constater que le film est de plus particulièrement mal réalisé.

Le cadrage est souvent catastrophique, les mouvements de grue sur-soulignés empiètent sur le fond et le montage est chaotique. C’est la confusion totale, la pagaille, le bazar : au choix. Et ce n’est pas non plus la colorimétrie, malgré une utilisation de la 3D judicieuse mais par définition assombrie qui viendra jouer les contrepoids.

C’est un constat acide et bien dommage car on reste persuadé qu’avec plus de retenue, de pertinence artistique (en se penchant sur Hokusai pour une ambiance feutrée, propice aux manigances par exemple) : le film aurait dévoilé un tout autre visage. Mais rien à faire, l’inspiration n’y est pas. Les tenues de l’impératrice sont honteusement pompées sur Padmé Amidala, certains dangers volants sur les marionnettistes tentaculaires de Naruto et la meilleure scène du film sur un personnage iconique de Dragon Ball Super. Etc etc etc. Bien entendu, les précités sont eux-mêmes issus du folklore historique (Le Roi Singe notamment) mais malgré sa caution « mythologique », le film ne pioche que trop peu dans sa pourtant si riche histoire artistique et géopolitique. Pourrait-on alors oser aller jusqu’à la fainéantise ? Même Kenji Kawai, surdoué compositeur derrière Ghost in the shell, Ring ou son chef d’œuvre absolu Avalon, ne dépasse jamais ici l’esquisse d’un frisson. C’est trop peu pour une telle équipe de rêve.

Difficile de constater que cette fois, le résultat est raté tant la bienveillance, le travail et la générosité transpirent à l’écran… Mais cette accumulation de bonnes volontés ne suffit pas à faire oublier un script indigent, une esthétique indigeste et des inspirations paresseuses. C’est dommage car l’hexagone est cruellement en manque de pellicules de ce genre.

Malgré un détective sous-exposé, on se doute que Tsui Hark, malicieux comme un singe, utilise son film pour détourner la censure chinoise en évoquant l’opium du peuple et les cadavres dans le placard. En attendant donc son prochain bijou (car nous en sommes sûrs, il arrive) et dans un tout autre registre, on se penchera avec beaucoup d’attention sur Une pluie sans fin de Dong Yue. Il semble bien parti lui, pour devenir l’un des films asiatique de l’année.

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Japan Expo 2018. ITW François Baranger – l’illustration démoniaque

Couv 2

L’APPEL DE CTHULHU

FA: Bonjour François. Né en 70, tu es illustrateur, réalisateur, concept-artist et écrivain. Rien que ça. Peux-tu nous présenter tes origines et ton parcours ?

FB: Bonjour, alors soyons honnêtes, réalisateur c’est terminé, ça fait longtemps que j’ai abandonné cet axe d’expression. Néanmoins, je suis bien toujours illustrateur et auteur. L’essentiel de mon activité aujourd’hui est soit de l’illustration (pour le cinéma ou pour l’édition) ou l’écriture de roman. Mais je dois concéder que l’illustration représente au moins 80% de mon activité.

FA: D’où te vient cette boulimie créative ?

FB: J’ai toujours été comme ça. Je me suis longtemps dispersé étant plus jeune, et après mes études d’art, je voulais tout faire ! C’était d’ailleurs mon problème. Du cinéma d’animation avec mes courts-métrages, de la musique, du jeu vidéo, de l’illustration… Mais avec une telle dispersion, on ne va jamais au bout des choses et c’est au moment où j’ai réalisé les inconvénients de cette errance que j’ai décidé de me concentrer sur le dessin. La base de tout pour moi.

FA: Pas de déclic particulier ?

FB: À un moment de ma carrière, constatant que j’avais autant envie de raconter des histoires que de dessiner, je me suis dit que le meilleur moyen serait de faire de la BD. J’ai fait « Freaks Agency », une série chez Albin Michel qui n’a pas bien marché et qui, pour être honnête, avait quelques défauts. Je ne l’assume plus tellement. J’ai compris que c’était une erreur pour moi de m’orienter vers la BD, car c’est un tout autre métier. Je me suis donc consacré au concept art pour ce qui est du dessin, et à l’écriture de romans pour ce qui est de raconter des histoires.

