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Les invasions extra-terrestres au cinéma



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les origines, métaphores grossières de la chasse aux sorcières

 

La psychose américaine débute lorsqu’en 1947, le pilote Kenneth Arnold témoigne, par radio, de l’apparition étrange de « disques » l’accompagnant lors d’une mission en vol. Le terme « Flying Saucers » est né. Mars est la planète rouge. Le communiste sera l’envahisseur. Hollywood profite de la guerre froide pour produire une quantité astronomique de métrages utilisant cette métaphore fort subtile… Cinématographique avant l’heure, la pièce radiophonique d’Orson Welles ayant terrifié l’Amérique et désormais légendaire est une annonce du leitmotiv et schématique scénario qui attend les cinéphiles du monde entier. Etrange apparition, destruction de symboles, panique et victoire finale.

Dans Invasion of the Saucer-Men, réalisé par Edward L Cahn avec Russ Bender, un  jeune couple se hasarde dans les bois en voiture et heurte un visiteur. Blessé à l’œil, celui-ci se détache de son corps et traque les jeunes amoureux ! Peu de temps après, les secours arrivent…

L’homme perd sa place au centre de l’univers, et par la même, le contrôle de sa destinée.
Pourtant au-delà des sempiternels nanars et de leurs monstres en caoutchouc (lire à ce sujet les formidables livres de Jean Pierre Putters, créateur de la revue Mad Movies Ze Craignos Monsters) certains films de qualité réussissent à se montrer intelligents et artistiques. En grande partie du fait du talent de leurs réalisateurs, The Thing en 1951 d’Howard Hawks, (ou Christian Nyby, c’est selon) qui donnera, lors du remake de John Carpenter, le plus grand film sur le sujet, ou Le Jour où la terre s’arrêta du grand Robert Wise, en sont les plus fiers représentants. Ici, survient une fable politico-écologique avant l’heure dénonçant les dangers de l’arme atomique, incarnés par ce robot géant. Métaphore gigantesque d’un signal d’alarme nécessaire, le film se pose en patriarche responsable d’une humanité immature et insouciante. On ne peut, 50 ans après, que lui donner raison. On oubliera vite la récente relecture à la réalisation « Emmerichienne » assez insupportable où le cabotinage mono-expressif de Keanu Reeves laisse perplexe.

Robert Wise récidivera dans la thématique avec Le Mystère Andromède en 1971 où un terrible virus, rapporté par un satellite, fera l’objet de toute l’attention de scientifiques catastrophés.
N’oublions pas de citer le cultissime Plan 9 from outer space,  Les Envahisseurs de la planète rouge, Le Météore de la nuit ou l’hilarant malgré lui, The Beast with a 1, 000,000 eyes sorti en 1956. Cette fois, l’ensemble de la race animale se retourne contre le genre humain ! Heureusement, l’homme a plus d’un tour dans son sac pour anéantir les vilains envahisseurs. Dans Les Soucoupes volantes attaquent de Fred F Sears, les ultrasons mettent à mal le projet des habitants des étoiles, et dans le sublime La Guerre des Mondes, inspiré du roman éponyme de H G Wells et réactualisé par Steven Spielberg, ce sera nos microbes !

Kronos en 1957 et son robot dévoreur de stations-services, ou L’invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel où une cosse déposée à vos côtés durant votre sommeil vous transforme irrémédiablement, les traitements se font multiples mais la conclusion reste la même : ils sont parmi nous !
Comme toujours chez Carpenter, l’envahisseur prend les traits de vos voisins, de vos amis et n’en devient que plus terrifiant : le procédé est identique dans Invasion Los Angeles ou The Thing. Paranoïa, critique d’un patriotisme inculqué pour servir les élites, système libéral prônant un  capitalisme déshumanisé (pléonasme). Carpenter est en colère et son film inoubliable.

Répondre à l’agressivité lors des premiers métrages, anticiper celle-ci par une main tendue avec les suivants, s’en servir comme de vulgaires cobayes, l’épilogue est souvent condamnable et sans compromis : halte aux étrangers !

Pourquoi les extraterrestres atterrissent-ils toujours chez l’Oncle Sam ?

Soit par nombrilisme, soit par flagellation volontaire d’un pays se voulant porteur de tous les maux de l’humanité (on penchera pour la première proposition), force est de constater que mis à part une pyramide par ci, une tour Eiffel par-là, les petits hommes verts apprécient tous sans exception bien plus Washington DC que les plages des Seychelles… Pourquoi pas… L’Angleterre décida de riposter avec Devil Girls From Mars où la sculpturale Patricia Laffan vient sur Terre pour y trouver un fluide mâle ! Les Américains, y pressentant une intolérable offense, rétorqueront, ô surprise, avec un remake intitulé Mars need girls

Ne pas trop se prendre au sérieux : qualité intrinsèque de l’alien !

