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TRANCE

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Un remake obscur d’un téléfilm anglais (et oui, encore) datant de 2001 mais mis en scène par le réalisateur des excellents 28 jours plus tard, Trainspotting ou 127 heures : il n’en fallait pas plus pour mettre la bave aux lèvres de toute la rédaction de Filmsactu. Mais alors, qu’en est-il réellement de cette sombre histoire de gangsters au pays des enchères ?

Pour l’histoire qui nous intéresse aujourd’hui, inutile de dissimuler que le cinéaste responsable de Slumdog Millionnaire nous a habitué à mieux… Voyez plutôt. Simon, un commissaire-priseur (James McAvoy) s’associe à un gang mené d’une main de fer par Franck (Vincent Cassel, tout en retenue) pour tenter de dérober un tableau de Goya lors d’une vente aux enchères… Mais Simon tente de les doubler. Lorsque Franck s’en aperçoit et le frappe violemment, notre commissaire-priseur perd connaissance et par là même l’endroit où il a caché le tableau. Franck décide alors de faire appel à une hypnothérapeute (magnifique Rosario Dawson) et ainsi entamer une recherche introspective dans la psyché de Simon censée détenir l’endroit de la planque. C’est à ce moment que les limites entre réalité et suggestion vont s’atténuer…

Sujet casse-gueule par excellence nécessitant une écriture rigoureuse et un schéma scénaristique en béton armé, les films psychologiques tentant de faire perdre au spectateurs tous ses repaires sont, lorsqu’ils sont réussis, souvent sujets à étude et aux revisionnages intensifs. Lorsque le résultat est en demi-teinte : il laisse au cinéphile un goût amer, celui d’avoir été pris pour un con, ou pire, celui de l’être vraiment car n’ayant rien intégré de l’intrigue… Heureusement, et bien que souvent au bord du gouffre, Danny Boyle réussit à faire oublier une seconde bobine bien trop obscure grâce à un dernier tiers dantesque et  aux révélations didactiques mais bienvenues.

Ne souhaitant vous livrer les clés (nombreuses) d’une intrigue prenant tout son sens dans sa dernière bobine, nous ne dirons mots quant à la suite de l’aventure ou sur les nombreux rebondissements emmaillant la pellicule. Sachez toutefois qu’il faudra vous armer de patience pour apprécier ce nouvel opus, la réalisation de haut vol et une interprétation juste mais très effacée ne réussissant pas à faire oublier ce creux ressenti au milieu du film. Si vous réussissez toutefois à surmonter cette épreuve, le climax final souffrira largement votre critique.

Dixième long métrage du metteur en scène du fantastique Sunshine, Trance lorgne autant du coté de certains films fantastiques des 80’s que vers nombre de huis clos à la sauce Polanski. Parvenant de justesse à gagner son pari avec ce grand huit scénaristique (on passe du film de braquage au thriller psychologique noir un peu trop vite), Danny Boyle nous convie à un voyage assez unique pour lequel il est toutefois difficile de s’abandonner. Hypnotisant son spectateur avant de le mettre K.O, Boyle multiplie les pirouettes émotionnelles, aligne les fulgurances visuelles, et sacrifie les personnages secondaires sur l’autel  de cette femme médecin que l’on croyait béquille scénaristique mais finalement cœur du récit.

Eclectique est le moins que l’on puisse dire pour considérer les multiples mises en danger du cinéaste. Un péril évident que l’on retrouve plus marqué qu’à l’accoutumée tant l’audace et l’expérimentation transpirent dans chaque plan. On y reconnaît ainsi  la patte de l’époque Trainspotting avec ces plans de nuit, sa folie lors de son dernier tiers, ou son ambition pour s’être attaqué au genre. Impossible toutefois d’adouber sans réserve ce dernier opus manquant d’un peu de hauteur.

Perdant son spectateur dans les méandres d’une intrigue à tiroirs un peu trop tentaculaire, on est souvent au bord de l’indigestion,  ne croyant pas du tout au rapprochement des personnages dans cette galère et au final, on ne s’intéresse que de très peu à la recherche du tableau… Manquant de simplicité et peu être un peu d’humilité (Boyle semble vouloir faire un film définitif sur le genre), difficile en conclusion  de ne pas regretter certains errements.

Somme toute, force est de constater que Danny Boyle maitrise son sujet. D’une mise en scène classieuse et audacieuse à une écriture exigeante, on a la un beau moment de septième art. Il risque malgré tout  de laisser le grand public sur le bas côté, soit totalement halluciné par ce pari, soit très en colère. Exigent et faussement confus, le film est à coups sûrs une date dans le parcours du cinéaste. Une mise en danger respectable mais pas toujours accessible, que l’on remerciera toutefois à la pensée d’un second visionnage synonyme de nouvelle relecture. Et ça, n’est ce pas l’apanage des très bons thrillers ?

Notre avis : 3,5/5

Frôlement souvent la surenchère scénaristique (et stylistique), Boyle se fera peut être insulté de malhonnête ou de faussement malin. Bien qu’un peu prétentieux, son film souffle pourtant l’investissement total autant que la bonne volonté. Il risque toutefois de laisser nombre de spectateurs (critiques ?) dubitatifs, ce « récit-pieuvre » mettant souvent à mal nos certitudes de cinéphiles. On les remerciera malgré tout, lui et son producteur, pour leurs courage face à ce puzzle anti conventionnel psychédélique. Expérience cauchemardesque autant que malaise érotique, Trance laissera à coups sûrs et pour longtemps un goût de souffre dans la bouche des spectateurs (et dans les  écoles de cinéma). L’un des films les plus marquant de l’année, tout simplement.

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