FA: On entend beaucoup parler de toi en ce moment à cause des illustrations incroyables que tu as réalisées pour L’ Appel de Cthulhu (Bragelonne). Freaks Agency était d’ailleurs déjà inspiré de l’univers d’HP Lovecraft. D’où vient cette fascination pour son œuvre et ton obstination a toujours explorer son monde et ses déviances ?

FB: Écoute, c’est encore pire que ce que tu crois : je suis en train de préparer « Les Montagnes hallucinées » !

FA: Quoi!? C’était ma prochaine question, tout comme Freaks Agency. Il faut arrêter d’anticiper toutes mes questions (rires) ! Je voulais évoquer l’adaptation fantasmée de Guillermo Del Toro (qui s’inspire lui aussi très souvent de Lovecraft, notamment dans Hellboy).

FB: Oui, enfin il faut déjà que j’arrive au bout. C’est un gros travail. Ce sera en deux tomes cette fois. Si cela fonctionne, c’est-à-dire que ça marche aussi bien que L’ Appel de Cthulhu, je pense que j’aurai encore la motivation pour au moins un troisième album. J’aimerais faire « L’Abomination de Dunwich ». Après cela, je ne sais pas encore si je continuerai.

FA: Peux-tu nous parler de ton processus de création, notamment avec un matériau de base aussi célèbre. Est-ce d’ailleurs plus difficile que de créer à partir de rien ?

FB: C’est vraiment très différent. Quand j’illustre pour un autre, que ce soit Lovecraft ou un réalisateur pour le cinéma, j’essaie d’accéder à leur imaginaire profond. Je me mets à leur service. Ça a des avantages et des inconvénients. C’est confortable, car on n’a pas à décider si une idée est bonne ou pas. Quand un réalisateur te dit « je veux que le décor soit comme ça » en dépit des propositions que tu as déjà faites, tu t’exécutes, quoi que tu en penses. À l’inverse, lorsque tu travailles sur tes propres projets, tu te trouves dans une sorte de paradis créatif où tout est permis. Mais pour le coup, ce sera ta faute si le résultat final n’est pas à la hauteur.

FA: Dans Actusf.com en 2014, tu déclarais: «Pour moi, créer une image ou créer une histoire ne sont pas des activités si différentes». Tu maries donc la narration dans l’image et inversement en donnant des descriptions précises dans tes romans ?

FB: Je voulais dire par là que les processus créatifs qui mènent à la réalisation d’une illustration ou à l’écriture d’un texte ne me semblent pas si différents. Il faut d’abord imaginer, inventer une scène, un lieu, un personnage, voire un univers. C’est seulement au moment de leur donner forme que ça change : entre le dessin et l’écriture, la réalisation de l’idée est bien entendu très différente.

Dans mon cas, comme l’écriture est une activité secondaire, ça a l’avantage de ne présenter aucune contrainte pour moi. Bien que ce soit parfois fastidieux, notamment dans la recherche de documentation, il n’y a aucune pression de qualité de rendu, de dates à respecter, d’impératifs divers. Et surtout, un livre ne se « voit » pas en un instant, contrairement à une image. Dans l’illustration, si ton dessin pêche, c’est visible tout de suite et par tous ! Si l’on veut capter l’attention du public, une image doit être aussi belle et originale que possible, elle ne peut pas se contenter d’être juste « sympa » ou « cool ». C’est toujours un sacré challenge.

FA: Tu travailles aussi dans le cinéma comme concept-artist, notamment pour les US (Prince of persia, Harry Potter, La Colère des titans) … Comment fait un frenchy pour se retrouver à conseiller une direction artistique sur des budgets colossaux et dans un pays où pourtant les talents sont légions. Un peu de chance, des rencontres, de la persévérance, une vision ?

FB: C’est loin d’être exceptionnel, heureusement. Il y a des milliers de concept-artists talentueux sur la planète qui travaillent pour des centaines de sociétés ! Ensuite, pour la plupart de ces grosses prods étrangères, je n’ai travaillé que sur des petites parties de chaque film, toujours sous les ordres d’un DA ou d’un VFX sup, donc c’était assez peu valorisant au final. Bien moins que ce que je fais en France pour quelqu’un comme Christophe Gans, par exemple.

