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Scream : une saga sur le fil du rasoir

Scream : une saga sur le fil du rasoir

À l’occasion de la sortie le 13 avril du quatrième volet du tueur au masque dégoulinant, zoom sur un cinéma plus humble et malin que nombre de ses pâles copies.

Scream : la renaissance du slasher

« À l’origine, j’ai fait le premier Scream pour terrifier les gens en les impliquant par le biais de personnages bien écrits ». Voilà donc le point de départ de la trilogie de Wes Craven.

111 minutes. C’est ce qu’il lui faut en 1996 pour donner tort à tous ceux qui l’avaient déjà enterré. Sous la houlette de Dimension notamment, et la plume de Kevin Williamson, le réalisateur entame donc une série de films qui deviendra l’une des plus populaires du cinéma d’angoisse. Réalisé à une époque où la désaffection du public pour les tueurs masqués se fait de plus en plus grande du fait de leurs sempiternels clichés et de leur aspect caricatural, le scénariste Kevin Williamson, amoureux du genre et plus précisément du film Halloween de John Carpenter déclare : « En tant que spectateur, je rêvais de voir un film comme Scream (…) et je me suis dit : Bon sang, puisque personne ne veut s’en charger, je vais le faire moi-même ! »

Porté par le savoir-faire du créateur de Freddy Krueger, la saga se veut donc autant une mise en abyme du cinéma d’épouvante qu’une relecture du classique de Big John. Petit coup de rétroviseur vers le chef d’œuvre de Carpenter avant de considérer la naissance du prédateur de Woodsboro.

Un clin d’œil au plus grand prédateur masqué

Que ce soit par des citations plutôt grossières, comme lorsque le téléviseur de l’héroïne diffuse sa lancinante partition, ou lorsque le policier campé par David Arquette avance à pas de loups dans une ambiance sonore tout aussi révérencieuse, le parallèle avec Halloween est évident, et la frontière entre rêve et réalité, gimmick de son auteur, encore plus mince.

Celle-ci s’amenuise encore lorsque Dewey, David Arquette donc, braque son arme sur l’écran au moment même où Jamie Lee Curtis, l’héroïne du classique de Carpenter se fait surprendre par le maléfique Michael Myers ! Ici, Wes Craven joue avec ses spectateurs-pantins, et filme deux époques dans un même plan.

Pour le metteur en scène de La Colline a des yeux : « l’épouvante, c’est le familier ». Il met donc en lumière un classique archi-connu pour mieux faire renaitre la peur à partir d’un matériau « re-présenté ».

En effet, qu’ils soient mutants cannibales ou marginaux pathétiques dans Le Sous-sol de la peur, grâce à ses monstres de foire, le réalisateur modernise le slasher et, à l’aide de la trilogie qui nous intéresse ici, redéfinit certains codes visuels, se réapproprie les us et coutumes du genre, et pour notre plus grand plaisir, nous met à contribution.

Dans son film, les personnages connaissent les pièges du cinéma d’angoisse sans pour autant parvenir à éviter le chemin de croix se dressant devant eux. Dans Halloween, ils regardaient The Thing d‘Howard Hawks. Ils regardent aujourd’hui le classique qui inspira la trilogie sans pour autant se départir d’un parcours inévitable. On n’est plus à l’époque du climax dévoilant un ignoble monstre, nous sommes à celle d’un engrenage répétant inévitablement les mêmes mécaniques. Wes Craven illustre ainsi un cinéma peu démonstratif, pas forcément grandiloquent graphiquement mais dont les rouages ne peuvent être plus maitrisés. Malgré tout, le spectateur s’y perdra parfois, fier de son érudition, tentant de se gâcher le plaisir du sursaut ou de la découverte.

Subtile et dévastatrice alliance de rage animale et de folie humaine, porté par une certaine esthétique du meurtre, le voyeur désaxé fera donc inlassablement parler un inimaginable déferlement de fureur.

Scream : naissance du projet et genèse d’une saga

Pour cette première mouture, tout commence comme dans un conte de fées. Le producteur John Pierson confiait à l’époque : « La sortie de Scream a marqué un tournant, a révélé dans quelle direction allait vraiment Miramax/Dimension (…) Ce que voulaient Harvey et Bob, c’était faire du New Line à la place de New Line ».

