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Terrence Malick : artisan unique du septième art

Terrence Malick : artisan unique du septième art



À quelques jours de la présentation de The Tree of life lors du 64ème festival de Cannes, son cinquième film en près de 40 ans, Ecran Large vous propose un retour sur le parcours d’un cinéaste esthète dont la discrétion n’a d’égal que le talent. De l’absence de monographie à certains leitmotivs thématiques omniprésents, bienvenue dans l’étrange univers de Terrence Malick.

Ecriture et réflexion : des débuts insolents

30 novembre 1943, Waco, Texas : Terrence Malick voit le jour. Une certaine confusion règne toutefois à ce sujet puisque certains confrères lui attribuent la ville d’Ottawa dans l’Illinois…  D’une mère américaine et d’un père d’origine libanaise (assyrien) ayant suivi le « Lake View High School » à Chicago avant de travailler pour une compagnie pétrolière Texane, le cinéaste porte en lui les stigmates d’une société conflictuelle et complexe.

Entourée de mystère, son enfance reste floue pour nombre de biographes. Nous supposons toutefois que celle-ci, eu égard aux informations aujourd’hui à notre disposition,  oscille entre vastes champs de blé et foreuses d’or noir. Nous retrouvons toutefois sa trace grâce à de brillantes études dans les prestigieuses universités d’Harvard et d’Oxford. En conflit avec son directeur de thèse, il n’achève pas son doctorat et claque la porte. Il enseigne toutefois  la philosophie au Massachussetts Institute of Technology. Située à Cambridge près de Boston, l’université est considérée comme l’élite en occident en matière de sciences et de technologies. Il traduit également en 1969 Le principe de raison du philosophe Martin Heidegger.

Entamant une carrière de journaliste pour Life ou le New Yorker, l’intellectuel, attiré par le cinéma intègre le Centre d’Etudes Avancées de l’American Film Institute. Il y rencontre alors David Lynch, George Stevens Jr, futur producteur de La Ligne rouge,  Mike Medavoy, et réalise un court métrage : Lanton Mills. Il signera également quelques scénarii sous le pseudonyme de David Whitney.

Medavoy lui met alors le pied à l’étrier en lui confiant l’écriture du scénario de L’Inspecteur Harry. L’entreprise échoue mais le cinéaste, sans doute motivé par cet échec  est lancé. A 28 ans, le génie l’a décidé, il sera cinéaste. Trois ans plus tard, son premier long métrage, hurlement passionné d’un cinéma sensitif, arrive sur les écrans et bouleverse le septième art : La Balade sauvage.

La Balade sauvage : « le premier  film le plus maitrisé depuis Citizen Kane » (David Thomson pour le New York Times)

Inspirée par l’histoire authentique de Charlie Stark-Weather, jeune délinquant des années cinquante, évocation de la folle équipée de deux jeunes amants auxquels on refuse le droit de s’aimer. Ils laissent sur leur passage de nombreux cadavres dont le père de la jeune fille, qui refusait que celle-ci fréquente un éboueur.


1973. Date clef dans l’histoire du cinéma, le premier film de Terrence Malick s’inspire d’une histoire vraie. Relecture époustouflante du tragique destin de deux amants à qui l’on refuse le droit de s’aimer, le film révèle au grand public les talents de Martin Sheen et Sissy Spacek, futures stars du grand écran.

Esquisse de l’œuvre protéiforme qui sera sienne, oscillant sans cesse entre grandiloquence et tempérance, le film porte en lui l’esthétisme et la rythmique propre au cinéaste. De plus, au-delà du traitement de clichés qu’il se plaira à contourner, ou plutôt renverser pour mieux les traiter, Badlands (titre original), sanglant road-movie magnifiant un James Dean de pacotille et une jeune femme désinvolte, reste à ce jour le film le plus investi du cinéaste.

Acteur, scénariste, producteur et réalisateur, le cinéaste porte son film avec la foi qui caractérise les premières œuvres.  Le cinéaste fait en effet preuve ici d’une certaine liberté quant aux règles narratives coutumières du septième art.

Malick prend son temps, métaphorise le passage d’un cinéma iconique et établi vers une nouvelle destinée, et le modernise à travers ses personnages. Ruptures de rythmes, étranges inserts, le film est semblable aux caractères qu’il illustre : opaque, asséché, lyrique, distant.

Ces fulgurances filmiques, soufflant le chaud et le froid avec d’autres instants plus « contemplatifs », sont caractéristiques de la personnalité du cinéaste.

Un metteur en scène qui peut, tout autant perdre patience en attendant un acteur durant des heures, pour finalement le remplacer lui-même (d’où sa participation en tant qu’acteur), comme il peut passer de longs moments à rechercher l’effet visuel désiré. On peut ici faire référence à la scène où Martin Sheen tire sur le père de Sissi Spacek, dixit le réalisateur lui-même: « La mise en place de cette séquence m’a pris des lustres, pour être sûr que le miroir était idéalement placé. Si je tournais la même scène aujourd’hui, il n’y a aucune chance pour que je passe autant de temps dessus. »

L’année de sa sortie, Badlands fait pourtant office d’outsider face à deux autres métrages à la thématique semblable des « amants en fuite » : Nous sommes tous des voleurs de Robert Altman et Sugarland express de Steven Spielberg. Comment, dans ces conditions, le film remporta t’il le coquillage d’or au festival de San Sebastian, Martin Sheen le prix d’interprétation, ou Sissy Spacek une nomination aux Bafta ?

