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Surdoués et salles obscures

Grands esprits et grand écran : une équation viable ?

À l’instar d’un Orson Welles réalisant le chef d’œuvre Citizen Kane à seulement 25 ans, il est de coutume de qualifier certains cinéastes précoces et/ou avant-gardistes de génies du septième art. Mais qu’en est-il réellement de la représentation de ces cerveaux hors normes par le médium cinéma ? A l’occasion de la sortie de The Prodigies, la rédaction d’Ecran Large vous souhaite la bienvenue dans les méandres labyrinthiques de ces méninges en pleine ébullition !

Le biopic : nul besoin de s’inventer des héros

Souvent confuse, la distinction entre prodige, surdoué ou précoce est difficile à définir. Nous engloberons dans cette thématique l’ensemble de ces dénominations tout en y apportant quelques précisions.

Un enfant précoce est un enfant dont le développement est en avance sur les autres bambins du même âge. Un  surdoué lui se manifeste par des réalisations exceptionnelles et une intelligence dite « supérieure » selon les tests de Q.I de Wechsler. Enfin, un prodige est un individu manifestant très tôt des aptitudes équivalentes à celles des adultes (comme Mozart par exemple).

Le terme de virtuose étant lui, souvent associé à la parfaite maitrise d’un instrument ou dans un domaine artistique, le génie se démarquera des autres précités par l’ampleur de son travail et par l’universalité de celui-ci pour l’histoire de l’humanité : Léonard de Vinci par exemple, pour ne citer que lui.

Ces quelques précisions effectuées, focus sur quelques portraits fort inspirés de notre histoire cinématographique.

Récemment à l’honneur avec Mr Nice de Bernard Rose, le biopic d’esprits brillants permit à l’industrie cinéma de livrer parmi leurs plus beaux et touchants métrages. Parmi eux, les prodiges dans Amadeus ou Citizen Welles (rappelons par exemple que le cinéaste avait assimilé l’intégralité du travail d’Albert Einstein), ou le plus récent et surévalué The Social network de David Fincher et le portrait nuancé du créateur du réseau social Facebook.

Parmi les plus franches réussites, citons deux métrages traitant de protagonistes bien réels au destin hors du commun. Tout d’abord Catch me if you can de Steven Spielberg et le roi de l’escroquerie Frank Abagnale Jr. Tour à tour pilote de ligne, médecin ou professeur d’université, cette traque d’un  caméléon insaisissable est passionnante de bout en bout et portée par des comédiens tout simplement parfaits.

Enfin, film qui fera peut-être débat à la rédaction car il est vrai, assez consensuel : Un Homme d’exception de Ron Howard. Porté par un casting prestigieux, Russel Crowe en tête, cette biographie de John Nash, brillant mathématicien, prix Nobel d’économie à l’esprit que l’on qualifiera de torturé pour ne pas spoiler ceux n’ayant pas encore succombé à ce magnifique moment de cinéma, est un vrai et poignant témoignage sur la différence. Un génie trop envahissant sublimé par un onirisme élégiaque et maitrisé.

Ayant fait le choix de ne pas forcément embrasser la totalité des  illustrations de cerveaux exceptionnels comme dans  Molly ou Rain man pour les autistes par exemple, tachons toutefois de nous pencher sur les fictions prétextes au mélodrame et au divertissement.

Fiction et intellect : pain béni pour scénaristes

Sherlock Holmes et ses extraordinaires facultés de déduction, Que justice soit faite et Gérard Butler en machiavélique expert ès vengeance, Phénomène et John Travolta devenu génie assoiffé de connaissance, l’illustration d’une chimère propre à l’humanité : posséder des connaissances hors du commun est aussi multiple qu’inégale, qualitativement parlant.

Méconnus comme If Ihad known i was a genius de Dominique Wirtschafter, David et Lisa de Frank Perry et son histoire d’amour entre deux jeunes névrosés dans un univers asilaire, ou dispensable malgré un plan très complexe comme dans Un génie, deux associés, une cloche, difficile d’y voir clair dans cet océan descriptif de destinées uniques.

William H Macy dans l’inégal mais original Magnolia, Gene Hackman et sa progéniture dans La Famille Tenenbaum, certains acteurs s’en sont visiblement mieux tirés que d’autres pour illustrer excellence et décalage à l’écran. Deux d’entre eux accédèrent au zénith.

Anthony Hopkins et son extraordinaire interprétation du Dr Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux de Jonathan Demme est l’un d’entre eux. Cerveau malade certes, mais aux capacités de déduction et d’analyse glaçantes de justesse.