Appelé au départ Scary movie (et oui) de par ses multiples références cinéphiliques, son ton décalé, et acheté pour 500 000 dollars, le script fut envoyé à l’actrice Drew ‘E.T‘ Barrymore, prévue au départ pour interpréter le rôle principal. La comédienne donne alors son accord, les financiers peuvent souffler…

Comme l’indique à l’époque le scénariste Kevin Williamson face à un Bob Weinstein décontenancé : le film est « un film d’horreur avec quelques scènes de comédie ». Le scénariste accouche donc, selon la légende, en deux semaines, d’un scénario révérencieux et se voulant une relecture pervertie et avant-gardiste des codes du slasher.

Les frangins préférant changer le titre, lorgnant du côté du tube de l’époque du regretté Michael Jackson, le film passe de Scary Movie à Scream. Ici, des adolescents cinéphiles doivent donc mettre en pratique leurs connaissances du modus operandi des prédateurs pour justement leur échapper. Oscillant entre parodie (in)volontaire et mise en exergue du traitement de la violence à l’écran, le travail réflexif de Williamson arrive entre les mains de Wes Craven, occupé sur un projet de remake de La Maison du Diable. D’abord réticent puis admiratif du travail déguisé en hommage du jeune scénariste, Craven signe pour entamer une nouvelle saga horrifique.

Les péripéties commencent alors : Bob Weinstein veut voir exalté un coté sexy, trouve Drew Barrymore (finalement choisie pour apparaître dans le prologue afin de surprendre les spectateurs) hideuse coiffée de cette ridicule perruque et de son indicible pull…

Craven quant à lui n’en peut plus entre les gueulantes des producteurs sur le plateau et un masque à l’origine controversé… A ce propos, Peter Biskind raconte : « Je pensais que ça ferait rire les gens. Je prenais Wes pour un fou. Ils m’ont dit qu’ils l’avaient trouvé dans un magasin. J’ai hurlé « Quoi ? Vous l’avez acheté dans le commerce ? Vous ne l’avez pas créé vous-même ? » J’avais oublié que celui que porte Mike Myers dans Halloween est en fait un masque de William Shatner que Carpenter avait trouvé dans un magasin ».

Craven quant à lui rétorque « Ce masque a été trouvé dans un grenier par quelqu’un chargé des repérages, ça n’a rien d’une nouveauté, on s’est tous dit que c’était génial, que ça nous faisait penser au Cri de Munch. Je ne comprends pas. Je refuse d’arrêter le tournage ! »

Le réalisateur reprend ensuite petit à petit les rênes de son bébé et le miracle se produit lors de la projection test où les frangins aussi adulés qu’haïs, parodiés par Tom Cruise dans Tonnerre sous les tropiques, tombent en pamoison.

Interprété par nombre de talentueux comédiens : Neve Campbell, Rose McGowan, David Arquette ou la sexy Courteney Cox, le film devient un immense succès au box-office et génère plus de 100 millions de dollars de recettes pour un budget initial de 14 millions de dollars !

Certains tenteront bien sûr de s’engouffrer dans la brèche, comme Souviens-toi l’été dernier et son héroïne « poumonnée » l’année suivante, ou Urban Legend en 1998, mais aucun ne connurent un tel engouement et un tel bouche à oreille que la saga de tonton Wes.

Le Cas Drew Barrymore

Dans ce désormais mythique prologue d’environ onze minutes, Drew Barrymore revient sur le devant de la scène avec fracas. Adolescente perdue et rebelle, souffrant de multiples addictions, ce retour en grâce est unanime.

Après de multiples cures de désintoxications et une émancipation obtenue à l’âge de quinze ans, l’actrice explique dans son autobiographie intitulée : « La petite fille perdue » qu’elle ne parvenait pas à se départir de cette image de « mauvaise fille », exploitant celle-ci jusqu’à la surenchère notamment avec ce rôle de prostituée dans Belles de l’ouest. Enchainant les séries B sans envergure, la jeune fille pose même nue pour Playboy en 1995.

