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La mort dans le cinéma pour enfants

25 nov 2010 Par Jonathan Deladerriere


 

 

 

 

 

A l’instar du documentaire de Sylvain Bouttet : « Quand on est mort, c’est pour combien de dodos ? », le thème de la mortalité est un sujet difficile à illustrer pour nos chères têtes blondes. Petit tour d’horizon forcément non exhaustif de la grande faucheuse illustrée aux goûters d’anniversaires !

La magie Disney et ses différents niveaux de lectures

Les films de la firme aux grandes oreilles ont cet avantage rassurant qu’ils peuvent être compris différemment selon que l’on ait 7 ou 77 ans.

Qui n’a fondu en sanglots à la mort de Mufasa dans Le Roi Lion ? Au delà du mimétisme inhérent  à ce type d’œuvre et destiné à ne pas traumatiser les bouts de choux : Bambi ressemble énormément à sa mère, Simba à son père etc. les films du grand Walt sont un formidable terrain de jeu pour qui se donne la peine d’analyser avec un minimum de clairvoyance.

Avant ses princes charmants et une mièvrerie parfois exaspérante, Disney était un formidable faiseur de films d’aventure. Le Trou noir, 20 000 lieues sous les mers en sont d’illustres exemples.

Les Yeux de la forêt produit en 1980 se sert d’une intrigue somme toute assez commune : une présence mystérieuse perturbe la sérénité d’une famille ayant emménagé dans un manoir limitrophe d’une forêt… Une terreur « familiale » où règne Bette Davis face à un suspense crescendo à défaut de véritables moments de frayeurs.

Tout aussi évocateur, La Foire des ténèbres, traite des liens d’amitié, imaginés comme éternels par deux amis inséparables et devant affronter : train fantôme, sorcière des glaces ou mystérieux magicien. Le film de Jack Clayton, burlesque et délicieusement inquiétant est une entame de qualité dans l’univers des films pour enfants : lugubres et menaçants.

Le plus célèbre : Bambi

1947. David Hand ne soupçonne sans doute pas l’impact qu’aura son film pour les générations futures. Traumatisme enfantin autant que souvenir ému de cinéma, le chef d’œuvre d’animation 2D  brasse avec poésie et subtilité les thèmes récurrents des contes pour enfants. A l’époque : le monde animal était une parfaite métaphore du parcours qu’attend les petits bouts.  Appréhension de la dangerosité, rapports sociaux : la découverte du monde dans toute son universalité. Par des instants inoubliables comme l’incendie de forêt, les coups de feu tirés par les chasseurs mais surtout la disparition de sa mère, Bambi permet aux chérubins d’accéder à une notion plutôt inédite pour l’époque : le mal désincarné. En effet, nul représentation physique du méchant ici : il est partout, et ses visages aussi multiples qu’inattendus.  Un très grand film qui continue de faire grandir avec intelligence nombre de générations.

L’exemple de Là-haut

Lors d’une séquence d’ouverture désormais culte, le film des studios Disney-Pixar laisse le spectateur complètement K-O. Inattendu et pour le moins frontale, celle-ci nous évoque la perte de sa femme pour ce bon vieux Carl qui ne tient pas à finir ses vieux jours en maison de retraite. Solitude et face à face avec la mort, tels sont les thèmes que le célèbre studio nous invite à étudier. Une rencontre, un mariage, des échecs, des souvenirs émus, l’émotion est à son comble tout en épargnant les plus jeunes d’un  surplus de mélodrame. Le sujet est posé, et avec brio.

On pourrait sans doute continuer ad vitam eternam l’étude du cas Disney. De Blanche neige et les sept nains à Taram et le chaudron magique, chaque film, au delà de sa propre thématique possédant sa vision et ses réactions face à l’inéluctable. Mais les exemples et interprétations ne manquent pas dans le monde de l’animation.

L’Anime : un art adulte

Simulacre d’existence autant que fiction destiné à perdurer, l’animation japonaise se pose en art du questionnement existentiel. De l’apprentissage de la notion de temporalité et de finitude chez Disney, on passe ici à la conscience  de soi et de cet attribut à part entière : notre jour viendra.

Loin de Ken le survivant où le statut prédéfini de méchants est synonyme de têtes explosées et où, forcément l’empathie manque à l’appel, il arrive que quelques pépites comme Le Tombeau des lucioles d’Isao Takahata évoque la mortalité avec intelligence.

Mature, tragique, le film contribue à crédibiliser l’animation japonaise. Récit portant sur la destinée de deux enfants victimes d’un conflit qui les dépasse, Seita et Setsuko ne sont que les fantômes qui hantent l’esprit des adultes, responsables de leur terrible existence. L’ombre de la mort plane sur le long métrage dont l’issue ne fait aucun doute. La sensiblerie fait place à la poésie pour un bijou qui ne laissera personne indifférent.  L’apogée du studio Ghibli, lorsque la beauté concourt avec l’émotion.

