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Traque à Boston

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Patriots Day – USA – 8 mars2017

Genre : Thriller – Drame
Réalisateur : Peter Berg
Acteurs : Mark Walberg, John Goodman, Kevin Bacon, Michelle Monaghan
Musique : Trent Reznor et Atticus Ross
Durée : 2h13min
Editeur/distrib. : Metropolitan
Date de sortie : 8 juillet 2017

Image : 2.35 HD 1080P (AVC) 16/9
Son : VF et VO DTS MASTER AUDIO 5.1
S-T : Français / Anglais – sourds et malentendants

Film : 4,5/6
Technique : 5/6
Interactivité : 5/6

Synopsis : Alors que la ville de Boston est sous le choc de multiples explosions, le sergent de police Tommy Saunders rejoint les enquêteurs sur le terrain dans une course contre la montre pour traquer et arrêter les auteurs avant qu’ils ne frappent à nouveau. Croisant les parcours de l’agent spécial Richard Deslauriers, du commissaire Ed Davis, du sergent Jeffrey Pugliese et de l’infirmière Carol Saunders, ce récit sans concession évoque la chasse à l’homme la plus complexe jamais mise en œuvre par la police américaine – et rend un vibrant hommage aux héros du quotidien…

Cet article est humblement dédié à toutes les victimes d’actes terroristes. Quelques soient leur religion, leur couleur de peau, leurs affections politiques et surtout leur localisation sur NOTRE planète.

A WORKING CLASS HERO

Sur le papier, difficile de dissimuler l’écume au coin de nos lèvres avant d’insérer la galette. Les surdoués Trent Reznor (NIN) et Atticus Ross au score (Oscar de la meilleure musique pour The Social Network), Kevin Bacon, Mark Wahlberg (excellent), John Goodman ou Michelle Monaghan face caméra, le meilleur film de Berg selon Cinemateaser (pourtant auteur de Deepwater, Very Bad Things ou Du sang et des larmes)… N’en jetez plus, à la manière de certains métrages bien aidés par la caution ‘inspirés de faits réels’: Traque à Boston ou plus honnêtement Patriot’s Day, possède de prime abord tous les atours pour brosser dans le sens du poil le cinéphile au grand cœur, Vol 93, Tu ne tueras point ou The 33 en tête. Et pourtant…

Pourtant le monde saigne de ces ignominies jours après jours. Chocs, incompréhensions et désespoirs devenant peu à peu des scarifications du quotidien. Boukhrief et Made in France était tristement prophétiques. Une fois n’est pas coutume, impossible de jouer les blasés ou les acides fouteurs de merde. Le film est émouvant oui, la réalité elle, est dramatique. Nice, Bruxelles, Boston, Sousse ou Paris, les balles pleuvent et les destins s’écroulent. Tout cela était à préciser car bien entendu, la corde sensible vacille et le premier degré serait aisé. Nous tacherons donc d’être, au minimum: objectif, au mieux, respectueux. Là où le cinéaste français glaçait le sang par une approche clinique quasi documentaire de cette préparation d’attentat, Berg lui, malgré tout les moyens et casting (dont un Kevin Bacon qui accepte quelques minutes à l’écran) à sa disposition ne verse (presque) jamais dans le larmoyant et le sensationnalisme. Le tout au profit de l’hommage et de la documentation. A l’inverse des bonus du Blu-ray donc (parfois vraiment limite sur la corde sensible), le film se meut au fil des minutes du portrait /tranche de vie du flic/ouvrier/travailleur américain moyen pour glisser vers un thriller urbain haletant et tendu comme un détonateur.

