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Mad Men – Saison 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Unique en son genre, préparez-vous au choc avec la première saison de Mad men, qui laisse l’empreinte de ses images léchées imprimées sur votre rétine comme aucune autre.

Ecrite en 2000 par Matthew Weiner, également scénariste sur une autre très grande série contemporaine : Les Sopranos (HBO refusera pourtant de produire Mad men et s’en mord sûrement les doigts), produite en 2007, la nouvelle série acclamée de tous, multi récompensées (trois Golden Globes, cinq Emmy…) narre les aventures de Don Draper, publicitaire manipulateur dans le New York des années 50 et de ses acolytes.

Machiavélisme, félonie et faux semblants sont au programme de l’une des séries les plus originales et esthétiquement réussies de ce début de millénaire.

Produit par Lionsgate et par la petite chaîne câblée AMC, Mad men, victime de son succès vient de connaître les remous inhérents au système hollywoodien et aux nouvelles attentes (légitimes ?) de ses scénaristes dont les prétentions salariales furent récemment revues à la hausse. Cet anecdotique incident mis a part, Mad men est l’exemple type de la Success Story, qu’elle tente, par tous les moyens, de proposer à ses spectateurs (clients), tout au moins aux vues de son scénario. Mais celle-ci cache sûrement de bien sombres récits sous un vernis plus que friable.

Depuis le 3 mai dernier canal + diffuse deux épisodes chaque soir de ce qui, sans aucun doute va vous visser à votre fauteuil ébloui par un show rempli de sous-entendus et d’un esthétisme d’un autre temps. Les 13 épisodes de 42 minutes qui composent cette première saison ne sont pas de trop pour exposer la finesse et l’intelligence du propos.

En effet le premier atout de Mad Men est son scénario. Plongé dans les années 50, vous suivez les aventures de Don Draper, sorte de Cary Grant jouant de ses charmes à chaque nouvelle rencontre et brillant publiciste de la Sterling Cooper Advertising Agency.

Pressenti pour s’occuper de la campagne électorale de Richard Nixon, ce dernier est brillant, mais aussi bien trop parfait pour être honnête. Les hommes de l’ombre travaillant pour lui, n’attendent eux qu’une occasion pour soudainement lui retirer son marchepied.

A cet homme plein d’avenir dont le destin entouré de zones d’ombres fera l’objet de révélations administrées avec parcimonie et justesse, s’ajoute une galerie de personnages parfaitement esquissée : de la secrétaire un peu gauche cachant bien son jeu, au jeune premier avide de pouvoir, en passant par une femme au foyer bien trop proprette ou par la machiavélique pin-up croqueuse d’hommes et manipulatrice. Cette galerie de portraits loin d’être si caricaturale que certains peuvent le crier à qui veut l’entendre ne fait ressortir que le vernis d’une société qui a voulu s’aseptiser, se calfeutrer sous sa propre auto-congratulation préférant épargner aux yeux du monde une réalité moche mais cathartique pour un vernis sous lequel chacun cultive son jardin secret.

En effet chaque personnages se révélant au fil des épisodes de plus en plus intéressant, on se prend d’empathie pour certains et on se plait à en détester d’autres. Ainsi sous le masque social que chacun d’entre eux porte, se révéleront au cours de l’intrigue, mensonges, tromperies et manipulations rendant chaque épisode plus captivant que le précédant, obligeant le spectateur à rester attentif au moindre détail sous peine de trouver, à tort,  le show ennuyeux. Voilà sûrement un des seuls reproches que l’on puisse peut-être faire à la série.

A  ce récit plus que prenant, aux rebondissements tempérés permettant de digérer l’intrigue et d’analyser chaque événement (la fin et le moyen se rejoignent alors ici), s’ajoute donc un tableau d’époque qui fait de l’agence publicitaire à l’aube des trente glorieuses un vivier de cynisme et de prétention des plus inoubliables.

En cela les Mad men du titre, jeu de mot entre l’expression d’alors désignant les jeunes loups opérant sur Madison Avenue (Ad Men) et le sens de celle-ci sont autant de  raisons de se réjouir d’un tel show. S’y mêlent préjugés raciaux, culture de la gagne, image d’Epinal de la famille parfaite, de la coiffure parfaite, de la voiture parfaite (on pense aux pubs coca-cola d’époque), femmes plantureuse aux courbes plus que généreuses (bon sang mais où ont-ils trouvé Christina Hendrick !) mais aussi alcool et tabac. Car oui, avant de découvrir, ou plutôt de révéler la nocivité de ces derniers, ceux-ci faisant partie intégrante de la panoplie du business man ayant réussi et on se surprend à halluciner devant autant de scotch déversé derrière l’écran de fumée que révèle la petite lucarne.

Mais au delà du pouvoir des marques qui régissent désormais à ce point notre société (on comprends aujourd’hui comment une telle chose a pu se produire), au delà des séances de brainstorming, des parties de jambes en l’air secrètes et parfois grassement rémunérées, on ne peut être que muet d’admiration par autant de maestria visuelle.

Ce show est d’une beauté plastique à couper le souffle, car entre la lumière toujours parfaite, les tableaux vivants de Hopper, un directeur de la photo qui a du se gaver de milliers d’images d’archives pour reconstituer avec une telle maîtrise la grosse pomme des années 50, on ne peut que rester admiratif et respectueux du travail accompli et ce dès les premières secondes du générique, qui, à l’excellent jingle de David Carbonara (désormais utilisé dans une pub !) adjoint un vibrant hommage à ceux de Saul Bass.

A cette libération nous donnant notre modèle économique  contemporain, ce cynisme typique, cette toute puissance grandissante du paraître, des démonstrations publiques de richesse ou de possession matérielles qui l’accompagne, Mad men adjoint donc une  beauté plastique et un  propos d’une rare lucidité sur une époque  qui, sous un vernis composé de jolies secrétaires, de faste ou de consommations inutiles, révèle un mal être qui quelques années plus tard se manifestera sous les traits de guerres ou d’ injustices en tous genres : raciales, sexuelles ou matérielles.

Tantôt image d’Epinal, tantôt brûlot anti-conservateur, s’appuyant sur un casting parfait et une direction artistique éblouissante, Mad men ne laisse pas place à l’improvisation et demande au téléspectateur de bien vouloir fournir un certain effort de concentration.

Il est parfois de bon temps de ne pas sembler trop dithyrambique lorsque l’on chronique, critique ou juge le travail d’un autre afin de conserver son indépendance et sa lucidité quant à l’objectivité de son propos. Il est également parfois indispensable de se laisser aller à l’enthousiasme lorsqu’un  travail solide et bien fait s’offre à ses rétines réjouies. C’est le cas pour Mad men, un pur moment de grâce.

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