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Catherine Frot : portrait

A  l’occasion de la sortie de Coup d’éclat, deuxième long métrage et polar noir réaliste de José Alcala, retour sur la carrière d’une actrice dont le charme mutin trouble le cinéma français depuis plus de trois décennies.

Coup d'éclat de José Alcala

Fille d’un père ingénieur et d’une mère enseignante en mathématique, Catherine Frot voit le jour le 1er mai 1956 à Paris. Après plusieurs déménagements en province, l’actrice en devenir, très tôt attirée par les planches et le septième art, développe une affection particulière pour la comédie.

Dès l’âge de quatorze ans, elle s’inscrit donc, en plus d’un cursus scolaire classique, au conservatoire de Versailles.  Elle entre trois ans plus tard à l’Ecole de la Rue Blanche puis, au conservatoire,  croise les chemins de Jean Hugues Anglade et Ariane Ascaride. Elle fonde en 1978 la Compagnie du Chapeau Rouge, y côtoyant notamment Jean-Pierre Darroussin. L’actrice sera remarquée l’année suivante lors du festival d’Avignon, et se consacre pour l’instant au théâtre.

Sa notoriété commence à grimper grâce à ses interprétations de la Cerisaie de Tchekhov, vu par Peter Brook en 1982, ou La Mouette, mis en scène par Pierre Pradinas trois ans plus tard. Catherine Frot d’ailleurs le prix de la critique théâtrale en 1983 pour la création originale C’était comment déjà ? de Jean Bouchot.  Sa carrière sur les planches atteindra son apogée grâce au rôle de la Présidente de Tourvel, dans l’adaptation des Liaisons Dangereuses, mise en scène par Gérard Vergez en 1987.

Des débuts à pas de loup

Sa première apparition à l’écran se fera sous la direction d’Alain Resnais, en 1980, dans Mon oncle d’Amérique.  On  la croise ensuite, entre deux représentations, dans quelques petits rôles au cinéma. Partageant l’affiche avec Michel Blanc ou Jacques Dutronc dans Chambre à part en 1989, elle irradie l’écran en voisine de Robin Renucci dans Escalier C et reçoit, pour la première fois, une nomination au César du meilleur second rôle.

Un air de famille

Revenue à ses premiers amours, l’actrice triomphe dans les années 90 avec le spectacle d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri : Un air de famille. Ce rôle attendrissant de Yoyo, belle-sœur un peu godiche, lui vaut le Molière du meilleur second rôle. Un rôle qui rendra Catherine Frot définitivement célèbre et appréciée en 1997, dans l’adaptation cinématographique éponyme de Cédric Klapisch. Elle reçoit cette fois le César de la meilleure actrice dans un second rôle.

L’actrice enchaine ensuite les collaborations fructueuses malgré des personnages  de bourgeoises pince-sans-rire un peu répétitifs. On l’apprécie malgré tout en maitresse de Thierry Lhermitte dans Le Diner de cons de Francis Veber en 1998 (troisième nomination aux César), dans Paparazzi d’Alain Berbérian la même année, ou en 1999, dans le rôle d’Isabelle dans La Nouvelle Eve.

1999 sera ainsi une date importante pour l’actrice : elle jouera cette année-là,  son premier grand rôle destiné aux salles obscures : celui du film La Dilettante de Pascal Thomas. Elle y incarne une provinciale dotée d’un caractère explosif, et fait évoluer son jeu vers un équilibre tempéré, oscillant entre burlesque et tragédie.

La dilettante

Une discrétion qui paie : Catherine Frot est devenue bankable

Maitrisant désormais parfaitement ce type de rôle, à la fois cabotin et tout en retenue, Catherine Frot s’épanouit  dans les adaptations des récits d’Agatha Christie. Grâce au rôle de Prudence Beresford,  toujours sous la direction de Pascal Thomas, avec Mon petit doigt m’a dit en 2005, et Le crime est notre affaire en 2008, elle est nommée au César de la meilleur actrice.

Star du film engagé de Colline Serreau en 2001 : Chaos (qui lui vaudra encore une nomination comme meilleure actrice dans un second rôle), la comédienne  ajoute plusieurs cordes à son arc les deux années suivantes.  Grâce notamment au cinéaste Lucas Belvaux pour qui elle tourne une trilogie, l’actrice prend de l’ampleur et incarne Jeanne,  terroriste repentie dans Cavale, Un couple épatant et Après la vie.