Enfin, l’un des plus beaux films traitant de cette place si difficile à trouver pour ces « esprits » est le magnifique Will Hunting scénarisé par Ben Affleck et Matt Damon. Délinquance, apprentissage en autodidacte ou amours contrariés, le film brasse les thématiques avec précision et dans un dernier élan, il est vrai assez convenu, jubile d’espoir et d’humanité.

Plutôt anecdotique eu égard à une certaine mièvrerie et une empathie forcée : Code Mercury et son pitch improbable,  A la rencontre de Forrester avec Sean Connery en écrivain prodige disparu après  la publication de son premier roman, ou Profession génie avec Val Kilmer dans un divertissement familial que l’on qualifiera de… calibré.

Citons enfin non pas Sexcrimes et Neve Campbell en surdouée machiavélique mais Les Neuf Reines. Film à la narration maitrisée et au mélange des genres inattendu, voilà ce qu’on appelle un vrai travail d’écriture, jouissif et abouti.

Du côté des bambins

Avant de nous intéresser à la caractérisation faite par l’animation de ces inaccessibles psyché, coup d’œil sur la place de nos chères têtes blondes lorsque leur intellect nous force à l’humilité.

August Rush traitant de l’abandon parental à travers un enfant au talent inné pour la musique, A la recherche de Bobby Fischer sur fond de partie d’échecs ou les P’tits génies 1 et 2 … Voilà des exemples souvent dispensables du fantasme de nombreux parents…

Certains films réussissent toutefois à s’élever un peu au-dessus de la masse dégoulinante de bons sentiments. Si vous souhaitez  élever  le débat pour vos chères jeunes pousses, Vitus l’enfant prodige reste dans sa première partie tout au moins, un divertissement acceptable, tout comme Little man tate, l’histoire de Fred Tate, enfant surdoué et séparé de sa mère pour développer son génie au sein d’une institution spécialisée.

Enfin, plaisir coupable mais surtout souvenir ému des premières parties de soirées de la chaine M6 : D.A.R.Y.L.

Long métrage de 1985 où un enfant doté de capacités extraordinaires est convoité par des militaires, le film a assez mal vieilli mais devrait sans problème ravir les plus jeunes.

Animation : l’universalité au service du génie

Qu’ils soient supers  vilains s’amusant avec Dame Nature ou excentriques se réfugiant derrière le masque scientifique, l’intelligence supérieure revêt de multiples visages dans le monde du dessin animé. Annonçant les futurs super-héros par extension, au milieu de leurs machines en ébullition et arcs électriques, ces personnages tentent  d’accélérer le progrès en s’inspirant de scientifiques eux, en chair et en os. On peut par exemple citer Auguste Piccard, physicien suisse et inventeur du bathyscaphe ayant inspiré à Hergé le personnage de Tryphon Tournesol.

Parmi les plus illustres matières grises de l’histoire du dessin animé, évoquons Baxter Stockman dans les Tortues ninja par Kevin Eastman et Peter Laird en 1990, l’inénarrable Dr. Alphonse Mephisto de South Park et ses animaux à 4 culs ( ?!) pour dénoncer les dérives de la science et notamment du clonage, ou Franz Hopper et Jérémie Belpois dans la série Code Lyoko.

Plus « exotique » dans leurs caractéristiques, pour les plus récents tout au moins, les personnages issus des mangas et plus tard, des animés asiatiques n’ont rien à envier à leurs homologues occidentaux.

Déplaçant le traumatisme d’Hiroshima vers une crainte de dérives des nouvelles technologies, Ozamu Tezuka et Akira Toriyama accouchèrent d’inoubliables scientifiques de fiction. Le premier inspire toujours aujourd’hui nombre d’auteurs grâce au désormais célèbre Docteur Tenma d’Astro le petit robot en 52 puis avec les Dr. Saruta et Weekday dans Phoenix. On connaît depuis leurs adaptations en séries et films d’animations.

Toriyama lui reste dans les esprits le créateur du Dr. Gero, apparaissant dans les incroyables sagas Dragon Ball et Dragon Ball Z. Plus récemment, Yukito Kishiro et le professeur Desty Nova de Gunnm sont également à compter parmi les personnages clés de l’histoire de ces supers cerveaux en 24 images/seconde.

Enfin, le bien nommé Megamind sorti sur nos écrans le 15 décembre 2010 rejoint cette thématique.

Savants fous : exutoire idéal du cinéma fantastique

La Mouche, Tron, Le Cobaye… L’histoire du cinéma fantastique est peuplée de ces chimériques figures de cerveaux agités mus par un destin qui les dépasse.

Tantôt distrait ou inoffensif, ils sont le plus souvent excentriques et obnubilés par des travaux qu’ils estiment novateurs. Jouant avec la vie en véritable démiurge par pur défi scientifique, certains se veulent génies du mal tandis que d’autres feront office de simples exécutants.