Badlands : une équipe et une puissance formelle plus que maitrisées

L’une des premières réponses nous venant à l’esprit est l’équipe choisie, pour un premier film rappelons le, par un cinéaste déjà fort inspiré.

L’acteur Warren Oates tout d’abord. Vu chez Norman Jewison ou Sam Peckinpah, celui-ci est coutumier des grands espaces. Un producteur ensuite : Edward R.Pressman, financier de métrages aussi divers que Bad lieutenant, Wall Street ou Conan le Barbare,  l’homme sait à coups sûr choisir ses collaborateurs.

Cette exigence (trois directeurs de la photo se succéderont sur le film !) sera d’ailleurs salutaire pour les deux comédiens principaux. On connaît en effet  la brillante carrière que connaitront ces clones de Bonnie and Clyde alors inconnus. Sissy Spacek, en plus de rencontrer sur le tournage son futur mari, le chef décorateur Jack Fisk, brillera ensuite chez De Palma avec Carrie, Oliver Stone pour JFK ou David Lynch grâce à Une histoire vraie.

Martin Sheen lui, abonné jusque-là aux rôles secondaires, étincellera dans Apocalypse now ou Wall Street. Le réalisateur dira de lui : « il y avait une vérité en lui qui ne trompait pas« .

Tourné avec seulement 500 000 dollars, le film doit également beaucoup à son sujet. Scénarisé par le réalisateur lui-même (comme tous les suivants d’ailleurs), le film s’inspire donc de la tuerie intitulée « Mad Dog Killer ». Charles Stark-Weather et sa compagne Caril Fugate assassinèrent en effet 11 personnes en 1958 entre le Colorado et le Nebraska. Agés respectivement de seulement 19 et 14 ans, l’un finit sur la chaise électrique tandis que la jeune fille passa 18 années en réclusion. Un conte désenchantée ayant déjà inspiré James Landis 10 aux auparavant pour The Sadist.

De cette dérive sanglante qui dépasse deux amants criminels totalement hallucinés, Malick tire donc un chef d’œuvre aussi brutal que poétique. Singeant une époque bucolique de renversement s des certitudes (la nouvelle génération du flower-power) et dans un premier acte idyllique au milieu des bois, les bras punitifs sont ensuite rattrapés par l’âpre réalité qu’ils combattent. La naïveté de cette enchanteresse voix narratrice (en l’occurrence celle de l’héroïne, la décalée Holly), son insouciance et son aveuglement (elle vit le monde à travers National Geographic au lieu d’admirer les splendeurs qui l’entourent) marque à jamais les esprits des spectateurs.

Le film, axiome des thèmes plus tard approfondis, est donc autant une réflexion sur l’être au monde (le fameux Da Sein d’Heidegger) qu’un questionnement sur le décalage des générations entre elles, le tout porté par une illustration sonore et formelle unique.

Inspirant plus tard le True Romance de Tony Scott, le Tueurs-nés d’Oliver Stone ou Bruce Springsteen  pour sa chanson éponyme, le film partage la vision du cinéma d’un Scorsese ou Cimino et se veut l’héritier de Ford ou Raoul Walsh.

Avant de tourner cette première page, laissons le cinéaste clôturer ce chapitre avec ces paroles rapportées à Michel Ciment quant au destin de ses personnages. Pour l’un des seuls entretiens qu’il accorda, et ce, pour le magazine  Positif, le cinéaste déclare : «  perdus dans la nature […] Ils ne savent que réagir à ce qui est à l’intérieur d’eux-mêmes. Ils ne communiquent pas avec le monde extérieur, ils ne comprennent pas ce que les autres ressentent. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont pas d’émotions, ni qu’ils soient insensibles. »

1978. Les Moissons du ciel
« La nostalgie est un sentiment puissant ; il peut venir de n’importe quoi » (T.Malick)

Bill, ouvrier en fonderie, sa soeur Linda et sa petite amie Abby quittent Chicago pour le Texas ou ils sont embauchés dans un grand domaine agricole. Là-bas, Bill et Abby se font passer pour frère et sœur dans la communauté des saisonniers. Un jour, Bill surprend une conversation entre le jeune et riche propriétaire terrien et son médecin. Ce dernier lui annonce qu’il est atteint d’une maladie incurable et qu’il lui reste une année à vivre. Bill, par cupidité, va pousser Abby dans les bras du fermier pour qu’elle hérite du domaine.



Prix de la mise en scène au festival de Cannes en 1979, meilleur réalisateur pour le New York Critic Circle Awards, idem pour la National Society of Film Critics Awards… Days of heaven de son titre original est un incroyable succès critique à sa sortie en 1978.

D’après Le Quotidien du cinéma : « Terrence Malick est probablement le plus grand cinéaste en activité depuis la disparition de Stanley Kubrick. » Il est en effet de  bon ton, tant l’homme et le mystère qui l’entoure sont appréciés des cinéphiles, de citer le réalisateur et son œuvre lors des soirées mondaines… Nous tacherons ici, d’étudier plus pragmatiquement son influence, son style, pour toutefois réaliser in fine que oui, Malick est un grand cinéaste.