Mais en deux ans l’actrice remonte sa cote à Hollywood, enchaînant des petits rôles dans Batman Forever, Tout le monde dit I love you de Woody Allen ou Avec ou sans hommes. Culminant grâce à ce rôle de Casey Baker, l’amatrice de cinéma fantastique, sa notoriété explose et l’actrice brille depuis entre comédies romantiques, actionneers bourrins, films déjantés et son activité de réalisatrice.

Tremplin inattendu pour de nombreux comédiens, Scream allait donc donner deux séquelles (en attendant le quatrième volet), respectivement en 1997 et 2000, et même des parodies avec Scary movie ou Scary scream movie. Mais au fait Scream, ça parle de quoi ?

Allo ? Coucou Sidney !

Woodsboro est une petite ville traditionnelle des États-Unis. Lorsque deux adolescents se font assassiner en pleine nuit, la ville bascule dans la crainte, particulièrement Sidney Prescott, adolescente dont la mère a été assassinée un an plus tôt. Les médias et les enquêteurs assiègent la sortie du lycée à la recherche d’indices tandis que les meurtres se multiplient.

Après cette scène d’ouverture parmi les plus brillantes de l’histoire du cinéma de genre, on marche donc sur les pas de la virginale et un peu tête à claques Sidney Prescott, alias Neve Campbell. Fille d’un professeur d’art dramatique écossais et d’une psychologue néerlandaise, Neve Campbell ne se doute sans doute pas que ce rôle lui collera définitivement à la peau.

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a été choisie pour ce rôle, voilà ce que déclare l’actrice : « Ce cinéma se nourrit de comédiennes dont le visage incarne une certaine vulnérabilité, par contraste et souci d’efficacité. Surtout dans les deux Scream, pour mieux souligner que la fille, fragilisée au départ, peut se révéler très forte sur la fin. Le public actuel exige cet équilibre émotionnel. Il ne supporte plus de voir ces bécasses frétillantes, demi-nues se faire poignarder en hurlant. »

Poursuivi par le fanatique au masque de fantôme, celle-ci sera donc accompagnée dans son combat pour rester en vie par l’arriviste journaliste Gail Weathers ou un policier benêt : « Dewey ».

Situant son intrigue dans la désormais célèbre ville de Woodsboro où un an plus tôt la mère de notre « final girl » fut assassinée, Wes Craven dresse un portrait paternaliste et distanciée de cette petite bourgade traditionnelle qui se verra envahir par des journalistes et enquêteurs à la recherche d’indices. Notre clone de Jamie Lee Curtis sera elle aussi, proie du tueur masqué, tueur exploitant des codes que n’aurait pas renié Mario Bava : gants, couteau etc.

Aux vues des motivations criminelles exposées, et des rapports victimes-bourreaux, force est de reconnaître à Kevin Williamson une écriture savoureuse, certaines taglines hilarantes et un côté « poursuites à la Chuck Jones » assez jouissif.

Doté d’un budget estimé à 14 millions de dollars, du monteur français Patrick Lussier, futur réalisateur du prochain Hellraiser et du score de Marco Beltrami, le film réalise l’excellent score de 2 200 000 entrées France. A sa sortie aux Etats-Unis sur près de 1400 salles et raccourci d’une minute afin d’échapper à une classification NC-17, le film rapporte 6 millions de dollars lors de son premier week-end d’exploitation et près de 100 millions uniquement sur son territoire.

Scream : tout un univers gravitant autour de son créateur

Outre les actrices déjà citées, on y croise par exemple David Arquette, prévu au départ pour jouer le rôle de Billy mais préférant celui de Dewey Riley, l’un des meilleurs personnages de la série. Il épousera trois ans plus tard Courteney Cox, rencontré sur le plateau, bien qu’ils soient aujourd’hui séparés. Nombre de protagonistes seront d’ailleurs récurrents tout au long de la saga, en fonction de leur importance bien entendu. L’un d’entre eux par exemple est un clin d’œil à un autre célèbre cinéaste. Fortement influencé par le Serial Mother de John Waters sorti deux ans plus tôt, Craven lui rend hommage en exposant l’acteur Matthew Lillard en amateur fanatique de films d’horreur, ou certaines mises à mort des petits malins ayant contrarié le meurtrier…

Melting pot de sa propre expérience de réalisateur et du cinéma d’épouvante depuis les années 60, Wes Craven aurait pu également accoucher d’un tout autre métrage.

