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Le crossover dans le western

Alors que ce mercredi 24 août 2011 est l’occasion de voir s’affronter simultanément Indiana Jones, James Bond, et E.T, dans le bien nommé Cowboys & envahisseurs, la rédaction d’Écran Large vous propose un tour d’horizon forcément non exhaustif des plus mémorables transgressions du western. Un dossier où John Wayne et John Ford ne pointeront pas le bout de leur nez.


La Vallée de Gwangi
(1969) de Jim O’Connolly

Adaptant un script inédit de son mentor Willis O’Brien (Valley of the Mists), Ray Harryhausen se lance, avec The Valley of Gwangi, dans sa propre variation de King Kong   avec un schéma grosso modo équivalent : la découverte du monde perdu, les aventuriers aux prises avec les dinosaures, la capture de la créature et son exposition en tant que monstre de foire, le tout transposé dans le monde de l’Ouest. Optant pour un habile mélange des genres et ne versant pas dans la poésie naturaliste de son glorieux modèle, le film offre un festival de séquences restées anthologiques comme la prise de Gwangi (un Allosaure et non un Tyrannosaure !) au lasso, l’affrontement contre un éléphant et le final dans une église en feu, servies par une animation et des incrustations de grande qualité, relevé par une partition mémorable de Jerome Moross.  Côté humain, James Franciscus porte le stetson du cowboy chasseur de dinosaure avec conviction, secondé par Laurence Naismith (futur juge Fulton d’Amicalement vôtre) qui, parfait en professeur exalté et un brin gaffeur, aura bien du mal à expliquer à ces rednecks qu’un dinosaure n’a rien à voir avec un lézard. Bloody hell !


Monsieur Joe
(1950) d’Ernest B. Schoedsack

Déjà à l’honneur un peu plus haut, le génial réalisateur est ici évoqué pour un autre métrage mettant en scène nos amis primates. Faisant forcément écho au chef-d’œuvre de 1933, le métrage traite une nouvelle fois des notions d’enfermement, d’animalité, ou d’ascendance avec intelligence et doigté. Très apprécié des cinéphiles, ce morceau de bravoure pelliculé nous permet ainsi d’apprécier un Ben Johnson cabotin et une relation singe-petite fille des plus émouvantes. On enfonce des portes ouvertes certes, mais pris par la main par le réalisateur de La Chasse du comte Zaroff, on ne peut que s’incliner.


Wild Wild West
(1999) de Barry Sonnenfeld

Raté, gâchis, difficile de feindre la déception à la vision d’une œuvre réunissant pourtant une affiche des plus prestigieuses : Will Smith, Kevin Kline, Kenneth Branagh et Salma Hayek et ses sexy guêtres. Relecture moderne de la série éponyme avec Robert Conrad, ce « western futuriste » rate le coche malgré un postulat alléchant. Porte-étendard du buddy-movie  agrémenté de tous les poncifs du genre (un méchant démoniaque, des gadgets insensés, de l’humour pince-sans-rire), le film évite toutefois le naufrage grâce au savoir-faire technique inhérent à la plupart des productions hollywoodiennes. Maigre consolation !


Retour vers le futur 3
(1990) de Robert Zemeckis

D’aucuns taxent le film d’inégal ou de peu inspiré, il est pourtant le parfait prétexte à tel dossier. Emmené par l’éternel duo, Marty McFly /« Doc » Brown, Retour vers le futur 3 pose effectivement ses valises dans le Far West de la fin du XIXème siècle mais en continuant à nous amuser avec ces savoureux délires spatio-temporels prétextes à bon nombre d’embrouilles pour nos héros. Dernier volet quelque peu bancal d’une trilogie jouissive, le film magnifie les paysages de l’ouest américain, les confrontant à un traitement burlesque au second degré assumé. Et tant pis, si l’on retrouve pas toute l’efficacité scénaristique de ses deux prédecesseurs, le plaisir de voir une DeLorean au Far West suffit largement à notre bonheur.


Rango
(2011) de Gore Verbinski

Très belle surprise de ce début d’année, le plus  « westernien » des films d’animation est une réussite à de nombreux points de vue. Utilisant avec révérence et érudition tous les poncifs du genre, ces citations iconiques deviennent ici prétextes aux emprunts les plus mythiques et à la complicité évidente avec les créateurs. Hommage aux westerns spaghettis « made in Leone », le film est de surcroît d’une beauté plastique estomaquante. Ainsi, malgré un dernier acte un peu long et une narration éculée, Rango réussit le pari d’émerveiller et de « renouveler », toute proportion gradée, un genre ultra balisé.