Pour Les Moissons du ciel, Malick ouvre son film sur l’Aquarium de Camille Saint-Saëns et retrouve ses gimmicks. Voix off, personnages « fugitifs », acteurs débutants (le film lancera la carrière du jeune Richard Gere remplaçant au pied levé John Travolta) : le film, plans par plans, resserre son étreinte et laisse le souffle court. Citant les tableaux vivants qu’on imagine issus de l’enfance du cinéaste, Malick questionne, se questionne, nous questionne.

Qualités intrinsèques du réalisateur  pour certains, masturbations intellectuelles pompeuses pour d’autres, les thématiques chères au cinéaste sont une nouvelle fois de la partie. La place des hommes dans la nature et leur rapport entre eux (le triangle amoureux par exemple, l’inévitable conflit), la place de la religion en ce bas monde (l’invasion de sauterelle, l’évocation du déluge…) mais cette fois, l’espoir semble prendre une place aussi prépondérante que le drame…

En effet, si l’on considère le grand huit de sensations que vit l’héroïne Linda (Linda Manz), le maintien des concepts de compassion ou d’altruisme à travers cette échappée belle nous permet d’envisager le film sous un angle aussi optimiste que désenchanté. Mais qu’en est-il de l’illustration de ces interrogations pour ce second coup de maitre ?

Days of heaven : le tableau vivant

Drainées à travers les premières lueurs de l’aube, glissant sur les courants qu’ils soient faits d’eau ou de prairies, l’onirisme des images du cinéaste laisse pantois (nous y reviendrons en fin de dossier).

Naviguant à vue dans un temps qui semble suspendu, ces destins entremêlés, entrelacés par des liens de possession, de jalousie, et d’errance, frappent un grand coup. Dans une barque menée par un Noé tributaire d’une nature toute puissante (l’alternance des saisons), les démiurges que sont le cinéaste et ses chef-opérateurs dressent un portrait métaphorique d’un déluge dévastateur. Quand les bisons fuyant se font bancs de poissons, quand les champs de blé se font mer agitée.

Cinémascope de toute beauté, partition du maitre Ennio Morricone, Chicago n’a jamais semblé aussi belle. Ou plutôt aussi infernale. Grâce également à un nouveau procédé sonore, le fracas du métal en fusion sonne ainsi comme une incitation à la révolte pour l’ouvrier Bill. Tel un passage vers le paradis, l’évasion (et oui, encore la fuite) de nos héros à travers ces paysages ocres, frappés par une chaude lumière solaire, ne peut se faire sans conflit. Jadis un supérieur ou le furieux boucan de la ferraille, aujourd’hui des machines-outils dissonantes rappelant à l’homme son incompatibilité sensitive avec dame nature…

Contemplatif, fugace, fuyant, le cinéma de Terrence Malick se veut désormais, après deux années d’un éprouvant montage, encore plus tragique, encore plus mystique. Vu par le prisme des femmes (Holly et ses jumelles, les voix narratrices) souvent victime de ces excès destructeurs, le nouvel Eden condamné de l’œuvre nous pousse à un dramatique constat : tout est perdu d’avance. Entre beauté inaccessible, espoir déchu et mysticisme formel, le cinéaste continue donc d’explorer le rapport Homme/Nature.

Malgré ses qualités,  le film est un cuisant échec financier. En effet la minutie maladive du cinéaste et le souci du détail rallonge délais et budget. Bert Schneider, producteur du film, sera même contraint d’hypothéquer sa maison…

Nous lui accorderons toutefois cette facilité pour « exprimer l’inexpressif » grâce à l’incroyable travail d’un chef opérateur perdant la vue au moment du tournage : Nestor Almendros. Analysant les scènes au polaroid, il déterminera les moments clefs de « l’heure bleue » (lorsque le soleil est couché et qu’il fait encore jour) faisant de ce film une élégiaque et incandescente peinture du sud rural des Etats-Unis.

20 ans d’absence : la retraite du soldat Malick avant le retour au front

Comme une terre en jachère, Terrence Malick laisse son public orphelin durant deux longues décennies. Après son second long métrage, la Paramount pousse Malick à trouver un autre projet. Il en refuse certains (comme Elephant Man), n’achève pas des scénarii, et plus que tout, fuit une célébrité qui l’insupporte.

Il se penche toutefois sur le scénario du projet Q, rêve d’un Dieu vivant sous l’eau et imaginant le monde. Il consulte à ce propos spécialistes, paléontologues, envoie des équipes tourner sur l’Etna, en Antarctique, mais l’attente se fait longue pour les studios. Très longue…

Ceux-ci ne se satisfont plus des tirades poétiques que leur envoie le réalisateur comme ébauche de projet. On leur prête ces propos : « Envoyez-nous un script qui commence par la page 1 et qui se termine par le mot « fin » ! N’importe quoi, ce que vous voulez, mais mettez-vous au boulot !». Ils demandent donc des comptes au réalisateur. Le cinéaste perfectionniste, pointilleux maladif, leur répond alors en claquant la porte. Pour 20 ans.

À propos de cette mystérieuse disparition, le journaliste Peter Bliskin mène l’enquête. Le cinéaste aurait enseigné dans la capitale française, et surtout, tenté de vivre une existence paisible. Il épousera  à Paris, Michelle, sa voisine qui deviendra sa seconde femme (ils vivront rue Jacob).

Tendant vers la pureté d’une goutte frappant la surface de l’eau (dixit une amie du cinéaste), l’œuvre de Terrence Malick est pour l’instant en mode off. Récemment publiée dans Vanity Fair, l’interview de sa compagne permet de cerner plus précisément la dualité du personnage.