MARATHON MAN

Walberg on le sait adore et excelle dans le rôles de grandes gueules aux mains caleuses. Originaire lui même de Boston, Il retrouve donc ici un cinéaste parfait pour ce genre de «compte-rendu» (voir Deepwater avec le même duo) et le couple formé avec la délicieuse Michelle Monaghan est criant de vérité. Pour cette chasse à l’homme qualifiée comme la plus complexe jamais organisée aux USA, inutile de chercher à dramatiser la réalité, cette dernière ne nécessitant aucune esbrouffe… Jonglant avec les réactions de méfiances ordinaires, la pression des médias, la tempérance de l’information de la population ou le sauvetage des blessés, la tâche du cinéaste ou plutôt des cœurs brisés devant se relever après telle catastrophe force le respect. De l’arrivée hypnotisante du marathon (le plus vieux du monde) à un face à face final en pleine rue inoubliable, le cinéaste a eu l’intelligence de s’effacer au profit des hommes. La poursuite des deux terroristes est ainsi aussi stressante que la recherche de survivants, la découverte des événements ou le soutien des familles… Je suis Charlie, je suis Boston, je suis la solidarité. Et c’est vrai que l’humanité est belle lorsqu’elle avance dans la même direction. Poignant et cathartique, quelque soit votre deuil, le rappel de valeurs d’empathie et de bienveillance ont parfois du bon, surtout quand le portrait des deux responsables se nuance par sa sobriété, son approche questionnant les certitudes de ces deux jeunes destins perdus et aux idéaux confus.

Malgré une carrière désastreuse en salles (mémé, de manière assez incompréhensible, sur le sol américain) dont l’exploitation mondiale ne couvrira même pas le budget initiale de 45 millions , nous ne saurions que trop vous conseiller de vous pencher sur ce blu ray de haute facture et riche en suppléments. N’oubliez pas de rester jusqu’à la dernière seconde de pellicule, les dernières minutes du générique, marquantes, rendant un dernier hommage éprouvant laissant la rétine humide. Un film important et salutaire malgré un patriotisme toujours aussi encombrant.

Liste des bonus : bande annonces, featurettes revenant sur les événements, avec des protagonistes de l’époque ou de l’équipe du film. Convenus mais indéniablement émouvants: notamment pour ceux qui ont vécu les dramatiques et récents attentats européens. Inutiles de préciser le contenu de chacune des featurettes tant leurs constructions sont identiques. Victimes amputées, acteurs, techniciens, rescapés ou flics peinent à cicatriser et tentent de rendre hommage à leurs coéquipiers, à leur famille, à leurs souvenirs ou à leur disparus. Plongé dans le pathos certes, mais comment en être autrement… Plus de 90 minutes de bonus dont les témoignages de médecins, la volonté première de l’équipe: ne pas faire du film un objet commercial (pour le coup c’est réussi) et un tournage réalisé aux trois quarts dans les lieux réels.

Boston strong : trois courageux héros (22’29)
À la recherche de l’authenticité (11’21)
Boston bond: retour sur la tragédie (21’43)
L’histoire des vrais patriotes (19’48)
L’engagement des acteurs (5’51)
Rencontre entre cinéma et réalité (18’13)

Image : 5/6. Précise et léchée, le piqué et la définition de l’image sont impeccables. Jonglant avec les clairs / obscurs, la photo rappelle sans cesse l’image d’Épinal d’une Boston qu’on imagine grisâtre, industrielle, rouillée et pour autant transpercée de lumière. Balayant sa caméra entre archives et prises de vues, le cinéaste cherche autant à s’inspirer de The Shield que du 20 heures. C’est réussi et esthétiquement cohérent.

Son : 5/6 . Le mixage audio surprenant lors de certaines explosions (des cœurs ou de la ferraille) laisse exploser sa rage lors d’un final abrutissant. La guérilla urbaine est inoubliable de vibration, d’écho, de perte de repères et du manque d’air. Magnifié par la partition des deux génies, la musique fait très bien son job. Comme tout le monde.

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Aftermath

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Aftermath – USA – 2017

Genre : Drame
Réalisateur : Elliott Lester
Acteurs : Arnold Schwarzenegger, Maggie Grace, Scoot McNairy, Kevin Zegers, Glenn Morshower, Hannah Ware, Mariana Klaveno…
Musique : Mark D. Todd
Durée : 94 min
Image : 2,35 : 1 – HD 1920 x 1080p – 16/9
Son : VF et VO DTS-HD Master Audio 5.1
S-T : français, anglais

Editeur/distrib. : Metropolitan FilmExport
Date de sortie : 18 juillet 2017
Site officiel : http://lionsgatepremiere.com/aftermath-the-movie

Film : 3/6
Technique : 4/6
Interactivité : 1/6

Synopsis : Le 21 juillet 2002, deux avions entrent en collision dans les airs. Une conjonction d’événements et de négligences ont abouti au drame, mais un contrôleur aérien est vu par le conjoint d’une victime comme le seul responsable…

Le dernier rempart, Evasion… Autant de séries B jouissives prouvant que notre Terminator adoré s’emploie depuis quelques années à multiplier les rôles propres à lui offrir matière à s’épanouir. Quid donc de ce Aftermath dont la lecture du synopsis souffle pourtant le tiède, dès l’entame.

