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Bedevilled

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grand Prix contesté face à l’abyssal I Saw the Devil de Kim Jee-Woon (récompensé par le prix du jury jeunes, le prix de la critique et le prix du public), lors du 18ème festival du film fantastique de Gérardmer, Bedevilled de Jang Cheolsoo se veut une relecture moderne de The Housemaid, autre célèbre conte de vengeance.

Lorgnant du coté d’illustres aînés tels L’île de Kim Ki-duk, qu’en est-il réellement de cette pellicule mêlant intelligemment poésie illustrative et slasher ?

C’est en premier lieu l’histoire de Hae-won, personnage central insupportable de banquière pleutre (elle se refuse à identifier des voyous dont elle a assisté aux méfaits), partant sur les traces d’un passé douloureux qu’elle pense avoir définitivement dompté. Celle-ci part donc pour « Moodo », petite île où le temps semble s’être arrêté. Elle y rejoindra son amie d’enfance : Bok-Nam, tout autant objet sexuel qu’esclave consentante dédiée à la communauté. Consentante toutefois jusqu’ à un certain point…

Habile mélange des genres : on passe du drame intimiste et contemplatif au « rape and revenge » le plus brutal qui soit, il n’était pas chose aisé de traiter cette histoire, somme toute assez classique, de revanche sur le destin sans un excès de manichéisme. C’est pourtant le pari réussi par ce cinéaste bien inspiré qui parvient à entremêler certaines thématiques convenues (critique de l’homophobie, de la violence conjugale…) à un climax absolument furieux.

Grâce à un protagoniste principal tout en nuance dans ce rôle de trentenaire antipathique, le réalisateur évite de justesse une caractérisation grossière. En effet, certains personnages, bien que magnifiquement interprétés, citent tous les poncifs du genre : les hommes sont des brutes dénués de toute empathie, les femmes sont soumises et silencieuses, la rédemption s’obtient dans la douleur etc. Pourtant, on plonge tête baissée dans ce pseudo « vigilante movie » qu’on voit venir de très loin.

Souvent fascinant, parfois dérangeant, le métrage se sert avec grande intelligence de son environnement et magnifie le théâtre d’un huis clos qui, même s’il possède quelques longueurs, laisse exploser une rage salvatrice dans une dernière demi-heure dantesque.

Cruelle, traumatique, cathartique, l’interprétation de la jeune Bok-Nam par une actrice dévorée par ce rôle magnifique, apporte au film une ambition et une flamboyance qui l’emportent vers les sommets d’une nouvelle ère du cinéma sud-coréen. Un cinéma à la fois onirique, sexuel, désespéré, laissant le spectateur sur le carreau lors d’un final qu’on reçoit en pleine face.

On ne peut donc que vous conseiller de vous ruer lors de sa sortie en salle sur ce brûlot s’essoufflant à quelques rares moments mais dont la portée sociologique et la réalisation désenchantée fera vagabonder votre esprit de longues semaines durant.

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