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Deauville-jour 3

Deauville-jour 3 : des plateaux de cinéma dans les cabines

Faisant suite aux chaotiques puis apaisantes premières journées, ce troisième lever de soleil face à l’Atlantique a enfin permis aux deux aventuriers normands d’engloutir pas mal de films en compétition.

Alors qu’au cinéma Le Morny les hommages sont légions (notamment aux cinéastes Blake Edwards et Todd Solondz) et que le Casino se paie (sic) le luxe de diffuser les 3h22 d’Apocalypse now redux, Simon et Jonathan préfèrent profiter des projections de l’immense Auditorium de 1500 places.

Après les premières remarquées du sympathique remake de Craig Gillespie  Fright night (retrouvez d’ailleurs notre critique du film et très bientôt notre interview de deux des comédiens principaux) ou d’Echange standard au pitch improbable mais au casting  réussi (pour lire notre avis sur le métrage, c’est ici), c’est donc avec En secret que s’ouvre une troisième journée en forme de montagne russe…

Première œuvre de Maryam Keshavarz, le film de l’irano-américaine était très attendu par l’auteur de ces lignes, d’origine kabyle, et dont le traitement fait aux femmes dans les sociétés orientales et notamment à prédominance religieuse  islamique trouve un écho tout particulier.

Dans un Téhéran underground, Atafeh et sa meilleure amie Shireen profitent de leur jeunesse tâchant tant bien que mal d’échapper au regard « inquisiteur » de la police des mœurs et notamment de Mehran, frère d’Atafeh fraichement recruté… Amoureux de Shireen, celui-ci va peu à peu se laisser envahir par une dangereuse obsession notamment lorsque les sentiments qu’éprouvent les deux jeunes femmes l’une pour l’autre semblent de plus en équivoques.

Traité avec intelligence mais sans aller au bout de son sujet, le film peine malheureusement à convaincre. Pour un sujet aussi brûlant, certaines idées narratives (le doublage d’Harvey Milk par exemple) apparaissent  comme assez maladroites. Loin de nous l’idée de descendre en flèche un premier film courageux mais il semble qu’un peu plus de profondeur d’écriture aurait été bienvenue. Certains personnages ne servent à rien (celui de la mère par exemple pourtant central dans les familles musulmanes), la réalisation souvent inspiré pèche parfois par un excès de modernité (les scènes de night-clubs notamment) et l’on aurait appécié davantage de partialité.

On notera toutefois des comédiens absolument sublimes (tous sont convaincants du père au fils en passant par ces deux actrices ahurissantes de présence), la bande son d’une génération oubliée parfaitement résumée dans une joute verbale en haut d’une montagne (on vous laisse le soin d’aller voir le film pour la découvrir), ou ces esquisses de réflexion quant à la place de l’homosexualité dans une région aussi peu permissive. Un joli coup d’essai, imparfait certes, mais au message dénué de cynisme.  Voilà un propos, aujourd’hui, sacrément appréciable.

Après cette triste fable, l’évènement de la journée qui allait filer la banane à nos deux émissaires fut la conférence de presse de la … (pff je ne trouve pas de mot assez puissant) Famke Janssen. Venue présenter son premier long métrage en tant que réalisatrice : Bringing up Bobby, la magnifique hollandaise nous a longuement parlé de cette histoire de jolie femme passionnée de cinéma et expatriée au pays de l’Oncle Sam afin d’offrir une vie plus douce à sa raison de vivre : son fils.

Nul besoin d’être Sigmund Freud pour y déceler un parallèle évident avec le parcours de l’actrice qui évoquera lors de cette conférence, tout autant les difficultés à monter ce projet que le choix des comédiens, ou sa lutte perpétuelle contre les stéréotypes.

Nous vous proposerons très vite de suivre en vidéo cet inoubliable échange sachant tout de même que nous aurons l’insigne honneur d’interviewer l’incendiaire actrice dès demain (Laurent si j’ai une bise, j’écrirai pour toi gratuitement à vie). Voilà qui fait vite oublier l’écriture de compte-rendu jusqu’au milieu de la nuit !

Malheureusement,  nous n’avons pas été autorisé à suivre Famke Janssen jusqu’à sa chambre d’hôtel, et alors que Simon se débattait avec des gardes du corps eux aussi la bave aux lèvres, nous décidâmes de continuer notre pèlerinage en terre normande jusqu’à l’autre belle surprise du jour : Yelling to the sky.

Là encore premier film d’une touchante réalisatrice venue nous confier qu’il y a quelques années, venue en  spectatrice, elle clamait haut et fort qu’un jour elle viendrait y présenter son propre long métrage, Yelling to the sky a, malgré un discours parfois redondant, conquis votre rapporteur normand.

Portrait au vitriol dramatique et pesant d’une famille américaine qui se disloque jour après jour, le film de Victoria Mahoney dresse avec un vécu évident un constat âpre et lucide quant aux difficultés d’épanouissement pour notre génération. Prise pour cible dans son lycée par divers chefs de bandes, Sweetness O’Hara (quelle beauté cette Zoe Kravitz !) n’a d’autre choix pour assurer sa « survie » que d’adapter son comportement et devenir reine de meute.

Bien que citant tous les poncifs des films traitant des minorités américaines (de Precious à Boyz’n the hood) et  sans pour autant nier que ceux-ci prennent leur source dans une adversité quotidienne réelle, le film imprime pour longtemps la rétine du spectateur.

Mis en forme avec une simplicité bienvenue et une écriture assez juste (on pense souvent à The Wire), le film dépasse son statut de petit film indépendant grâce à deux acteurs absolument sans failles (Sweetness et son père), et à une intrigue évoluant sans cesse. Une très belle surprise donc, et un traitement sans concession qu’on n’attendait pas forcément à Deauville. Une fois n’est pas coutume, nous féliciterons donc les programmateurs pour cette jolie trouvaille.

Avant dernière séance de la journée, Project NIM est le second documentaire à occuper une place de choix dans le cœur de vos chroniqueurs fétiches. Narrant le parcours de NIM, chimpanzé né en captivité dans un centre de recherche sur les primates puis confié à une psychologue souhaitant l’élever comme elle l’a fait avec ses trois enfants, le film trouve un écho particulier aujourd’hui, eu égard au succès planétaire du récent La Planète des singes (lire à ce propos notre dossier sur les primates sur grand écran).

Subjuguant un Simon désormais pendu au lustre du hall d’accueil, Le Projet NIM repense la condition humaine, repousse les barrières de l’espèce, et s’interroge sur les expressions et réflexions possibles dans le règne animal. Lorsqu’on sait que c’est le réalisateur du segment de 1980 de Red Riding Trilogy qui réalise le film, on n’est plus vraiment surpris de la qualité  du travail fourni. Une bien belle journée pour les cinéphiles donc.

Nous achevons enfin ce palpitant mais éprouvant sacerdoce avec la première du film réalisé par Famke Janssen dont nous vous parlions plus haut à l’occasion de sa conférence de presse : Bringing up Bobby. Inégal mais léché pour Jonathan, celui-ci a en revanche enthousiasmé Simon dont vous pouvez lire la critique ici-même !

Too big to fail, Jess+Moss, les interviews du président du jury et de Famke Janssen (et oui, c’est un beau métier), rendez-vous demain pour une journée plus cinéphile que jamais !

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