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Le choc des cultures au cinéma

Par Jonathan DELADERRIERE – 27 octobre 2010 – 0 commentaire(s)
Pour la sortie le 27 octobre du film d’Anne Depetrini, Il reste du jambon ? petit tour d’horizon forcément non exhaustif d’œuvres illustrant les différences culturelles au cinéma.

Peu de temps après la mini polémique provoquée par Hors la loi du réalisateur Rachid Bouchareb dans l’hexagone, examinons le traitement accordé par le pays des droits de l’homme, au multiculturalisme et ce, par le prisme du septième art.

Un Indien dans la ville

Sur le point d’épouser la belle Charlotte, Stéphane Marchado part à la recherche de sa première femme, partie depuis treize ans dans une tribu d’Amazonie pour régulariser son divorce.

Un Indien dans la ville de Hervé Palud

Réalisé par Hervé Palud et doté d’un solide casting, le film est LA comédie de l’année lors de sa sortie, au noël 1994. Pour autant le film est bourré de clichés et de gags lourdingues…

J’irai dormir à Hollywood

Il s’appelle Antoine de Maximy et a décidé de conquérir les Etats-Unis : ses routes à pertes de vue, ses paysages grandioses, ses mythes en cinémascope, ses villes immenses, ses communautés, ses stars hollywoodiennes, ses anonymes… En ligne de mire : Hollywood, où il espère se faire inviter chez une star pour la nuit ! Au hasard du chemin, il va croiser des hommes et des femmes, chacun révèlera sans fausse pudeur, une part de lui-même.

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Sorti sur les écrans le 19 novembre 2008, Antoine De Maximy et son attirail bien connu des téléspectateurs de France 5 amène son concept sur grand écran. Comédie, angoisse, road movie, drame, le film du baroudeur est tout cela à la fois. On y croise toutes les strates de la population, Mais le film, au contraire d’une fiction, ne prends pas le temps d’approfondir ses « vrais »personnages et l’empathie manque au rendez vous…Dommage.

La Vie est un long fleuve tranquille

Dans une petite ville du nord de la France, deux familles nombreuses, les Le Quesnoy et les Groseille, d’origines bien différentes, n’auraient jamais dû se rencontrer. Mais c’était sans compter sur Josette, l’infirmière dévouée du docteur Mavial, amoureuse et lasse d’attendre qu’il quitte sa femme. Dans un moment d’égarement la douce infirmière a échangé deux nouveau-nés, un Groseille (les pauvres) contre un Le Quesnoy (les riches), pour se venger de la vie et du docteur. Comprenant que Mavial ne l’épousera jamais, elle révèle le pot aux roses aux deux familles…

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Bien avant Neuilly Sa Mère qui n’est autre qu’une actualisation du film précité et ce, avec l’apport de la culture de la « cité », mélange de traditionalisme maghrébin et de culture urbaine (hip hop notamment), il y avait cet œuvre de Chatiliez. Nul besoin ici de confronter us et coutumes venant de divers horizons, le gouffre séparant ces deux familles étant suffisamment éloquent. Le film est drôle, provocateur et mérite amplement son statut de film culte. La morale : il est bon parfois de se regarder dans un miroir avant de se permettre certains jugements !

La Grande Illusion

Pendant la Première Guerre Mondiale, le capitaine Boeldieu et le lieutenant Maréchal sont faits prisonniers au camp Hallbach. Ils font connaissance avec leurs nouveaux  » compagnons de chambrée « , prisonniers comme eux : Rosenthal, un bourgeois parisien, Cartier, un acteur, et deux autres officiers. Ensemble, ils décident de tout mettre en oeuvre pour s’évader, et se mettent à creuser un souterrain. Alors que leur labeur touche à sa fin, ils apprennent qu’ils vont être transférés dans un autre camp…

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Sorti sur les écrans français le 9 juin 1937, ce drame de guerre du grand Jean Renoir semble toujours d’actualité. Porté par les immenses Gabin ou Fresnay pour ne citer qu’eux, le propos du film met le spectateur face à une simple évidence : et si les différences entre nations étaient moindres qu’entre classes sociales ? Constat glaçant que ces officiers allemands et français sympathisant malgré leur opposition en temps de guerre. Un très beau film réalisé alors par un Renoir compagnon de route du Parti Communiste.

Dans un autre style et en réponse aux attaques des intellectuels allemands (car il faut tout autant montrer notre visage sombre), on citera le documentaire de Sacha Guitry : Ceux de chez nous ou de grandes figures tels Rodin ou Sarah Bernhardt s’expriment face caméra.

Mauvaise Foi

Ismaël et Clara forment un jeune couple heureux. Un matin, Clara découvre qu’elle est enceinte d’Ismaël. C’est la plus belle chose qui pouvait leur arriver. Malheureusement, rien n’est aussi simple. D’abord, il va falloir officialiser leur union en se présentant aux parents. Si Ismaël comprend vite que la « pilule » ne va pas être facile à avaler pour sa famille musulmane, Clara, elle, va un peu tomber des nues. Elle qui croyait ses parents, des juifs ashkénazes, ouverts et modernes, va découvrir qu’ils ne sont pas du tout prêts à accueillir un gendre arabe.

