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Deauville-jour 2

 

Deauville – jour  2 : sous la plage … une pellicule

Après une première journée chaotique (on a d’ailleurs reçu un coup de fil de la communication du festival fort sympathique, lire  la note en fin d’article), il était temps pour la team EL de retrouver le plaisir du cinéphile à la recherche des meilleurs plans du jour. Alléluia, cette journée fut une réussite !

L’aventure commence avec la projection du magnifique Sing your song de Suzanne Rostock. Unique réalisation de l’américaine, le documentaire évoque avec une empathie non feinte le destin hors norme d’Harry Belafonte, célèbre chanteur, acteur, mais aussi activiste impliqué dans la lutte pour la reconnaissance des droits des minorités afro-américaines. Un destin en forme de porte étendard des droits civiques aux États-Unis et dont la portée morale et la soif de justice ont littéralement envoûté notre acolyte Simon comme le prouve sa critique à lire ici.

L’apogée de cette journée culmine avec la Masterclass tant attendu par l’auteur de ces lignes : 1h30 en compagnie de Shawn Ryan, créateur de l’extraordinaire série The Shield. Alternant les confessions et les analyses de certaines séquences de ses différentes productions, le producteur-scénariste a littéralement subjugué son auditoire.

Déclarant sa flamme à un média souvent dénigré (et surtout mal exploité), ce dernier s’est tout d’abord attaché à expliciter sa vision du travail d’écriture. Intimité, échange entre deux individus forcément complexes et recherche du secret à révéler (l’élément déclencheur du récit en d’autres termes), le scénariste d’Angelou The Unit nous confie qu’il privilégie avant tout des trajectoires émotionnelles contrastées et une certaine obsession quant aux places des femmes dans son esprit.

Activité chronophage par excellence, l’écriture télévisuelle semble  ainsi  être devenue sacerdoce pour l’auteur.  Expliquant tour à tour ses rapports captivants avec le grand Forest Whitaker, la surprenante empathie des spectateurs pour ce salopard de Vic Mackey, ou sa prise de conscience lors de la grève des scénaristes de 2007, il évoquera ensuite deux  shows n’ayant malheureusement connu qu’une seule  et unique saison.

Terriers tout d’abord, dont la campagne marketing, l’identité visuelle, et surtout une appellation approximative ne rendirent  pas forcément hommage à une intrigue écrite en collaboration avec l’auteur d’Ocean’s Eleven. Flic alcoolique submergé après avoir flairer un bien trop gros poisson ou souffle pesant de sombres affaires de pédophilie, il traîne comme une odeur de soufre sur le sentier initié par Terriers. Une profondeur abyssale pour une production trop avant-gardiste.

Chicago code ensuite, nouveau « cop show » ayant provoqué de nombreuses suées au sieur Ryan. Craignant une éprouvante similitude avec le grain tremblant de The Shield, l’auteur décida de délocaliser son intrigue à Chicago, de confier le rôle-titre à la jolie Jennifer Beals et de soigner tout particulièrement sa photo. Peine perdue puisque cette sombre histoire de collusion entre politique et pègre locale sur fond de machination ne connaitra qu’une unique diffusion.

Un auteur qui continue donc de croire en l’avenir de ce type de divertissement, mu par une volonté évidente de traiter avec justesse les conflits internes de l’esprit humain (jalousie, compétition) mais qui avoue sans détourner le regard que certaines productions comme The Wire, Deadwood, ou The Shield ont déjà placé la barre très haut.

Pour ces futurs projets en date, il nous confiera être notamment  à l’étude d’une série scientifique dans laquelle un chercheur pense pouvoir définir le profil psychologique des individus grâce aux coupes transversales de leur cerveau. Une étude du génome en sus, apportant par exemple des prédispositions pour les futurs tueurs en série, voilà un alléchant programme. Jusqu’au jour où son propre profil le mettra face à ses responsabilités.

Dernière évocation, la création pour la chaine ABC d’une série relatant la fuite d’un sous-marin nucléaire américain fort de ses 24 missiles et se dissimulant dans des territoires neutres. Oscillation chancelante entre le péril nucléaire et le fonctionnement interne d’une société calfeutrée et prisonnière d’un tombeau de métal, voilà un futur hit à réserver aux adorateurs de Sa Majesté des mouches autant qu’aux lecteurs de Tom Clancy.

