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Priest : quand vampires et cinéma font bon ménage !

À l’occasion de la sortie de Priest, adaptation d’un manhwa (manga coréen) éponyme, réalisé par Scott Charles Stewart avec Paul Bettany dans le rôle d’un prêtre vengeur et chasseur de vampires, retour non exhaustif sur l’histoire du prédateur aux dents longues sur grand écran.

Priest de Scott Charles Stewart

Des débuts difficiles : interprétations dévorantes et passage à vide

L’aventure commence à l’époque des contes et légendes. Des créatures de la nuit rôdant dans les forêts possèderaient donc certains pouvoirs maléfiques…  Ces créations  chimériques  eurent ainsi tôt fait d’alimenter certains esprits malades et/ou imaginatifs : Dr Jekyll et Mister Hyde, le docteur Frankenstein, le loup-garou et le vampire. Intéressons-nous aujourd’hui uniquement au lointain « cousin » de la chauve-souris…

Impossible bien entendu de citer tous les dérivés du célèbre comte illustrés par le septième art. Tâchons avant tout d’y voir un peu plus clair dans ce vaste sujet. Fruit des fantasmes nocturnes mêlant habilement quête de puissance, d’immortalité, et pure domination sexuelle, la figure élégante du vampire renvoie à nos propres défaillances. Ainsi, une mauvaise rencontre peut  changer l’existence de n’importe quel quidam s’égarant la nuit tombée…
En 1897, l’écrivain irlandais Bram Stoker crée le sans cesse réactualisé comte Dracula dans son magnifique roman éponyme. Emblème du cinéma d’épouvante gothique, le « méchant » le plus apprécié et le plus envié des cinéphiles (ne les croyez pas s’ils démentent n’avoir jamais rêvé de faire partie de la caste) appose sa domination du côté des montagnes d’Europe de l’est et de son folklore.

La première adaptation célèbre de ses (més)aventures(on passe sur les méconnus Vampyr of the coast en 1909 ou les Vampires de Louis Feuillade en 1916), est l’œuvre du cinéaste allemand F.W. Murnau en 1922 avec Nosferatu. Celui-ci, afin d’échapper aux questions de droits d’adaptation, sera d’ailleurs rebaptisé Orlok…

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Nosferatu ou « le mort vivant » pour l’écrivain irlandais, est encore aujourd’hui une image d’Epinal célébrée par nombre d’aficionados ou de réalisateurs, Tim Burton en tête.  Mains crochues, tête de rongeur et dents de lapin, le personnage est aujourd’hui fort éloigné d’un certain Edward, fantasme des jeunes filles prépubères…  On citera également Vampyr de Carl Theodor Dreyer où un jeune homme découvre dans une auberge un ouvrage sur le vampirisme dont la source est une femme…

Notez également pour ce dernier que le scénario est directement inspiré de deux œuvres d’un autre auteur irlandais : Sheridan Le Fanu. In A Glass Darkly et Camillia  précèdent d’ailleurs le roman de Stoker… Dans ce dernier, on y parle de la Comtesse Bathory morte en 1614 qui, lors de son règne en Transylvanie fit torturer des centaines de  jeunes vierges, puis buvait et se baignait dans leur sang afin de connaître la jeunesse éternelle. Troublante, cette histoire fut d’abord mise en scène par Harry Kumel en 1971 avec Les Lèvres rouges et, plus récemment, portée à l’écran et jouée par Julie Delpy dans le film La Comtesse.

C’est ensuite sur les planches, à Londres ou à Broadway, notamment grâce à Hamilton Dean, que la carrière du vampire se poursuit.