Décrit comme un homme profond, amoureux des animaux, des plantes, et au monde intérieur intense, Malick fait preuve d’une grande psychorigidité au quotidien. Disparition intempestives durant plusieurs jours, interdiction d’échanger à propos des projets ou d’entrer dans son bureau, l’ambiance domestique semble bien moins féerique que ses morceaux de pellicule.

Revenant par intermittence au septième art en cachetonnant pour Louis Malle ou Barry Levinson, le cinéaste devient pourtant de plus en plus paranoïaque. Le producteur Rob Cohen explique quant à sa brève rencontre avec Malick : « Il est trop intense et fragile, pas du tout fait pour être réalisateur. Lors d’un rendez-vous, il se levait toutes les cinq minutes et se cachait derrière un pilier : il croyait être épié. Ou alors il me passait un coup de fil et j’entendais des camions qui roulaient en bruit de fond. Il appelait d’une cabine sur le bord de la route : il marchait du Texas à l’Oklahoma pour observer les oiseaux ! ».

1988. C’est le début de la mise en chantier de son nouveau projet. Les producteurs et admirateurs du travail du cinéaste : Bobby Geisler et John Roberdeau le contactent. Ils scelleront leur accord dans la Brasserie l’Ile où l’auteur du livre qu’ils vont adapter : La Ligne rouge, James Jones, avait ses habitudes. Pour apprivoiser l’esthète, les producteurs se ruinent en voyages, dîners, et dans un projet d’adaptation de L’Intendant Sancho de Mizoguchi au théâtre.

De nouveau au travail, la rumeur enfle et le tout Hollywood est en ébullition. Johnny Depp, Brad Pitt ou Kevin Costner jouent tour à tour la sérénade pour faire partie du projet. L’un d’eux : George Clooney, y parviendra. Medavoy arrivé sur le projet, les conflits entre producteurs s’intensifient, tout comme les hésitations d’un cinéaste qui ne souhaite pas de stars dans un film dédié aux soldats anonymes.

Après que Sony ait quitté le navire, la Fox décide de financer et de distribuer le film. À une condition toutefois : qu’il y ait des stars au générique. Et des stars il y en aura… Direction donc l’Australie, et plus précisément Daintree, pour le tournage de ce chef d’œuvre. Chef d’œuvre qui malheureusement laissera un gout plus qu’amer dans la bouche du producteur Geisler à qui l’on interdit de se rendre sur le tournage.

Il déclare ainsi, joignant le geste à la parole, et illustrant son propos en montrant une boite pleine de pilules : «  Il y a quelques années, je ne prenais rien. Maintenant, j’ai de la tension artérielle, du diabète, je suis gros, je bois trop. Je ne vais jamais m’en remettre. Nous étions en situation de dépendance par rapport à Malick. Son travail est traversé par les thèmes du pardon, du sacrifice, de l’amour, du courage, de la camaraderie, mais tout ça ne correspond pas à ce qu’il est réellement : un homme sans merci, qui ne fait pas de quartier. Enfin, les grands artistes ne sont pas obligatoirement des personnes sympathiques. ».

Mais l’heure n’est plus à l’étude du décorum mais à la vision de l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma.

«La guerre ne rend pas les hommes plus nobles… Elle en fait des chiens… Elle empoisonne l’âme.»

La bataille de Guadalcanal fut une étape clé de la guerre du Pacifique. Marquée par des affrontements d’une violence sans précédent, elle opposa durant de longs mois Japonais et Américains au cœur d’un site paradisiaque, habité par de paisibles tribus mélanésiennes. Des voix s’entrecroisent pour tenter de dire l’horreur de la guerre, les confidences, les plaintes et les prières se mêlent.



Ours d’or à Berlin en 1999, 7 nominations aux Oscars,  nommé pour le César du meilleur film étranger en 2000, consacré meilleur réalisateur aux New York Film Critics Circle Awards. Les récompenses et nominations pour le film de Malick sont une nouvelle fois légion. « Je le vois comme quelqu’un qui compose des bouquets de fleurs » disait de lui l’acteur John C. Reilly après le tournage de La Ligne rouge.

En effet, en 20 ans, l’homme a bien changé. Orateur captivant autant qu’ermite paranoïaque, Terrence Malick interpelle lors de sa sortie en 1998.

Et c’est avant tout son casting qui laisse pantois : Sean Penn, Adrien Brody, James Caviezel, Ben Chaplin, George Clooney, John Travolta, Nick Nolte… Un casting tellement prestigieux que le réalisateur se paye le luxe d’abandonner au montage les rushes de Mickey Rourke, Viggo Mortensen ou Martin Sheen ! Budgété à « seulement »52 millions de dollars : on imagine aisément les réductions de salaire d’acteurs qui, une fois n’est pas coutume, se battent pour figurer au générique.