Vampires
(1998) de John Carpenter

Autre mètre étalon du crossover dans le western, l’ovni de Big John : Vampires. Loin de l’image d’Épinal du célèbre comte et de son imagerie gothico-romantique, Carpenter préfère citer celui qu’il vénère par dessus tout : Howard Hawks. Les déserts du Nouveau Mexique n’ont jamais été aussi beaux et l’on a qu’une hâte une fois le générique de fin achevé : retourner dans la salle illico presto ! Casting de folie (James Woods en tête), prédateurs sortant de terre (suivez mon regard), plans iconiques au possible, bande-son du tonnerre (une habitude chez Carpenter), difficile de citer tous les attributs de ce chef-d’œuvre du cinéma de genre. On retiendra tout de même certaines répliques instantanément cultes (l’Église en prend pour son grade) et un anti-héros lui aussi assez savoureux (western oblige). Mes amis, si vous ne connaissez que le Carpenter de Ghost of Mars ou Masters of horror, vous savez ce qu’il vous reste à faire !


Tremors
(1990) de Ron underwood

La petite ville de Perfection (fallait oser !) est soudainement menacée par un ver géant à la force phénoménale… Reconnaissons à Tremors une caractéristique évidente : ne pas s’embarrasser inutilement de circonvolutions scénaristiques. Comme souvent avec ce type de cinéma fantastique, le sujet et ses implications sont les marchepieds d‘un pur plaisir régressif. Lutte contre l’adversité, solidarité, peur de l’inconnu ne sont donc que des thématiques-excuses à un vrai bon film de série B. Ersatz des Dents de la mer version « terre du désert », le réalisateur de Pluto Nash (oui je sais, ça pique) livre un vrai popcorn-movie plutôt agréable à suivre. Alors oui, on ne connaît pas l’origine du monstre, certains plans font parfois un peu cheap mais le résultat est là : se fendre la poire sur d’improbables quidams faisant face à une toute aussi improbable menace. Un film de potes où le western entre dans une nouvelle dimension !

Postman (1998) de Kevin Costner

Kevin Costner est un amoureux du western : Danse avec les loups et Open range en attestent brillamment. C’est malheureusement moins le cas avec celui qui s’est glissé entre ces deux cinglantes réussites du genre. Avec Postman, le réalisateur-acteur évoque avec toute la mièvrerie qui le caractérise parfois, la décrépitude d’un monde soumis à un impitoyable dictateur-despote. Croisement improbable entre Ken le survivant et un Mad Max consensuel, le film transpire la naïveté et peine à convaincre. Bien sûr, un tel futur apocalyptique  est plausible (l’imagerie westernienne de délabrement et d’abandon est un choix judicieux), tout comme une prise de pouvoir arbitraire l’est également. Dommage alors que l’enjeu se veut trop ambitieux et le mélodrame trop exagéré pour ne pas nuire au propos. Un héros, des innocents et de grandes étendues pourquoi pas, encore faut-il maîtriser une écriture sans faille et des protagonistes charismatiques.

Red hill (2010) de Patrick Hughes

Sorti en DVD il y a à peine un mois, le film de Patrick Hughes s’impose comme l’un des plus saisissants crossovers que l’on ait pu admirer récemment. Ryan Kwanten, à des lieues de son personnage de sudiste empoté de True Blood, campe avec force maîtrise ce jeune officier ayant quitté la ville pour permettre à sa femme d’accoucher dans la tranquilité d’une bourgade rurale, et qui va au contraire se retrouver en enfer. Entr polar, slasher et western, le film ne choisit jamais, mais convoque avec talent les figures de ces trois genres sous la lune blafarde du bush australien. On en ressort électrisé et essoré, redécouvrant de la plus brute des manières qu’en chaque cowboy, un tueur sans pitié sommeille.

Dans les griffes du vampire (1959) d’Edward Dein

Dernière évocation du mélange des genres dans le western : Curse of the undead, oscillation fantastique d’un sous genre unique (le Weird West) où s’entrecroisent ténèbres menaçantes et le premier cowboy vampire de l’histoire du cinéma ! Annonçant les futures réussites que seront Pale Rider ou L’Homme des hautes plaines, le film combine pour la première fois à l’écran les codes du western et son héros énigmatique à la pénombre du cinéma d’épouvante. Dans cette sombre histoire de disparitions de jeunes femmes dans une petite ville du Far West, s’adjoint donc un inhabituel protagoniste : un mystérieux mercenaire fuyant du regard la lumière du soleil… Prenant le contre-pied des habituelles productions de la célèbre firme Universal, le film se veut aussi novateur que respectueux de ses ainés. Saloons, expropriations violentes, duels au pistolet : tous les poncifs sont présents afin de mieux nous déstabiliser. On pourra ainsi lui reprocher cette sempiternelle et agaçante idylle plombant quelque peu le récit, ou cette inévitable métaphore de la lutte du bien contre le mal…Impossible toutefois de rester insensible à une ambiance aussi jouissive et faisant office de clap de fin sur un genre qui n’a pas fini de nous étonner.

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