Aftermath : le Copland du pauvre ?

A l’image du sympathique Maggie (surtout grâce à son script) : les rôles récents de l’ancien roi des barbares (a crontrario d’un Sly qui pète toujours le feu à 71 ans !) prouvent que le wagon des constats pragmatiques est désormais en gare. Malgré en effet un Sabotage bien bourrin (et bien bas du front aussi) et quelques fulgurances de ci de là, le chêne autrichien ne cache plus l’âge de ses artères et oscille entre réussites second degré et fadaises embarrassantes. Pas de sortie en salles cette fois donc… Malgré tout l’amour assumé que la génération 80-90’s porte à la mégastar de ces décennies bénies (Last Action Hero, Predator, Terminator, True Lies, Conan…), force est de constater que la fin de carrière est-elle plutôt poussive. En 2011, il quitte son poste de gouverneur et peine alors à retrouver un second souffle. Après les réussites citées en début d’article (notamment l’hilarant et décomplexé Dernier Rempart), les déceptions critiques que furent Terminator Genesys ou Sabotage  précipitent droit devant M Univers dans les abimes des productions fauchées, rejoignant ainsi les Travolta ou De Niro. Et malheureusement, Aftermath ne viendra pas contredire cette impression… Prenant le pari très risqué de suivre deux très bonnes pellicules à la thématique analogue (l’erreur humaine et les drames aéronautiques) que furent Flight et Sully, le metteur en scène n’a pas réussi à sortir Schwarzy de sa torpeur. Ses expressions et sa capacité d’acteur sont malheureusement loin d’égaler celles de Tom Hanks ou Denzel Washington et l’histoire pauvre et fade qui parcourt le film peine à soutenir le moindre intérêt. Vigilante en mode gériatrie, on est loin, très loin d’un abandon aux démons d’un Death Sentence par exemple.

A l’aube de la justice

C’est ainsi frustré par un script lambda et un film qu’on aurait aimé adorer que l’on suit cette aventure avec énormément de distance. Prévisible au possible, on imagine sans mal le déroulement exact des 90 minutes en à peine quelques scènes. Exposition, drame, désespoir, vengeance. N’en jetez plus, tout ça sent effectivement le réchauffé à plein nez. Si ce n’est donc la très bonne prestation de Scoot McNairy, le reste des impératifs du film « portrait et désespoir » manquent à l’appel. Maggie Grace continue, de manière incompréhensible, à faire des films (mais c’est là sa meilleure partition !), Arnold aimerait faire son Copland sans jamais y parvenir et les strates temporelles découpées sans raison apparentes ressemblent plus à un artifice qu’à une idée de génie. On pourra toutefois, malgré l’aspect mineur de la réalisation : saluer une économie de moyen bienvenue permettant de suivre cette aventure comme un documentaire, à la fois empathique et didactique. Pas de surcharges larmoyantes, de plongées de caméra exaspérantes, de pathos malvenu : la sobriété du film est sans doute sa plus grande force. Sans être désagréable, l’expérience est ainsi simplement convenue et vite oubliée.