Enfin, lorsqu’on lui demande si non seulement ce pessimisme inhérent à son type de création est l’une des raisons de son succès critique (a contrario de productions plus consensuelles mais encore plus populaires comme CSI ou Dr House) et si l’accouchement d’une telle noirceur se fait dans la douleur, le showrunner confie : « Je ne pense malheureusement pas que mes créations arriveront un jour aux scores des séries précités. En même temps, ça m’est égal. Savoir que pour 2 ou 3% de l’audience, mon show est un immanquable, me comble. Et puis, je peux comprendre que pour certaines populations ayant déjà une vie difficile, il soit plus aisé de regarder quelque chose de léger lorsqu’on rentre au bercail… Enfin, en ce qui concerne l’écriture, je fais la part des choses et cela ne me coûte en rien. Je prends mon pied à écrire et j’ai énormément de recul par rapport à cet exercice intellectuel. »

Après cette belle rencontre, retour à la réalité ensuite avec un bel échange en l’honneur d’une très grand dame du cinéma : la conférence de presse de Shirley MacLaine. Forcément seul puisque Jonathan se fendait d’1h10 d’attente (dont 30 minutes sous une pluie battante) afin de décrocher la carte d’accès pour une soirée hommage, Simon se dirigea donc avec délectation pour écouter celle qui tourna pour un paquet de grands cinéastes à commencer par  Billy Wilder ou Alfred Hitchcock.

Pleine d’humour et visiblement ravie d’être là, l’actrice évoqua avec sincérité des sujets aussi vastes que son meilleur souvenir de tournage (sa rencontre avec Jack Black sur Bernie, le nouveau film de Richard Linklater), son amour pour les chiens, et même sa vision de l’affaire DSK. Elle évoquera également une Marilyn Monroe nue sous son vison à la première de La Garçonnière, sa crainte des nouvelles technologies dans le cinéma qui pour elles, nuisent aux rapports humains, le débat se clôturant…sur la sonnerie du téléphone d’un journaliste.

On enchainera ensuite cette journée fort chargée avec la projection d’Another happy day de Sam Levinson. Un film présenté par le réalisateur himself en compagnie de la talentueuse mais un peu trop tirée Ellen Barkin et de la sous-estimée Kate Bosworth. Un réalisateur ému aux larmes lors d’une standing ovation pour un film lui aussi très larmoyant.

D’une sincérité évidente, le film pêche pourtant par un excès de bonnes intentions. De par une réalisation trop hétérogène (le film alterne gros plan, caméra à l’épaule, courte focale, films amateurs) qui nuit involontairement au charme de l’ensemble, le film n’est jamais aussi émouvant que lorsque, figé en plan fixe, le temps semble suspendu. De par une longueur excessive enfin puisqu’il y a une bonne demi-heure en trop, celle-ci plombant le récit avec un trop plein d’atermoiements.

Heureusement, les comédiens sont parfaits, Ellen Barkin en tête et ils sont pour beaucoup dans le sentiment d’empathie que l’on peut éprouver pour cette famille de barjes. Un sentiment visiblement partagé par le public venu en masse et qui a réservé un accueuil des plus chaleureux au film.

Une conférence de presse anecdotique de l’équipe du film plus tard où la jolie Kate Bosworth se complaît dans son rôle de plante verte et où le sensible Sam Levinson (fils de Barry ayant également dirigé Ellen Barkin) ressemble à s’y méprendre à Tom Cruise, il était temps pour nos deux compères d’achever cette journée.

Ils clôtureront  celle-ci avec une soirée hommage à la légende Shirley MacLaine lors d’une remise de prix et d’un montage-carrière de rigueur forcément convenu mais provoquant l’admiration d’une audience déjà conquise. Point d’orgue de la soirée, la diffusion du méconnu Turning point tourné en 1977 par Herbert Ross.

Une journée bien remplie dont on vous laissera très vite visionner les dites conférences avant la journée marathon de demain où nous retrouverons entre autres : En secret, Yelling to the sky, On the ice, Le Projet NIM ou la vision du film Bringing up Bobby et la conférence de presse de la sculpturale Famke Janssen.

A demain donc pour une folle journée normande !

NDLR : Il semble que certains de nos propos aient été injustement considérés par certains organisateurs du festival. Nous les invitons donc à relire attentivement notre compte-rendu de la première journée. Riant de nous-mêmes, nous tenons simplement à rappeler que nous nous incluons dans l’éprouvant périple de cette première journée  chaotique : employant les termes de galériens, ou de mauvaise foi… Traité sous des oripeaux humoristiques, nous ne nous attendions pas à une telle véhémence. Sachez tout de même que certains propos «  limites » de la part de certaines personnes en charge de l’accueil ou que l’impossibilité d’assister à la Masterclass de Francis Ford Coppola en raison d’un « problème logistique »sur les accréditations ne sont malheureusement pas de notre fait… Tâchant de relater le déroulement objectif d’un festival qui par ailleurs semble enfin tenir ses promesses, nous assurons toutefois aux organisateurs notre entière impartialité et honnêteté intellectuelle. Nous tenons à ce propos à encourager l’auteur du dit coup de fil afin que nous continuions, comme convenu, à entretenir des rapports cordiaux et désormais sans griefs inutiles. Un droit de réponse vous est également offert si vous le souhaitez. Intégrité éditoriale en guise d’oriflamme, Ecran Large bombe le torse et saura encourager un festival avec lequel nous partageons une passion commune si celui-ci tient toutes ses promesses, soyez-en sûrs ! Merci à elle pour cette mise au point salvatrice, promis nous ne jetterons plus d’huile sur le feu !


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