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PROMETHEUS vs ALIEN

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Alors que Prometheus vient de sortir en salles, Ecran Large vous propose un tour d’horizon du film de Ridley Scott.

Ridley Scott, un Chevalier au pays de l’oncle Sam

Alors que son frère Tony considère l’univers du fantastique sous les oripeaux de l’ambiguïté sexuelle et du raffinement, Ridley lui, confère au genre une étude fragmentée de la notion de temporalité. Tantôt peuplé de légendes, de féérie (Legend en 1985) ou de futur inquiétant avec Blade Runner en 1983 et surtout Alien, le huitième passager en 1979, le réalisateur fait part au monde de ses craintes les plus intimes.

Né à South Shields le 30 novembre 1937, Ridley Scott traine ses guêtres entre le Pays de Galles, l’Allemagne et l’Angleterre.  Attiré par le monde artistique et notamment le dessin, il opte ensuite pour des études cinématographique et réalise son premier court métrage : Boy and Bicycle avec le concours de son frère, talentueux réalisateur de Man on fire ou True romance. Après une collaboration fructueuse en compagnie de grands documentaristes américains chez Time-Life, Scott rentre au bercail pour y devenir chef décorateur. Promu rapidement réalisateur, son succès se confirme par la production et mise en scène de diverses séries télévisés et spots publicitaires primés.

Fort de cette expérience, il entame sa carrière de réalisateur de longs métrages avec le magnifique Les Duellistes. Grand prix du jury à Cannes en 1977, il confirme ensuite avec le terrifiant Alien, fondateur de la SF moderne, puis le chef d’œuvre Blade runner. Traquée, Legend, ou l’hypnotique Black rain, autant de bijoux du septième art qui consacre un artiste complet. En 1987, il est nommé pour la première fois pour l’Oscar du meilleur réalisateur et reçoit celui du meilleur scénario pour l’inoubliable Thelma et Louise. 1492, Christophe Colomb, Lame de fond, A Armes égales (sic),Scott réalise, produit (Citizen Welles), et copréside Mill Film : studio de production en charge de Pitch Black ou Gladiator. Artisan respecté, il est fait Chevalier en 2003 pour sa contribution aux arts.

Après une seconde nomination à l’oscar du meilleur réalisateur pour Gladiator puis une troisième pour La Chute du faucon noir en 2001, le metteur en scène anglais entame une collaboration intéressante avec l’acteur Russel Crowe. Suivront Une Grande année et Mensonges d’états. Toujours actif, il livre ensuite le très impressionnant American gangster mais aussi Les Associés avec un très bon Nicolas Cage. Ridley Scott côtoie enfin les cimes avec Kingdom of heaven.

Après sa participation à la production du sublime L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, il déçoit avec une inutile relecture du mythe de Robin des bois.

En juin 2009, il confirme un projet fantasmé : une préquelle d’Alien qui deviendra finalement un projet original : Prometheus. Sortant sur les écrans le 30 mai prochain, le film tant attendu devancera son prochain projet, coécrit avec le surdoué écrivain américain, Cormac McCarthy : The Counselor.

Alien : Dans la salle, personne ne vous entend crier

Avant de considérer le film dans son approche de l’épouvante et par le biais de ses diverses personnifications de nos peurs, tâchons de jeter un œil du côté de l’un des grands artisans de la réussite du film : Carlo Rambaldi.

Créateur d’effets spéciaux et sculpteur italien né en 1925, l’artisan renvoie à leurs études tous les professionnels des CGI et autres effets numériques. Après avoir pris son envol sous le regard bienveillant de plusieurs maitres du cinéma transalpin comme Fellini ou Pasolini, le génie qui donna vie à la figure cauchemardesque imaginé par H R Giger (les suivants furent numérisés à l’exception de certains plans du troisième volet) est aujourd’hui encore vénéré aux vues de ses diverses réalisations. En effet, de l’innocent E .T à la créature tentaculaire faisant l’amour à Isabelle Adjani dans Possession, c’est tout l’imaginaire, la sensibilité du sculpteur qui s’exprime dans ces visions aujourd’hui entrées dans la mémoire collective. Un auteur, un artiste, que l’on remercie encore après les visionnages du Conan de Milius ou de Profondo rosso.