Jim Caviezel, immortalisé serein et dans la plus profonde quiétude face à la mort par le cinéaste raconte à propos d’un metteur en scène de plus en plus opaque : « Ce que nous avons vécu sur le tournage, même si c’était dur, n’a rien à voir avec l’enfer qu’ont vécu les vrais soldats. Terrence change tous les jours d’humeur et de méthode dans sa relation aux acteurs. Un jour, il peut être très dur, le lendemain, il peut être très encourageant avec un acteur démoralisé… Il a souvent recours à la psychologie pour influencer les acteurs. Parfois, il nous donne un texte à répéter hors caméra… Ses méthodes ne sont pas toujours immédiatement compréhensibles, mais finalement, je lui ai fait confiance et je me suis beaucoup appuyé sur lui. »

Induit par sa célèbre « Voice-over » (décrite par Michel Chion comme : « ne recoupant pas exactement ce qu’on voit et manifestant une connaissance des faits différente et désaxée par rapport au récit») homodiégètique (en gros : acteur et narrateur de l’action), le cinéaste ne donne, selon la légende, aucun script préétabli aux acteurs (d’où l’absence de certitudes quant au montage final) et disparaît durant des heures pour filmer les oiseaux…

Pourtant, malgré ces éléments perturbateurs et un climat d’inattendu permanent, tous les participants au film vont l’emmener vers les cimes du film de guerre. Comme L’Odyssée du Dr Wassell avant lui ou Le Pont de la rivière Kwai, le film traite donc des paysages merveilleux du pacifique et de ces combattants croisant au détour d’un lac les populations mélanésiennes…

Alternant avec brio mélopées symphoniques, silences suspendus et chants traditionnels, le metteur en scène distille dans un film pourtant dédié à l’un de ses thèmes récurrents (la vie face à la mort) une ambiance unique de rêverie et d’abandon. Mais pour accéder à un tel niveau d’excellence certains vécurent ce tournage comme un véritable sacerdoce.  Vulnérable, peu préparé et soucieux d’incarner au mieux les visions avant-gardistes d’un cinéaste peu enclin aux concessions, Elias Koteas raconte : « Le fait que je n’aie pas eu le temps de préparer le rôle, l’énormité du tournage, la réputation de Malick, tout cela m’a procuré beaucoup de stress, de pression. Mon aventure d’acteur sans masque a été parallèle à celle de mon personnage, le capitaine Staros : il fallait que je réussisse ma mission. Le génie de Terrence est là : avoir capturé la personnalité profonde de chaque acteur pour la transfuser dans le personnage.

Pour moi, il n’y avait pas de travail de comédie au sens technique où on l’entend habituellement. Notre peur, nos doutes, notre angoisse, notre douleur, c’est tout cela que Terrence a capté sur la pellicule. Les doutes de Staros, ce sont les miens. C’est une méthode qui rend humble. Je joue depuis longtemps et il a fallu me délester d’un ensemble de techniques acquises, il a fallu tomber le masque. C’était très douloureux, mais il ne pouvait en être autrement.

(…) Ce tournage a été effrayant ­ et c’est un euphémisme. J’avais toujours le sentiment de rater la scène, de ne pas être juste, car je n’avais pas mes repères habituels. Je n’avais que ma propre électricité et ma volonté de fer pour aller de l’avant. J’ai tout appris sur place. Toute cette pression s’est accumulée sur ma tête jour après jour, pendant des mois. Bien sûr, mon anxiété était celle de Staros, donc le résultat est là. Ce fut un travail douloureux, émotionnellement épuisant, je ne le ferais pas sur chacun de mes films, mais il faut admettre que ça valait le coup. Mais c’est dur de se dévoiler ainsi sur un écran. Encore aujourd’hui, le simple fait d’en parler m’aide à évacuer et dépasser cette expérience. » Une expérience encore aujourd’hui proche de la psychanalyse !

Celui qui ne peut être considéré comme un simple assembleur d’images, et décrit par Nick Nolte comme un homme «  plaçant l’art au-delà de la célébrité », parvint donc à obtenir une totale dévotion de la part de ses comédiens. Mais au-delà de cette aventure menée main dans la main, qu’est réellement La Ligne rouge ?

La Ligne rouge : un doux cauchemar.

Echec au box-office (le film ne rapportera que 36 millions de dollars), en raison de la sortie simultané de Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg, le film nous contant l’histoire de la bataille de Guadalcanal entre américains et japonais est pour beaucoup (dont l’auteur de ces lignes) le sommet artistique de Malick. Méditation emphatique autant que narration d’une menace inhérente aux excès propres au conflit culturel, le film magnifie une nature sauvage et majestueuse (l’image d’entame est celle d’un crocodile) et l’habille des oripeaux de Gabriel Fauré.

Pour expliquer cette incroyable maitrise formelle, (aidé il est vrai par le talentueux directeur de la photo John « Braveheart » Toll) Nolte confie quant au Modus Operandi du réalisateur : « Malick est comme Kubrick, il attend. Si une scène ne fonctionne pas, il arrête et il attend que l’inspiration vienne. Le temps est une donnée fondamentale, il permet de réfléchir aux choses, d’atteindre une certaine maturation. Par exemple, Terry ne termine jamais une scène : au bout d’une semaine, il se retrouve avec cinq ou six scènes incomplètes. Il dit alors « On trouvera le moyen de terminer ces scènes la semaine prochaine. » Evidemment, en travaillant ainsi, Malick rend les acteurs fous furieux, ils perdent tous leurs repères. Terrence recherche l’inspiration, la vérité d’une scène. Ce film n’avait aucune obligation de délai, d’emploi du temps, excepté sa propre vérité, sa propre maturation. Je me souviens aussi que, pour terminer ces fameuses scènes, Terry regardait toujours le soleil : il attendait 6 h du soir, quand le ciel devient orange. Peu importait le bon raccord, ce qui comptait était cette qualité dorée de la lumière. S’il avait informé le studio qu’il ne tournerait qu’entre 6 et 8, ils auraient refusé catégoriquement ! ».