A la lecture des trois lignes de synopsis, vous en saurez donc suffisamment sur  la moitié du film et pour peu que vous trainiez vos guêtres dans les salles obscures, gageons que vous n’aurez pas de mal à envisager la suite d’une histoire qui se focalise sur un père à la recherche de la vérité. Tiré d’une histoire vraie pourtant bouleversante et malgré la caution Aronofsky, on ne saura que vous conseiller, dans un registre similaire, de vous plonger dans l’excellent Traque à Boston. On regrettera même que le film ne se soit pas plutôt attardé sur Jacob, le tour-opérateur responsable de la collision entre deux avions. Noyé sous une culpabilité dévorante, sa vie de famille scarifiée eut peut-être été un angle plus judicieux…

On retiendra enfin quelques scènes marquantes : les quelques secondes de désespoir du contrôleur aérien lorsqu’il réalise le drame (visiblement, dans la réalité, ce dernier était insupportable de suffisance), la confrontation en fin de métrage ou l’incroyable séquence d’errance en forêt. Un film mineur et aux nombreux défauts mais à la sincérité évidente.

Liste des bonus : bande annonces, featurette. Mini-making of d’à peine 7 minutes, c’est peu de dire que le bluray d’Aftermath est  chiche en suppléments. On y évoque rapidement le script de Javier Gullon (scénariste d’Agnosia et d’Enemy de Denis Villeneuve).

Image : 4/6. Une jolie photo signée Pieter Vermeer (Lost River) dont le piqué rend hommage aux paysages enneigés et à la tombée de la nuit.

Son : 3/6 Une ampleur somme toute basique mais des basses bien profondes.

 

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STARVE

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STARVE: Cuisine et dépendance

Scénario: Brian Wood
Dessin: Daniel Zezelj
Paru le 14 avril 2017
Collection: Urban Indies
Pagination: 256 pages
Prix: 22,50 euros
Note: 4,5/6

Synopsis:Dans un monde où les inégalités ont achevé de fracturer la société en deux. Puissants comme laissés pour compte se réunissent autour d’un programme de télé réalité culinaire, Starve. Créé par le célèbre chef Gavin Cruikshank et mettant en scène une série de défis tous plus obsènes les uns que les autres. En exil choisi depuis plusieurs années, le chef Gavin décide de revenir mettre de l’ordre dans son émission en enseignant à l’élite une leçon qu’elle n’est pas prête d’oublier…

De retour après DMZ et Rebels, Brian Wood pointe le projecteur dans ce récit complet sur une humanité qui ne parvient toujours pas à accéder à la félicité ou l’érudition. Plongeant au contraire cette dernière dans un cauchemar de division, de superficialité et de cynisme, riches et pauvres abandonnent leurs identités dans un show télévisé vulgaire et nauséabond. Les rues, toujours plus sordides et puantes régurgitent elles des sans-voix à l’horizon depuis longtemps sans issue.

CAUCHEMAR EN CUISINE

Top Chef, Le meilleur pâtissier, Norbert en cuisine… Les shows télévisés consacrés à l’art culinaire, depuis une bonne dizaine d’années, poussent comme des champignons (sic) sur le petit écran jusqu’à la nausée (resic). Détournant les codes de ces dernières dans un ouvrage n’étant pas sans rappeler le jusqu’au boutisme punk de Transmetropolitan, les auteurs de Starve abandonne un lecteur dans un monde d’immondice, de révolte: une ville à l’urbanisme exacerbé et anarchique dont la moralité n’est pas sans rappeler le Neo Tokyo d’Akira. Brian Wood au scénario donc (Conan, X-Men) et la plume incendiaire de Zezelj (Luna Park) détournent ainsi le populaire show préféré de la ménagère de moins de 50 ans pour en faire un brûlot anti-consumériste couillu et acide. Interrogeant chacun sur l’intégrité et la moralité de nos certitudes par le biais d’une identité visuelle unique et agressive (aidé il est vrai par les couleurs sans concessions de Dave Stewart: Sandman Ouverture), les deux comparses livrent avec Starve un brûlot incendiaire dont le monde étouffant pourrait se trouver en réalité bien mois éloigné de notre décennie qu’on pourrait le croire.

