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HITCHCOCK

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Premier long métrage du scénariste Sacha Gervasi (Le Terminal), Hitchcock, le bien nommé, situe son action lors du tournage du mètre étalon du « maitre du suspense », à savoir le mythique Psychose. Remaké inutilement en 1998 par Gus Van Sant et objet de trois suites souffrantes toutes la comparaison, le chef d’œuvre culte demeure aujourd’hui encore, dans l’imaginaire collectif, l’un des moments les plus terrifiants de l’histoire du septième art. Alors quid de cette peinture d’une pointure se frottant au genre horrifique ?

Critique d’une psychose ou rideau déchiré ?

Adaptation à l’écran du livre Alfred Hitchcock and the Making of Psycho de Stephen Rebello (Psycho en est une du roman éponyme), le film de Gervasi se veut avant tout un tour de force d’équilibriste. Oscillant entre romance contrariée, bras de fer avec les comités de censure américains ou les difficultés de production, le film lorgne souvent vers de multiples directions. D’une jalousie fort à propos (parfaite partition d’Helen Mirren) à une célébrité saupoudrée d’obsession sordide, le personnage incarné par Hopkins transpire la mise en péril de son couple, de sa santé mentale, ou de ses impératifs artistiques. Pied de nez qu’on imagine conscient au passif d’Hopkins (Le silence des agneaux), la fascination qu’entretient ce réalisateur magnifié de tous bords pour le tueur en série Ed Gein fait froid dans le dos. Réussissant presque à faire oublier au spectateur omniscient qu’il connaît la suite de l’histoire (oui Psychose sera un succès, oui Hitchcock inventera un marketing d’avant garde), Sacha Gervasi, avec toute la révérence policée attendue, soigne son office et délivre un produit calibré. Mais peut-être un peu trop…

L’homme qui en faisait trop ?

D’une reconstitution magnifique à de nombreux clins d’œil emprunts à flatter l’ego cinéphile, le parti pris de mise en scène manque toutefois de prise de risques. Souvent trop lisse voir effacée (à l’image du score de Danny Elfman), la réalisation privilégie souvent la boulimie ou l’affection de Sir Alfred pour ses chères blondes quand on attendait une certaine folie formelle. Ainsi, bien qu’Anthony Hopkins, un poil trop  cabotin, trouve ici un rôle à sa (dé)mesure, et malgré cette femme en retrait pourtant au centre du récit, la direction d’acteurs confirme son choix d’éparpiller son intrigue en autant de mises en lumières souvent regrettables. Impossible en effet d’oublier que sous les traits de Vera Miles ou Janet Leigh, se dissimulent les magnifiques Jessica Biel ou Scarlett Johansson. On retiendra, toutefois, l’excellent jeu de la toujours juste Toni Collette, et surtout l’impeccable James D’Arcy en Anthony Perkins. Pari réussi.

De ce casting quatre étoiles en passant par ces égarements illusoires (on pense aux scènes de dialogues entre Hitchcock et Ed Gein), ou de ces multiples mises en abîmes (voyeurisme, pulsions), que subsiste t’il donc une fois la dernière bobine entamée ?

Le film était presque parfait

C’est précisément à ce moment, sa responsabilité digérée et son humilité assumée, que Sacha Gervasi laisse éclater son talent. Conscient d’un propos ambitieux qui dépasserait sans nul doute nombre de metteurs en scènes contemporains, le réalisateur prend enfin du plaisir dans ses scénettes, nous convie au voyage, et donne au public ce qu’il attend : un hommage non emprunté. Lucide que notre désir caché : celui de voir une nouvelle œuvre du créateur des Oiseaux, n’est qu’un leurre, il livre alors, sans crier gare, tout ce qu’il a dans le ventre. Plaisir coupable on ne peut plus jouissif, le spectateur entend enfin les cris stridents de Bernard Herrmann, devine une silhouette à l’embonpoint unique se dissimuler derrière les projecteurs, et tire ce fameux rideau de douche avec toute la fureur qu’il suppose. Les frissons sont désormais de plaisir, et tous les amoureux du septième art, enfin rassasiés, acclament.

Notre avis : Sympathique, intimiste et pédagogique sans être autheurisant, le film de Sacha Gervasi n’est pourtant pas encore le biopic définitif qu’on espérait. Centrant son récit sur une période précise de la vie du cinéaste (et la femme se cachant derrière chaque génie) mais se perdant parfois, par timidité, dans de multiples interrogations (artistiques, thématiques, et même sexuelles), le réalisateur peine à soutenir l’intérêt sur la longueur. Il emporte toutefois l’adhésion grâce à un dernier tiers très réussi, rendant enfin l’hommage qu’on attendait à la psyché d’un monument du cinéma. Heureux d’avoir retrouvé un peu du bonheur ressenti à la vision de ses films, le spectateur hurle de plaisir. Le roi est mort, vive Hitchcock !

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