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L’injustice au cinéma

L’injure raciale : le cœur du débat

La crainte de l’inconnu personnifié, celui qui ne nous ressemble pas tout à fait fut souvent, dans l’histoire du monde comme sur grand écran, l’élément déclencheur d’un déferlement d’immoralité punitive.
Amistad fait figure d’exception dans la filmographie de Steven Spielberg. Malgré une distribution quatre étoiles, le film traitant de l’abolition de l’esclavage, du rapport à autrui et de la notion de liberté tombe souvent dans les travers inhérent au cinéma de Spielberg, à savoir une mièvrerie et un ton mélodramatique assez agaçant. L’histoire se suffisant à elle-même, le drame humain ne nécessite pas forcément de gros sabots servant à émouvoir le spectateur. En effet nombre de métrages se sont vus bien plus inspirés.

Denzel Washington dans le film Hurricane Carter

 

Dans le magnifique Hurricane Carter et sa bande originale adéquate, Denzel Washington nous livre sans doute une des plus belles interprétations de sa carrière. Celle du boxeur Rubin « hurricane » Carter qui, en 1966, se vit condamné injustement à la prison à perpétuité suite à une fusillade dans un bar. Il décide alors d’hurler l’injustice et malgré des soutiens de prestiges : Ali, Dylan, il reste derrière les barreaux. Ce n‘est qu’à la lecture de son autobiographie qu’un jeune étudiant noir décide de livrer un tout autre combat, celui des tribunaux.

Emotion au firmament, passage d’anthologie (Carter dans sa cellule exhortant les gardiens à le rejoindre), le film est un uppercut au menton et laisse K-O à sa sortie. Plutôt semblable dans la thématique, le Malcolm X du talentueux mais inégal Spike Lee est un biopic efficace et oscille entre admiration et honnêteté historique. Véritable numéro d’équilibriste entre fierté exaltée des revendications légitimes du peuple noir et violence exacerbée vers un point de non retour, Spike Lee réussit à illustrer magistralement son propos tout en conservant un certain recul. Un très beau film, intelligent et maîtrisé.

L’Amérique face à ses démons

Ned Kelly avec le regretté Heath Ledger nous permet de constater que souvent, le traitement manichéen de certaines œuvres dessert le sujet plus qu’il ne le soutient. Ici, un robin des bois contemporain ayant défrayé la chronique à la fin du XIXe siècle, pourtant chef de bande et ennemi numéro un, ne prend pas, une fois n’est pas coutume, le spectateur pour un parfait idiot.

Rien n’est simple, bons d’un coté, méchants de l’autre, la vérité ne pouvant se situer que dans un rapport à l’autre et non dans d’illusoires certitudes.

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La vie de David Gale d’Alan Parker évoque le destin d’un militant contre la peine capitale se trouvant, à son tour, du mauvais coté des barreaux. Une fois de plus aidé par un journaliste (souvent synonyme de dernier recours) qui croit en son innocence, le film solidement interprété par une toujours impeccable Kate Winslet, mélange habilement tous les ingrédients du thriller. Rebondissement, intrigues à tiroirs, personnages attachants, l’auteur de Midnight Express livre un plaidoyer citant tous les poncifs du genre. Pourtant on se laisse prendre par la main et on succombe à une histoire bien huilée sans pour autant crier au chef d’œuvre.

Ragtime et son portrait au vitriol d’une société multiraciale et des divers scandales qui la
Polluent, ou Meurtre à Alcatraz dans lequel un Kevin Bacon hallucinant livre une prestation d’anthologie dans un film ou, pour un morceau de pain, il se voit envoyé vers le pire endroit sur terre… les exemples ne manquent pas quant à l’évocation d’une société perfectible…

Le western : une autre idée du redresseur de torts

Quoi de plus célèbre que le héros sans nom en figure protectrice des innocents ? Au delà du célèbre justicier incarné par Clint Eastwood, de nombreuses œuvres ont tenté d’illustrer cette même thématique.

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Tire encore si tu peux de Giulio Questi sorti en 1972 avec Thomas Milian incarnant le fameux Django, narre l’histoire d’une bande, voleurs de la cargaison d’or d’une diligence et se trahissant entre eux. Laissé pour mort et sauvé par deux indiens, Django retrouve ses bourreaux dans une ville hostile et demande réparation par le sang.

Tue et fais ta prière ou Le dernier jour de la colère de Tonino Valerii, avec Lee Van Cleef, sont d’autres illustrations sujettes à la thématique du œil pour œil, dent pour dent. Bien que les métrages commencent souvent par de sempiternels innocents bien décidés à se venger après avoir subit l’immoralité ou la malveillance, ceux-ci sont néanmoins réjouissants.
Dans ce dernier exemple, on y croise un certain Scott. Méprisé et sujet aux quolibets, son destin prend un virage inattendu lorsqu’il croisera la route de Talby, pistolero ayant pris sa défense et désormais héros de notre vilain canard. Pris sous son aile, Scott est alors bien décidé  à devenir une gâchette sans merci.

Les collines de la terreur de Michael Winner

A l’instar des « vigilante movies » avec Charles Bronson des années 70 ou plus récemment de très bons films comme Death sentence de James Wan avec Kevin Bacon, le western part d’un postulat simple : le héros est d’abord une victime, puis se venge. Bien que ce ne soit pas l’idée de la véritable équité, c’est celle souvent défendue par nos amis d’outre-Atlantique, à la conception parfois sans nuance de la justice.

Si vous souhaitez élargir votre connaissance du sujet, Les collines de la terreur (nous offrant un inoubliable face à face entre Charles Bronson et Jack Palance), ou Le grand duel toujours, avec Lee Van Cleef, sont des incontournables.