Universal, spécialiste du film de monstres (la momie, l’homme invisible etc.), sentant l’affection grandissante d’un public effrayé autant que séduit, pour cette ténébreuse et lugubre figure de l’angoisse, décide d’en racheter les droits et de l’incarner grâce au  talentueux Lon Chaney. Lorsque celui-ci décède à 47 ans d’un cancer de la gorge, le réalisateur du projet Tod Browning (Freaks) confie le rôle au méconnu Bela Lugosi, déjà interprète du rôle au théâtre. Le succès est fulgurant et l’acteur hongrois et sa cape seront éternellement associés au célèbre buveur de sang.
Peu démonstratif dans son illustration de la violence, le film pousse les spectateurs à l’autosuggestion et laisse en eux vagabonder leur imaginaire… L’acteur, indissociable du rôle et  devenu toxicomane, les décennies suivantes se firent avares en illustration du mythe et ce,  jusqu’aux années 50.

Renaissance baroque et actualisation du mythe

En 1958, fort du succès de Frankenstein s’est échappé, la célèbre frime britannique Hammer utilise ses deux vedettes dans le film qui relancera la carrière du vampire sur grand écran : Le Cauchemar de Dracula. L’histoire est, à l’instar de ses précédentes adaptations, moins tragiques qu’à l’origine. Toutefois, l’interprétation habitée de Christopher Lee, terrifiante et désespérée est inoubliable. Peter Cushing lui, joue Van Helsing, éternel chasseur de vampires voué à la postérité. Le technicolor s’occupe d’achever des spectateurs conquis.

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Au-delà des acteurs fiévreux associés au personnage imaginé par Stoker, l’universalité thématique du film de vampire trouve écho dans toutes les strates sociétales. Lutte des classes, racisme, érotisme magnifié et masochiste, église contre école de l’obscurantisme… les sujets abordés sont aujourd’hui toujours d’actualité et résonnent chez tout un chacun.

Révolution sexuelle et économique aidant, les caractérisations du comte et les conséquences de ses actes se veulent de plus en plus âpres et frontales. Avec Du sang pour Dracula de Paul Morrissey (un temps assistant d’Andy Warhol) en 1974, le vampire devient chasseur solitaire et dandy condamné à l’errance. La sexualité et ses inhérents mensonges dévoilés avec parcimonie tout au long du métrage lui vaudront d’ailleurs de sanglantes vomissures… En 1967 : la parodie efficace et exploitant tous les poncifs du genre du jeune cinéaste Roman Polanski : Le Bal des vampires finit d’enterrer une époque désormais révolue.

Les années 70/80 : la concurrence du slasher ou l’étape supérieure

Face aux « vigilantes-movies » et aux slashers comme le célèbre Massacre à la tronçonneuse, le film de vampires doit se réinventer. En effet, les monstres de foire de la Hammer et ses avatars italiens, comme les films de Mario Bava : Le Masque du démon, Hercule contre les vampires ou même certains films du catcheur mexicain masqué Santo, font pâle figure face à une violence crue et sans concession  d’une jeune génération de cinéastes en devenir : John Carpenter, George Romero, Wes Craven  etc.

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Qu’ils soient vampires en pleine période de Blaxploitation (Blacula en 1972) ou totalement potaches avec les Charlots contre Dracula en 1980, cette époque de changement de mœurs est donc le terreau idéal et fertile pour une exploration de nouveaux horizons…

Sans y accorder plus d’influence que nécessaire, l’une de ces nouvelles voies de caractérisation fut sans nul doute la tendance érotique. Jess Franco et Jean Rollin en furent les fers de lance.
Le premier, touche à tout et cinéaste frénétique, accoucha, par exemple, des Nuits de Dracula en 1970 ou Vampire Lesbos l’année suivante pour ne citer qu’eux.
Formellement très critiquables,  les films de Jess Franco sont une expérience unique pour peu que l’on apprécie les zooms figuratifs répétés…

Jean Rollin lui, au travers d’un onirisme emprunté et de rêveries nébuleuses, malheureusement porté par un jeu d’acteur approximatif, ne peut, que ce soit par Le Viol du vampire ou le récent La Fiancée de Dracula en 2002, convaincre ses spectateurs…
1979. Isabelle Adjani joue aux coté de Klaus Kinski  dans Nosferatu, fantôme de la nuit, remake brumeux de Werner Herzog. Transgressif et dérangeant, le film confine à l’écœurement et poussent les personnages dans leurs derniers retranchements. Deux ans après le lent mais efficace Martin du pape des zombies George Romero, le film laisse un gout amer dans la bouche.

