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Cédric Klapisch :portrait

Pour son nouveau film Ma part du gâteau, Cédric Klapisch, change de registre et passe au film social traité sous l’angle de la comédie avec, dans les rôles principaux, Karin Viard et Gilles Lellouche. Retour sur le parcours du réalisateur.

Ma part du gâteau de Cédric Klapisch

 

Genèse de l’artisan

Cédric Klapisch voit le jour le 4 septembre 1961 à Neuilly-sur-Seine. Après des études au Lycée Rodin de Paris, le futur réalisateur, acteur, producteur de cinéma et scénariste fait deux années de préparation littéraire (Khâgne et Hypokhâgne) option Philosophie.

Il échoue au concours d’entrée de l’IDHEC et se redirige donc vers des études de cinéma à Paris III puis Paris VIII et y décroche une maîtrise. Il portera son mémoire sur Tex Avery, les Marx Brothers et Woody Allen dans un ouvrage intitulé : Le non-sens au cinéma, 6e sens du 7e art.

A 23 ans, l’apprenti cinéaste, malgré un deuxième échec à l’IDHEC, part vers l’université de New York pour deux ans. Il tourne son premier court métrage en 1984 : Glamour toujours. Il réalisera la même année Jack le menteur et Un, deux, trois mambo. L’année suivante, il tourne In transit où le cinéaste Todd Solondz, lui aussi étudiant à la NYU, fait une apparition.

Le retour au pays : des débuts difficiles

Loin de précéder une route semée de marchepieds, Cédric Klapisch commence sa carrière tout en bas de l’échelle. Il commence comme électricien sur quelques longs métrages notamment Mauvais sang de Léos Carax. Il réalise en 1989 un nouveau court : Ce qui me meut. Ce titre évocateur désignera par la suite le nom de la société de production qu’il dirige aujourd’hui avec Bruno Levy.

Encore loin des succès critiques et populaires jalonnant depuis sa carrière, celui-ci travaille comme scénariste et réalise même des films d’entreprise ! Il commence tout de même à se faire remarquer et tourne pour la télévision quelques documentaires. L’un des plus fameux est Masaiitis tourné pour Canal Plus au Kenya.

riens_du_tout_aff

1992. Cédric Klapisch passe enfin au long métrage avec le soutien de Lazennec pour Riens du tout. Cette satire sociale est un joli succès (500.000 entrées en salles) et narre les déboires d’un patron aux prises avec ses employés. Le casting est efficace et prestigieux. S’y côtoient Fabrice Luchini, Zinedine Soualem ou Karin Viard.

Arte lui propose l’année suivante la réalisation d’un téléfilm : Les années lycée. Les choses sérieuses commencent avec la diffusion télé en 1994 du film Le péril jeune, aujourd’hui culte pour toute une génération et révélateur de l’acteur Romain Duris, fidèle compagnon de route du réalisateur.

Le péril jeune ou la consécration d’un travailleur entêté

Produit cette fois par Vertigo, le film gagne le Fipa d’or et le prix de l’humour au festival de Chamrousse. Sous la houlette de Pierre-Ange Lepogam alors en poste chez Gaumont, le film sort en salle en 1995.
Écrit par deux amis de lycée : Alexis Galmot et Santiago Amigorena, le film réalise un bon score de 650.000 entrées en France. Il nous raconte l’histoire de Bruno, Momo, Alain et Léon qui, quelques années après la fin du lycée, se retrouvent lors de l’accouchement de Sophie, copine de leur meilleur ami mort d’une overdose. Ils évoquent tour à tour leurs souvenirs de cette terminale du lycée Montesquieu…

Divertissant, porté par des acteurs naturels déclamant des dialogues ciselés, le film n’est peut être pas un monument de réalisation mais parvient sans peine un esquisser sur le visage du spectateur, un sourire perdurant lorsque ceux-ci songent à ce souvenir ému. Du bon travail en somme.

