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OPERACION E

 

PAYS : Espagne France
ANNÉE DE PRODUCTION : 2012
DATE DE SORTIE : 28/11/2012
DURÉE : 109 MIN
REALISATEUR : Miguel Courtois Patermina
ACTEURS : Luis Tosar, Martina Garcia, Gilberto Ramirez

 SYNOPSIS

Colombie, décembre 2007 : le monde entier attend la libération de deux otages des FARC, Clara Rojas et son fils Emmanuel né en captivité. Or quelques années plus tôt, le bébé a été confié de force par la guérilla à un pauvre paysan, José Crisanto. Le film raconte l’incroyable et bouleversante histoire de cet homme et de sa famille dont la vie va se transformer en tragique périple.

UNE DESCENTE AUX ENFERS FAMILIALE ESQUISSEE

Auréolé du Prix d’interprétation au Festival de Biarritz 2012 pour son acteur principal, et lui-même lauréat de nombreuses reconnaissances internationales (2 Goya déjà à son actif), l’ancien professeur de philosophie Miguel Courtois Patermina revient, un après Le piège afghan, nous narrer sa vision brute de décoffrage d’une errance aussi incroyable que tragique. Lorgnant du côté de la critique à charge d’un soulèvement révolutionnaire utilisant sans vergogne violence, terreur militaire, ou autres manivelles politiques, le film du franco-espagnol ne s’embarrasse pas d’une bienséance forcément à contre-emploi. Tirant à boulets rouges avec la même vigueur sur les justifications des agissements des FARC (ici malheureusement mal exposés) que sur la corruption transpirant d’un régime politique sans salut, la pellicule moite et désenchantée qu’est Operacion E laisse un goût de souffre dans la bouche.

E VIVA LA REVOLUCION !

Faisant le parti-pris audacieux d’un montage très (trop) cut, ou d’une mise en scène en perpétuelle évolution et à l’omniscience oubliée, le cinéaste plonge les quidams que nous sommes dans un conflit armé aux rouages rouillés et presque déjà oubliés… Mettant en exergue avec la même verve la manipulation médiatique, la corruption du régime, la violence gratuite, ou le destin d’un enfant prétexte, la production d’Ariel Zeitoun peine de prime abord à remporter l’adhésion. Décontenancé par des choix de réalisation parfois discutables, le spectateur entame son expérience par la circonspection.

Virevoltant ainsi entre une nature hostile, des personnages secondaires sous exploités (sa famille ou « le Parrain » notamment) ou des thématiques pourtant fort captivantes comme le trafic de drogue ou le choix de prendre les armes, on demeure craintif après le premier tiers sur le reste de l’aventure…

LES MILLE VISAGES D’UNE FORCE ARMEE

Fort heureusement, le cinéaste se remet vite au travail et fait ainsi le choix de nous envoyer aux visages nos propres responsabilités morales. Prétexte à un récit incroyablement cinématographique, le film évite alors l’écueil du trop plein mélodramatique. Magnifiant son propos dans une jungle luxuriante où chaque recoin ressemble à une menace, on reçoit cet hymne à l’apaisement avec un intérêt grandissant et salutaire au fil du temps. Impossible dès lors de rester insensible à l’enlèvement, puis à l’embrigadement des ces destins contrariés, cette démarche militante d’une révolte annoncée ne pouvant justifier ces agissements. Personnage complexe et fort peu manichéen, la prestation de Luis Tosar laisse ensuite pantois. Vraie gueule de cinéma éclatant à l’écran, on ne peut que s’incliner devant tant d’investissement. D’un avenir qui le dépasse en passant par des choix de vies douteux, l’écriture de celui-ci est un cadeau du ciel pour l’acteur. On regrettera toutefois, n’y manquant pourtant pas de matière, la sous-exposition de la magnifique compagne : Martina Garcia (déjà vue dans Biutiful), victime du conflit et mère de famille harcelée par le malheur…

En l’état donc, l’expérience de cette mise en abîme diversifiée et d’un récit presqu’iconique ne peut laisser indifférent. Suintant la pauvreté et la magouille, cet ailleurs où la vie ne semble avoir qu’une valeur relative, cette critique acérée d’un combat sans fin (on pense souvent au moyen orient), parvient ainsi lors du climax à frapper en plein cœur. Dommage toutefois, qu’une mauvaise utilisation de certains personnages, et qu’une réalisation en dent de scie, ne soutienne pas un propos bien plus universel qu’il n’y paraît. On se souviendra pourtant longtemps de cette ambiance de balles flirtant avec les idées, mêlées au fracas des gouttes de pluie, coulant le long des cadavres et de leurs oripeaux.

Avec un scénario aussi unique qu’il n’est est vrai, le metteur en scène d’El Lobo nous catapulte dans un conflit meurtrier aux justifications aussi complexes que ses protagonistes. Magnifié par une interprétation impeccable nécessaire pour digérer telle tragédie, l’opération éponyme fait oublier ses failles scénaristiques (l’histoire de cet enfant serait plutôt celle de son père adoptif) ou de mises en scènes en choisissant l’uppercut. Dommage simplement que vendu comme un tragique destin, cette histoire d’enfant otage soit plutôt prétexte à la peinture d’une âme déchirée. Operacion E : quand le monde paysan se frotte à la guérilla ou l’histoire tragique d’un périple bouleversant.

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