FA: J’ai également remarqué que, toujours comme concept artist, tu as travaillé sur deux jeux que j’ai adorés. Heavy Rain pour sa narration et son ambiance pesante et Dishonored 2, le bijou du studio français Arkane. Comment abordes-tu des thématiques si différentes, de Se7en au steampunk et quel est ton rôle précis dans la gestation de ces projets.

FB: Ce sont deux circonstances très différentes. Pour « Heavy rain » et « Beyond, two souls », j’ai travaillé chez Quantic Dream pendant plusieurs années, en réalisant à peu près le même job que pour le cinéma : créer beaucoup de concepts pour alimenter les équipes de prod. Pour « Dishonored 2 », je n’ai pas travaillé pour Arkane en direct, mais pour Blur studios, une société américaine qui crée des cinématiques pour les jeux-vidéo et qui était chargée de produire le trailer E3 du jeu.

FA: J’ai interviewé Run en 2015 et nous évoquions la mise en chantier de Mutafukaz avec le studio 4G. Actuellement au cinéma, le film connaît un beau succès critique. Est-ce que le fait de voir tes illustrations dans un long animé pourrait te motiver ?

FB: Qui répondrait non ! Évidemment si quelqu’un voulait adapter l’une de mes histoires, je serais aux anges. Que ce soit « Dominium mundi » ou « L’effet domino » pour mes romans, mais même « L’Appel de Cthulhu », de la même manière qu’on a adapté « Le Seigneur des anneaux » à partir des illustrations de John Howe et d’Alan Lee. Mais je n’ai aucun contrôle là-dessus. Cela relève du pur hasard. Si quelqu’un croise ton travail, s’il l’aime, s’il a les moyens de le faire… Ça fait beaucoup de « si »…

FA : J’ai justement lu la citation de Howe pour ta préface : ça doit faire quelque chose !

FB : Et comment ! Je devais exposer mon travail sur Cthulhu chez Arludik en fin d’année, avant l’annonce de la fermeture de la galerie. Pour mieux expliquer à l’équipe quelle était mon idée générale pour ce livre, j’ai pris comme exemple comment le travail de Howe et Lee avait contribué à sortir Tolkien de l’ornière « auteur pour ados », en lui donnant une crédibilité plus adulte, plus froide, moins exubérante. J’ai calqué ma démarche sur la leur, en m’efforçant de revenir à une imagerie moins « jeu de rôle » (même si j’adore le JdR), un peu plus sérieuse.

À ce moment, les galeristes m’annoncent que deux semaines plus tard, ils font une expo John Howe et qu’ils pourront me le présenter… Heureusement mon anglais plus que moyen n’a pas été un obstacle, car il a fait ses études en France et parle un français parfait ! Il est extrêmement sympathique et surtout, grand amateur de Lovecraft… Durant son vernissage donc, bien qu’il soit très sollicité, il a pris le temps d’échanger avec moi durant une vingtaine de minutes. Nous avons parlé de ce que nous aimions chez Lovecraft et chez des auteurs similaires comme Hodgson ou Machen, et d’autres encore, plus obscurs, que je ne connaissais même pas ! En gros, il m’explique qu’il connaît très bien Lovecraft et qu’il voulait d’ailleurs lui-même faire cette adaptation depuis des années, mais que pour différentes raisons, ça n’a pas abouti. Voyant nos affinités, le galeriste a alors suggéré d’en profiter pour lui proposer d’écrire la préface. Comme il avait trouvé mon travail superbe, il a tout de suite accepté. J’en ai été très heureux.

FA : Abordons maintenant ta présence ici et ton échange avec les fans lors de Japan Expo ? Qu’attends-tu de cette expérience, peut-être de l’inspiration pour un roman ou autre en rencontrant d’autres auteurs ?