Au-delà d’une partition parfaite de la part d’acteurs impliqués, on ne peut également que constater le divorce cette fois définitif entre les préoccupations incompatibles des guerriers et une nature habitée d’autochtones en symbiose avec leur habitat. Le «cœur du jardin » a été profané, souillé par un homme qui, persuadé de sa toute-puissance, ne trouvera pourtant le repos que dans un ultime d’acte d’amour envers sa terre nourricière.

Adversité des combattants traversant la fameuse ligne et tombants sous les balles ennemies, absurdité de cette force qui les meut sans cesse vers un affrontement par définition destructeur… Ces voix immergées, comme autant de facettes d’un seul et même prisme, n’ont pour autre but que de rassembler cette « multitudes de mondes ». Natifs, américains, japonais, dame nature : une incompréhension indigne du « moi »  Nietzschéen, un conflit présent depuis que l’homme est homme et que l’on retrouvera dans le dernier film en date du cinéaste : Le Nouveau monde.

Mais avant de préciser les aboutissants de la relecture moderne du mythe de Pocahontas, cédons une dernière fois la parole à Nick Nolte au sujet de sa relation avec le metteur en scène : « Pour un acteur, les méthodes de Terrence sont fantastiques, car il n’y a rien de plus précieux que le temps pour ruminer un rôle. C’est rare de travailler dans un contexte où seule compte la créativité, où il n’y a pas la pression habituelle du résultat. Par ailleurs, la plupart des acteurs, surtout les jeunes, veulent savoir quel est leur statut dans le film, s’ils ont le premier, le second ou le troisième rôle. Terry est muet à ce sujet, il ne dit pas qui est le personnage principal : il filme. Il filme tout le monde, chaque acteur, chaque personnage. J’ai trouvé cela merveilleux, parce qu’on doit laisser son ego au vestiaire. C’était très libérateur ! Puisque je ne savais pas combien de temps j’apparaîtrais dans le montage final, puisqu’il se pouvait très bien que je ne sois même pas dans le film, pourquoi ne pas tout tenter ? Terrence est l’un de ces cinéastes que l’on compte sur les doigts de la main, l’un de ceux qui racontent leur histoire, qui font le film qu’ils ont profondément besoin de faire. »

Enigmatique, allégorique, ce chant d’amour à l’harmonie de la nature est, reconnaissons-le, parfois empreint d’une certaine béatitude ou d’une certaine culpabilité déjà maintes fois rabâchée. Toutefois, ce manichéisme apparent ne peut faire oublier la problématique principale du film : Le mal absolu existe-t-il pour lui-même ou seulement en miroir du bien ? Un questionnement salvateur sur la responsabilité humaine, sur ce tout polyphonique lui préexistant. Comble de l’ironie, cet appel du pied au rassemblement et à l’humilité se fera par le vecteur militaire, aussi fédérateur lorsqu’il s’agit de défendre une cause unique que condamnable lorsqu’il impose sa domination à l’autre…

(ndlr : procurez-vous d’urgence le Blu-ray venant à peine de sortir de La Ligne rouge. Score incroyable de Zimmer en sus, ralentis, travelling aériens, ou  Scope de toute beauté : les caméras Panavision et Arriflex utilisées donnent des images dignes de Baraka !)

Le Nouveau monde ou la célébration du monde

En avril 1607, trois bateaux anglais accostent sur la côte orientale du continent nord-américain. Au nom de la Virginia Company, ils viennent établir « Jamestown », un avant-poste économique, religieux et culturel sur ce qu’ils considèrent comme le Nouveau Monde. Même s’ils ne s’en rendent pas compte, le capitaine Newport et ses colons britanniques débarquent au cœur d’un empire indien très sophistiqué dirigé par le puissant chef Powhatan. John Smith, un officier de l’armée, est alors aux fers pour insubordination. Déstabilisés, les Anglais préfèrent combattre plutôt que de s’adapter.

En cherchant de l’aide auprès des Indiens, John Smith découvre une jeune femme fascinante. Volontaire et impétueuse, elle se nommée Pocahontas, ce qui signifie « l’espiègle ». Très vite, un lien se crée entre elle et Smith. Un lien si puissant qu’il transcende l’amitié ou même l’amour…





Après l’épopée de La Ligne rouge, Malick produit quelques métrages comme The Beautiful country ou L’Autre rive. Mais c’est définitivement son nouveau projet qui tourmente la planète cinéma.

Nouvelle nomination aux oscars pour la magnifique photo d’Emmanuel Lubezki, score sublime de James Horner…  Avec un « timide » 30 millions de dollars de budget (Malick n’a jamais déplacé les foules en salles et le film sera un nouveau bide commercial avec seulement 12 millions de recettes aux USA), le cinéaste revient sept ans après La Ligne rouge pour entériner une certaine conception mystique de la place de l’Amérique face au reste du monde.

Relecture moderne du western, le film fut tourné en Virginie, quasiment à l’endroit où est décrite l’action. Quatrième collaboration avec le chef décorateur Jack Fisk, et entièrement tourné en lumière naturelle, le film exalte la beauté de la jeune et novice Q’Orianka Kilcher, alors âgée de seulement 15 ans ! Entièrement filmé en 65mm, la splendeur du Scope est quasi-inédite.

