Poster un commentaire

Javier Bardem: portrait

Acteur protéiforme par excellence, Javier Bardem n’hésite jamais à jouer avec son corps. Chez Amenabar pour Mar Adentro avec dix kilos de plus ou amaigri pour Newell dans L’Amour aux temps du cholera, le comédien est avant tout un physique. Un homme, viril, au faciès anguleux, à la puissance qu’on devine à peine assoupi (il a été capitaine de l’équipe espagnole de rugby). Elastique, il l’est aussi dans la vie. Stoppant net deux années durant sa carrière suite au succès de Jambon, jambon de Bigas Luna, il devient serveur dans un restaurant. Bien lui en a pris puisque son retour sur les écrans fut un véritable plébiscite autant critique que public. Coup de projecteur sur celui qui risque, grâce au très talentueux réalisateur de Babel et 21 grammes de mettre une nouvelle fois, tout le monde K-O.

L'Amour au temps du choléra - Javier Bardem
Né Javier Angel Encinas Bardem, à Las Palmas de Gran Canaria le 1 mars 1969, l’acteur espagnol, neveu du réalisateur éponyme ne se prédestine pourtant pas particulièrement au Septième Art. Adolescent amoureux des gargotes malfamées de Madrid, il y trouvera un soir comme tant d’autres, l’élément déclencheur de son destin. Il se fait casser le nez suite à un coup de poing purement gratuit. Cette violence inexpliquée Javier Bardem en cherchera désormais la réponse non plus sur un terrain de rugby ou les codes d’honneur sont légions mais sur un plateau ou les coups bas sont eux, bien plus fréquents.

Des grands parents, une mère, des frères et sœurs acteurs, neveu d’un cinéaste anti-franquiste engagé, difficile de ne pas trouver plus inscrite dans le marbre que cette destinée…Même si le milieu ne l’intéresse guère, Javier Bardem découvre pourtant par le biais du théâtre et de sa mère, l’écrivain russe Tchekhov. Comme dans La Cerisaie ou La Mouette, le destin se trouve toujours contrarié. L’accomplissement des rêves ne faisant pas partie du script, l’ex rugbyman y voit un parallèle avec sa vie. Portant le même nom que ce frère décédé avant sa naissance et dont la mère voulait transmettre l’esprit, celui qu’Alejandro González Iñárritu surnomme : «  le minotaure », en référence à ce visage buriné, comme forgé par l’expérience, ne perd pas de temps à se faire remarquer lors de ses apparitions.

Il débute sa carrière chez Bigas Luna dans Les Amours de Lulu, puis vint le célèbre Jambon, jambon et enfin Macho qui lui apportera un début de célébrité mais surtout son image de play-boy.

Jambon jambon de Bigas Luna - Javier Bardem

Désirant se démarquer de ce costume de séducteur et prouver sa valeur, il décroche successivement les Goya du meilleur second rôle pour Dias contados en 1995 puis celui du meilleur acteur pour Bouche à bouche en 96. Alors considéré par Antonio Banderas comme son digne successeur, il atteint l’apogée de sa carrière espagnole quand en 97 Pedro Almodovar lui offre le rôle d’un flic paraplégique dans En chair et en os.

Bigas Luna et Pedro Almodovar : vers le firmament.

Délaissant l’Espagne, selon ses propos, à cause de scénarios ne lui convenant pas, Javier Bardem doit pourtant beaucoup à son pays d’origine, celui qui le fit éclore aux yeux du monde.

Bouche à bouche de Manuel Gomez Pereira - Javier Bardem
Bigas Luna, réussit alors qu’il est encore inconnu, a y voir l’étincelle qui fera vibrer les femmes du monde entier. C’est aussi celui qui,  en le stigmatisant comme sex-symbol, le forcera à se mettre en danger. En effet, sans cette image de beau gosse lui collant aux basques, Javier Bardem n’aurait certainement pas connu pareille carrière, jalonnée de rôles si différents.

De l’humour noir de Jambon, jambon et son jeune mannequin toréador, à l’obsédé des poitrines de Macho, ou au film suivant de Luna : La Lune et le téton (quel titre…) en compagnie de Gérard Darmon et Mathilda May, le cinéma n’offre à l’Espagnol que des rôles stéréotypés et peu glorieux. On s’élève d’un cran dans la maîtrise du langage cinématographique lorsque Pedro Almodovar, pourtant lui aussi assez caricatural et répétitif dans ses thèmes, lui permet à vingt-huit ans d’entamer un nouveau virage grâce à En chair et en os.