Evolution où David Duchovny parodie son propre rôle de Fox Mulder, The Faculty et sa sublime Famke Janssen nous faisant espérer un enlèvement suivi d’expérimentations physiques, Bad Taste et son gore qui tache réalisé par un Peter Jackson encore inconnu, Killer Clowns from Outer Space, Critters, H2G2, Cocoon… Autant de titres mythiques chers aux cœurs des fans du monde entier où à la franche poilade se substitue un propos bien plus engagé qu’il n’y paraît !

Dans Invasion Los Angeles, film à ne jamais voir sous quel qu’état éthylique que ce soit, sous peine de décrochage immédiat de la mâchoire (ah la scène de la baston dans une rue déserte…),  le grand John Carpenter convoque une vision paranoïaque de l’Amérique où derrière la « frime » apparente (lunettes de soleil, Californie) se cache les messages subversifs, abrutissant et aliénant d’une société sur-consumériste annihilant toute velléité artistique. Du grand art ! Ceci étant, on pourra reprocher à Big John son manque d’inspiration en la matière car il signe, bien que de qualité, deux remakes du genre avec The Thing et Le Village des Damnés.

Dans Mars Attacks !, excellent brulot antipatriotique de Tim Burton, le réalisateur prend un plaisir évident (et nous aussi) à moquer une Amérique corrompue et démesurément arrogante.  Les Martiens et leur désormais célèbre cri de ralliement dézinguent avec un humour et un décalage bienvenus, les héros contemporains d’un pays devenu caricatural. S’y ajoute un casting 4 étoiles (Pierce Brosnan, Jack Nicholson, Glenn Close etc.), une imagerie faisant référence à la SF des années 50 et quelques gags bien inspirés. Un petit bijou d’autodérision.

Volontaire ou pas, le film The Blob, qui donnera, attention roulement de tambours, lui aussi un remake, d’Irvin S Yeaworth Junior, reste un modèle dans la personnification totalement barrée de la peur venue de l’inconnu ! Ici, une météorite (original) fait s’écraser sur  Terre une masse informe, rose et gélatineuse grossissant au fur et à mesure de ses méfaits. Entre le slime et Katamari Damacy !

On n’est pas là pour déconner !

Independence Day, La Guerre des mondes, voilà des films qui annoncent la couleur : une débauche d’effets spéciaux, une tension allant crescendo, un héros qui sauve le monde (ou sa famille), it’s popcorn time !
Impossible de passer à côté du mètre-étalon du genre : divertissement bourrin où le héros forcément américain sauve le monde en balançant des taglines toutes plus débiles les unes que les autres. Non content de tuer de plus en plus de personnes à chaque film (dans 2012, on compte en millions !), Roland Emmerich, célèbre poète de l’image, livre un « produit » certes divertissant mais où le discours nauséabond se dispute à l’invraisemblance. Il a même osé le coup du président sauveur de l’humanité !

Parmi les œuvres laissées pour compte on citera le bien nommé Invasion Extra-terrestre. Interprété par David Schmoeller, inédit en salles, et présenté au festival d’Avoriaz. Le film est une relecture plutôt efficace du mythe du vampire. Meurtres atroces, rêves étranges, besoin de sang et météorites sont autant d’ingrédients d’un film méritant à coups sûrs une vraie réhabilitation.

Les chefs d’œuvre

The Thing en 1982, porté par un Kurt Russell au firmament, est sans doute ce qui s’est fait de mieux en la matière. Le film effraye. Beaucoup. Les transformations sont cauchemardesques et le sacrifice de héros qui sombreront dans l’oubli laisse un goût de fer dans la bouche. Fidèle à la nouvelle de John W Campbell, le film est un chef d’œuvre toujours aussi intense aujourd’hui.

Hidden, sorti en 1987, réalisé par Jack Sholder, nous apporte lui aussi un visiteur belliqueux. Ici, une sorte de limace passe de corps en corps pour le plus grand déplaisir de ses hôtes…
L’un des plus réussis reste sans nul doute Predator de John McTiernan, où l’effrayant visiteur du cosmos vient en découdre, fort de son arsenal futuriste, avec un groupe commando mené par un Arnold Schwarzenegger au top de sa forme. Le film donnera lieu à une franchise mêlé à un autre célèbre extraterrestre : Alien. Malgré l’extraordinaire matériau de base, les producteurs réussiront l’exploit d’aligner une suite de purges assez hallucinantes. Comme quoi, donner de la confiture à des cochons n’en fera pas pour autant des gourmets…

Le Village des Damnés de Wolf Rilla (1960) évoque lui, la notion de parentalité défaillante. Parallèle du nazisme et de son imagerie (tous les enfants sont des blonds aux yeux étranges), ceux-ci sont connectés entre eux et l’intervention des adultes pour leur anéantissement ne se fera pas sans mal. En effet le passage à l’acte d’un infanticide, même justifié au cinéma, reste un tabou. Souvenez-vous du diamant La Malédiction si vous en doutez.

