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TWIN PEAKS: LE FILM

1

USA, 1992
Réalisé par David Lynch
Scénario : David Lync, Robert Engels
Avec Sheryl Lee, Ray Wise, Kiefer Sutherland, Harry Dean Stanton, David Bowie
Musique : Angelo Badalamenti
Durée : 2h15

La mort mystérieuse de Teresa Banks dans la tranquille petite ville de Deer Meadow va donner bien du fil à retordre aux agents du FBI qui vont mener une enquête en forme de charade et découvrir que bien des citoyens de la ville sont impliqués dans cette affaire. Un an plus tard, ce sont les sept derniers jours de Laura Palmer dans la ville de Twin Peaks, qui se termineront par la mort brutale de cette dernière annonçant ainsi le début de Twin Peaks, la série culte.

De l’autre côté du miroir: le chef d’œuvre maudit

Relatant sous forme de préquel les sept jours précédant le sauvage assassinat de Laura palmer, David Lynch, cabotin (et qui vient de recevoir une Palme d’or pour Sailor et Lula), semble défier du regard une critique aux abois. Un an et demi après l’arrêt du feuilleton déjà culte, le réalisateur de Lost Highway revient donc sur son monument. Présenté lors d’un Festival de Cannes exigeant et peu enclin à l’obligeance, le film éprouve une foudre presqu’unilatérale… « On s’ennuie » pour Le Journal du dimanche, « Un film pompier » pour Libération, « Un mauvais film » pour Télérama… Scindant en deux les spectateurs avant même la vision du film (il y a ceux qui ont vu la série et les autres…), la toute puissante inteligencia impose (et c’est là son leitmotiv le plus agaçant) sur un piédestal la série et enterre le film avant toute prise de recul ni perspective. Bien entendu, impossible pour le réalisateur de provoquer le même frisson à la découverte de ce fantasme pelliculé ou de revivre le grand huit émotionnel que lors de ces trentaines d’heures. Mais le propos n’est pas là. Il est en réalité aussi culotté artistiquement que maitrisé cinématographiquement.

Cauchemar hallucinogène et kaléidoscope hypnotique, Fire walk with me est avant tout un étrange objet de fascination. A apprécier forcément après avoir vu la série et non l’inverse, l’étrange beauté plastique au cinéma (c’est pour le cas, une vraie œuvre d’art et un sacré tour de force) a ainsi rarement été aussi dérangeante et désagréable. Loin du malaise superficiel ressenti à la vision d’un Human Centipède, le spectateur prit en otage semble tout droit tombé dans un tourbillon émotionnel. Stroboscopique et bric à brac, la réalisation de Lynch nous fait perdre nos repères sensoriels et empiriques.

Monté comme un clip de drum’n bass, le voyage onirique et assourdissant risque alors d’en laisser plus d’un sur le carreau. Difficile en effet de ne pas pointer du doigt certains excès précurseurs que le cinéaste laissera s’envoler dans Inland empire ou divers projets artistiques (musique, arts plastiques…). Vous avez adoré l’ambiance feutrée et chaude de Twin Peaks : la série ? Pas sûr que la traversée du Styx version Lynch vous séduise. C’est en l’état une plongée abyssale et inoubliable dans une psyché crispante.

Entre innocence et débauche, le rêve impossible

Puzzle thématique malsain à la limite de l’auto-parodie (Lynch est un sacré roublard et on se demande souvent s’il ne se dit pas « Jusqu’ou me suivront-ils ? », le film jongle, à l’instar de son illustre prédécesseur, avec nombres d’éléments clefs. Lorgnant forcément sur les mêmes tragédies que la série  (le meurtre, les orgies, les faux semblants, le trafic de drogue ou les hallucinations), le film conserve les même ingrédients (personnage, compositeur) mais, portage au cinéma oblige, ne peut se permettre le luxe de poser son intrigue ou son environnement avec la même délicatesse. Projet artistique très intéressant, Fire walk with me n’est malheureusement pas un travail de fin d’études. C’est un film de cinéma hyper attendu et vénéré. C’est en cela qu’il a déconcerté et a fait l’effet d’un hyperccut à sa présentation. Force est toutefois de constater que ce théâtre de l’imaginaire est bourré de qualités.

Peuplée de clins d’œil du début à la fin (la dissimulation des mains, la destruction de l’écran de tv, la rose bleue, le tissu…), la pellicule suit donc la mort mystérieuse de Teresa Banks (sic), dans une petite ville mystérieuse (sic 2), une enquête sous forme de charade (sic 3) et des habitants plus ou moins impliquées (sic 4)… Difficile de prime abord de ne pas trouver les ficelles un peu trop grosses en toute objectivité. Mais c’est le décalage dans le temps (un an plus tard, les sept derniers jours de Laura Palmer annoncent la série) qui donnera au film toute son ampleur. L’inhospitalière Deer Meadow est en effet le parfait négatif (encore cette obsession du double) de Twin Peaks mais elle aussi est peuplée de mensonges.

Lynch nous force alors à naviguer au-delà des apparences, à surmonter notre affection pour la série et à redevenir vierge de ton interprétation (ou plutôt d’envie). Inserts dérangeants, interférences ou attente du spectateur quand au déroulement de l’intrigue, le jeu de piste mené par les deux enquêteurs n’est en réalité qu’un jeu de quille. Tantôt aseptisé, tantôt dysfonctionnel, le regard de Lynch sur ses protagonistes entérine une fois de plus son univers cathartique. De ses thèmes récurrents (la psychanalyse, le refoulement, la vie banlieusarde) à sa symbolique de coercition aujourd’hui parfois ampoulée, Fire Walk with me joue avec nos nerfs mais mérite l’expérience, l’intrigue policière ne servant elle que de prétexte.

Déroutant et conceptualisant parfaitement la série, cette œuvre iconoclaste mérite réellement d’être réévaluée. Imbrication infernale et métaphore du désir d’un artiste hors norme, Twin Peaks : Fire walk with me ne souffre aucune explication rationnelle. Surfant sur les thématiques de sa grande sœur, elle s’éloigne toutefois à pas de géant de sa douce rêverie. Farce démente et labyrinthique, c’est une nouvelle fois la réalisation avant-gardiste et le propos obsédant du réalisateur qui en fera une œuvre mythique. Inutile de vous mettre des mots sur ce poème maudit, abandonnez vous à l’irrationnel, vous êtes toujours à Twin Peaks.

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