FB : Honnêtement, Japan Expo n’est pas forcément le meilleur lieu pour ça, car c’est un peu la Babylone des goodies, de la figurine plus ou moins bas de gamme en fonction des exposants. Je ne suis pas un grand spécialiste de la culture manga, je connais un peu mieux les animes, notamment par les références incontournables que sont le travail de gens comme Otomo, Mamoru Oshii ou le regretté Satoshi Kon. Je pratique aussi cette culture par le jeu vidéo. Je suis un fan hystérique de « Bloodborne » que j’ai fini 5 fois ! Ce jeu a été comme une flèche dans le cœur pour moi. C’est comme si les gens de From Software s’étaient mis autour d’une table et s’étaient dit : on va faire un jeu pour François Baranger ! Au début, plutôt dubitatif, j’ai posé les mains sur la manette chez un ami et là, le choc ! Ce délire architectural, cet environnement disproportionné dans lequel aucune créature n’est plus petite que toi ! Je ne l’ai plus jamais lâché, j’en suis dingue. Je suis tellement frustré qu’ils ne fassent pas de suite que j’en deviens un vrai troll sur internet ! J’ai même posté des messages sur leur page Facebook ! Quand ils ont annoncé « Sekiro, Shadows Die Twice », qui par ailleurs semble super, je leur ai dit « je vous préviens, je n’achète rien tant que vous ne faites pas Bloodborne 2 ! ». C’est faux, bien sûr, j’achèterai Sekiro, mais ça me rend dingue.

FA : Bon je l’ai tâté, j’avoue c’est extraordinaire d’ambiance, de gameplay die and retry, de profondeur et une vraie révérence au travail d’illustrateur. Mais un peu trop dur pour moi ! Mais c’est vrai qu’au lieu de faire les remaster…

FB : C’est un jeu tellement original, à l’univers unique. À l’inverse des styles de jeu où il y a des nouveaux titres sans arrêt, comme les Battle royale en ce moment, là tu n’as pas le choix, si tu veux te perdre dans ce genre d’ambiance : tu ne peux jouer qu’à « Bloodborne » ! Et les « Dark souls » aussi, bien sûr, mais c’est moins ouvertement lovecraftien. Mais tu as raison, c’est très technique. En réalité, l’astuce c’est d’être « en retard » sur le jeu. Il ne faut pas essayer d’avancer à tout prix, mais bien prendre son temps pour farmer de l’XP dès le début du jeu, quitte à refaire plusieurs fois le premier level. Du coup, après tu joues toujours avec un niveau légèrement supérieur à ce que les développeurs ont anticipé pour tel ou tel passage. Ça rend les choses beaucoup plus faciles.

FA : Enfin, plutôt que facile, disons tout juste jouable !

FB : Ok, ok, je l’admets !

FA : Un dernier mot sur tes futurs projets.

FB : En ce moment, c’est donc « Les Montagnes hallucinées ». Le texte est trois fois plus long que l’AdC, ce qui signifie un travail au moins deux fois plus long, qui sera réalisé en deux tomes. Actuellement, je conçois les illustrations du premier tome qui devrait sortir fin 2019. Et durant la fabrication du tome 1, je bosserai sur le second qui sortira alors un an après le premier. J’ai également un autre projet de roman en écriture, depuis 4 ou 5 ans déjà, qu’il faudra bien que je termine un jour, dès que mes aventures lovecraftiennes m’en laisseront le temps ! Et sinon, je viens de terminer la préproduction de « Corto Maltese ».

FA : Quoi !? Je comprends mieux mon envie de te rencontrer, je suis fan !

FB : Ah ah ah ! Eh oui, c’est le prochain film de Christophe Gans, en live cette fois, pas en anime. Mais je ne peux rien dire à ce sujet : ni quel album ils ont choisi ni évoquer le casting.

Un grand merci à toute l’équipe de Japan Expo, aux éditions Bragelonne, à Déborah Zitt pour leur gentillesse et François Baranger pour son érudition et sa disponibilité.