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D’un point de vue contemporain, Mauvaise foi est sans doute ce qui nous ressemble le plus.
Justement joué et sans porter en étendard les clichés sur les juifs et les musulmans, le film du très bon comédien Roschdy Zem évite avec intelligence beaucoup de poncifs inhérent au genre. En effet l’illustration Black Blanc Beur met souvent des sabots bien trop grands pour avancer avec sagesse et subtilité. En totale opposition avec un La Vérité si je mens par exemple, le film montre enfin Français d’origine juive ou arabe cohabiter avec une intelligence et une décontraction qui frise la provocation tant il est rare de voir pareille illustration.

Une fois n’est pas coutume le film ne prend pas le spectateur pour un parfait ignare et se veut autant réflexif que drôle, au-delà du postulat certes un peu facile du couple mixte. Un très beau film donc sur un très beau sujet.

Il aurait également été possible de citer des films lorgnant fortement du coté de l’oriflamme tricolore comme le récent et primé Des Hommes et Des Dieux et sa confrontation religieuse entre moines et intégristes musulmans, le film de la Française d’adoption Marjanne Satrapi, Persepolis ou encore Joyeux Noël. Mais il est indispensable de faire des choix  et de  regarder un peu plus loin que notre nombril. Les oubliés ne nous en tiendront donc pas rigueur.

Véritable berceau de civilisations, l’Amérique est la mère de tous les mythes, de toutes les rencontres mais aussi de ces chocs qui firent couler le sang. Elle-même victime de son expansion et de sa suprématie économique, comment voit-on son frère au pays de l’oncle Sam ?

The Visitor

Professeur d’économie dans une université du Connecticut, Walter Vale, la soixantaine, a perdu son goût pour l’enseignement et mène désormais une vie routinière. Il tente de combler le vide de son existence en apprenant le piano, mais sans grand succès. Lorsque l’Université l’envoie à Manhattan pour assister à une conférence, Walter constate qu’un jeune couple s’est installé dans l’appartement qu’il possède là-bas : victimes d’une escroquerie immobilière, Tarek, d’origine syrienne, et sa petite amie sénégalaise Zainab n’ont nulle part ailleurs où aller. D’abord un rien réticent, Walter accepte de laisser les deux jeunes gens habiter avec lui. Touché par sa gentillesse, Tarek, musicien doué, insiste pour lui apprendre à jouer du djembe.

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Très beau film que celui de Thomas McCarthy porté par un excellent Richard Jenkins. Bien que parfois naïf, ce Visitor est une véritable ode à la fraternité. Le réveil post 11 septembre ressemble à une gueule de bois et les Américains ne sont plus ce terreau propice à l’American Dream. A l’heure où les centres de rétention font scandale, de Calais à Guantanamo (voir à ce sujet l’incroyable documentaire : The Road To Guantanamo), le film par le biais de concept simple comme l’amitié entre deux hommes, élargit son propos avec subtilité. Pari gagné.


Whatever Lola Wants

Lola, 25 ans, vit à New York où elle travaille pour la Poste en rêvant d’une carrière de danseuse. Youssef, son meilleur ami, est un jeune Egyptien gay installé à New York pour y vivre comme il l’entend. C’est par lui que Lola découvre l’histoire d’Ismahan, star de la danse orientale, véritable légende au Caire.

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Plus subtil qu’il n’y parait, le film de Nabil Ayouch est plus qu’une comédie romantique, plus qu’une success story et ressemblerait davantage à une quête identitaire. Mélange de film traditionnel brassant des thèmes aussi vastes que la religion, la place des femmes, le poids des traditions ou l’accomplissement de soi, le film bien qu’imparfait emporte l’adhésion grâce à son dépaysement et oui, c’est vrai, à son héroïne.

2 Days In Paris

De retour d’un voyage à Venise, une Française et son petit ami américain, installés à New York, font escale à Paris, ville natale de la jeune femme. C’est l’occasion pour eux de découvrir le fossé culturel qui les sépare…

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Parfaite illustration des différences culturelles entre Etats-Unis et Europe, le film de Julie Delpy se veut  frais, dépaysant et un peu bordélique aussi. Proche d’une succession de sketches, d’un concours de joutes orales parfois, il illustre avec malice nos comportements et nos travers. C’est bien là ce qui rend toutes les cultures si attachantes.

Le Nouveau Monde

La confrontation au début du XVIIe siècle entre le peuple indien, les Powhatan, dont fait partie la belle Pocahontas, et les colons anglais menés par le fringant aventurier John Smith.

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Relecture moderne de la légende de Pocahontas, revisité auparavant par Disney, le film sera ici utilisé pour illustrer divers thèmes récurrents à savoir : l’invasion, le colonialisme, la remise en question des idéaux ou le respect de mère nature etc

D’abord parce qu’il est l’œuvre du génie Terrence Malick. L’homme à l’origine par exemple du sublime La Ligne rouge. Ensuite parce qu’à l’instar de Danse avec les loups, Le Dernier Samouraï ou plus récemment Avatar, au-delà de la sempiternelle histoire d’amour, le film émeut le spectateur autant que ses protagonistes par la beauté de ses décors, la friabilité de ses certitudes ou la portée de ses interrogations philosophiques.