Dans ce long métrage, Javier Bardem y joue un flic handicapé adepte du basket-ball, loin, très loin de son image de séducteur. Il connaissait alors déjà le célèbre réalisateur pour son rôle dans Talons aiguilles, où il revêtait cette fois l’habit d’un cameraman.

Cette soudaine notoriété internationale permet à Bardem de tourner son premier film dans la langue de Shakespeare : le barré Perdita durango. Son approche éclectique de l’existence commence à porter ses fruits. Tout comme il a été peintre lors de ses études à l’école des Beaux Arts de Madrid, serveur ou rugbyman, la palette de jeu du bel espagnol commence à traverser l’Atlantique.

Le rêve américain

Apparaissant dès l’âge de six ans dans El Picaro à la télévision, Javier Bardem ne semble pas pouvoir échapper à son destin. Alternant tant bien que mal les rôles dans son pays, Bardem est l’étoile qui monte. Il incarne tout d’abord un sexopathe éperdument amoureux de la non moins sulfureuse Victoria Abril dans Entre les jambes en 1999, puis vint Avant la nuit de Julian Schnabel en 2000.

Avant la nuit de Julian Schnabel - Javier Bardem

Ce très beau rôle, celui de l’écrivain cubain Reinaldo Arenas qui fut persécuté, emprisonné et censuré vaut à l’acteur une nomination à l’Oscar et au Golden Globe du meilleur acteur. Il remportera également la Coupe Volpi du meilleur acteur du festival de Venise la même année. Javier Bardem y réussit presque l’exploit d’éclipser le pourtant impeccable Sean Penn.

Hollywood ouvre désormais ses portes et c’est John Malkovich qui l’emmène vers le polar pour Dancer Upstairs en 2000, la première réalisation de l’acteur. Le polar, Javier Bardem y reviendra pour donner la réplique à Tom Cruise dans le Collateral du maître du genre Michael Mann. En 2003, il joue Santa, un chômeur du port industriel de Vigo en Galice dans Les Lundis au soleil de Fernando Leon. Bilan : second Goya.

Mar Adentro de Alejandro Amenabar - Javier Bardem

L’année suivante, c’est avec Alejandro Amenabar qu’il achèvera son petit monde par son interprétation bouleversante de Ramon Sampedro , un homme prostré dans un lit suite à un grave accident. Mar adentro lui permet de remporter une seconde coupe Volpi, un European Award et un troisième Goya. Insolent…

Un sans Faute ?

Point de suspense en effet puisque Javier Bardem enchaîne avec une grande lucidité et un choix particulièrement judicieux ses rôles suivants. Inquisiteur repenti dans Les Fantômes de Goya du grand Milos Forman, il entre définitivement au panthéon des grands acteurs de ce siècle avec son personnage totalement allumé de tueur dans No Country For Old Men. Ecrin de choix que l’écriture de Cormac McCarthy, immense écrivain, également auteur du sublimissime La Route. C’est l’apogée de sa carrière, il reçoit le Bafta et l’Oscar du meilleur second rôle en 2008.

No Country For Old Men - Javier Bardem

Juré au festival de Cannes en 2005, filmographie hallucinante de justesse depuis Almodovar, personnages mythiques (on pense à Killing Pablo ou il interprète Escobar lui-même), un éventail de genre vertigineux, drame historique, polar, comédie, tout  réussit à Javier Bardem. Auréolé de tant de réussite l’acteur se permet même le luxe de jouer ce peintre charmeur et hédoniste de Vicky Cristina Barcelona, avec deux des plus belles actrices de la planète : Scarlett Johansson et sa compagne à la ville, la magnifique Penélope Cruz. Encore une fois, il est nommé aux Golden Globes.
De par des choix de réalisateurs : Allen, Carnahan, Forman, Mann, Amenabar, Almodovar, Coen, ou des thèmes bien choisis, Javier Bardem fait montre d’une intelligence dans le choix de ses rôles qu’ont prêterait volontiers à un Sean Penn. Pas le moindre des compliments.

Biutiful de Alejandro Gonzales Inarittu - Javier Bardem

Prix d’interprétation pour Biutiful d’Alejandro Gonzales Iñarritu (21 grammes, Babel : encore un excellent choix !) du 63ème Festival de Cannes, réalisateur de documentaire avec Médecins Sans Frontières et pressenti pour incarner l’un des trente trois mineurs chilien dont l’aventure hollywoodienne et mélodramatique vient de faire le tour des télés du monde entier, nul doute que Javier Bardem compte encore faire parler de lui. A l’heure du bilan, un constat s’impose : beaucoup de respect et d’humilité face à un grand monsieur du cinéma qui risque, au crépuscule de sa vie de laisser une œuvre qui forcera l’admiration.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :