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L’ETRANGE FESTIVAL 2014

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Lors des 10 derniers jours s’est donc déroulée la vingtième édition de L’Étrange Festival. Un événement un peu à part, sans chichis ni paillettes, au cœur de la folie mercantile d’un centre commercial situé au Forum des Halles, à Paris. Un vrai contraste donc pour ces âmes en peine (je le dis sans mépris) qui hantent habituellement les lieux et qui jure avec une programmation totalement barge ayant donné ses lettres de noblesses à un rendez-vous pas tout à fait comme les autres. Un rendez-vous qui contamine par ailleurs et depuis 1995 d’autres villes de Province comme Strasbourg, Caen, Nantes ou Lyon. Étourdissante et pléthorique, cette nouvelle édition réussit donc le pari de marier avec culot le surdoué et intriguant Sono Sion (le culte Suicide Club, c’est lui), l’efficace mais parfois agaçant Jacques Audiard ou le documentariste Godfrey Reggio pour des cartes blanches (avec par exemple le road movie à la palme d’or pour ce dernier : L’Épouvantail et un inoubliable Gene Hackman). Si vous souhaitiez donc vous laisser enivrer par un ciné-concert sur l’hypnotisant Carnival of souls ou jongler avec vos émotions lors d’une succession de courts-métrages bourrés d’inspiration (une quarantaine !), c’est bien au Forum des images qu’il fallait s’abandonner au milieu des métaleux, lecteurs de Mad Movies et autres aficionados du cinéma bis. Une vraie sensibilité pédagogique donc qui procura au spectateur le sentiment unique d’aller au delà de la projection, de l’éclater par la réflexion, le tout sous le regard complice de nombreux intervenants. Rétrospectives, compétition internationale ou gros délire, tour d‘horizon forcément non exhaustif d’un pari aujourd’hui plus que rempli et à l’ambiance hyper chaleureuse.

La Compétition internationale

Poussant sur le devant de la scène 22 longs métrages tous uniques et sacrément originaux, les films en compétition concourent pour deux prix : le Prix du Nouveau Genre (Buried en 2010, Bullhead en 2011, Headhunters en 2012 et The Major en 2013) et le Prix du Public. Ce Prix Nouveau Genre (la compétition officielle) est donc l’occasion pour Canal + Cinéma et l’équipe de L’Étrange de récompenser une œuvre qui sera, par la suite, achetée par la chaine cryptée et diffusée à l’antenne. Une sacrée mise en lumière donc. On y côtoiera tout d’abord l’excellent Hard Day de Kim Seong-hun (qui sera distribué par Bodega Films début 2015). Lorgnant du côté d’Infernal Affairs et d’After hours de Scorsese, le polar coréen aux illustres prédécesseurs (JSA, Shiri, The Chaser…) réussit le tour de force de ne pas tomber dans la redite malgré un genre très répandu et hyper qualitatif (The President ‘s last bang, les films de Park Chan-wook etc.). Une fois les plagiats américains et autres séries B maladroites digérées, le genre, de plus en plus populaire à travers la planète, devient petit à petit un vrai écrin de révélations. C’est le cas pour Kim Seong-hun. D’une classe formelle parfois folle (on pense au plan séquence sur les toits), le film alterne humour sarcastique, mini twist savamment distillés et quelques scènes savoureuses (la première rencontre, la baston dans l’appartement, le flash back qui nous éclaire).

Un excellent cru donc qui sans réinventer l’eau froide a le mérite de ne pas singer les péloches qui l’ont inspiré tout en laissant le champ libre à quelques libertés. Un vrai bon souvenir qui se permet en somme ne pas de se prendre au sérieux afin de réserver quelques jouissives surprises.

Après ce morceau de choix, on a également pu apprécier (ou pas) le nouveau Satrapi The Voices (Attention : La Bande des Jotas, le pire film de 2013 : c’est elle !), l’anglais Hyena en présence du réalisateur, le nouveau film de Fabrice du Welz (l’excellent Calvaire): Alleluia ou les nouvelles pépites de Takashi Miike et Sono Sion.