Cédric Klapisch, désormais plus serein quant à la suite des événements, assiste réjoui à la pièce de théâtre de Jean Pierre Bacri et Agnès Jaoui : Un air de famille. Il entame les discussions pour une adaptation au cinéma. En parallèle, toujours appuyé par Vertigo, il décide de transformer un vieux projet de court-métrage : Chacun cherche son chat.

Chacun cherche son chat, Un air de famille… Klapisch veut laisser sa « patte »

Chacun cherche son chat, sorti en 1996, accroît encore les scores du réalisateur au box office avec 700.000 entrées. Le film, relatif succès commercial, critique et public, reçoit un très bon accueil outre-Atlantique mais surtout le prix de la Critique Internationale au Festival de Berlin. Est à noter un casting atypique où aux amis Romain Duris et Zinédine Soualem s’adjoignent les résidents du quartier Bastille dans leur propre rôle. Le scénario n’est pas en reste puisqu’à travers une histoire de chats et d’une jeune fille ayant égaré le sien, le cinéaste évoque la cohabitation de plusieurs univers au sein d’un même quartier. Rencontres, communications complexes ou aventures rocambolesques rythment cette jolie fable humaniste.

La même année sort Un air de famille. Cette fois Cédric Klapisch passe un cap dans sa caractérisation des personnages. Dessinés avec une grande finesse et un propos travaillé, le film est sans doute l’une des plus belle réussite artistique du réalisateur. Énorme succès populaire (2 500 000 entrées !), le film  reçoit le César du meilleur scénario plus deux pour les acteurs, il est vrai impeccables, Jean-Pierre Darroussin et Catherine Frot.

Un air de famille

L’histoire est on ne plus simple : toutes les semaines, les Menard se réunissent au café d’Henry. Pourtant en ce soir qui est pourtant un jour de fête, un incident vient troubler la réunion : Arlette, la femme d’Henri est partie pour réfléchir.
Humour pince sans rire, dialogues acides, cette galerie de nos propres défaillances livre avec subtilité un portrait érudit et très fin de tout un chacun.

Peut-être. Accoucher dans la douleur avant de renaître

Depuis plusieurs années, le metteur en scène planche sur Peut-être, projet qu’il mettra du temps à réaliser. Le coût du film effraie les différents mécènes mais Warner, en association avec Vertigo saute finalement le pas. Après un rôle dans Lila Lili de Marie Vermillard en 1999, Cédric Klapisch sort donc la même année cette histoire d’«anticipation» sur la paternité, situé dans un Paris futuriste recouvert de sable.

Ce film réussit tout de même à réunir 800 000 spectateurs et un casting de choix : le sempiternel Romain Duris, Vincent Elbaz, Julie Depardieu, Léa Drucker, Jean-Paul Belmondo ou la magnifique Géraldine Pailhas.

Le long-métrage est ambitieux mais la symbolique et l’écriture un peu balourde et manque de finesse. Parfois drôle, souvent grossier, le film s’enlise et peine à convaincre eu égard à de trop nombreuses imperfections. Premier loupé de la carrière du réalisateur.

Son film suivant, un policier, retardé pour plusieurs mois, le réalisateur décide de mettre en
scène rapidement, son long métrage suivant. Ce sera L’auberge espagnole.

Romain Duris - L'Auberge espagnole

Narrant les mésaventures d’un jeune français finissant ses études à Barcelone, le film trouve écho dans tout un pan de la jeunesse estudiantine. Bilan sans appel : 3 millions d’entrées. Tourné sans prétention, le film fait le tour du monde et inscrit Cédric Klapisch comme un réalisateur incontournable dans l’hexagone.
Sorti en 2002, le film, porté par un casting hétéroclite, avec, oh surprise, Romain Duris dans le rôle principal, ou une Cécile de France disputant la vedette à Audrey Tautou, est une vraie
bouffée d’air. Portrait d’une jeunesse aussi mature que déjantée, aidé par une réalisation inventive et originale, cette pellicule est un pur moment d’abandon aussi rock’n’roll que mélancolique.

