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La finance au cinéma

Finance et cinéma. Ou comment le petit billet vert s’illustre sur grand écran.

De l’extinction des templiers à la récente crise monétaire internationale, le monde n’a eu de cesse d’expliciter l’avarice et l’avidité des hommes. A l’occasion de la sortie évènement du second volet de Wall Street d’Oliver Stone, petit tour d’horizon non exhaustif du traitement infligé à nos amis banquiers.

Ce n’est pas marcher sur la tête que de traiter un sujet qui permet au cinéma lui-même de perdurer. Des exploitants en passant par les distributeurs ou producteurs, les salles obscures sont dépendantes du monde financier. Celles-ci  montrent toutefois les crocs lorsqu’elles s’attaquent au grand méchant capital.

Bonne séances messieurs dames !

Le sujet est d’actualité : le 1er septembre sortait Krach de Fabrice Genestal.

Aucune empathie pour les cols blancs, illustration complexe d’un monde « virtuel » d’initiés fait de manipulations informatiques, de vente de stock options… Le propos est intéressant mais rebutant.

Alchimistes contemporains, manipulateurs grisés par l’enjeu, le portrait de ces nouveaux rois du monde jouant avec le feu dans le monde des fonds spéculatifs à hauts risques plonge le spectateur dans une jungle primitive que le réalisateur n’hésites pas à comparer à une meute.

L’instinct grégaire appliqué au monde de la finance et, par là même, à ses fluctuations.

Tout comme un des slogans des traders est «  the sky is the limit », l’Icare ici incarné devra prendre gare à ne pas se brûler les ailes.  Malgré l’attractivité du sujet, le film est un peu caricatural. Il se veut pourtant instructif lorsqu’il évoque ce « culte » du risque ou du court terme tout en tentant de limiter la casse. On se plait alors à se demander si les moyens ne se justifient pas plus que la fin.

Oliver Stone : nager avec les requins.

Dans Wall Street, sorti en 1987, Stone narre l’histoire de Bud Fox (Charlie Sheen), courtier en bourse plein d’ambition. A force de persévérance, il convainc Gordon Gekko (Michael  Douglas) de le prendre sous son aile.

Luxe, orgueil et roulette russe avec de l’argent qui ne leur appartient pas, le film explique et démontre parfaitement les rouages d’une machine infernale, où, comment passe t’on de « yuppie » à la plus belle des ordures. Un film passionnant, malheureusement visionnaire, emmené par un Micheal Douglas au firmament.

Afin d’éviter tout dévoilement d’intrigues quant aux raisons qui amènent Oliver Stone à proposer un second volet, nous ne dévoilerons que les grandes lignes des deux précités.

Sachez simplement que pour cette suite qui sort ce 29 septembre  le réalisateur a de nouveau fait appel au grand Micheal Douglas, à la talentueuse Susan Sarandon et au golden boy(sic) actuel d’hollywood : Shia Laboeouf.

L’intrigue prend place durant le krach boursier de 2008 et verra Jacob Moore, un jeune trader, tenter de venger son mentor poussé au suicide après d’obscures tractations financières.

Moins mordant (on l’avait déjà trouvé fatigué dans le décevant W), Stone n’est malheureusement plus aussi incisif. Ainsi, même si le film balance à la tronche du spectateur un luxe toujours aussi insupportable, et certaines joutes oratoires forts inspirées : on reste  sur notre faim.

Reste un casting assez exceptionnel : Josh Brolin, Eli Wallach, Charlie Sheen, une réalisation inventive et un sujet on ne peux plus brûlant.

Vendez !

Songeons ensuite au film Les Initiés (Boiler Room) de Ben Younger sorti en 2000.

Vente par téléphone, crédulité des clients, immoralité, ambition : tels sont les ingrédients de ce film ahurissant de cynisme où l’on fait miroiter à des gamins encore immatures une montagne de fric, accessible en grimpant sur le dos des petites gens et en tournant le dos à sa conscience. Glacial.

A noter également Trader sorti en 2000 avec Ewan Mcgregor, racontant le parcours chaotique d’un jeune ambitieux qui fit sombrer l’une des plus anciennes institutions britanniques. Inspiré de l’histoire vraie de Nick Leeson qui fit chuter l’une des plus grandes banques anglaise : la Baring’s. Condamné à six années de prison ferme, Leeson est sorti le 4 juillet 1999.

Si vous souhaitez approfondir votre approche cinématographique du milieu financier, sachez que certaines œuvres, bien que tombées dans l’oubli méritent le détour.

Parmi elles, Une femme d’Affaires d’Alan J Pakula, sorti le 10 mars 1982.

Le film suit l’assassinat de Charlie Winters, magnat de Wall Street et géant de l’industrie chimique. Reprise par sa veuve, l’entreprise en faillite sera-t-elle sauvée de prédateurs venus s’employer à la faire couler ?

Egalement à considérer : La Tour des Ambitieux de Robert Wise. Sorti le 17 septembre 1954, celui-ci expose les luttes intestines des actionnaires visant à prendre le pouvoir de la Tredway Corporation à la mort de son Président.

Enfin, avec plus de légèreté, Blind Test, film de Georges Ruquet qui sort sur nos écrans le 27 octobre 2010 et analyse sous les oripeaux de la comédie l’histoire de Bertrand, devenu riche grâce au tristement célèbre délit d’initiés. Mais Bertrand va à son tour être victime d’un coup tordu.

Le documentaire : un portraitiste parfait ?