sabelle Adjani et Klaus Kinski dans le film Nosferatu, fantôme de la nuit

En 1983 : Les Prédateurs de Tony Scott ne convainc pas son public, faute d’une intrigue trop superficielle et à un érotisme prétexte. Vulgaire dans son propos (la publicité est montrée du doigt), et malgré la présence à l’affiche de Catherine Deneuve et David Bowie, le film est une métaphore sexuelle autant qu’une introspection sur l’ennui d’un couple et la société de consommation.

Quatre ans plus tard, Kathryn Bigelow, récemment oscarisée pour Démineurs, met tout le monde d’accord avec Aux Frontières de l’aube. Sorte de road-movie où des vampires désœuvrés et assez rock’n’roll rôdent la nuit comme des hors-la-loi , on est ici très loin du Vampyr de 1932 de C.T. Dreyer, illustration respectueuse, onirique et cauchemardesque du  mythe.

Cannibale chez Claire Denis dans Trouble every day, junkie dans The Addiction d’Abel Ferrara,  le mythe moderne du Vampires De John Carpenter et son ambiance de western brutal, irrévérencieux et sexy, amorce un virage nécessaire et expérimental. Celui-ci culminera avec Une Nuit en enfer de Robert Rodriguez qu’on saluera, non seulement pour le changement de cap thématique de son film en cours de route, mais aussi pour le personnage inoubliable de Satinico Pandemonium interprété par la sensuelle Salma Hayek…

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1990/2000 : un vampire plus charnel et assoiffé que jamais

Allégories affranchies de tout esthétisme révérencieux, certains métrages ne s’inspirent désormais que de très loin du roman irlandais. De par le triptyque Nadja en 84 ou Habit en 1997, le vampire passe d’une inquiétante et séduisante étrangeté dans ses premières illustrations à des héroïnomanes décomplexés et peu respectueux de la vie et de ses impératifs… Heureusement, certaines œuvres permettent de ne pas totalement sombrer dans le ridicule.

Entretien avec un vampire (adaptation d’un roman d’Anne Rice) et son héros Lestat, romantique et séducteur, est un progrès dans cette reconquête d’un public dubitatif (casting exceptionnel aidant). Mais c’est surtout le cinéaste Francis Ford Coppola et son visuellement ébouriffant Dracula en 1992 qui redonne qualité et fulgurance à une thématique qui se caricaturait elle-même.

Sexuel, impulsif, ambitieux et puissant, le film du metteur en scène de la trilogie du Parrain ressemble au fantasme qu’est la Transylvanie dans l’esprit de nombreux spectateurs. Tableau vivant nous dévoilant par exemple une Monica Bellucci nue, offerte et tentatrice, le film est une ode à l’amour de l’art et aux plaisirs charnelles, forces libératrices nécessaire à l’accomplissement de tout individu.

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Le vampire devient en cette fin de siècle l’objet de tous les désirs. Intelligent, riche, romantique et raffiné, il peut également se montrer viscéral, torturé ou puissant. Désormais très éloigné des standards comme La Chauve-souris du Diable en 1940, le début du millénaire se veut pourtant prometteur en termes d’illustrations diverses de notre ami noctambule.

À nouveau millénaire, nouveaux horizons nocturnes

Ginger snaps et ses suites plus ou moins réussies, aborde, une fois n’est pas coutume, le mythe sous un angle nouveau à savoir celui d’une femme. Beaucoup plus spectaculaire et grand public (donc forcément moins intéressante), la trilogie Underworld, entamée en 2003, ne surprend plus  un public rompu à un bestiaire de plus en plus impressionnant  en termes de prouesses visuelles. Même remarque pour une autre célèbre trilogie : Blade. On soutiendra pourtant l’évidence qu’un vrai metteur en scène, doté d’une vision propre, peut réaliser des merveilles face à ses confrères. Le génial Guillermo Del Toro et son démentiel Blade2 en sont la parfaite illustration.