Reese Witherspoon refusa en effet le rôle principal, tout comme Drew Barrymore et vous auriez pu voir Freddie Prinze Jr interpréter Stu ! D’acteurs justement il en question puisque le film regorge de références et autres caméos. On peut notamment croiser un employé nettoyant un couloir affublé d’un chapeau mou et d’un pull vert et rouge (joué par Craven lui-même !) ou Fonzie de la série Happy Days en proviseur se recoiffant comme avant de trépasser. Enfin, nombre d’acteurs de séries TV américaines eurent la chance de faire leurs preuves au cinéma grâce à ce film : Sarah Michelle Gellar (Buffy), Joshua Jackson (Dawson) ou même Patrick Dempsey de Grey’s Anatomy.

Un métrage aux multiples niveaux de lecture

Plus frontale que ce que le public pouvait imaginait d’un tel divertissement, le graphisme des meurtres réussit, a contrario de certains films italiens des années 70 et 80, à conserver une certaine cohérence dans la narration. Le fin limier amateur nous gratifie en effet de pendaisons, de coups de poignards, d’égorgements, de meurtres par armes à feu pour s’acquitter de ses pulsions meurtrières.

Ainsi, en plus de se jouer des conventions du genre, le réalisateur prend du recul et cite les poncifs avec délectation et érudition. Ici encore, une jeune fille ravive les plaies d’un passé douloureux et déclenche un courroux punitif, seul échappatoire momentané de ce traumatisme enfoui. Citant Norman Bates et sa « fixation maternelle », le réalisateur fait évoluer le genre car sa réalisation réflexive enchaîne les stratagèmes visant à détourner les conventions.

Froid dans le dos

Récompensé au Saturn Awards de 1997 comme meilleur film d’horreur, meilleur scénariste et meilleure actrice pour Neve Campbell ou Grand Prix à Gérardmer la même année, le film n’a malheureusement pas été interprété de la plus judicieuse des façons pas tous.

En France, à Fontenay-aux-Roses dans les Hauts-de-Seine, Nicolas, 16 ans, mis le fameux masque avant d’agresser son père et sa belle-mère à coups de couteau. En 2001 à Saint-Cyr-l’Ecole dans les Yvelines, cinq jeunes affublés du même déguisement violent une jeune femme de 21 ans. Enfin, en juin 2002, à Saint-Sébastien-sur-Loire, un lycéen de 17 ans assassine Alice, 15 ans, de 42 coups de couteau. Vêtu du masque, celui-ci fut dénoncé à un voisin par la victime quelques secondes avant de mourir. Il expliqua simplement aux enquêteurs avoir « décidé de tuer quelqu’un » et purge actuellement une peine de 25 ans de réclusion criminelle.

Voilà qui provoque donc tout l’inverse de l’effet recherché, et appuie la thèse de certains députés américains, voyant entre ce néoslasher et le déferlement de violences adolescentes, un rapport direct. Gloups !

Scream 2 : trancher dans le vif !

Après le massacre qu’elle a vécu à Woodsboro, Sidney Prescott se remet peu à peu du drame. Elle est désormais élève à la fac de Windsor, étudie le théâtre, a de nouveaux amis et un nouveau petit copain, étudiant en médecine. Mais son cauchemar va reprendre de plus belle puisque elle apprend que deux jeunes étudiants, Maureen Evans et Phil Stevens, ont été massacrés dans une salle de cinéma dans laquelle le film Stab, film adapté du livre de la journaliste de presse à scandale Gale Weathers inspiré de la tuerie de Woodsboro, était diffusé. Mais cette histoire devient de plus en plus étrange du fait qu’un autre meurtre a été commis dans l’enceinte même du campus. Pour Sydney, le cauchemar est loin d’être terminé…

Dans le premier volet, les règles pour échapper au meurtrier étaient les suivantes : ne pas avoir de rapports sexuels, ne consommer ni alcool ni drogues, ne jamais, JAMAIS, dire « Je reviens », parce que vous ne reviendrez jamais. Ici, le réalisateur se doit de surprendre tout son petit monde et de faire encore plus fort ! Les nouveautés seront donc les suivantes : le nombre de corps doit toujours être plus élevé, les scènes de tuerie doivent toujours être plus élaborées, plus de sang, plus de gore et enfin ne jamais penser, en aucune circonstance, que le tueur est mort…