Spielberg, Cuarón Les cinéastes pour l’apprentissage de la vie

Au delà du film d’animation, c’est grâce au cinéma dit « live » que les découvertes de l’inéluctable fin et de certaines tragédies dues à notre condition se font les plus perspicaces.

Dans Cria cuervos, deux sœurs sont confrontées à la mort de leur animal préféré. Tandis que l’une s’interroge sur le sens de cette disparition, l’autre est déjà habituée et connaît les symboles et rituels qui lui sont associés. Prières, tombes etc. tout le décorum est acquis.

Une scène semblable se déroule dans Jeux interdits, lorsqu’en 1940, Paulette perd ses parents et son chien au cours d’une attaque. Bien qu’initialement destiné à un public plus âgé, ces deux exemples ont le mérite d’être explicites quant aux rapports premiers de l’enfant à la mort. En effet la « première expérience » se fait souvent par le biais de la disparition de son fidèle ami. Intimité, chagrin, oubli nécessaire pour continuer à avancer, l’apprentissage se veut douloureux mais indispensable.

Dans E.T, L’Extra-Terrestre, Steven Spielberg nous offre une des disparitions de héros des plus inoubliables. Durant quelques instants, E.T meurt et provoque pour toute une génération des instants de tristesse insurmontable. Mais l’auteur n’est pas, c’est bien connu,  homme à détruire ses héros et ressuscite l’extraterrestre quelques (longs) instants plus tard ! Les larmes sèchent et le visage s’éclaircit.

Pour le formidable film d’aventure qui fait aimer le cinéma aux enfants : Les Goonies, Richard Donner a contrario du réalisateur de La Guerre des mondes, méprise la mort elle-même. Jamais nos héros, si ce n’est par la rencontre de Willy le borgne, ne songent au danger. Invincible et ne doutant une seconde de l’issue de leurs péripéties, Choco et ses amis ne sont plus tout à fait dans la réalité. Ils vivent leur aventure avec insouciance et comme nous en avons tous rêvé, profitent de chaque instant.

Le Cas Potter

Dans Le Prisonnier d’Azkaban, Alfonso Cuarón fait entrer la saga Harry Potter dans une dimension beaucoup plus adulte et épique. Esthétique gothique, lumière diaphane, un souffle de mort tourbillonne autour de ce conte macabre. Dans ce récit brumeux empli d’une esthétique digne des bons Burton (qu’on ne peut qualifier de films pour enfants mais plutôt pour adultes rêveurs), Cuarón laisse planer l’ombre de la mort. Nos héros, cette fois, savent que seule la mort peut les arrêter. Pour en savoir plus sur la représentation de la mort dans la saga Harry Potter, allez lire notre dossier Harry Potter contre la mort.

Dans le nouvel opus de la saga du jeune sorcier à lunettes, on assiste à une nouvelle interdiction aux moins de 12 ans en Angleterre et aux États-Unis. Violence fantaisiste et modérée, thématique sombre, les enfants d’aujourd’hui sont ils, de par leur (sur)exposition aux différents médias, toujours aussi sensibles au grand méchant loup ?

Survivre à l’enfance. Le reste n’est que du gâteau

L’enfance n’est qu’un miroir aux innombrables facettes. Stand by me de Rob Reiner en est sans doute le plus beau et le plus effroyable représentant. Tour à tour, aventurier, mélodramatique, grand 8 de sensations, le film sorti en 1987 n’a rien perdu de sa portée. La force de l’amitié dans l’adversité (l’angoisse d’un de leurs pairs disparus), le passage à l’âge adulte et l’affrontement des peurs les plus légitimes font du drame précité l’un des plus beaux témoignages sur la perte de l’innocence. Le récit en cela rejoint un autre grand film portant sur l’enfance face à la mort : le « Ça :  »Il » est revenu » du même Stephen King.

Tout comme la photographie, le cinéma tente, naturellement d’apprivoiser la mort. Des images d’Épinal de Burton dans ses Noces funèbres, du décorum désacralisant, presqu’humanisant celle-ci (cimetières, ornements, tombes), au désir d’immortalité (Pinocchio, Astro le petit robot), ce cinéma de passage, de perte de l’innocence si cher à Joe Dante n’est que l’illustration de l’affranchissement de nos craintes.

My girl d’Howard Zieff, sorti en 1992 est le parfait exemple de ce départ forcé des rives de l’enfance. On y retrouve le jeune Thomas J (Culkin) et son ami Vada, orpheline de mère qui, totalement obsédé par la mort, cherche à oublier un morne quotidien rythmé par l’entreprise de pompes funèbres familiale… Une distribution idéale et un traitement habile ne sont que quelques indices de la portée universelle d’un métrage drôle et émouvant.

Au pays des merveilles

Empruntant autant à Créatures célestes qu’au Stand by me précité, Le Secret de Térabithia se camoufle sous des oripeaux oniriques laissant deviner une thématique plus mature qu’il n’y parait. Sans pour autant rivaliser avec ces deux illustres prédécesseurs, l’interprétation au diapason et une suggestion fort inspiré permet par intermittence d’oublier une débauche inutile d’effets spéciaux afin d’accéder à une entame de réflexion.