LE TORCHON BRÛLE. ET LE MONDE AVEC LUI

Aussi surdoué derrière les fourneaux que paumé dans son rôle de père absent et toxico, Gavin Cruikshank, ancienne légende de la boite à images débilitantes a enfui depuis un bail sa toque sous un immondice de casseroles (dans tous les sens du terme). Parano, agressif mais sincère et complètement barge quand la bêtise humaine fait fi du bon sens le plus élémentaire, le chef se réfugie dans une Asie fantasmée lorsque ses démons le rattrapent, à la manière d’un John Rambo, l’utilisation de couteaux de survie différant toutefois quelque peu. Lorsque le colonel T, euh les producteurs de l’émission phare qui l’a rendu célèbre se plient en quatre pour quémander son retour, notre artiste Es marmites tient bien à tout faire exploser sur son passage. De la surmédiatisation aux dangers de la surproduction, de la critique cinglante de la recherche de l’audimat pour des cochons qu’on gave jusqu’à plus faim à la peinture d’une humanité compartimentée et grotesque, le génie de ce court récit réside toutefois dans son propos. En effet, le bonheur de cette lecture explose parce qu’une fois n’est pas coutume, notre héros ne se contente pas de cracher à la gueule des puissants (bien qu’il le fasse aussi!) en enfonçant des portes ouvertes mais assume toujours son être au monde. Persuadé d’être dans le vrai, que ce soit en défonçant des crânes à coups de marteau ou en servant des plats orgasmiques réalisés à base de restes (toujours le propos économique ET social), le chef cultive sa rupture avec les prétendues attentes d’un public hypnotisé et jette aux yeux du monde un propos virulent et bienvenu. Magnifié par le trait anguleux et les encrages complexes de Zezelj, le comic book se reçoit comme un coup de pelle (à tarte hi hi hi) dans la gueule et se permet même le luxe de livrer de savoureuses et authentiques recettes.

Malgré une aparté père-fille un peu mièvre et donc jurant avec le caractère punk du héros, des personnages secondaires sous-exploités et qu’on aimerait découvrir dans un second voir troisième tome (comme Dina), Starve est une vraie bouffée d’air pollué, de gaz d’échappement mais un symptôme inattaquable. Ravagé ou effondré, le monde de Wood n’est portant pas sans lueur d’espoir. De Greer son ex femme complètement hystérique à son rival de toujours Roman, tout ce petit peuple subit les affres d’un monde qui s’effrite mais qui tient toujours debout, même s’il ne se rattrape qu’a une brindille. Malgré un prix franchement élevé et peut-être en espérant un second tome eu égard à un personnage principal attachant et charismatique, Starve est donc un vrai régal (resic) transpirant la sueur et l’exigence. Rythme trépidant, colorisation et découpage impeccables, violence graphique frontale sans concessions: mieux vaut se rendre à l’évidence: malgré un goût d’inachevé frustrant (on aurait aimé un crescendo proche d’un Running Man): Starve est une sacrée découverte et un morceau de choix pour ce premier semestre 2017. Bon appétit!

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Le Fulgur / Tome 1 : Au fond du gouffre

ottam

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Chrisophe Bec / Scénario
Dejan Nenadov / Dessin
Yvan Villeneuve / Couverture
Tanja Cinna (Couleurs)

Paru le 19 avril 2017
Genre : fantastique
Éditeur: Soleil
Reliure : Couverture rigide
Nombre de pages : 64
Poids : 664 g.
Dimensions : 32,3 x 23,4 cm
Langue : Français

Un voyage steampunk au fond des mers en quête d’un inestimable trésor englouti, par le co-auteur de Sanctuaire. 1907. Suite à une terrible tempête, un navire voguant dans le canal du Yucatan sombre dans une fosse sous-marine avec un milliard d’or pur dans ses soutes. Bientôt, un groupe hétéroclite, savants, aventuriers, hommes d’affaires et journalistes, embarque à bord du Fulgur, un sous-marin unique en son genre, afin de retrouver la cargaison perdue. Mais leur aventure à 4 000 mètres de profondeur va rapidement prendre une tournure défiant l’entendement!

Voyage au centre de la terre

Nouvelle série événement du surdoué Christophe Bec: auteur du captivant Olympus Mons déjà chroniqué sur le site (malgré un morcellement d’intrigues déroutant), Le Fulgur reprend, autant le dire d’emblée, avec brio tous les codes inhérents au récit d’aventure du XIXème. L’autodidacte révélée grâce au salué Prométhée, aidé cette fois du non moins célébré serbe Dejan Nenadov (multi-récompensé, vous pouvez également vous plonger dans la série Arcanes chez Delcourt), livre une nouvelle fois un travail admirable de cohérence. En effet, récit et illustration sont ici incontestablement complémentaires et provoque un sentiment de grande affection chez le lecteur, eu égard notamment à un investissement et une implication transpirants dans chacune des cases. De la magnifique couverture (après celle d’Olympus Mons déjà inoubliable), à un trait magnifiant des personnages aux caractères bien trempés et identifiables.