Prévu comme une trilogie dès les premières lignes par son scénariste, la saga Scream souhaite surfer sur le succès du premier le plus rapidement possible. Pour sortir le second volet un an après, le projet entre en production le 16 février 1997. Malheureusement, le script se retrouve sur le net et de nombreuses modifications doivent être effectuées en urgence, comme sur le personnage de la colocataire de Sidney, originellement complice de l’assassin.

A l ‘aide d’une équipe semblable à celle du premier volet : même scénariste, même compositeur, acteurs rempilant pour cette suite, Wes Craven est cette fois doté d’un budget de 24 millions de dollars. Pas forcément du niveau du premier, ce second opus est en tout cas, une fois n’est pas coutume, une excellente suite. Sorti le 8 juillet 1998 dans l’hexagone, il n’est cette fois plus interdit au moins de 16 ans mais au moins de 12 ans. Ah la magie des studios…

Porté par un très prestigieux casting : Selma Blair (Hellboy), Omar Epps (Aniki mon frère), Heather Graham ou la surprenante Tori Spelling dont on appréciera l’humilité et le second degré à défaut des qualités d’interprétation, le second opus de la future quadrilogie continue d’enfoncer le clou.

Plus de spectateurs, de recettes, de meurtres (une bonne dizaine cette fois !), de clins d’œil, le film ne déçoit pas et le papa de Freddy rassure. Après un week-end d’exploitation, le film affole les compteurs et enterre les chiffres de son prédécesseur. 30 millions de dollars, voilà ce que rapporte en deux jours seulement ce savant mélange d’horreur et d’humour, sans cynisme aucun, de l’aveu même de son réalisateur. En fin de course, le film rapportera autant que Scream, premier du nom.

Dans ce second volet, le réalisateur se fait plaisir et multiplie les caméos : Matthew Lillard (héros du premier opus) dans une fête, le scénariste Kevin Williamson en interview avec Cotton Weary, Rose McGowan lors de la projection du film Stab, Luke Wilson etc.

Nouvel enchevêtrement du rêve et de la réalité, Scream 2 tente de briser les conventions de nombre de slashers au dénouement trop souvent prévisible. Formellement rigide, le slasher est un genre riche mais ultra codifié.

Ici l’un de ses fers de lance prône l’inventivité et l’on assiste à une véritable nemesis de la part de la victime Sidney Prescott. Celle-ci, toute proportion gardée, devient de plus en plus féroce à l’image d’une Ellen Ripley que plus rien n’effraie. Quant à son approche et à son rapport au rôle, l’actrice déclare : « Avant Scream, je pensais que tourner dans un film d’horreur était vraiment nul(…) Pourtant ce type de film présente, au niveau du jeu, un défi intéressant : créer différents niveaux au sein d’une même émotion. (…)La peur, la terreur(…) Parfois elle fuit, parfois elle passe à l’offensive. Dans les deux cas de figure, elle a peur. »

Récompensé lors des MTV Movie Awards en 1998, Neve Campbell est désormais une star planétaire, symbole féminin d’une légitime fureur face à l’agressivité.

Scream 2 : une catharsis éprouvante

De l’évocation du voyeurisme masculin et des « meurtres-spectacles » dans le premier opus, on passe ici presque à la gratification de l’autodéfense féminine et à un vrai questionnement quant à l’incapacité des représentants de la loi. Pourtant, au-delà de son propos, le film revient de loin.

Eviction du compositeur Danny Elfman qui composera tout de même la musique de la séquence théâtrale, production marathon de 6 mois seulement (postproduction incluse) pour surfer sur le succès du premier opus, remaniement du script, Scream 2 est un rescapé !

Diffusé sur Internet, l’original devait voir mourir Sidney Prescott ! Devant la colère des fans, certaines réécritures furent donc émises en urgence. Enfin, l’ambiance sous haute surveillance tendait vers la suspicion, les 10 pages finales n’ayant été divulguées aux acteurs que lors de la dernière semaine de tournage, celles-ci étant même sécurisées contre les photocopies !