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Horse Soldiers

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Genre : action – guerre – aventure

Réalisateur : Nicolai Fuglsig

Acteurs : Chris Hemsworth, Michael Shannon, Michael Peña

Musique : Lorne Balfe

Image :1080p – 2.39 – 16 :9 natif

Son : Français et Anglais DTS HD Master Audio 5.1 – Piste d’audiodescription DTS-HD MA 2.0 stéréo et sous-titres pour malentendant

Sous-titre :  Sous-titres Français

Durée : 2h11

Distributeur : Seven 7

Éditeur : Metropolitan Vidéo

Date de sortie : 31 mai 2018

Artistique : 4/6

Technique : 5/6

Interactivité : 3/6

Le pitch : Le capitaine Mitch Nelson est le chef de l’unité des Forces Spéciales qui a été choisie pour une périlleuse mission secrète. Son détachement et lui sont envoyés en Afghanistan, en plein conflit armé, pour apporter leur aide aux Afghans dans leur lutte contre les talibans…

RAMBO III : « That you guys don’t take any shit »

Partant du postulat inattaquable post 11/09, difficile de prime abord d’éclaircir les intentions premières du cinéaste débutant. A l’inverse du dramatiquement prophétique Made in France de Nicolas Boukhrief, de Zero Dark Thirty à Vol 93 ou World Trade Center, nombreux sont les métrages traitant de manière plus ou moins frontales de la tragédie humaine et (géo)politique encore cicatrisante du 11/09/2001. L’Espagne exorcisait ses démons franquistes par le spectre de l’épouvante suggérée, la catastrophe nucléaire d’Hiroshima sous le vernis friable de Godzilla… L’Amérique elle, comme à son habitude, ne s’embarrasse pas d’encombrants oripeaux et, pour paraphraser le verbe d’un certain Chuck, met les pieds où elle veut.

Après donc une exposition express (attentats – parachutage en zone de guerre – bottage de cul héroïque) le film plonge tête la première dans le patriotisme et le premier degré. Aucune nuance, aucune exposition à la tempérance bienvenue ; on est ici dans le pur produit acquis d’avance. Ils sont beaux, forts, solidaires, vibrent pour la nation avec même ce soupçon de fébrilité et de doute qui en font des héros. On ne peut pas stratifier la souffrance d’une nation au nombre de ses victimes. Charlie Hebdo, le Bataclan, Nice… Nul doute qu’on imagine « sans peine », ayant vécu nous aussi notre lot d’évènements chaotiques, le drame vécu. Nous sommes ici face à une œuvre de cinéma, à juger en tant que telle, ni plus, ni moins. Difficile alors de jongler avec le fil particulièrement fragile avec lequel l’Amérique joue au soldat, entre nationalisme exacerbée, impérialisme conscient et leçons sanglantes et empiriques… Produit par Jerry Bruckheimer, le film, oh surprise dégouline d’emphase, de glorification et d’un méchant aussi subtil qu’une roquette dans la tronche.

LA CHEVAUCHÉE FANTAISISTE

Ce n’est pas une nouveauté, mais même si on connait la chanson, on aurait apprécié une écriture enfin subtile, avec des variations thématiques bienvenues, des clins d’œil évoquant le traumatisme des dernières décennies ou des leçons tirées de leurs propres méfaits… Ce n’est pas encore pour cette fois. Heureusement tout n’est pas à jeter dans cette apologie de la loi du talion.

12 Strong (le ton est donné) est notamment à saluer par son ambiance et le soin apporté à l’illustration de son propos. Les images sont magnifiques (le cadrage par drone fait souvent mouche), les travelling et dezoom laissant imaginer la complexité d’évoluer dans des vallées aussi arides, hostiles et escarpées. Malgré son manque d’expérience, le réalisateur parvient à livrer un produit calibré mais efficace. Plongé au cœur de l’action (notamment grâce à un très bon travail sur le multicanal), on se plait à entrevoir des bribes d’humanité chez ses guerriers prêt à tout pour sauver leur idéal. Plus proche des montagnes d’Afghanistan de Rambo III que de Sergio Leone (et attention, on ne parle ici que de réalisation !), ces bérets verts s’ils ne brillent pas par leur nuance, transpirent l’engagement et la conviction. Four intersidéral dans l’Hexagone (moins de 100 000 spectateurs malgré plus de 200 copies), il se peut que le film s’offre une seconde jeunesse en vidéo. Porté par un Thor qui fait le job et malgré un Michael Shannon sous-exposé, c’est le souvent génial Michael Peña qui porte le film sur ses épaules, un second rôle savoureux. Des forces spéciales, c’est par le prisme d’un Chris Hemsworth se muant en prédateur qu’on narre le chemin de croix de cette équipe. Une équipe qui, une fois n’est pas coutume, parviendra à surmonter ses griefs en apprenant à tendre la main à des révolutionnaires afghans tout en évitant d’approfondir le débat occupation / alliance.