Les grands classiques 

Dans Je n’ai pas tué Lincoln, John Ford suit le docteur Samuel Mudd qui soigne sans le savoir l’assassin du célèbre président. Accusé à tort de complicité, il est condamné à perpétuité et envoyé au bagne de Shark Island. Il y vit alors un véritable enfer subissant la haine et les brimades de ses geôliers.

Réalisé par un autre grand nom du cinéma, Je veux vivre de Robert Wise, s’intéresse au cas d’une certaine Barbara Graham. Celle-ci est accusée d’un meurtre qu’elle n’a pas commis et condamnée à mort. Son seul espoir de salut vient d’un journaliste, Ed Montgomery qui tente de la défendre.

Les années 30 furent un véritable berceau pour le  film noir, poignant accusateur du système judiciaire américain. Je suis un évadé de Mervyn Leroy (1932) n’est qu’un témoignage de plus de cette tendance à ériger en héros les innocentes victimes du système carcéral.

Affiche du film Le Comte de Monte Cristo de Claude Autant-Lara

De Robert Vernay à Claude Autant-Lara, l’histoire de l’enfermement du Comte de Monte Cristo au château d’If et de la vengeance qui en suivit est l’une des plus célèbres illustrations de l’injustice traitée au cinéma. Edmond Dantès ou l’autre visage du Talion.

Le documentaire : l’arme fatale

« Hypocrisie, violation des droits humains et enfer ». C’est ainsi que qualifient leur « passage » au malheureusement célèbre camp de Guantanamo les trois principaux protagonistes du documentaire The Road to Guantanamo. Partis d’Angleterre pour assister à un mariage au Pakistan, ils y laisseront un des leurs et plus de deux ans passés au camp. Mêlant habilement images d’archives, reconstitutions et témoignages, le film de Michael Winterbottom interpelle et dénonce autant qu’il n’émeut. Réquisitoire poignant sur les dérives de la guerre mené contre le terrorisme, le film ne laisse pas indifférent et met en lumière l’hypocrisie des états occidentaux.

Cleveland Vs. Wall Street de Jean-Stéphane Bron

Abderrahmane Sissako entame une démarche similaire pour la réalisation de son documentaire Bamako. Hypocrisie, abandon des pays sud africains, le documentaire n’a que trop de sujets à traiter. On y croise différentes familles dénoncer les actes jugés irresponsables du FMI, et les victimes du plan d’ajustement structurel de la banque mondiale. A l’instar d’un autre très bon documentaire : Cleveland contre Wall Street, le gimmick du « faux procès » est ici employé afin de faire face à une douleur et à des conséquences qui elles, ne sont pas feintes.

Le cinéma de Michael Moore est également à considérer tant celui-ci n’a de cesse que de brandir l’étendard de la balance en symbole absolu. The Big One et la société Nike responsable du chômage, Sicko et les dégâts du système de santé, Fahrenheit 9/11 et les soldats comme les civils morts en Irak… Malgré une mise en scène frôlant parfois le mauvais gout comme dans Bowling for Columbine, Michael Moore a tout de même le mérite de secouer la ruche où se cachent les mensonges d’états et appâts du gain.

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Enfin, le documentaire Un coupable idéal dont le titre parle de lui-même, ne peut qu’illustrer avec une consternation teintée de colère le propos précité.

Les chefs d’œuvre

Papillon, de Frankin J Schaffner, réunissant à l’affiche Steve McQueen et Dustin Hoffman, fait partie des titres majeurs ayant marqué son époque. On y suit le parcours d’Henri « Papillon » Charrière, petite frappe sans charisme qui se retrouve par erreur condamné à vie au bagne de Cayenne. De multiples tentatives infructueuses d’évasion vont le conduire à Devil’s Island, prison à l’intérieur de la prison, réputée infranchissable…

Réquisitoire violent, casting de choix (Jerry Goldsmith à la musique), empathie omniprésente, Papillon atteint les firmaments du drame humain et laisse un goût amer dans la bouche, de celui qui nous rappelle de profiter de notre liberté. Sorte de métaphore de l’Odyssée, le film et son onirisme désespéré est inoubliable.

Au nom du père. Voilà le pur diamant de cette sélection. Daniel Day-Lewis est Gerry Conlon, jeune délinquant de Belfast accusé d’être l’instigateur des attentats meurtriers de l’IRA. Sous la pression policière, celui-ci signe alors des aveux compromettants pour lui et ses proches.

Au nom du père de Jim Sheridan

La prestation habité de Daniel Day-Lewis ou le traitement parfait d’une intrigue dramatique insensé fait accéder le film de Jim Sheridan au panthéon des œuvres cinématographiques traitant de l’injustice. Le fil est maîtrisé de bout en bout, le score fort à propos et la subtilité du traitement impose le respect. Un classique instantané.

Impossible ici de se montrer exhaustif. Pourtant une certitude pointe le bout de son nez. Tout comme l’art peut également se montrer divertissant et ode à la beauté, il n’est pas contre nature de le considérer comme tribune pour réclamer justice. S’il peut, par son universalité et sa flamboyance, provoquer le débat, la réflexion et la révolution des idées, alors le septième art aura atteint son but. Celui de dévoiler l’envers du monde pour le faire avancer.

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Un commentaire sur “L’injustice au cinéma

  1. Le cinéma au service de la Justice… ou comment joindre l’utile à l’agréable.
    Encore une fois, une très bonne analyse couz 😉 On sent la conviction dans les mots et dans le décorticage de ces différents styles de longs métrages.
    Bref, de l’excellent travail et un très bon esprit analytique, comme toujours ^^

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