Lorsqu’on demande au réalisateur quel est son pire cauchemar, celui-ci, invariablement, en revient au septième art : « Faire un film et que personne n’aille le voir ! Vous savez, je ne fais pas tellement de cauchemars ; je pense que mes cauchemars ne me hantent pas car je vide ma tête en les mettant à l’écran. » Aux vues du résultat, cela semble préférable !

Enfin si l’on évoque cette manie du film dans le film, qu’il réédite après Freddy sort de la nuit, le réalisateur, philosophe, confie : « Etant donné la position du cinéma dans notre culture, je trouve qu’il est intéressant de regarder les films presque de la façon dont Platon regardait la vie et la réalité à travers les ombres projetées sur les murs de la caverne dans La République, si vous vous souvenez de vos cours de philosophie. C’est une façon intéressante de regarder la vie, mais ce n’est pas la vérité, cela semble l’être mais ça ne l’est pas : on voit les artifices et les décors du film, un peu comme avec le personnage de Neve Campbell. C’est un double regard. »

Scream 3 : la lame s’effrite

Tandis que Sydney Prescott vit recluse chez elle, le producteur de Stab s’apprête à produire le troisième chapitre de sa série. Mais lorsque le tueur au masque blanc revient de plus belle, cette fois-ci il s’attaque aux acteurs du film. Sydney se rend compte que tout ça aurait un lien direct avec elle…

L’univers est désormais connu, les leitmotiv également. Malgré les bonnes intentions de l’auteur, l’absence du scénariste originel semble porter un coup fatal à la saga.

Ici plus de règles aussi codifiées que lors des précédents opus, ou plutôt si, une seule : l’absence de règles. « Premièrement, le tueur est un peu comme Superman: le buter, pas la peine, l’éventrer, ça marche pas. En principe dans le troisième, vous devez cryogéniser sa tête, le décapiter, ou bien le faire exploser. Deuxièmement, tout le monde est susceptible d’y passer, même l’héroïne, je parle de toi, Sid. Désolé, c’est le chapitre final, ça peut finir comme dans «Reservoir Dogs » si vous voyez le tableau. »

19 avril 2000, ça y est, l’heure du dénouement final à sonner pour que Wes Craven achève son petit monde avec brio. Conscient d’une certaine lassitude du public envers le genre, Kevin Wiliamson aborde au départ Scream 3 sous un angle nouveau.

Très occupé sur la série Wasteland et livrant un script jugé bien trop violent, eu égard aux récents évènements du lycée Columbine, le studio juge trop polémique ce questionnement qu’opère le scénariste entre déferlement de fureur estudiantine et divertissement cinématographique. Déjà employé à persuader une Neve Campbell lassée de son personnage de rempiler pour un troisième volet, les deux frangins remercient Williamson, embauche la scénariste de Piege Fatal, Ehren Kruger et placent l’action à Hollywood.

Nous retrouvons donc sans grande surprise les protagonistes aujourd’hui bien connus et identifiables : Gail, Sid, Dewey… Mais même si le film est loin d’un infâme torture-porn complaisant et qu’un « whodunit » reste encore ce qu’il y a de plus jouissif dans le cinéma d’épouvante, Craven semble avoir trop édulcoré son film.

Pour mettre en scène son final, le réalisateur dispose de 40 millions de dollars. Il tente donc, sur le même tempo, de convier par exemple nombre de « personnalités » comme Kevin Smith, Carrie Fisher, Roger Corman ou Lance Henriksen. Mais ces clins d’œil ne suffisent plus et les meurtres se veulent moins inventifs que par le passé : défenestration, égorgement, poignard, tout cela sent le déjà vu et malgré la nomination de Neve Campbell une nouvelle fois aux MTV Movie Awards, le réalisateur semble s’autocensurer. L’horreur pure a cédé sa place au frisson.

