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UNE FEMME SOUS INFLUENCE

John Cassavetes / États-Unis / 1975 / 2h30

Contremaître sur les chantiers, Nick est submergé de travail et ne peut rentrer chez lui pour la nuit. De son côté, Mabel, son épouse, est déprimée. Après avoir laissé ses enfants à sa mère, elle se saoule et, à moitié inconsciente, ramène un homme à la maison. Le lendemain, Nick débarque avec son équipe d’ouvriers, et une scène de ménage éclate.

Un point d’orgue dans la carrière de Gena Rowlands et de Cassavetes. Jamais convenu, le film est réalisé dans une totale indépendance et dépeint la folie ordinaire, si ce n’est l’ordinaire de la folie.

Une femme sous influence
Par Jonathan Deladerriere

Celui qui est considéré comme le fondateur du film indépendant aux États-Unis livre avec Une femme sous influence (réalisé en 74), une fois n’est pas coutume, un bijou qui fera l’unanimité.

Entreprise ardue que celle de résumer une œuvre qui résiste à tous stéréotypes, à toute simplification de son propos.

Combat d’une femme qui tend à se faire accepter par ses pairs, lutte contre une douce folie ordinaire, le film de l’inoubliable interprète de Rosemary’s baby est tout cela à la fois.
Prenant le contre-pied d’une chronique sociale qu’on aurait attendu dans le milieu bourgeois, Cassavetes plonge littéralement le spectateur dans le film. Sans sensationnalisme superflu, celui-ci se trouve confronté au quotidien d’une famille banale, transparente car ressemblant à mille autres, dans une société en plein questionnement sur le cadre alloué à chacun pour s’épanouir.

Ecrit pour celle qui fut sa muse, sa femme Gena Rowlands, nominée aux Oscars pour ce rôle incroyable, ce chef d’œuvre tout en retenue nous met face à face avec la dure réalité d’une femme combattant ses propres démons. Nuancée dans son jeu, Gena Rowlands puis Peter Falk (rencontré sur le plateau de Husbands) livrent ici une partition au diapason.

Face à ce portrait au vitriol d’une Amérique en plein désarroi, nos sentiments se mêlent et nous font passer d’une émotion à une autre avec une impression d’impuissance souvent angoissante. Frustration, colère, inquiètude sont autant de ressentis que le cinéaste dévoile devant nos yeux consternés. Mais loin de porter tout jugement, il laisse le spectateur digérer le long métrage sans que celui-ci ne puisse déduire de certitudes manichéennes propres aux productions actuelles.

Ici, personne n’est épargné dans ce destin tragique qu’il est impossible de condenser. On pense souvent au masque social de Jung, au Persona de Bergman dans ce film frontal où l’omniscience n’est plus mise, délaissée au profit de l’acceptation telle quelle.

Femme ne pouvant s’évader d’une société qui ne la comprend pas, qui l’ignore, notre « héroïne » ne peut nier sa condition, ni se résoudre à celle-ci, elle tente comme nombre d’entre nous de contenir des sentiments qui ne cherchent qu’à exploser. À une époque de changements de mœurs, Une femme sous influence n’a rien perdu de son universalité et son portrait trouve aujourd’hui encore écho dans nos esprits.

Inexplicable, voici un film à ressentir, à voir, à vivre comme une scène de ménage dont la tragique banalité n’est que le reflet de ce que nous sommes. Imparfait.

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