César ayant été remercié, quid du film et de son influence ?

Malade de jalousie eu égard à la réception de son Duellistes face à la consécration d’Alan Parker, Scott pense à s’atteler à une adaptation de l’opéra Tristan and Isolde. Subjugué par les effets spéciaux de Star Wars, il s’attaque  finalement au projet de la 20th Century Fox : Alien. Oscar des meilleurs effets spéciaux  à sa sortie, le film doit, comme nous l’avons constaté, à l’excellence de ceux-ci, bien soutenu par le« réalisme historique » de son récit. Alien, plus de 30 après, n’a ainsi rien perdu de son pouvoir terrifiant, bien aidé il est vrai,  par la vision cauchemardesque de Giger.

Revisitant au premier degré les séries B des années 50 et notamment It ! The Terror from beyond space, et lorgnant du côté de l’écriture d’Agatha Christie, le Nostromo et son équipage atypique fait entrer le cinéma fantastique dans une nouvelle dimension. Doté d’un casting de haute volée mais surtout d’une direction  artistique qui force le respect, le film de l’ex chef décorateur subjugue un spectateur halluciné devant une créature aussi fugace et dangereuse que gracieuse et hypnotique. D’une suite réussie et sacrément « burnée » à un quatrième volet trop dispersé, la quadrilogie Alien est aujourd’hui tamponnée dans l’imaginaire de nos pairs comme l’une des plus remarquables représentation fantastique du croquemitaine.

Film de couloir autant que nouvelle vision du film de maison hantée en milieu hostile, le film du Sir Ridley  rassemble les qualités de certains longs métrages le précédant.  A l’instar de Star Wars en 1977, Les Dents de la mer en 1975 ou Halloween de John Carpenter en 1978, Scott entremêle avec brio grandiloquence, perfidie de cette créature monstrueuse, et « whodunit » à la sauce space opéra. Cache-cache meurtrier autant que frayeur non feinte par l’équipage (les acteurs ont réellement hurlé lors du jaillissement du fœtus par le thorax d’un des membres du vaisseau), le film achève le spectateur en le perdant dans les méandres d’un complot fomenté par une administration cupide et un robot maléfique. Eprouvant et orchestré de main de maitre, Alien est depuis devenu un classique du genre, inspirant nombre de réussites lui succédant : The Thing de John Carpenter lui rendant la pareille.

Prometheus : projet casse gueule ou réactualisation du mythe ?

Une équipe de scientifiques cherchent à dépasser leurs limites mentales et physiques et tentent d’explorer ce qu’il y a au delà du possible. Ils vont être amenés à découvrir un monde qu’ils n’auraient jamais imaginé. Un monde où leur seront apportées des réponses aux questions les plus profondes. Un monde où le mystère ultime de l’existence peut enfin être percé…

Une campagne rondement menée… C’est ce que la rédaction a déduit suite à la promotion du film et ses nombreux teasers, déclarations intrigantes, et autres photos de plateaux. Après une fuite plus ou moins orchestrée de la part du studio quant aux ressorts scénaristiques de ce nouvel opus de la saga, que sait-on réellement de l’ancien bien nommé Paradise ?

De l’origine du « Space Jockey » à la conception de la créature, le script du réalisateur promet de prime abord de répondre à d’innombrables questions restées en suspend au fil du temps.

Fantasme déiste, voyage interstellaire, le propos articulé autour d’une volonté de contrôle jusque là jamais vue ne semble pas forcément briller par son originalité…

Alors que l’imaginaire collectif semble être le talon d’Achille du projet (ne pas perdre une partie du public par une illustration frontale excessive), le projet de Sir Ridley doit réussir le pari de jongler avec les attentes (nombreuses) et sa propre vision de l’origine du« Face hugger ».