De l’image d’Epinal des cheveux en pétards, d’ ermites négligés et souvent montrés du doigt comme fuyant l’URSS ou ayant officié pour l’armée nazie, à leur première apparition au XVIIIème siècle dans Les Voyages de Gulliver, ces scientifiques à l’intelligence supérieure et aux dessins frôlant régulièrement la folie ont depuis inondé les écrans de cinéma.

Force est de constater que c’est toutefois grâce à l’imagination d’écrivains eux aussi  en avance sur leur époque et à leurs adaptations cinématographiques que ces caractérisations fantasmées d’idées révolutionnaires ont connu leur plus belles heures.

Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene en 1919, Rotwand dans le Metropolis de Fritz Lang en 1927, ou l’inoubliable Emmet Brown dans la trilogie Retour vers le futur de Robert Zemeckis, voilà pour les plus inoubliables.

Permettons-nous tout de même de citer également le professeur Logan dans Le Jour des morts-vivants de George Romero en 1985,  le docteur Tokenkopf dans Capitaine Sky et le monde de demain par Kerry Conran en 2004, et une tendresse particulière pour l’androïde Bishop dans Alien 3.

Réanimator, Carnosaur, Resident Evil, la liste pourrait continuer ad vitam aeternam…  Remercions toutefois certains auteurs dont les innombrables adaptations cinématographiques ont permis à de nombreux spectateurs de frissonner de plaisir dans les salles obscures. Mary Shelley pour sa création du docteur Frankenstein en 1818, Jules Verne et son misanthrope capitaine Nemo en 1869, ou Robert Louis Stevenson pour le docteur Jekyll en 1896.

Enfin, citons également ceux pour qui le serment d’Hippocrate ne semble plus qu’un bien lointain souvenir…

L’extraordinaire  H. G. Wells pour le docteur Moreau en 1896, Jacques Norbert et le docteur Mabuse en 1921, ou Ian Fleming et le docteur No en 1958, les adaptations de ces écrits, souvent de qualités, culmineront avec le film de Stanley Kubrick en 1964 : Docteur Folamour, d’après Peter George.

Avant de refermer ce dossier, effectuons in fine un petit tour d’horizon de ces esprits savants dans le cinéma hexagonal.

La France : Une image distanciée, parodique  ou dénonciatrice

Il semble que notre beau pays ne soit pas très à l’aise avec ses génies. En effet, la plupart des illustrations célébrant les grands esprits de l’hexagone préfèrent s’attarder sur les artistes, nombreux et grâce auquel notre rayonnement culturel fit fantasmer, il y a quelques dizaines d’années, la planète tout entière.

Gainsbourg, La Môme, Van Gogh, Molière etc. Voilà comment nous envisageons semble-t-il le concept d’intelligence supérieure au dépend, souvent, de capacités scientifiques peu propices à la créativité mais néanmoins privilégiés dans le reste du monde.

Souvent parodiés : Les Sous-doués en vacances, Les Sous-doués passent le bac ou la comédie potache se déroulant dans une caserne militaire : Les Surdoués de la première compagnie, pas de quoi crier au génie justement dans nos vertes contrées.

Ajoutez à cela La Pension des surdoués, sorte de sous Max Pecas magnifiquement chroniqué par le site Nanarland, et l’on se dit que notre impact et notre célébration culturelle n’est désormais plus qu’un lointain souvenir.

Heureusement peut-on citer deux films traitant d’une thématique semblable et souffrant la comparaison avec nos homologues étrangers. Tout d’abord Préparez vos mouchoirs avec Gérard Depardieu et Patric Dewaere : Oscar du meilleur film étranger en 1977. Subversif, grave, et à la dimension dramatique inattendue, le cinéma de Blier surprend.

Enfin, citons L’Adversaire de Nicole Garcia, tiré d’un célèbre fait divers. Bien que quelque peu éloigné de notre thématique, on ne peut s’empêcher de se dire que l’intelligence de cet homme ayant réussi à mentir durant une vingtaine d’années quant à sa profession, son lieu de travail, ou ses habitudes, n’a absolument rien de banale.

Un destin tragique qui nous fait forcément réfléchir à deux fois avant de cataloguer un enfant selon ses réactions ou ses affects. Une prudence de mise si l’on se remémore les mots de Carl Jung : « Le problème que pose l’enfant doué est loin d’être simple. Cet enfant ne manifeste pas ses dons uniquement en étant un bon élève. Il arrive qu’il ne le soit pas du tout (…) si l’on se contente de l’observer de l’extérieur, il arrive que l’on ait beaucoup de peine à le distinguer du faible d’esprit. »

A vous désormais de considerer ces différences avec …intelligence.