L’année suivante, Cédric Klapisch réalise Ni pour, ni contre (bien au contraire). Avec seulement 400.000 entrées, la chute est rude après un tel succès et le polar nerveux avec Marie Gillain et Vincent Elbaz ne convainc pas. Cette histoire de rencontre entre une journaliste caméraman et une bande de malfrats reçoit de la critique un accueil mitigé. Pourtant, le film possède d’indéniables qualités plastiques.

Lorgnant du coté de Scorsese et Melville, le second degré ne sert malheureusement pas le propos et le film ne parvient pas à s’affranchir de ses illustres aînés. Dommage.

Le retour de Xavier

15 juin 2005. Les français retrouvent, cinq ans plus tard, les personnages de L’auberge espagnole pour Les poupées russes. Ils retrouvent également les salles obscures puisque cette suite réalise le même score d’entrées que son prédécesseur : 3 millions.

Romain Duris - Les Poupées russes

Ici, Xavier a réalisé son rêve d’enfance et est devenu écrivain. Il semble toutefois un peu égaré, autant financièrement que coté cœur. Contraint de poursuivre son travail à travers l’Europe, ces nouveaux voyages lui permettront peut-être de réconcilier travail, amour et écriture. Dans le dossier de presse du film, Cédric Klapisch explique : « On met des boîtes dans d’autres boîtes pour essayer de ranger des sentiments complexes. Comme Xavier le dit à la fin du film, les femmes qu’il rencontre sont comme des poupées russes et il doit bien y en avoir une petite cachée dans toutes ces boîtes et c’est celle-là qu’on cherche. » Et les jeunes filles du premier opus sont en effet devenues de troublants alliages de féminité et de charme. A ce titre, Kelly Reilly est simplement renversante. Cecile de France remporte elle son deuxième César. Romantique et décalé, le film est une séquelle honnête et réussie. Un petit plaisir pour tous les trentenaires ayant à l’époque apprécié le premier opus.

En 2008, le réalisateur nous offre le film choral Paris, s’intéressant comme son nom l’indique, à la capitale et ses habitants. Le film, dans la lignée du Magnolia de Paul Thomas Anderson (lui-même inspiré par Chacun cherche son chat !) est un nouveau succès populaire (2 millions d’entrées) bien aidé il est vrai par un casting 4 étoiles : Juliette Binoche, François Cluzet, Mélanie Laurent, Albert Dupontel…

Paris de Cédric Klapisch

Une fois encore, au centre du cinéma du réalisateur, ce sont les personnages et leurs histoires qui intriguent. Destinées uniques entrecroisées, le propos est universel et le traitement plutôt maîtrisé. Ce personnage qui se questionne sur sa propre finitude et qui, en définitive, met en lumière d’habituels seconds rôles, est en effet assez déroutant. La direction d’acteur est impeccable, le portrait d’un Paris aux milles facettes également. Pari relevé !

Enfin, en 2010, Cédric Klapisch réalise pour la télévision L’espace d’un instant, regard sur la danseuse étoile Aurélie Dupont.

Le cinéaste à l’impressionnante carte de visite peut se targuer d’une fidélité sans bornes de la part des comédiens qu’il révèle autant que l’exploit de concilier succès populaire et estime critique. Il a reçu nombre de récompenses, réussit à élever petit à petit son niveau de maîtrise technique et souvent, à imaginer ses histoires autant qu’à les illustrer.

Ma part du gâteau de Cédric Klapisch

Pour un cinéaste adepte, à l’instar de l’illustre Alfred Hitchcock, de caméos à répétition, nul doute que l’on attend de pied ferme sa nouvelle apparition dans ce métrage traitant cette fois de la crise financière. Quelques mois après les décevant Wall Street 2 ou Krach, Cédric Klapisch, portraitiste expérimenté sera-t-il assez doué pour s’attaquer au thriller avec brio ? La réponse dans quelques jours…

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