Tous beaux, tous gentils

Certains cinéastes possèdent une vision un peu plus idyllique de nos amis martiens.
Spielberg, on le sait, est un gentil et particulièrement obnubilé par l’idée de visiteurs venus de mondes inconnus.

Avec Rencontre du troisième type en 1976 et E.T en 1982, il signe un diptyque béat d’admiration et d’espoir. Carpenter nous étonnera lui avec l’un de ses premiers longs-métrages, Starman, d’une mièvrerie ne lui ressemblant guère, dégoulinant de bons sentiments, poussant le vice jusqu’à l’idylle interplanétaire…
Dans The UFO Incident de Richard Colla, le témoignage d’un couple enlevé est l’annonce-prétexte du personnage joué plus tard par Richard Dreyfus pour Spielberg. Personnification des espoirs cachés de millions d’ufologues en herbe, le capital sympathie immédiat fait accéder Rencontres du troisième type au rang d’œuvre culte.
Cristallisation de toutes les peurs, l’invasion extraterrestre peut également se vouloir pacifique et bienfaitrice. Bien que souvent plus avancés, technologiquement parlant, les extraterrestres peuvent aussi se montrer cléments. Tout comme le gentil E.T l’extraterrestre fit rêver des générations de têtes blondes, les profondeurs filmées par James Cameron dans le sublime Abyss firent, une fois n’est pas coutume, place nette à la poésie.

Enfin, le cinéma d’animation se permet, bien que de façon plus épisodique, lui aussi une odyssée au pays des étoiles. Récemment, des métrages à la qualité bien moins évidentes ont tenté l’approche science-fictionnelle, mais force est de constater que Monstres contre Aliens ou Planète 51 sont loin, malgré un postulat original pour ce dernier (l’inversion des rôles) d’égaler leurs modèles.

Le Documenteur
Après Le Projet Blair Witch, les longs-métrages filmés caméra au poing (au moins pas besoin d’être Kubrick) emmenèrent dans leur sillage la mode des zombies et autres infectés : Diary of the Dead, 28 semaines plus tard etc. Heureusement, les réalisateurs de ces projets possèdent un minimum de talent leur permettant de ne pas singer leur modèle et d’éviter de sombrer dans le ridicule.
C’est donc tout naturellement que les cinéastes adorateurs d’Asimov ou d’Arthur C Clarke vinrent à ce type de réalisation. Récemment Cloverfield ou Phénomènes paranormaux et ses histoires d’enlèvements (les abductions) entremêlent vraie fiction filmée et faux témoignages.

Il est pourtant un de ces représentants qui parvient à mettre tout le monde d’accord. District 9 du surdoué Neil Bloomkamp. Réalisation inventive, esclavagisme forcé plausible, critique politique habilement véhiculée, interprétation souvent juste, le film du protégé du génial Peter Jackson est un pur bijou. L’horreur se mêle à l’empathie, et l’aliénation ici jetée au visage des spectateurs se veut palpable. Le climax atteint son paroxysme dans un final intense et totalement décomplexé. Le propos est dur. L’illustration éblouissante. Un très bel exemple de divertissement intelligent, a contrario d’un Transformers et son insupportable concours pyrotechnique.

Si l’on considère le paradoxe de Fermi, l’équation de Drake ou, plus pragmatique, les citoyens exerçant un « métier »totalement inutile : « Bonjour, je suis ufologue… », la probabilité, malgré la superficie encore inconnue de l’univers, d’une visite de courtoisie de nos voisins d’autres galaxies reste du domaine de la science-fiction. On se plait pourtant, à l’instar du cinéma fantastique (monstres, démons, fantômes etc.), à imaginer une possible éventualité d’une quelconque rencontre intrigante.
Souvent synonyme d’alliance de plusieurs influences : entre le cyberpunk et ses dérives technologiques, le Space Opéra cynique d’un Starship Troopers et le cinéma d’anticipation, l’invasion de notre belle planète est le fantasme absolu de tout cinéaste. Nouvelle gourmandise sur laquelle nous vous suggérons de vous ruer, la bande-annonce d’Iron Sky : http://www.ironsky.net/.

Dans un 2018 uchronique, les nazis débarquent sur Terre en soucoupes volantes. Totalement financé par les internautes et sorti de l’imagination du plus grand auteur de science-fiction finlandais : Johanna Sinisalo, ce métrage au pitch hallucinant nous emmène vers des fantasmes de délires jusqu’ici inassouvis. On pense au Maître du Haut Château de Philip K Dick.
Nous aurions tout aussi bien pu évoquer Contact avec Jodie Foster, Signes, Prédictions, The Box ou Dreamcatcher. Un ouvrage n’y suffirait pas. Espérant humblement que ce dossier vous ait donné l’envie de vous (re)plonger dans certaines œuvres, qu’elles soient animées, écrites ou filmées. L’essentiel résidant dans votre appréhension de l’imaginaire, puisque comme chacun sait, si vous l’imaginez, vous  le faites déjà exister.

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