Jeté par dessus bord en 1907, nous suivons donc l’aventure de l’équipage diversifié du Fulgur, sous-marin révolutionnaire à l’esthétique Steampunk, (TRÈS) inspiré des récits du pape Jules Verne et dont la raison de vivre est de plonger à 4 000 mètres de profondeur. Tel un James Cameron et son Titanic avant l’heure, notre milliardaire cherche à mettre la main sur la cargaison d’or perdu des soutes d’un navire englouti aux alentour du canal du Yucatan. Comptant bien sur un retour sur investissement, le capitaine et ses hommes devront ainsi, sans surprises, faire face à d’ inédits dangers et compter les uns sur les autres afin de surmonter ce surprenantes épreuves. Rien de nouveau sous le soleil de l’horizon certes mais Le Fulgur se veut un vibrant hommage au récit d’antan et, bien qu’un peu naïf, cite avec révérence des chefs d’œuvre aussi divers que 20 000 lieues sous les mers que La Machine à voyager dans le temps.

0,71 lieue sous les mers

Récit classique mais soigné et d’une fluidité assez imparable, le fil déroule avec délicatesse toutes les pièces de son puzzle. Exposition des personnages et de leurs motivations, mise en scène du vaisseau, éléments déclencheurs contrariants… Tout ceci est balisé mais se suit s’en déplaisir. Premier tome d’un série qu’on imagine courte mais dense (on pense à 3 ou 4 tomes), Le Fulgur est un véritable hommage aux aventures candides de notre enfance, du film de cape et d’épée au bijou de Lovecraft: Les Montagnes Hallucinées. Prévisible donc mais peaufiné. Monstres inconnus peuplant les profondeurs marines (pour information, la lieue marine a comme origine la limite du champ visuel, l’horizon donc, d’un homme de taille moyenne (175 cm) debout, les pieds au niveau de la mer), montée de tension dans l’équipage, séparation des explorateurs ou drame inattendu, l’aventure demeure en effet convenue et manque de surprises. Nous espérons par exemple que le second tome nous offrira quelques planches et double pages spectaculaires, un aspect manquant dramatiquement à ce premier volume. En l’état, on saluera tout de même un crayonné permettant un bond d’une bonne cinquantaine d’années dans le temps, l’époque des pulp et onomatopées, magnifiant des thématiques toujours aussi efficaces que sont la solidarité face à l’adversité, la soif d’aventure et l’apprentissage par l’échec. Parfait avatar du capitaine Némo, Claudian version 2017 est donc un fier représentant du récit de Paul De Semant, paru dans la revue Le Globe Trotter en 1907.

Si donc, comme 99% des lecteurs de bandes dessineés vous adorer vous laisser enivrer par les récits de monstres, de savants-fous, d’exploration de mondes inconnus et avez usé vos culottes courtes au fil des pages de M Verne, nul doute que les aventures de l’équipage du Fulgur devraient autant vous faire retomber en enfance que saliver en attendant la suite, la dernière page se voulant particulièrement frustrante. Une fois n’est pas coutume, un grand bravo à l’auteur non seulement pour ses magnifiques textes calligraphiés (bien que pas toujours évident à décrypter), mais surtout pour son langage châtié qui rappelle à quelle point la langue françaises est belle quand elle est employée avec érudition. Merci M Bec.

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SNIPER GHOST WARRIOR 3

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Sniper: Ghost Warrior 3 raconte une histoire de fraternité, de foi et de trahison dans un pays en proie à une sanglante guerre civile. Les joueurs incarneront un sniper américain, Jonathan North, infiltré au nord de la Géorgie, non loin de la frontière russe. Il a une mission officielle, et une mission personnelle : retrouver son frère. Explorez de larges cartes en monde ouvert, avec une météo dynamique et un cycle jour-nuit qui ont une influence tangible sur le jeu et sur vos choix. Personnalisez vos armes, vos accessoires, vos véhicules et votre drone, et utilisez les trois piliers du jeu à votre convenance : soyez un Sniper, un Ghost et un Warrior.