Récit sans surprise, Horse soldiers est à appréhender en ayant conscience de ses failles. Généreux, et parfois jouissif (surtout dans son dernier tiers), on lui reprochera une vraie timidité autant dans l’écriture de ses porte-étendards (Shannon invisible) que dans ce front commun sous exploité entre afghans et soldats us. Après Exfil, le second film de Fuglisg tiré du roman éponyme est donc une œuvre calibrée et sans surprises mais dont le soin apporté à sa plastique (photographie et démesure des décors) fait oublier un chef taliban insipide ou une écriture clichée.

LA TECHNIQUE

Image : Master impeccable, contrastes denses et couleurs vives, rien à reprocher de ce côté-là. La définition est nette, les noirs profonds. Si ce n’est quelques chutes ici et là, c’est très propre

Son : L’un des gros points forts du titre. Le DTS master audio 7.1 est incroyablement jouissif ! Dynamique en diable, on vit dans du pur Bruckheimer. Les explosions bien entendu sont dévastatrices et exagérées mais qu’importe, c’est immersif au possible. L’impact des basses est inoubliable

Interactivité :

Acte de guerre : la réponse de l’Amérique (12 minutes). Module traitant de la monumentale statue de bronze imaginée par le sculpteur Douwe Blumberg. Visible depuis 2011 devant le National September 11 Memorial & Museum à New York ; l’œuvre est empreinte de sens et d’intensité.

Horse Soldiers : la réalisation d’une mission impossible (22 minutes). L’intérêt principal de ce cours making of est, au-delà de l’envers du décor, de l’entrainement militaire des acteurs et de quelques interviews convenues, de mettre face à face les véritables soldats ayant vécu les évènements et leurs avatars : le capitaine Mark Nutsch qui était à la tête du commando ODA 595, son second, Bob Pennington, et le général John F. Mulholland Jr

Bandes annonces (4 minutes de films disponibles chez l’éditeur)

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KILLING GUNTHER

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KILLING GUNTHER

Genre : Action – Comédie

Réalisateur : Taran Killiam

Acteurs : Arnold Schwarzenegger, Cobie Smulders, Taran Killiam

Musique : Dino Meneghin

Image : MPEG-4 1080p – 1.85 :1

Son : Français – Anglais DTS-HD master audio 5.1

Sous-titre : Français, anglais, espagnol

Durée : 92 minutes

Distributeur : Seven 7

Éditeur : Metropolitan FilmExport

Date de sortie : 31/05/2018

Artistique : 1/6
technique : 2/6
Interactivité :1/6

Le pitch : Un groupe d’assassins excentriques ne supporte plus la concurrence de Gunther, le plus grand tueur à gage au monde. Ils concoctent alors un plan machiavélique pour l’éliminer mais leurs tentatives échouent lamentablement. Gunther a toujours une longueur d’avance…

Il FAUT TUER LE SOLDAT SCHWARZY!!

Exception faite de Last action Hero et True Lies, c’est bien Le dernier rempart qui avait prouvé qu’il était encore possible de jouir d’un métrage drôle, attachant, surprenant, bourré d’adrénaline et de taglines savoureuses avec le Terminator.  C’est cette fois beaucoup plus compliqué de trouver, de piocher, de creuser à se casser les ongles afin de trouver quoi que ce soit de jouissif dans ce Killing Gunther. Les décors d’Ermanno Di Febo-Orsini par exemple transpirent l’amateurisme (les voitures calcinées en stud… euh dans la rue, la course poursuite dans des bureaux désaffectés et en carton…). Les incrustations numériques elles sont risibles et le pitch déjà-vu est toujours génial (une course poursuite entre tueurs à gage) mais tombe à plat faute à des personnages très mal écris (c’est quoi ce vieillard ?? Ce bras bionique ?? Cette pin-up caution ??).