Parole au réalisateur

Ludique, parodique, le film oscille entre règlement de compte hollywoodien et burlesque assumé. Le public, bien qu’amusé, attendait sans doute davantage de séquences d’anthologie pour ce dernier chapitre. Proche chronologiquement de la tragédie de Columbine, le réalisateur déclare quant à la pression de la censure : « Il y a énormément de pression aux USA suite aux évènements de Columbine :  »les films sont responsables de la violence » pensent certaines personnes qui voient là une relation simple de cause à effet. Je voulais faire un film qui fasse peur et qui soit à la fois divertissant, mais qui par respect pour les parents des victimes ne soit pas trop choquant. (…)Le problème aussi, c’est qu’en prenant le risque de se faire censurer, on peut être amené à couper des scènes et donc à nuire à l’intensité du film, ce qui est plutôt gênant pour un film comme Scream. »

Après une incursion dans le mélo avec Music of the Heart, Craven semble donc s’être un peu ramolli. Ses personnages sont de plus en plus antipathiques : Sidney est devenue une névrosée adepte de la NRA vivant en recluse dans une maison ultra sécurisée, et certaines références deviennent lourdingues. Malgré des meurtres peu inspirés et une intrigue de plus en plus tirée par les cheveux, le film débarqué sur les écrans le 4 février 2000 et rapporte 160 millions de dollars à travers le monde.

Mais l’heure est aux grandes espérances après l’annonce de la résurrection de la saga !

Lorsqu’on interroge le scénariste des deux premiers opus sur le quatrième volet et, si succès il y a, premier volet d’une nouvelle trilogie, celui-ci déclare : « Cela fait des années que Bob Weinstein me demande de faire un nouveau Scream, et Wes et moi-même étions vraiment opposé à l’idée. Quand j’ai pris un peu de recul, je me suis demandé ce que je ferais si je devais faire Scream 4, et j’ai vite compris que faire un seul film ne serait pas satisfaisant. Ce qui m’a tout de suite intéressé, c’est de faire une nouvelle trilogie ! ». Rassurant.

Scream 4 : même pas mort !

Sidney Prescott, devenue auteur d’un guide d’aide personnelle, retourne à Woodsboro pour terminer la promotion de son livre. Elle n’y était jamais retournée depuis l’enterrement de son père Neil. Elle y reprend ainsi contact avec le Shérif Dewey Riley et Gale Weathers, qui sont désormais mariés, ainsi qu’avec sa cousine Jill (Emma Roberts) et sa tante Kate (Mary McDonnell) .Malheureusement pour elle, son retour coïncide avec l’anniversaire du premier meurtre de la ville et la réapparition du célèbre tueur au masque de fantôme plus violent que jamais. Woodsboro redevient ainsi le théâtre d’une série de meurtres sanglants et fait grimper le niveau de danger pour les habitants de la petite communauté.

Alors que les trois premiers volets ont rapportés la coquette somme de 500 millions de dollars en salles, quoi de plus alléchant que d’entamer une nouvelle trilogie pour ses mécènes.

À l’heure où le spectateur doit ingurgiter jusqu’à l’indigestion d’innombrables suites-remakes-séquelles-reboot, quel sort sera réservé à nos trois compagnons, dont le parcours sur une quinzaine d’années intrigue forcément ?

Comme en témoigne Wes Craven : « Le cas de Scream est unique. Vous avez par exemple vu grandir Neve Campbell sur une période de seize ans, passant du statut de lycéenne à celui d’adulte ».

Toujours d’après le réalisateur, Scream 4 cherchera à intéresser son public à tous ses protagonistes et à analyser la culture de la violence dans les films. Rien de très nouveau toutefois…Forcément en équilibre instable entre nostalgie à distiller avec parcimonie et modernisation du mythe, le challenge de ce nouveau volet, à l’instar du Diary of the dead de George Romero ou d’innombrables bandes horrifiques soit disant novatrices, sera d’être non seulement effrayant mais de réussir à ne pas écœurer un public gavé à la « shaky-cam » et autres « documenteurs ».

Se devant de moderniser son propos, Scream 4 s’inspire donc de la récente vague de torture-porn (sic) et exploite les technologies actuelles comme les Smartphones par exemple. Le spectateur devra donc se faire sa propre idée de cette mise en abyme visiblement épidémique chez les cinéastes.