A ce jour, il semble, au regard de diverses bandes annoncées savamment distillées, que l’intrigue s’articulera autour d’une série de découvertes archéologiques, décryptées par une équipe de scientifiques y voyant une invitation venue d’une autre planète. Noomi Rapace (l’une des scientifiques à l’origine du projet), Charlize Theron (le leader de l’équipe) et Michael Fassbender partent alors en exploration spatiale à bord du vaisseau susnommé. C’est à ce moment que les astronautes découvriront donc une forme de vie alien. Il semble d’alors que ces derniers pourraient être à l’origine de notre propre existence !

De la tension palpable avant la tempête entraperçue dans les divers teasers, nous déduisons : une volonté manifeste de s’éloigner de la quadrilogie à son origine, un mystérieux androïde que l’on dit « impossible à distinguer d’un homme » : David(Michael Fassbender), ou une caverne Ecossaise découverte en 2089…

On s’intéressera également, au milieu des informations disséminées ici et là, à un Guy Pearce grimé en vieillard lors d’une présentation philosophique de son personnage (Peter Wayland) ou au réveil de l’équipage en 2093, un an après la naissance de Ripley.

Mais alors, est-il possible de déduire une quelconque continuité face au monument Alien ? Sachez en tout cas (gare aux spoilers pour les intégristes) que la planète où se pose le vaisseau se nomme LV-223 (le corps céleste regorgeant de « Face huggers » se nommant lui LV-426), qu’un appendice rosâtre comme entité nous permet les fantasmes les plus fous et que, d’après Guy Pearce : « il ne s’agit plus que d’une histoire de science fiction originale » …

Avancer dans la pénombre

A l’image de la dernière bande annonce bien plus explicite qu’à l’accoutumée, loin de nous l’envie de vous gâcher le plaisir de la découverte. Si vous pensez donc en avoir appris assez quant aux ressorts scénaristiques du nouveau film de Mr Scott, merci de ne pas achever votre lecture de ce paragraphe.

Alors que le réalisateur confiait récemment souhaiter partir dans une autre direction que la saga tout en utilisant son « ADN », qu’en est-il réellement de ce qui ressemble fort à une nouvelle franchise ?

Il semble tout d’abord que la troublante Noomi Rapace se pose comme digne héritière de l’autorité et du courage de feu Ripley. Bien que différente sur de nombreux aspects, celle-ci semble prête à tous les sacrifices afin de découvrir tous les secrets de l’humanité, oscillant constamment entre discours rationaliste scientifique et considération théologique. 
Autre personnage intriguant : David, incarné car le talentueux Michael Fassbender. Un androïde faisant suite à deux illustres prédécesseurs, dont on ne connaît le quotidien dans un vaisseau où les membres d’équipage hibernent dans des caissons de cryogénisation, où son rapport face aux ambiguïtés du comportement humain demeure une énigme.

Enfin, on s’intéressera forcement au cas de la sculpturale Charlize Theron, ici en incarnation « d’avocat du Diable », protectrice des intérêts de l’obscure compagnie  Weyland…

Un personnage donc qui, dixit Lindelof, ne sera pas une « couleuvre agissant en douce pour la compagnie mais personnifiera une variation sur le thème de l’intérêt industriel du monstre »… Intriguant.

Une fois le visionnage de la vidéo de Guy Pearce déclamant un discours autour de la capacité des hommes à aller toujours plus loin, on pourra également s’interroger sur le lien flou ici affirmé entre science et fiction. Une« mythologie » bâtie autour du film, à l’image du site internet weylandindustries.com que nous vous laissons découvrir pour en apprendre plus.

Métaphore directe du mythe de Prométhée, Titan qui vola le feu de l’Olympe pour l’offrir aux humains, le film soulève de nombreuses interrogations métaphysiques.

