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PERSONA

 

Les relations d’une actrice soudain frappée de mutisme et de son infirmière bavarde. Un processus d’osmose des personnalités va contribuer à la guérison de la comédienne, mais renforcera peut-être la solitude
 de l’infirmière.

Tenter un éclairage sur un film tel que Persona peut sembler, de prime abord, être une entreprise plus que problématique, voir périlleuse… Toutefois, force est de constater que le statut du cinéaste 
et de son œuvre mérite un coup d’œil dans le rétroviseur.

Bergman… Touche-à-tout élitiste pour certains, incompris pour d’autres, le cinéaste livre avec ce film de 1965 une bombe qui marqua son époque, 
inspirant fortement la Nouvelle Vague et parmi elle Godard et Truffaut. Sur le thème du rapport de l’individu à la société,
du masque d’humanité que l’on porte par intermittence, Bergman livre un ovni qui, au premier visionnage, semble on ne peut plus hermétique à quiconque n’a pas décidé de faire l’effort d’aller au-delà des premières minutes. Une suite d’images violentes, sexuelles, dérangeantes, sans rapport immédiat entre elles, se mêlant à une lumière blanche saturée tout aussi incompréhensible, plonge le spectateur, déjà mal à l’aise, dans un état d’inquiétude et de doute quant à la
suite
des événements.

Cette obsession des visages, d’une lumière incandescente, du reflet de l’âme se dissolvant dans une pellicule qui se désagrège, toutes ces mises en scènes maintes fois reprises avec plus ou moins de talent pourraient être considérées comme artifices faciles ou démonstration de maestria technique. Ceux connaissant l’œuvre du cinéaste savent qu’il n’en est rien. En effet, à la manière de Danilewski dans sa Maison Des Feuilles, Bergman mêle intimement son propos à ce qu’il montre à l’écran. Cet homme de théâtre, scénariste, passionné par les rapports humains, nous livre sa vision et surtout son questionnement quant à
ce qu’il semble être pour lui la comédie humaine… Tout comme le spectateur ressort de cette salle les yeux embrumés par cette lumière aveuglante, ces sonorités « arty » rappelant parfois le génial G Ligeti, il partage ce sentiment de questionnement et d’incertitude malgré un dénouement un peu trop frontal. Parler du contenu du film n’a ici que peu d’intérêt tant celui-ci repose sur une suite de scènes plutôt semblables, au rythme manquant réellement de souffle (mais c’est là tout le cinéma de Bergman) révélant malgré tout une maîtrise chirurgicale de l’image. Tout l’intérêt réside dans son concept, car le film n’a pas à rougir face à certaines œuvres écrites et peut sans doute souffrir une analyse psychologique et une approche philosophique. Sur les thèmes de la folie qui se dévoile peu à peu (on pense parfois au Répulsion de Polanski) : un amour ambiguë, la mise en abîme du film dans le film, ou l’actrice se perdant dans son propre rôle :
on imagine que David Lynch, pour son formidable Mulholland Drive, a dû avoir quelques réminiscences de l’œuvre du cinéaste…

Le réalisateur, qui nous a quittés le 30 juillet 2007, questionne donc directement le spectateur qui devient tout autant acteur à part entière, sur, selon Jung, le « masque social» organisant notre rapport à l’autre, la possibilité d’une véritable connaissance 
d’autrui, qui ne parlerait que pour nous fausser les idées. La sortie du mutisme du personnage de Liv Ullman, lorsqu’elle se trouve
en danger, est à ce titre pleine de signification quant aux rapports qu’entretiennent les hommes entre eux et à ce qu’ils acceptent
 de laisser transparaître d’eux-mêmes. On peut reprocher à Bergman un certain élitisme, une approche parfois « arty » qui en quelques minutes peut décourager la plupart des gens simplement curieux.
En effet, le danger est tel que le cinéaste frôle parfois le ridicule, sans jamais y sombrer, tant on a parfois l’impression d’assister à
une « performance» totalement hermétique.

Ceci étant, si vous dépassez les premières minutes, vous pourrez vous laisser happer par cette expérience viscérale qui, lors d’une conclusion, soyons honnêtes, vous retourne l’encéphalogramme et ne peut alors vous laisser indifférent. Cette mise en abîme, ce huis clos aux nombreuses aspirations philosophiques et dont l’expérimentation troublante reste en mémoire de nombreux jours durant est à vivre chacun selon son affect.

A vous de tenter l’expérience et de trouver ou pas, vos propres réponses…

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