Il est évident que le grand retour de cette belle brochette de survivants est très attendu par de nombreux fans de par le monde. David Arquette et Neve Campbell ont quasiment disparu des écrans de cinéma, l’ancienne magnifique Courteney Cox est passée par la case botox, mais une très bonne chose nous permettait d’être optimiste, le retour du scénariste des deux premiers opus : Kevin Williamson ! Optimisme de courte durée puisque celui-ci sera finalement remplacé à quelques jours du tournage provoquant le mécontentement des acteurs.

Au sujet de cette renaissance, il confiait sur ce projet complexe : « Il se déroule de nos jours, dans la ville de Woodsboro. Nous retrouverons les trois personnages principaux et il y aura de nombreux nouveaux arrivants. Nous présenterons aussi un petit groupe de nouveaux héros. C’est ce qui nous amènera à la prochaine trilogie. » Simple et efficace, tout était dit !il sera remplacé par Erhen Kruger…

Pas frileux pour un sou, le réalisateur lui-aussi décide donc, non seulement de reprendre les trois principaux protagonistes de la trilogie : Neve Campbell, Courteney Cox et David Arquette mais prend des risques en castant… des actrices de séries TV ! Ainsi se rejoignent Hayden Panetière d’Heroes, Anna Paquin de True Blood, ou Kristen Bell de Veronica Mars.

S’adjoignent également à la petite fête : Emma Roberts dans le rôle de la cousine de Sidney ou Marley Shelton qui interprétera une policière ayant connu Sidney au lycée.

C’est donc le 13 avril qu’auront lieu les retrouvailles avec les survivants de Woodsboro. Qu’en sera-t-il de la thématique sexuelle récurrente de Craven : la liberté sexuelle est-elle synonyme de danger et renforcerait les valeurs conservatrices ? Assisteront-nous aux sempiternels caméos ? Les questions sont nombreuses et l’on croise les doigts pour assister au grand retour d’un metteur en scène qui, à l’instar de Carpenter ou Argento, connaît une seconde partie de carrière plutôt décevante….

C’est toujours avec un budget de 40 millions de dollars que Wes Craven tentera de reconquérir les fans de la première heure. Tourné dans le Michigan entre juin et septembre 2010, le slogan de cette « nouvelle » trilogie est : nouvelle décennie, nouvelles règles.

D’après les informations saisies sur la bande annonce dévoilée lors des Scream Awards le 16 octobre dernier, le tueur semble être plus sauvage que jamais et l’inattendu étant devenu un cliché, les vierges ne seraient plus à l’abri du danger. Il est également mentionné que cette fois l’innovation aboutirait à des homicides filmés. Une nouvelle mise en abîme pas aussi novatrice qu’elle semble s’autoproclamer…

Mais méfions-nous de ce réalisateur malin, culotté et qui réussit à révéler nombre de comédiens. Nous échapperons en tout cas au caméo de Patrick Dempsey qui a décliné l’offre pour se « concentrer » sur le tournage de Transformers 3

Pour les plus célèbres, on sait que Neve Campbell, après nous avoir fait fantasmé dans une piscine avec Sexcrimes en 1998, n’a tourné que très peu : Panic, Studio 54, Company de Robert Altman ou le film musical sur fond de marijuana : Reefer Madness. David Arquette lui, grand amateur du genre et tout en remportant un titre dans un championnat de catch (?!), nous gratifia de titres comme Arac Attack !, Riding the bullet de Mick Garris ou The Tripper qu’il réalisa. Courteney Cox elle, n’a pas chômé puisqu’on la croisa dix ans dans Friends, puis dans les séries Scrubs, Dirt ou plus récemment Cougar Town.

Pour achever ce dossier laissons la parole à l’héroïne principale de la saga qui déclare lorsqu’on lui demande si elle est une vraie fan de cinéma fantastique : « En fait, je suis tout le contraire. J’ai une peur bleue des films d’horreur. Gamine, j’ai vue L’enfant du diable à la télévision et j’ai mis un an à m’en remettre. Dès que je vois une séquence un peu effrayante, je fais des cauchemars ».

Tout cela semble problématique… Toutefois le public lui ne veut qu’une chose : Que ça tranche chérie!

Bibliographie utilisée pour la réalisation de ce dossier :

Dictionnaire du cinéma d’épouvante (Scali)

1001 films (Omnibus)

Le cinéma d’horreur (Taschen)

Mad Movies (numéro 236)

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