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Rebelle

Un film de KIM NGUYEN Canada-1h30-Sortie le 07/11/2012
Avec Rachel Mwanza, Serge Kanyinda, Alain Bastien

Komona, jeune-fille, raconte à l’enfant qui grandit dans son ventre l’histoire de sa vie quand elle a du faire la guerre dans l’armée des guerriers rebelles d’un pays d’Afrique Centrale. Le seul qui l’aide et l’écoute est Le Magicien, un garçon de 15 ans qui veut l’épouser. Au fil des mois passés ensemble, Komona et Le Magicien tombent amoureux et s’évadent pour vivre leur amour et trouver la voie de la résilience. Rebelle est une fable sur l’Afrique subsaharienne du XXIème siècle, une histoire d’amour entre deux jeunes âmes prises au milieu d’un monde de violence, de beauté et de magie.

Loin du matraquage médiatique abusif (pourtant « surusité » ces derniers temps par certains studios), l’équipe de Cinevibe  avance à pas feutrés, circonspects mais emplis d’espoir vers une énième histoire d’enfants soldats, notamment déjà magnifié par le surdoué Fernando Meirelles. Deux acteurs principaux dont c’est le premier long, un Ours D’Argent à Berlin pour cette formidable comédienne, le prix du meilleur film à Tribeca : intrigués, nous sautons pourtant à pieds joints dans cette descente aux enfers de deux âmes au futur contrarié. Et l’on a sacrément raison…

Conte métaphysique autant que critique frontale de régimes politiques assassinant nos enfants, Rebelle (rien à voir non…) oscille constamment entre une rêverie que l’on devine bienveillante et, entre autres, un difficile face à face avec la mort, le passage à l’âge adulte, ou le mal à l’état brut. Narré par la voix emprunté d’une enfant qui n’en est plus une, drapé sous les guêtres de souvenirs qui la rendent aussi fragile que combattante, notre héroïne principale partage avec les spectateurs les aventures que nous suivons à l’écran. Une mise en abime ici fort peu utile eu égard à une action se suffisant largement à elle même. De ses deux jeunes destins réunis pour affronter un avenir que l’on imagine vite tragique, le réalisateur, pour son quatrième long métrage, nous offre une direction d’acteur nécessairement inscrite dans l’immédiateté, mais surtout, une photo magnifiant un propos sempiternellement accusateur. Des jungles luxuriantes aux cours d’eaux imprévisibles, d’un désert aride à un bidonville peuplé de solidarités, on accepte avec une certaine mélancolie un ailleurs qui semble aussi dangereux que fascinant, aussi tragique qu’abandonné.

Toutefois, de cette poésie picturale, le metteur en scène peine parfois à choisir son camp. Tantôt féérique, tantôt frontale, cette mise au point d’une situation d’alerte qui nous frappe en plein cœur ne réussit pas toujours à soutenir son ambition. Il aurait peut être dû, pour cela, choisir une, voir deux thématiques dominantes : la poésie et la violence, l’amour face au meurtre, la guerre civile et la débrouille… Le souci s’inscrit donc dans cette multiplication de scénettes nocive à l’unicité du film. On regrettera ainsi la sous exploitation du personnage du chef de guerre par exemple, ou l’intervention de l’oncle de famille. Pour autant, ce choix de multiplier les directions (parallèle au baroud que subit la jeune fille) est donc peut-être simplement l’intention première de l’auteur : démontrer que la vie est un voyage. L’un de ceux qui peuvent prendre fin pour un mauvais détour, une mauvaise rencontre, ou, à contrario, se faire réminiscence dans le sourire d’un nouveau né, dans le bruit assourdissant des balles. Grave, méditatif, consternant, fracturant l’intellect pour y laisser des doutes, Rebelle, magnifié par un score fort à propos nous catapulte face à nos responsabilités.

En somme : le film n’est donc pas exempt de défauts, c’est vrai. Que ce soit par une écriture qui ne creuse pas assez profondément là où ça fait mal et par cette oscillation frustrante entre rêverie ou film revendicatif, il manque de devenir de peu un classique instantané. Par là même, et aux vues de ses qualités plastiques et d’interprétation, on est malgré tout en droit de se dire que le réalisateur a encore progressé et qu’il n’est plus très loin des plus grands. Traumatisant autant qu’humain, larmoyant ou manichéen ? Le film laisse en tout cas un donc un goût de poudre dans la bouche et invite le spectateur à la réflexion. Non, plutôt à la méditation avant la réaction. Gageons que ces prises de consciences récurrentes ne se feront pas, à l’instar des fantômes de ces destins perdus, peaux de chagrin ou poudre aux yeux… Une peinture aux multiples aspérités, indispensable et salutaire, qui ne laisse en tout cas ni indemne, ni plus bête. On vous laisse apprécier.

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