Nouvelle quête illusoire de paradis perdu, le metteur en scène met cette fois hommes et femmes sur un même pied d’égalité quant à la notion de complexité. Parcours  initiatique supposé, le film n’a qu’un but : faire accepter la prédominance du regard que l’on porte sur autrui au supposé paradis terrestre. Colin Farrell, loin de son image de bad-boy séducteur nous offre ici l’un de ses plus beaux rôles. L’acteur, face à un Christian Bale convaincant,  nous invite à réfléchir sur le sens de cette perpétuelle recherche de transcendance qui, au final, ne parvient jamais à apaiser nos tourments.

Le Nouveau monde : poncifs et naïveté ou invitation à la réflexion ?

D’aucuns pourraient taxer le film de conventionnel, voire de convenu. Le film n’est pourtant qu’un rêve éveillé, un chant d’espoir envers le médium cinéma, source de réflexion et de réconciliation.

Perturbé par une musique Wagnérienne oppressante, le film, toujours saturé de voix off, ne laisse pourtant qu’un chant réduit à la choralité. Le cinéaste ici préfère s’exprimer par des plans formellement inattaquables, par un frémissement de feuilles, par une caresse dans les cheveux.

Eternel deuil quant à la relation de l’homme face à la nature, évocation du mythe du bon sauvage de Rousseau, conquérant occidental inquiétant et suffisant, force est de constater que l’on peut éprouver, parfois, une certaine lassitude devant ce rabâchage incessant de thématiques plus ou moins grossières. Mais connaissant l’esprit brillant qui cohabite avec le cœur du cinéaste, les choses ne peuvent se résoudre à une si simple conclusion.

Malgré un évident contraste entre les civilisations (dé)peintes, le film resserre les liens unissant John Smith et Pocahontas, et par la même, illustre  les cicatrices inhérentes à chaque être humain. Parfois caricaturale, l’image de cette nature souillée puis magnifiée, qui ensuite s’épanouit  au hasard des rencontres ne peut en tout cas jamais laisser indifférent.

Ainsi, comme l’indique Michael Henry dans Le Nouveau monde : L’aurore désenchantée : « Dans la poétique de Malick, ce questionnement intime (en voix-off) participe à la fois de l’effusion et de l’incantation. Chacun converse avec son âme au sein d’un environnement ou tout lui parle. (…) Cette musique de l’indicible exprime leur communauté spirituelle, et ce avant qu’ils trouvent un langage commun ». Peut-être est-ce là, justement, que se situe, Le Nouveau monde.

Thématiques récurrentes  et propos évolutif, qu’en est-il des futurs travaux du maitre-professeur ?

Entre mutisme quant à la signification explicite de ses images et refus du système de starification, Terrence Malick s’exprime en toiles peintes à 24 images/seconde.  Contemplatif, poétique et responsabilisant son public, l’un des sujets de prédilections du cinéaste reste le rapport à la mort .

Comme l’exprime clairement Jim Caviezel dans La Ligne rouge : « Ce grand mal, d’où est-ce qu’il est venu ? Quelle graine, quelle racine l’a fait pousser ? Qui fait cela ? Qui nous tue ? Qui nous arrache la vie et la lumière et nous montre, pour nous narguer, ce qu’on aurait pu connaître ? ».

Tel un Tantale jamais rassasié, le cinéaste cherche à se nourrir d’expérimentations  picturales et de questionnements métaphysiques.  De l’éphémère passage de l’homme face à une nature qu’il nie parfois comme évolutive, le metteur en scène a le mérite de ne pas caricaturer ses héros. Alliance subtile d’âme et de corps, l’homme chez Malick est brutal, violent, distant ou impulsif. Il peut cependant être «  réveillé » pour se montrer aimant, apaisé, contemplatif ou respectueux. Une communion en somme.

The Tree of Life, Malick accélère la cadence !

Attendu depuis 2010, le film ne se révèlera réellement qu’une fois projeté dans les salles obscures. Peu de photos, peu d’infos, une bande annonce n’en dévoilant que très peu, inutile donc de spoiler ou de tirer des plans sur la comète.

Nouvelle référence mythologique ou biblique (Mésopotamie, Egypte, Chine…), cet arbre de vie symbolisera t’il la force vitale, l’univers, la création ?

Le communiqué de presse confie : « Notre film est une épopée cosmique, un hymne à la vie ». (…)L’histoire s’achève dans l’espoir, prenant acte de la beauté et de la joie contenues en toute chose, dans le quotidien et surtout dans la famille – notre première école -, ce lieu où la plupart d’entre nous apprennent la vérité sur le monde, ou découvrent la plus importante leçon de la vie, celle de l’amour désintéressé ». Opaque n’est-il pas ?

Réunissant une nouvelle fois un casting qui impose le respect ; Brad Pitt, Sean Penn ou Fiona Shaw vue dans Le Dahlia noir, l’histoire est la suivante :

Jack grandit entre un père autoritaire et une mère aimante, qui lui donne foi en la vie. La naissance de ses deux frères l’oblige bientôt à partager cet amour inconditionnel, alors qu’il affronte l’individualisme forcené d’un père obsédé par la réussite de ses enfants. Jusqu’au jour où un tragique événement vient troubler cet équilibre précaire…


Heureusement simplifié tant la première version du pitch donnait le vertige (De la Préhistoire à la Première Guerre Mondiale, une vision métaphorique de la genèse de la Terre et de l’Humanité), la trame principale n’est pas sans rappeler le projet Q.