Toute aussi parfaite dans les comédies populaires, cette alliance de séduction et d’élégance qu’incarne la comédienne fait merveille dans les films de Merzak Allouache : Chouchou, ou de Didier Bourdon : 7 ans de mariage.

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Forte d’une galerie de personnages très bien écrits, Catherine Frot revisite à présent le patrimoine hexagonal dans les relectures des classiques : Boudu de Gérard Jugnot, et Vipère au poing de Philippe de Broca, respectivement en 2005 et 2004. Pour ce dernier, à propos de ce contre-emploi et de l’impitoyable Folcoche,  l’actrice déclare : « J’avais envie d’aller vers des choses un peu démoniaques, hors normes, théâtrales même (…) La préparation physique, l’allure, le maquillage, la coiffure ont été très importants. J’ai pensé aussi à l’expressivité du jeu de l’acteur dans le cinéma muet. Une chose est sûre, c’est un film dans lequel je me suis investie tout particulièrement. »

Elle est ensuite une pianiste secrète dans La Tourneuse de pages en 2006. Ce film, après Chaos et La Dilettante, lui vaut sa troisième nomination au César de la meilleure actrice.
Au-delà de ces femmes un peu nunuches qu’elle façonne  encore avec les films Les Sœurs fâchées et Odette Toulemonde, l’actrice explore de nouveaux horizons avec le doublage du film d’animation Cendrillon et le prince pas trop charmant. Elle y incarne une odieuse belle-mère, et pour la seconde fois donc, un personnage antipathique.

A propos de son approche sempiternelle de certains personnages  récurrents, voilà ce que raconte Catherine Frot : «  Ce n’est pas très compliqué car c’est un registre dans lequel je me sens à l’aise. La candeur farfelue, c’est quelque chose que je connais. C’est un ton qui m’est plutôt familier. Je suis persuadée que cette part d’enfance que j’ai en moi et sur laquelle je m’appuie, sera toujours là quand j’aurai 80 ans. Dès mes débuts, j’ai joué des personnages un peu naïfs qui faisaient rire malgré eux, « par défaut » pourrait-on dire. C’est ce sillon que j’aime creuser, explorer même s’il arrive toujours un moment où j’ai besoin du registre dramatique… »

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Animée par la volonté de surprendre son audience, Catherine Frot devient alors maman désespérée dans le premier film de Safy Nebbou : L’empreinte. Elle reviendra toutefois à une caractérisation qui lui colle à la peau, celle d’une enquêtrice écossaise apprêtée et décalée avec Imogène McCarthery d’Alexandre Charlot et Franck Magnier.

De ses premiers pas sur les planches dans L’Homme aux valises de Ionesco, en passant par L’Affaire Christian Ranucci pour la télévision, transfigurée dans Le Vilain du déjanté Albert Dupontel, ou par la lecture des lettres d’amour de Napoléon Bonaparte à l ‘ile-d ‘Aix en 2008, la carrière de ce joli brin de femme est une ode à la comédie. Un destin qui n’aurait pu être autrement tant l’actrice transpire l’amour du jeu et de la représentation. Toutefois, malgré cette carrière sans vraies fausses notes, si l’on demande à cette incarnation française d’une certaine élégance d’outre atlantique ce qui l’effraie, celle-ci confesse : « Je ne sais pas… Si, une : j’ai toujours le trac de démarrer. Les premiers jours, au cinéma comme au théâtre, me font peur. Quand on se demande si l’alchimie va prendre, si on est dans la bonne direction, si on va pouvoir aller le plus loin possible dans cette direction-là… »

On peut donc rassurer Catherine Frot sur l’affection que le public lui porte.  Un regard semblable à une main posée sur la sienne, bienveillant. Egalement passionnée de peinture, ordonnée Chevalier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite et des Arts et des Lettres,  maman d’une petite fille Suzanne d’origine mauricienne adoptée en 1996, voilà une femme qu’on imagine épanouie. Une actrice qu’on retrouve donc simplement, chaque fois, avec le même bonheur.

Catherine Frot est à l’affiche de Coup d’éclat dans les salles le 27 avril 2011.

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