Un mystérieux pictogramme commun à nombre de civilisations, un voyage interstellaire  ‘obscures coordonnées, une quête d’un trésor au pouvoir illimité, autant de questions que le public découvrira le 30 mai prochain.

Des paysages islandais aux studios de Toronto, inutile de nier la bave coulant sur nos lèvres. Un film que l’on souhaite donc, à l’image de Blade runner et Alien, devenir une nouvelle date dans l’histoire de la science-fiction au cinéma.

Dans la gueule du loup : morceaux choisies

Avant de clore cette esquisse non exhaustive de l’univers passionnant de la saga, laissons la parole à quelques-uns des membres du vaisseau ressuscité.

Lorsqu’on demande à Ridley Scott comment  est né le projet Prometheus, celui-ci déclare ainsi : « Je voulais revenir depuis longtemps à l’univers de la science-fiction mais je lisais souvent des scripts assez inaboutis. J’ai alors songé à mes premières expériences dans le genre. Je me suis ainsi rendu compte qu’une idée n’avait pas été examinée et développée dans Alien.  J’ai donc soufflé sur cette braise et un feu énorme a jailli ! ».

Voilà donc pour les origines du projet mais qu’en est-il des réelles motivations du réalisateur. Une éventuelle trilogie ?

« Nous avons uniquement écrit ce film, dont les huit dernières minutes font le lien avec Alien, mais comme il ouvre également les portes d’un autre univers complètement différent, nous avons de quoi faire une suite de Prometheus indépendante de la saga Alien. » Si seulement !

Alors que le scénariste Damon Lindelof pense lui que l’idée de départ de Ridley Scott était de revenir à l’univers d’Alien en lui greffant de nouveaux concepts beaucoup plus ambitieux, entremêlant le registre de l’horreur d’Alien et le drame philosophique de Blade runner,  il semble également que le raconteur d’histoires se soit surtout porté sur la personnalité des divers membres de l’équipage. « Elizabeth Shaw (N R),archéologue, entame une quête spirituelle en s’engageant dans cette mission portée par des convictions religieuses très profondes. Le docteur Holloway (LM-G) lui se pose les mêmes questions mais espère les résoudre au travers du prisme de la science. Meredith Vickers elle (C T), représente la compagnie et a un but précis en tête qu’elle ne dévoile à aucun membre de l’équipage. Ce qui la motive réellement constitue l’une des surprises du film. David enfin (M F) est un type de prototype dont les problèmes techniques n’ont peut-être pas été résolus». Dieu que l’attente sera longue !

Alors que Lindelof avoue que son meilleurs ouvenir de l’expérience Prometheus est d’avoir travaillé avec le maitre du cinéma, confions le mot de la fin à la nouvelle égérie du box office américain : Noomi Rapace. Rappelons également que vous pouvez, si votre appétit ne se trouve pas rassasié, lire sur notre site nombre d’articles vous permettant d’approfondir l’expérience (voir le lien). Nous vous conseillons enfin le généreux hors série de nos confrères de l’Ecran Fantastique.

« Lorsque j’ai vu Alien pour la première fois, j’ai eu l’impression que quelqu’un avait ouvert la porte vers une autre dimension, et le personnage incarné par Sigourney Weaver était une vraie révélation pour moi. »

Souhaitons à la talentueuse actrice le même destin que son illustre devancière, et au réalisateur de nous faire frémir comme lors de nos premiers regards destinés au Nostromo. Un voyage que l’on imagine déjà unique et inoubliable, lancé vers l’éternel, comme un cri dans l ‘espace.

Bibliographie 

Dictionnaire du cinéma d’épouvante de Robert de Laroche

1001 film à voir avant de mourir de Steven Jay Schneider

Le cinéma d’horreur chez Tachen

Hors Série Prometheus de l’EcranFantastique

A noter : le Artbook français du film sortira en juin au prix de 35 euros et pour 192 pages chez Akileos

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