L’une des principale énigmes du film reste toutefois cette déclaration de Mike Finn, spécialiste des effets spéciaux travaillant sur le film : «Nous travaillons avec Terrence Malick sur l’animation de dinosaures, mais ce n’est pas Jurassic  Park. Nous tentons de faire comme si une caméra s’était retrouvée au milieu de cette période, quand les dinosaures parcouraient la terre et que les premières créatures commençaient à sortir de l’eau pour rejoindre la terre ferme. L’apparition des premiers mammifères. (…)Je pense que quand ce sera terminé, ça restera une référence pendant des années »

Quelle sera la place de ces apparitions ? Mystère. Wait and see donc…

The Burial : déjà en boite ?

Neil (Ben Affleck), est un écrivain raté qui a accepté de procéder à un mariage blanc avec Marina (Olga Kurylenko), dont le visa allait expirer. Désormais, ils ont une fille (Tatiana Chilin) mais cherchent toujours l’amour en dehors de leur union. Neil est attiré par Jane (Rachel McAdams) et Marina trompe son mari avec Charlie (Charles Baker). Tous les deux vont alors chercher conseil auprès de Père Quitana (Javier Bardem), un prêtre frustré par son incapacité à pouvoir vivre sa propre vie, trop occupé à conseiller ses paroissiens. Les problèmes de ce couple dysfonctionnel vont alors avoir un impact sur la réussite scolaire de leur fille.




Tourné en Oklahoma, le futur film du cinéaste est cette fois un abordage frontal de la thématique amoureuse, comme une réminiscence illustrée des flashs backs de The Thin Red Line : « Love. Where does it come from? Who lit this flame in us? No war can put it out, conquer it. I was a prisoner. You set me free ».

Un questionnement  unique donc, pour un cinéaste à part, et qui le demeurera assurément dans le cœur des cinéphiles.

Bonus dossier : le cinéma de Terrence Malick en quelques plans

Perpétuellement à la recherche d’une perfection qu’il ne pourra atteindre, qu’elle soit formelle ou philosophique, Terrence Malick  nous gratifie souvent dans son parcours vers la vérité de fulgurances visuelles. Durant le tournage de La Ligne rouge par exemple, le réalisateur regardait le film sans son, faisant ainsi l’économie de dialogues inutiles. Si l’on est donc loin des joutes verbales du cinéma d’Audiard, on ne peut en tout cas que s’émerveiller devant tant de maestria visuelle : une expérience unique de septième art.

Impossible bien sûr de faire un choix objectif tant la grâce afflue dans l’œuvre de Malick. Voici simplement quelques instants choisis…

Dans l’un des fameux plans du Nouveau monde, on peut voir la hallebarde d’un colon déchirer la vision vierge d’un champ de hautes herbes. Référence à cette giclée de sang magistralement illustrée dans La Ligne rouge, l’harmonie ici contrariée annihile les doutes quant à l’intrusion du mal au cœur du jardin d’Eden. Une image définitive.

Citons à  présent cette pluie d’obus déversée par les bombardiers de l’armée. D’une beauté irradiante, la colline se voit teintée d’obscurité et le chaos guerrier souille une nature jusque-là préservée.

Par un plan d’ouverture bouleversant, Le Nouveau monde nous captive par la beauté hypnotique d’un bateau glissant sur un fleuve sans nom. Accompagnée par Wagner, Pocahontas implore : « Viens, Esprit, aide-nous à raconter l’histoire de notre terre. »

On peut également noter dans La Balade sauvage et Les Moissons du ciel une maîtrise formelle assez bluffante de la part du réalisateur. Les cinéphiles connaissant la règle des 3 tiers apprécieront par exemple les plans larges ou l’assemblage horizontales-parallèles des deux premiers métrages.

Il cassera ensuite son image en magnifiant les obliques avec les films suivants(les branchages s’entrecoupant de La Ligne Rouge), brisant par la même, les certitudes qui étaient siennes.

Tout comme la règle précité, il est de coutume, en photographie, de privilégier 2 tiers d’un élément qu’on souhaite mettre en avant face à un autre : le ciel face à la terre par exemple.

Malick lui, réussit à conserver une certaine cohérence dans ses images « à part égales » : traduction d’un propos visant à unifier un tout, uniquement somme des parties.

Dans son mémoire Lumière Naturelle, entre réalisme et émotions : Benjamin Roux ne veut séparer cet élément naturel  du décor qu’il illustre. Sublimation du récit, l’image chez Malick, qu’elle soit fuite d’une ville morne, ou illustration du possible, fait parfois dans la citation pure et simple.  On évoquera les exemples flagrants des tableaux House By The Railroad d’Edward Hopper dans Badlands ou Le rappel des Glaneuses de Jules Breton.

Enfin, la séquence d’anthologie des flammes dévorant les blés est un condensé idéal de la vision du réalisateur. Atroce et beau à la fois, la dualité du monde est ici illustrée avec un pur génie.

Le choix du rédacteur : Dans cette image, toute l’essence du cinéma de Malick irradie l’écran. Une lumière naturelle inégale venue des cieux perce une nature englobante, mystérieuse et toute puissante. Un « Nouveau monde » inconnu pour un soldat qui ne connaît ni sa place, ni sa destinée. Une communion teinte de méfiance, un moment de grâce…

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