Genre : FPS / Aventure – Action – Guerre

Musique : Tomek Andrzejewski

Développeur : CI GAMES

Durée : moyenne ( 10 – 15 heures)

Langue : Anglais et Français

Date de sortie : PC, PS4 et Xbox One le 25 avril 2017

Moteur: CryEngine

Mode Solo et Multijoueur

JEU: 3

TECHNIQUE: 2/6

Troisième opus d’une franchise pas franchement sexy (écoulée tout de même à plus de 5 millions d’exemplaires) et dont les première séquence de gameplay furent dévoilées lors de l’E3 2015, Sniper GW3 s’offre un virage à 180 degrés et lorgne visiblement vers le cador du genre: Far Cry 3. Monde «ouvert» en vue FPS, jungles luxuriantes, plans d’eau, l’espionne Raquel et ses énormes nichons («Les gars, qui a poussé le bouton de modélisation en mode Lara Croft?») ou bases militaires saupoudrées de mercenaires surarmés en sus.. SGW3 est un pot pourri, sans jeu de mots, plus ou moins hasardeux jonglant avec le pur jeu de tir (nous en reparlerons), l’infiltration (désolé pour tous les aficionados de Sam Fisher ou d’Hitman car nous ne jouons ici pas dans la même cour) ou la découverte. Un jeu prometteur ou tout du moins ambitieux. Verdict.

DANS LA LIGNE DE MIRE. OU PRESQUE…

Sniper Elite dans le viseur (…), le patronyme du jeu annonce d’emblée la couleur. Proposer à son joueur un équilibre plus ou moins forcé entre infiltration, le tir à longue distance ou le gros bourrin. Découpé en 3 zones (qui soyons honnêtes, si ce n’est la neige, se ressemble beaucoup trop et égratignent les rétines), le jeu propose un monde ouvert qu’on l’on souhaitait riche en découvertes, en vie, en dangereuses rencontres ou en récompenses durement gagnées. Malheureusement, force est de constater qu’après avoir joué à Far Cry 3 ou The Witcher 3, le titre se fait littéralement explosé. Clipping omniprésent, texture de végétation en 2D ancienne génération, visage indigne d’une PS4 et quasiment aucune vie animale, c’est vide. Terriblement vide et monotone…

Bien que le passage en mode ouvert soit plutôt réussi eu égard à l’ambiance unique de l’Europe de l’est, à des méchants plutôt attachants (mais toujours aussi con car en guerre depuis… depuis toujours en fait) et a un pan de notre histoire contemporaine passionnant mais trop rarement traité, le titre souffre de coquilles incompréhensibles. Deux véhicules durant l’aventure principale (la conduite est un enfer), un doublage du personnage principale catastrophique ou un jeu beaucoup trop facile en mode normal (n’oubliez pas de retirer les aides et augmenter le niveau de difficulté) sont autant de frein à un plaisir total dommageable pour un titre qui se veut pourtant plus plaisant que ses prédécesseurs. Pas un exploit en soi diront les mauvaises langues.

DES CLINS D’YEUX DANS LE VISEUR

Gendarme du monde, Marines, John North (biceps large comme un tronc d’arbre et q.i d’huître) recherche son frère (lui aussi soldat d’élite, ça tombe bien) en pays hostile, au nord-est de la Géorgie calmant à coups de 7,62mm les velléités de groupes séparatistes. C’est ainsi qu’on alterne a envie entre sauvetage de civils, mission principale ou assassinat de chefs mafieux. Un alternance bienvenue mais bien restreinte pour un monde ouvert. Au rythme de quelques morceaux folkloriques (notamment du hip hop et la chanson de menu), le jeu ne joue clairement pas dans la cour des AAA mais souffle un vent nouveau transpirant l’implication et la sueur. Les équipes de CI Games sont visiblement bourrés de bonne volonté et souhaite que le voyage «libre» au milieu des villages traditionnels soit une belle aventure. Malgré un scénario digne d’une série B en DTV aussi attendrissant qu’un nanar qui s’ignore, quelques sourires après un tir lointain (396 mètres pour votre serviteur) ou un nouveau flingue débloqué, le jeu ne devient jamais haletant car prévisible et manquant dramatiquement d’originalité. Trop souvent pris par la main (même pour les items à découvrir ou les objectifs annexes) et emmené par une oreillette omniprésente, on aurait apprécié plus de découvertes et d’errances récompensées. Jetez par exemple un œil dans les magnifiques grottes des montagnes enneigées pour un jolie balade et une escalade salvatrice…