Exception faite de l’homme à la mèche (qui pourtant réalise un film à sa propre gloire) et de monsieur explosif, les différents porte-flingues, malgré une visible volonté d’originalité et de légèreté ne donnent jamais l’impression d’être ni dangereux, ni consistant. On suit donc sans trop savoir pourquoi une bande de bras cassés (portant considérés comme la crème de la crème) décidés à assassiner le meilleur d’entre tous : le tueur de Predator alias Gunther. Plagiat éhonté des pitch de Kill Bill etC’est arrivé près de chez vous(sans la virtuosité ou l’érudition des précités), ce budget fauché ne réussit jamais à faire oublier son indigence et un propos vain.

LAST ACTING HERO

Au-delà donc du fait que Conan ait fait son Bruce Willis (soit faire vendre un film sur son nom pour un gros chèque, deux jours de tournage et 15 minutes à l’écran). En dépit également d’un film malhonnête : regardez l’affiche puis attendez le dernier quart d’heure pour voir notre Last action héro… Compte-tenu enfin d’une réalisation insupportable (sorti moins de 6 mois après, regardez A Ghost Story et admirez un cinéaste), d’effets spéciaux honteux, d’un ton décalé faisant mouche une fois sur 10 et d’un postulat inexistant (d’où vient l’équipe de tournage, comment cette rencontre a eu lieu, qui sont réellement ces tueurs ?) : impossible de trouver quoi que ce soit à sauver dans le film. Priant pour que monsieur Killiam n’ai jamais plus l’envie de passer derrière la caméra (car c’est le seul qui joue à peu près juste), on ne peut donc que vous invitez à fuir le film comme la peste. Jamais vraiment drôle, surprenant et surtout audacieux, Killing Gunther possède donc le goût insipide de productions fauchées ET cyniques.

Ça fonctionnait parfois dans les années 80. La pilule s’avale beaucoup plus difficilement en 2018. Ce, malgré L’IMMENSE ET INDEFECTIBLE amour que l’on porte à Arnold. Raté voir injurieux, ce Killing Gunther n’a donc ni la saveur des productions bancales mais sincères, ni la maitrise de films à l’humour décalé et avant-gardistes comme Fargo ou ceux de Robert Rodriguez. On est ici à 1000 lieues, quel que soit l’endroit où on l’envisage ; la bienveillance forcément aux abonnées absentes…

 LA TECHNIQUE

Image : Malgré une caméra ivre : le piqué et la définition sont satisfaisants. Les couleurs éclatent à l’écran, pétillantes et offre même une clarté appréciable même dans les tonalités les plus sombres.  La profondeur de champ elle est impeccable. Jamais prise en défaut, le contraste vu à l’écran n’est donc pas critiquable et encore moins le pire défaut du film.  Malgré une personnalité absente et un soin inexistant, c’est donc la technique qui agresse la rétine. Les cadrages sont catastrophiques et digne du pire des DTV. La « pellicule » est un crachat dans le porte-monnaie et le montage à proscrire dans toutes les écoles de cinéma. Les found footage et fake documentaries ont pourtant livrés de véritables pépites quand elles servaient un propos, une réflexion d’auteur, une mise en abyme (Blair witch project, Documents interdits, Rec). Découpage immonde, problèmes de raccords grossiers, explosion en incrustation qui feraient rougir le 3ème assistant réal du pire des Sharknado, n’en jetez plus : tout cela est particulièrement agressif. Qui a dit qu’on devait faire un mauvais film sans budget ? Trimballer sa caméra n‘importe comment et embaucher des comédiens ratés ?

Son : Le minimum syndical est fait, notamment avec des moments punchy où l’ampleur et le recul des armes ou des explosions (en sfx) sont englobantes. Pour le reste, le mixage est très souvent limite (un tour de passe-passe grâce à la caution « documentaire pris sur le vif ). Mention spéciale au doublage français, on n’a pas vu pire depuis Maitresses et patientsdes Inconnus. Mais eux c’était volontaire…

Interactivité :bandes annonces de films avec Schwarzenegger.