Encore plus mythique, la saga bientôt réactualisée par Woflgang Petersen : L’Histoire sans fin, est une nouvelle plongée dans le sempiternel refuge d’une jeunesse en mal de repères, celui des rêves. L’idée d’un égarement dans un imaginaire peuplé d’étranges créatures est un passage obligé autant que bienfaiteur de cette période bénie. Idéalement traités, visuellement époustouflants, les films sont semblables à des bras protecteurs. Autant que le sujet qu’il illustre, un souffle chaud et apaisant habite ce cinéma sincère, destiné à faire grandir avec sérénité des gamins se raccrochant aux branches de leur imagination. Du grand art.

Les grands classiques

Les Innocents du déjà cité jack Clayton mérite une redécouverte d’urgence pour ceux  ne connaissant pas encore ce chef d’œuvre d’épouvante gothique. Inquiétant et brumeux, le film narre l’histoire d’une jeune gouvernante et des frémissements provoqués par d’étranges apparitions et un comportement de plus en plus suspect des orphelins sous sa garde.  Adapté d’Henry James, le film offre aux enfants une partition parfaite et mêle esthétique victorienne et paranoïa ambiante avec maestria. Déborah Kerr y est inoubliable et les tourments sans répits provoqués par ces spectres voleurs d’âmes ne sont que peu de chose pour ce qui est sans doute, le plus grand film d’épouvante de l’histoire. Rien que ça.

Enfin, impossible de passer à coté du mythique La Nuit Du chasseur. Unique réalisation de Charles Laughton, sorti en 1955, et porté par un Robert Mitchum en état de grâce, le film annonce avec maturité et maîtrise, la douloureuse confrontation d’enfants innocents et d’adultes mal intentionnés. Perte de l’identité paternelle, injustice, méfiance, psychose, le film brasse les différents thèmes avec doigté et accompagne son propos d’une beauté plastique assez fascinante. Au-delà d’une photographie à couper le souffle, c’est le difficile réveil d’âmes innocentes devant réaliser que le danger existe bel et bien qui interpelle le plus. Formellement inattaquable, le pessimisme de l’œuvre et la cruauté de sa prise de conscience laissera un goût amer au fond de la bouche des spectateurs. Indispensable. (à lire : notre test du Blu-ray du film).

Burton : le dramaturge attitré

Cavalier décapité, coiffeur aux mains en formes de lames, spectres et squelettes dans une réalité alternative ou monstres imaginaires malveillants, l’imagerie Burtonienne est par excellence, l’outil rêvé d’une désacralisation de l’inquiétant. Unique et décalé, celle ci permet aux jeunes cinéphiles d’apprivoiser certaines thématiques lugubres en dégustant une peur salvatrice. Que ce soit dans Batman ou à l’aide du cinéaste Henry Sellick dans L’étrange noël de Mr. Jack, Burton et ses freaks permettent de toucher du doigt l épouvante, de caresser la subversion. Grâce à Beetlejuice ou aux Noces funèbres, le réalisateur transforme l’effroi en émerveillement et pare la mort d’habits de lumières apaisants.

L’enfant maléfique : le pire des cauchemars

Que ce soit dans les séries animées contemporaines comme le très malin manga Death Note ou un adolescent se retrouve en possession d’un carnet lui donnant le pouvoir de faire disparaître qui bon lui semble, aux premier films d’enfants « démoniaques » comme l’inégalé Damien, la malédiction ou le récent Joshua, l’enfant aux noirs dessins semble être la dernière limite à la perte de l’innocence et à l’appréhension des craintes morbides. Des films comme Esther, Les Révoltés de l’an 2000 ou The Children choquent le spectateur car ici, nul enfant possédé. Des craintes palpables car plausibles. Un dernier rempart vers une crainte indicible, vers le plus insondable paradoxe.

Quand la lumière s’éteint

A l’instar des monstres cachés dans le placard de Monstres et Cie, le pire peut parfois arriver au cinéma, comme dans la réalité. La guerre fait souvent office de croque-mitaine lorsqu’un enfant s’éteint sur grand écran. Justifications indéfendables, ce dernier tabou est en général absent des œuvres destinés aux insouciants petits garnements. Toutefois, souvent utilisé comme médium de dénonciation, le décès ‘héros en culottes courtes (souvent impersonnels afin d’éviter toute empathie traumatisante) reste la plus forte démonstration des tragédies historiques ou des conflits contemporains. Le sublime Labyrinthe de Pan en est une parfaite illustration.

L’appréhension de la mort au cinéma se doit, au regard de notre responsabilité face à nos bambins, d’être la plus subtile possible. Déduire leurs propres enseignements : telle est leur mission pour ainsi retirer la capuche de cette grande dame effrayante, et apprécier le cadeau qui nous habite tous se devant de conclure ce dossier : la vie.

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