Malgré donc toutes ses tares, impossible de ne pas ressentir une certaine tendresse à la fin de l’aventure (une dizaine d’heure en ligne droite). Un peu comme devant un Roger Corman fauché (tous donc) ou les multiples niveaux de lectures et le second degré de Zero Dark Thirty de la mère Bigelow (sarcasme inside) mais qui fait passer un bon moment. Car oui tout n’est pas noir dans ce Sniper Ghost Warror 3! Le sound design des armes et leur recul sont très réalistes, les dialogues entre les hommes de mains souvent réjouissants, la killcam (loin d’un Sniper Elite) plutôt sympa pour se la raconter en assassin impitoyable et la gestion du drone de reconnaissance très ingénieuse. Libre donc au joueur de régler sa lunette, retenir sa respiration et se lancer ses propres séries de meurtres ou de foncer dans le tas, couteau de Rambo entre les dents et pompe à canon scié dans les mains. Force est toutefois de constater que le jeu récompense la discrétion (notamment par la possibilité d’interroger le garde surpris et obtenir des informations de localisations) et la préparation afin d’améliorer la trentaine d’items de compétences: résistance, vie, inventaire ou équipement a la durée de vie variable.

UNE BALLE DANS LA TÈTE

Nous ne saurions ainsi que trop vous conseiller d’explorer au maximum toutes les possibilités du titre et de récupérer le maximum d’argent, de pièces métalliques et d’xp par le biais de missions annexes. Déguisement, piratage déblocage de nouvelles armes, récupération des balles explosives ou de la caméra thermique… II est ainsi possible de passer à travers les deux tiers du jeu en fonçant tout droit. En effet, même après avoir terminé l’aventure principale, on comptait encore une quinzaine de missions annexes, des biographies à parcourir (celles des armes et de leurs propriétaires sont savoureuses) et encore plus de fusils de précision, pistolets, revoler et même arc à débloquer! On salue donc un titre où le jeu du chat et de la souris est maîtrisé, dans lequel les sensations de tirs sont enivrantes malgré une redondance certaine dans les pnj, les environnements, missions ou une réalisation vraiment limite

Transpirant la bonne volonté et l’implication, le jeu ne parvient malheureusement pas à faire oublier les cadors du genre. Manquant d’ampleur dans sa réalisation, notamment les cinématiques, et bourré de bugs: Sniper GW3 aurait gagné à retarder sa sortie de quelques moins afin de peaufiner ses visages, ses collisions et à peupler ses environnements. En l’état on attendra les nombreux patchs et bien qu’il vous soit déconseillé pour l’instant de payer le prix fort, impossible de nier que ce sera un parfait achat d’occasion pour une quinzaine d’euros pour un week-end de détente à la recherche de précision criminelle. Un titre anecdotique mais attachant qui trouvera peut-être une nouveau souffle grâce a de nouvelles cartes disponibles en multi et ses missions, véhicules et armes exclusives via le season pass. Allez, on croise les doigts pour un quatrième épisode fignolé et au scénario réservant quelques surprises

LA TECHNIQUE Tout simplement ce qui retire une étoile au soft. Installation du soft d’une dizaine d’heures, temps de chargement interminables, clipping omniprésents, framerate a la ramasse, pnj traversant les murs et véhicules ou textures indigne d’une nouvelle génération… La qualité technique du soft est malheureusement son GROS point noir. Le jeu a d’ailleurs planté une bonne dizaine de fois, obligeant à recommencer une mission du début… Voilà qui en agacera plus d’un.