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Impossible enfin de passer à côté du phénomène Buffy contre les vampires et ses 7 saisons, ou Twilight et son histoire d’amour impossible entre un vampire et une mortelle.

Dilemme adolescent rejoignant in fine le sempiternel triangle amoureux, ou les ennemis jurés de toujours : les loups-garous (comme pour  Underworld par exemple), le succès planétaire des romans de Stéphanie Meyer est incontestable. Les adaptations cinématographiques de ces vampires brillant au soleil (??!!) viennent de provoquer par exemple, la naissance de la récente et copiée-collée série Vampire Diaries. On préfèrera nettement en la matière l’excellente True blood, dont l’intrigue et l’interprétation plus posée et plausible, ne prend pas son spectateur pour un parfait idiot. Personnages travaillés et riches, bestiaire documenté : une indéniable réussite.

Certains ouvrages sur le sujet se veulent exhaustif. Ici, nulle autre prétention que celle de vous plonger dans le roman originel ou vous donner envie d’apprécier les illustrations disparates de cette figure enveloppante et inquiétante qu’est le vampire.

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Souvent  ratée: Dracula 2001, La Reine des damnés, Van Helsing, curieuse : Innocent Blood de John Landis, parodique : Lesbian Vampire Killers, ou frustrante comme pour le Cronos en 1993 de Guillermo Del Toro,  l’illustration du plus beau des sourires carnassiers se veut aussi réjouissante qu’inégale dans son histoire cinématographique.

Une chose est sure, on ne peut cependant  que se laisser mordre dans les salles obscures tant qu’il sera question de chef d’œuvre absolu et tendu comme l’a été l’énorme claque 30 Jours de nuit.

Inspiré du comic-book éponyme de Ben Templesmith, visuellement inattaquable et particulièrement féroce, le film de David Slade est une véritable peinture sanglante et pessimiste d’un monde voué  à un incessant combat pour sa propre survie. Désenchantées et sans pitié, les vampires ici figurés sont sans doute parmi les plus violents et les plus dangereux jamais vus sur grand écran.

De qualité  il en est enfin question avec deux autres longs métrages plus ou moins récents : Vampire, vous avez dit vampire ? et Morse.

Dans ce premier exemple, un adolescent sans histoire adepte de pellicules horrifiques se rend compte que son nouveau voisin semble être victime d’une insatiable et toute particulière gourmandise…  Sorti dans l’hexagone en 1986, le film souffre aujourd’hui son époque tant il transpire l’esthétisme des années 80. Ceci étant, les effets spéciaux, le bestiaire et cette splendide affiche apporte une affection toute particulière pour qui a découvert le métrage à l’époque.

Morse quant à lui, au-delà de son récent remake US, laisse un souvenir impérissable et unanime à quiconque s’est un jour penché sur ce petit bijou d’émotion pure. Parcours d’un adolescent marginal et maltraité, d’une complicité et d’une amitié surmontant les épreuves toutes plus éprouvantes les unes que les autres, porté par une interprétation tout en retenu et un climat glacial, le film est une vraie réussite et le suédois Tomas Alfredson, vainqueur du grand prix à Gérardmer peut être fier de son ovni.

Dans un tout autre domaine, l’animation asiatique mériterait à elle seule un dossier tant certains titres frôlent la perfection comme la série Hellsing ou les anime Blood, The Last Vampire,  Vampire Hunter D et Vampire Hunter D « Bloodlust ».

Que les laissez pour compte ne nous en tiennent pas rigueur (Thirst, Suck, Angel, La Sagesse des crocodiles etc.) car un constat semble s’imposer de soi : l’illustration vampirique sur grand écran mériterait une bibliothèque toute entière ! Toutefois,  s’il est un prédateur, à l’image des Morsures de l’aube, comme Asia Argento, on n’est de toute façon pas prêt d’arrêter de se laisser sucer le sang…

Bibliographie utilisée pour ce dossier :

Le Cinéma d’horreur (Taschen)

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