La fiction semble être un écrin de choix pour que ces intrigues à tiroirs et ces obscures manipulations cèdent la place au thriller. Mais le documentaire peut lui apporter cette émotion et cette empathie si distante dans cette comédie humaine qu’est la bourse.

Moi, la Finance et le Développement Durable de Jocelyne Lemaire Darnaud met en scène non sans humour une ménagère de moins de 50 ans et l’utilisation de son «  temps de cerveau disponible ». Sortant la même semaine que Wall Street 2, l’Argent ne Dort Jamais, le documentaire part à la rencontre des différents acteurs du monde de l’investissement responsable (les ONG par exemple) et met en évidence les limites de la « moralisation » du capitalisme. Passer sous silence les actions préjudiciables et porter en étendard les « bonnes pratiques » : tel est le spectacle douteux qui s’offre à nos yeux pourtant incrédules.

Le « documenteur » Cleveland contre Wall Street raconte l’histoire d’un procès fictif. Un procès dans lequel l’histoire et les personnages sont pourtant bien réels.

Le 11 janvier 2008, Josh Cohen et ses associés, des avocats de Cleveland assignent en justice 21 banques jugées responsable des saisies immobilières qui déciment la ville. C’est le début de l’affrontement.

Le suisse Jean Stéphane Bron donne enfin une tribune aux laissés pour compte, aux sans voix. Malgré un certain parti pris, le docu-fiction évite les poncifs et écueils chers à Michael Moore, et présente la situation sous différents angles, sans caricaturer l’ogre financier ou dramatiser les victimes qui, de toute façon, n’en ont pas besoin.

Immoralité, magouilles administratives, félonies : le constat est clair, cette situation était prévisible et inévitable.

Sorti en France le 25 novembre 2009 et fidèle à ses méthodes éprouvées, Michael Moore signe avec Capitalism, A Love Story, un documentaire partial mais néanmoins révoltant.

Moins bouleversant que certains de ses précédents travaux, Moore pointait déjà du doigt la situation économique de son pays dans The Big One ou Roger et Moi. Alternant avec une technique désormais parfaitement maîtrisé moments d’émotion et franche rigolade, le réalisateur provocateur démonte le rêve américain et a le mérite d’exposer avec lucidité une situation qu’il serait tardif d’appeler alarmante. On passera outre le coté assez insupportable d’Obama érigé en sauveur du monde, qui bien que préférable au nullissime W, n’est peut être pas le sauveur espéré. A voir donc, mais en gardant la tête froide.

Enfin la récente série TV Scalp de Canal Plus se consacre au milieu du CAC 40 et de la bourse internationale. Produite en 2008, d’une durée de 58 mn par épisodes, celle-ci suit trois amis golden boys et leurs pérégrinations parmi les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent.

Bien qu’un peu trop superficiel dans son approche, Scalp a néanmoins le mérite de dévoiler les grands principes du « trading » à l’ancienne (« à la criée »), avant la démocratisation d’Internet  et de l’informatique.

D’autres œuvres, (L’Associé avec Whoopy Golberg, Un fauteuil pour Deux, Le Sucre…) n’ont ici, pas été évoqués afin d’élargir le propos vers les différents supports. Surveillez également la sortie le 17 novembre prochain d’Inside Job, documentaire de Charles Ferguson.

Celui-ci traite des 20 000 milliards de dollars de pertes engendré par la dépression mondiale, de la montée fulgurante du chômage, des expropriations. Pour cela, Ferguson s’entretient avec des hommes politiques, des journalistes, des financiers choisis à travers le monde et démontre la nocivité et la toxicité de certaines interactions entre la finance, l’industrie et la politique.

Un vocabulaire parfois hermétique, un sujet pesant et démoralisant, une certaine frilosité des distributeurs à se tirer des balles dans le pied, l’illustration de la malhonnêteté, des lobbys financiers et industriels au cinéma change du but premier du septième art : le divertissement.

Mais en prenant part au débat, en conservant une forme ludique et  en esquivant certaines caricatures, il est possible de trouver dans ces films, souvent de qualité, une véritable catharsis.

Au cinéma et à la télévision de s’empresser de dénoncer ces pratiques  et de méditer sur cette phrase d’un certain John Maynard Keynes, économiste britannique et père de la macroéconomie : « Le capitalisme est cette croyance étonnante que les plus mauvais des hommes feront les pires des choses pour le plus grand bien de tous. »

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Un commentaire sur “La finance au cinéma

  1. Encore une oeuvre réalisée avec brio qui nous démontre une fois de plus que l’Homme n’est qu’une insatiable créature avide d’argent et tout ce qui va avec.
    En somme, une bonne assimilation à Machiavel et sa théorie de l’innocence trépassante dès l’instant où l’homme entrevoit le moyen de s’élever à un rang supérieur, que ce soit au niveau social ou autre. Il est facile de ne pas en vouloir plus lorsque l’on en a pas l’opportunité, mais il n’est pas humain d’empêcher sa gloutonnerie de prendre le dessus une fois les lèvres au bord de l’assiette.
    Une énième oeuvre donc, des plus prenantes où l’on se surprend à laisser notre indignation laisser place à la compréhension vis à vis de la situation des personnes évoluant à ce niveau de la société. Même s’il est dur de prendre en pitié des individus aux revenus aussi important. A défaut de nous montrer que l’argent ne fait pas le bonheur, ce film nous démontre que malgré la chute qu’il provoque, l’argent y contribue grandement.

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