Bien qu’un peu trop plastique, le long métrage porte la marque d’un auteur, un de ceux qui sait que le monde ne s’arrête pas au coin de la rue et qui, comme Socrate n’a qu’une certitude, celle de ne rien savoir.

Et ailleurs, France et Etats-Unis mis à part, que se passe-t-il ? Car c’est bien là le but d’un tel coup de projecteur : sans tonalité mélodramatique ou emphase larmoyante, prendre son baluchon et partir vérifier si l’herbe pousse plus verte un peu plus loin…

Va, vis et deviens

1984. Des centaines de milliers d’africains de vingt-six pays frappés par la famine se retrouvent dans des camps, au Soudan. À l’initiative d’Israël et des Etats-Unis, une vaste action (opération Moïse) est menée pour emmener des milliers de Juifs Ethiopiens (Falashas) vers Israël. Une mère chrétienne pousse son fils de 9 ans à se déclarer juif, pour le sauver de la famine et de la mort. L’enfant arrive en Terre Sainte. Déclaré orphelin, il est adopté par une famille française sépharade vivant à Tel-Aviv…

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Empiriste, le film l’est à coup sûr. Insistant sur la construction de l’homme par ses expériences, ses rencontres, ses origines, le film élargit ses thèmes par une peinture souvent critique de la société israélienne ainsi que le dessin tout en nuance d’un enfant peu épargné devenu homme. Va, vis et deviens ou le destin d’un expatrié voulant dépasser sa condition. Un film bouleversant.

Mariage à La Grecque

Dans la famille Portokalos, tout le monde s’inquiète pour Toula. À trente ans, celle-ci n’est toujours pas mariée et n’a même pas de petit ami. Il est temps pour cette jeune femme, tiraillée entre ses doutes et une famille étouffante, de tracer sa propre voie.
Toula travaille à l’agence de voyages de sa tante. C’est là qu’elle fait la rencontre du séduisant Ian Miller, qui a toutes les qualités, sauf celle d’être d’ascendance grecque. Entre les deux jeunes gens, c’est bientôt le grand amour. Toula, qui n’a jamais été aussi heureuse, va devoir faire accepter auprès de sa famille son futur époux, et ce malgré les différences culturelles et les préjugés.


Mariage à la Grecque

Film portant sur le choc des cultures par excellence, le film de Joel Zwick, est le parfait exemple de la comédie américaine dont on sait a priori qu’elle nous fera passer un moment agréable sans pour autant nous laisser un souvenir impérissable de cinéma. Ceci étant le jeu de l’actrice principale est à noter ainsi que le burlesque de certaines situations. Il manque malgré tout au film un peu plus de personnalité pour y trouver le dépaysement souhaité.

Dersou Ouzala

En 1902, Vladimir Arseniev, géographe, engage Dersou pour le guider dans la région de l’Oussouri. Dersou est un grand chasseur. Sa vie dans la forêt lui impose amour et respect pour la nature, une passion qu’il communique a Vladimir.

Dersou Ouzala

La rencontre d’un géographe et d’un intrépide chasseur. Voilà un grand écart parfaitement assumé et propice à un véritable questionnement introspectif. Contemplatif, le film du maître Kurosawa obtint avec cette ode à l’humanisme l’oscar du meilleur film étranger.
La Massaï blanche

 

L’histoire vraie de Carola, une jeune femme Suisse qui part en voyage au Kenya avec son ami Stefan. Au cours d’une excursion dans un village, Carola rencontre Lemalian, un guerrier massaï et en tombe immédiatement amoureuse. Carola décide alors de rester au Kenya avec Lemalian, mais les différences culturelles ne sont pas si faciles à dépasser…

La Massaï Blanche

Ce long métrage allemand assez peu connu, tente, humblement, d’illustrer le fossé séparant culture occidentale et civilisation africaine. Un portrait sans concession des coutumes subméditerranéennes.

Clap de fin

Un sujet aussi vaste mériterait bien entendu un ouvrage entièrement consacré. Humblement, cette courte sélection n’a pour autre but que de susciter votre curiosité autour d’un thème universel et pourtant toujours sujet à discorde, celui de la différence entre les hommes.

Porteur d’espoir, le médium cinéma, plus encore peut être que d’autres supports artistiques, tente d’ouvrir les yeux à ceux qui daignent porter un regard plus bienveillant qu’inquisiteur sur leur prochain. Si vous n’êtes pas rassasié, vous pouvez toujours élargir votre horizon avec  des films comme Anna et le Roi où Jodie Foster s’émerveille de l’Inde et ses richesses, (re)découvrir 1492, Christophe Colomb où Ridley Scott dresse sans complaisance un tableau sur les fondations de l’Amérique contemporaine ou encore le récent Casa Negra où, pour échapper à un Maroc violent ressemblant à n’importe quelle autre capitale occidentale, d’aucuns voient par le prisme d’une carte postale, la Suède comme un El Dorado rédempteur.

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