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JIBURO


Lee Jung- Hyang / Corée / 2002 / 1h27

Pour les vacances, Sang-woo est contraint d’aller à la campagne chez sa grand-mère qu’il ne connaît pas. Mordu de jeux vidéo et de super-héros, ce jeune citadin doit apprendre à s’adapter à cette vie en pleine nature et à cohabiter avec cette vieille femme aussi lente qu’une tortue…

Séance suivie d’un goûter. À partir de 5 ans.

Jiburo, par Jonathan Deladerriere

Sorti en septembre 2005, le film de Lee Jung-hyang, hommage à sa propre grand-mère, narre par le biais de la rencontre « intergénérationnelle » les aventures de Sang-woo, jeune garçon capricieux tête à claque et son arrivée dans la campagne profonde, lieu de vie improbable et punitif pour ce petit diable, cliché de la génération fast food et jeux vidéos…
Jiburo, propos anticonsumériste et fable humaniste ou lorsque Fight Club rencontre Printemps, été, automne, hiver … Et printemps.

Dans l’exposé des faits, Lee Jung-hyang nous prend par la main et nous présente de façon simpliste des personnages plutôt antipathiques. De la jeune mère ingrate et dépassée, parallèle évident sur les différences de traitement de leurs anciens, et une nouvelle génération au rythme de vie effréné, aux notions de respect et d’empathie quasi inexistantes, dont le seul intérêt semble se résumer à la consommation et au divertissement.

On est en droit de reprocher à la réalisatrice un exposé des faits un peu simpliste et caricatural mais on est cependant agrippé par cette poésie et cette sérénité ambiante, comme une bouffée d’air apaisante magnifiée par une photographie somptueuse et une musique bucolique qui nous fait parfois songer au chef d’œuvre Mon voisin Totoro.

Cette mise en abîme, cette opposition entre deux modes de vie diamétralement opposés ont été maintes fois traitées par le medium cinéma, on ne peut donc s’empêcher, parfois, de trouver les ficelles scénaristiques un peu grossières : le temps de « l’apprivoisement », les caprices à répétition faisant face au mutisme (dans le fond comme dans la forme) d’une génération que l’on n’écoute plus, à qui l’on ne parle plus…

Cependant dans chaque plan du film, apprécié dans de nombreux festivals, transparaissent la sincérité et l’authenticité. Et l’on se dit que ce miroir, reflet d’une multitude d’existences a beau être un peu trop manichéen, il emporte toutefois l’adhésion tant son universalité est évidente.

Après cette présentation des protagonistes et de la banalité de leurs existences, des courses à faire en passant par la toilette ou le moyen de tromper l’ennui, le film tente de façon plutôt abrupte de nous faire passer du huis clos au propos même du film.
Réunir nos deux protagonistes principaux et évincer le fossé générationnel qui les sépare pour tendre au respect et à la compassion, tel est le but du long métrage.
Le danger de ce genre de propos est la niaiserie. Le film réussit à y échapper par une direction artistique fort inspirée, on pense notamment à ce travelling latéral où tout le sens du film est retranscrit, lorsque, précèdant sa grand mère, l’ombre de notre petit diablotin en culotte courte disparaît littéralement dans la silhouette de celle-ci.

Conte en plan fixe rappelant parfois le cinéma de Ozu, on se demande si le coté prévisible de l’intrigue ne va pas annihiler toute velléité artistique. Le coté burlesque du long métrage (voir la scène de la chute) lui redonne alors un second souffle, accompagné de son lot de trouvailles scénaristiques : la transformation de personnalité retranscrite dans son apparence physique, son rapport aux autres en pleine mutation lorsque celui-ci reçoit l’aide d’un petit garçon et qu’il transmet cette solidarité à sa grand mère, muette, avec qui il désire désormais communiquer.

La réalité reprend toutefois le dessus de façon inattendue rappelant au spectateur que la vie ne tisse pas de scénario, qu’elle ne prévient pas.
Le parcours initiatique tant attendu se fera donc hors camera laissant cette parfaite retranscription de la réalité pour ce qu’elle est, un parcours initiatique sans compromis fait de regrets et parfois de belles rencontres qui, avec un peu de chance, laisseront des êtres plus humains et plus philanthropes.

Jiburo est donc en l’état, un film qui laissera nombre d’entre vous les yeux mouillés et le cœur empli de bons sentiments à l’instar du récent et magnifique Departures, ce qui n’est déjà pas si mal…
Un film à conseiller à tous nos bouts de choux.

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