Bonus dossier : les meilleurs savants-fous de fiction

Dans les séries télévisées

Nick Cutter et les Portes du temps
Eureka
The Big Bang Theory
Malcolm
Dr Who
Numb3rs

Dans les romans

Le docteur Frankenstein par Mary Shelley
le capitaine Nemo par Jules Verne
le docteur Jekyll par Robert Louis Stevenson

Sur les écrans

Métropolis de Fritz Lang
L’Etrange noël de Monsieur Jack
d’Henry Selick
Capitaine Sky et le monde de demain
par Kerry Conran
Doctor Who
(séries et films)

Dans les bandes dessinées et comics

Le professeur Tournesol dans Tintin
Le professeur Septimus dans La Marque jaune
Lex Luthor dans Superman
Docteur Fatalis dans Les Quatre Fantastiques
Docteur Octopus dans Spider-Man

Dans les jeux vidéo

Albert W. Wily dans Mega Man
le professeur Hojo dans Final Fantasy VII
Jon Irenicus dans Baldur’s Gate 2

Bonus dossier 2 : Qui sont les vrais savants d’aujourd’hui ?

Peintres, physiciens ou écrivains, leurs travaux ont révolutionné leur discipline à jamais. Aujourd’hui, nombre de ces précurseurs méconnus continuent, dans l’ombre, de transfigurer notre quotidien pour les décennies à venir.

Albert Hofmann : chimiste.

Suisse décédé le 29 avril 2008, ce chimiste est l’inventeur du LSD, qu’il nommait « le médicament de l’âme ». Conçu à l’origine comme moyen de lutter contre les maladies mentales, le médicament, placé entre de mauvaises mains est depuis devenu une drogue.

Sir Timothy John Berners-Lee : développeur

Inventeur du World Wide Web (merci !) avec Robert Cailliau, l’impact de son travail est évidemment immédiatement identifiable puisque désormais dans les us et coutumes de nos sociétés. Notre internet moderne est donc né d’une méthode basée sur l’hypertexte et destinée au partage de données entre chercheurs.  Egalement à l’origine du « http », il garde toutefois un certain regard critique sur son œuvre : « Même le site le plus clair, le plus intelligent et le plus étendu ne peut espérer la richesse d’information contenue dans un bon livre de référence. Internet, très clairement, ne peut pas remplacer une bibliothèque publique bien organisée. »

Frederik Sanger : biochimiste

Double prix Nobel ( ?!) en 1958 et 1980, l’anglais a tout simplement mis au point la méthode de séquençage de notre ADN… Il prouve, en établissant le séquençage complet de l’insuline, que les protéines possèdent des structures définies. Il parvient ensuite à celui d’un chromosome, le tout entièrement à la main. Humilité quand tu nous tiens…

Grigori Yakovlevich Perelman : mathématicien

Né à Leningrad en 1966, vivant en reclus dans un quartier de Saint-Pétersbourg, celui-ci a subitement décidé de mettre un terme à sa carrière après la résolution d’un problème considéré comme l’un des plus difficile de notre siècle. En 2000, l’institut Clay liste sept problèmes majeurs (Les problèmes du millénaire : la conjecture Poincaré avancée en 1904) et offre 1 million de dollars par résolution. Il poste en 2002 un article de 39 pages et résout l’un de ceux-ci. Il refuse la récompense après sept ans de recherche.

Hiroshi Ishiguro : spécialiste en robotique

Cherchant à créer l’ultime robot, celui que l’on ne pourrait identifier : les « Repliee », il travaille sur les systèmes de visions pour les robots mobiles, développe le robot interactif à l’ATR Media Integration Communications Research Laboratories de Kyoto. Il dirige aujourd’hui l’Intelligent Laboratory à l’université d’Osaka et planche notamment sur les robots sociaux, l’omnivision ou la science des androïdes. Georges Lucas et Asimov n’étaient peut-être pas si éloignés de la vérité…

Nous pourrions également citer Larry Page et Sergei Brin : inventeur de l’algorithme et technologie clé de Google : le PageRank.  Flossie Wong-Staal : docteur en biologie moléculaire qui identifia avec un chercheur français le virus du sida en 1985 ou Emily Oster : économiste américaine à la thèse révolutionnaire traitant du taux de naissances d’enfants mâles et son rapport à l’hépatite B… Notre histoire est faite de ces découvertes extraordinaires utilisées avec plus ou moins de bienveillance quant à l’avenir de l’humanité. A nous de ne pas oublier les dérives passées pour ne pas réitérer certains déferlements destructeurs.

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