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LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE



Lourde responsabilité que celle de s’atteler au remake d’une oeuvre culte du cinéma horrifique des années
70.
Nispel vient de s’y casser les dents avec le récent Vendredi 13 (il avait pourtant démontré son talent en réactualisant
le plus culte de tous : Texas Chainsaw Massacre) et, bien que notre Alexandre Aja national ait réussi
l’exploit de surpasser l’original avec La Colline A Des Yeux, l’inconnu Dennis Iliadis (Hardcore, à la réputation
plus que sulfureuse, reste son seul long métrage connu) s’attaque à une montagne.

Dans le contexte de la guerre du Vietnam, loin de l’image d’Epinal des hippies sautant au ralenti dans les
prés fleuris, Wes Craven et Sean Cunningham (réalisateur du premier Vendredi 13) décident de produire une
oeuvre choc à la violence frontale, et ce, avec un budget ridicule de 90.000 dollars.

Ils s’inspirent pour cela du film : La Source, d’Ingmar Bergman, sorti en 1960, qui narrait l’histoire d’un paysan,
s’employant à faire payer le prix fort aux bourreaux de sa fille.

C’est à ce moment que naît le Rape And Revenge. Celui-ci pose les bases d’une histoire simple et banale :
celle de Paige et son amie Mari Collingwood parties fêter l’anniversaire de cette dernière, jusqu’à leur rencontre
avec une bande de dégénérés sadiques qui leur feront vivre un véritable calvaire.
Pour ceux qui ne connaissent aucun des deux (ruez-vous sur le DVD !), je m’arrêterai là.

Proche du snuff movie, la sortie du film culte de Craven le 30 août 1972 ne laisse personne indifférent, loin
de là. Image crasseuse, comédiens habités : le ’’Krug’’ (dont la parenté nominale avec Freddy Krueger ne
fait aucun doute) reste l’une des plus belles ordures que le cinéma ait connue.
Le ton est donné et son lot de problèmes avec lui : interdiction durant une trentaine d’années au
Royaume-Uni, spectateurs ET comédiens traumatisés, carrières en stand-by plusieurs années pour les cinéastes,
le film sonne juste et rappelle à la mémoire de l’Occident ses vieux démons.

Craven, qui avoua s’être inspiré de son propre père pour le personnage de Krug ( ??!!) joue avec la peur, le
sang , mais surtout le sentiment de solitude. Celui d’être isolé, dans une forêt, de sa famille, ou avec pour
seul compagnon la souffrance, et ce, que l’on soit bourreau ou victime.

Toute la difficulté de ce genre d’exercice réside dans le juste milieu entre dénonciation de la violence et
voyeurisme. Alors, ce nouvel opus y parvient-il ?

La solution ne peut sans doute pas se résumer de façon si manichéenne. Tout d’abord, certaines modifications
mises à part (que je laisse à tous ceux connaissant l’oeuvre de Craven, le soin de découvrir), l’histoire
reste sensiblement identique. De même, certains défauts souvent inhérents au genre subsistent.
Tout d’abord, on n’évite pas certains poncifs du genre : le GSM qui n’a plus de réseau, la course-poursuite dans
les bois, le sursaut du personnage à la fenêtre…

Le film subit également une certaine baisse de rythme au milieu du deuxième acte, à l’image de la scène du motel,
qui n’arrive pas à la cheville de celle du Devil’s Rejects de Rob Zombie (un modèle du genre), et risque de laisser
certains spectateurs sur le bas-côté.
Le choix de l’actrice principale reste également une énigme tant il est difficile de ressentir la moindre empathie
pour ce personnage sans expression.

Malgré ces menus reproches, force est de constater que les scénaristes ont fait du bon travail, nous plongeant
rapidement au coeur de l’enjeu dramatique. L’utilisation avec parcimonie de la caméra subjective, se voulant
tantôt espionne, cachée derrière les branches, tantôt au coeur des protagonistes, est telle qu’on s’imagine
parfois être en danger.

Le rapport qu’entretient l’un des membres du groupe de bourreaux avec l’une des victimes, renforcé par un
passé douloureux commun, la violence crue, sans artifices et sans toutefois sombrer dans le grand guignol,
ou l’utilisation d’un score discret mais point d’équilibre d’une tension allant crescendo, sont autant de trouvailles
judicieuses de la part du réalisateur grec.

On pourrait également s’attarder sur le rôle de Krugg, le « chef de famille », qui, s’il n’a pas le charisme de
David Hess, inoubliable, joue sur un tableau, tout en retenue, livide voire banal, laissant la possibilité d’une
telle situation dans les esprits, aussi dérangeante que plausible.

Le film, et c’est en cela qu’il devient une oeuvre, et non un pur produit, permet au spectateur et donc forcément
à ses nouveaux détracteurs, le loisir d’être considéré comme réactionnaire, en tant que vigilante
movie, brûlot nihiliste (lors d’un dernier acte qui devient instantanément un véritable morceau de bravoure),
ou hypothétiques réactions de quidams confrontés à une situation extrême.

Wes Craven disait dans Les Cahiers Du Cinéma, que « les films d’horreurs sont les cauchemars d’une culture
». On remerciera donc, une fois n’est pas coutume, Hollywood, pour cette pincée de croquemitaine …

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