Bref, des productions tanzaniennes, ukrainiennes, sud-africaines ou belges qui font vraiment l’effet d’un vent de fraicheur entre deux blockbusters ou les comédies romantiques franchouillardes… Pour ce que nous avons pu approcher, on retiendra également le complètement cinglé Killers des Mo Brothers. Ici deux tueurs en série se tirent la bourre via leurs vidéos sur internet. De la découverte de ces pulsions macabres (fascination, expérimentation, masque social etc.) à leurs réflexions sur le medium vidéo en passant par un humour franchement hilarant jurant avec certains scènes insoutenables, le film Sino-indonésien est une vraie expérience. Cru, sadique, décalé, drôle, frontal, violent, graphique : une vraie plongée dans la psyché malade des deux réals. En résulte une œuvre parfois un peu bancal (la mise en scène cite un peu trop tous les poncifs du genre : caméra à l’épaule, regard via la caméra de surveillance, mise en abyme via la victime etc.) et qui peine parfois à se détacher de certains de ses ainés comme la trilogie de la violence ou le chef d’œuvre J’ai rencontré le diable. Imparfait certes, le film donne quand même souvent le tournis et malgré une demi-heure de trop la bobine éclabousse autant qu’elle donne à réfléchir. Une belle découverte.

A Boire et à manger

Outre la compétition officielle, force est de constater qu’il fallait un peu y mettre du sien pour s’y retrouver dans les diverses catégories et projections. Tâchons donc d’y voir plus clair. Du film d’animation français en ouverture (Smart Monkey) au film de clôture : le thriller japonais The World of Kanako de Tetsuya Nakashima (le très fun Kamikaze Girl) en passant par toute une section consacrée au inédits, avants premières ou documentaires jamais projetés, vous trouvez à coups sûrs votre bonheur. Parmi ces derniers (plus d’une vingtaine de pelloches !), on retiendra avec un souvenir ému le documentaire Étrangement vôtre de Frederic Temps, vibrant hommage au festival et déclaration d’amour au genre par Del Toro, Noé ou Jodorowsky… On citera également sans retenue (et avec une vraie tendresse) le nouveau et toujours explosif Rampage 2 d’Uwe Boll (au moins c’est clair), l’ovni Near Death expérience de Delépine et Kervern, le complètement taré Moebius de Kim Ki Duk (qui après m’avoir fait pleurer devant la beauté de Printemps, été… pète sacrément les plombs : une mère émascule son fils et avale son sexe ?! WTF !)) ou le trip sous acide version South Park qu’est Asphalt Watches.

Impossible ainsi de tous leur rendre hommage mais jetez tout de même un œil sur The Search for Weng Weng (le James Bond philippin qui mesure 80 centimètres !), Electric Boogaloo (sur la société mythique Cannon) ou le documentaire Autolumiescent (sur Rowland S. Howard : zikos et acteur dans Les Ailes du désir)… Nous sommes d’accord, tout donne envie et tout mérite d’être vu au moins une fois.

J’ai pas fini !

Parce que « quen yen a plu yen a encor », l’une des sections les plus réussies est sans nul doute Les Pépites de l’Étrange. Regard dans le rétro, c’est avec un vrai battement au cœur que nous avons pu (re)visionner, en salle, et avec le même plaisir qu’à l’époque de nos VHS (sans les rayures) le burné Dolémite de 1975, Vidéodrome de David Cronenberg ou Blastfighter l’exécuteur (putain mais quel titre !). En parallèle à cette fontaine de jouvence, les cartes blanches aux trois cinéastes cités plus haut ont définitivement enfoncé le clou avec des projections aussi hétéroclites que le documenteur Mondo Cane, l’avant-gardiste Les Tueurs à la lune de miel, Babe 2 (si si !) ou le chef d’œuvre French Connection. Une ligne éditoriale tout azimut n’ayant pour seul point commun que de faire redécouvrir certains vestiges oubliés qu’ils soient muets, cultes, de format court ou jamais projeté.

Au-delà du très attendu Retour de Flamme de Serge Bloomberg et son illustration au piano des premiers films surréalistes, restaurés et (re)dévoilés, c’est le segment 20 ans 20 films (sorte de best of des projos de ces deux dernières décennies), qui place la barre très haut pour notre équipe. Revoir en version restauré au cinéma Le Maitre des illusions de Clive Barker (dernière réalisation du maitre et plongée hypnotique et dense dans un Styx surnaturel et trompeur), le chef d’œuvre Moon de Duncan Jones, le glacial Seul contre tous ou l’insupportable Tetsuo de Tsukamoto, nul doute que vous connaissez déjà tous ces métrages. Et pourtant rien n’y fait, c’est toujours le même plaisir. Cerise sur le gâteau (on est pourtant déjà rassasié) les expositions Common People, fable désenchantée et exploration de l’absurde par six artistes européens déjantés ou Fumetti Neri, BD féroce voguant à contre-courant achèvent un spectateur à bout de force. Visibles dans le neuvième et douzième arrondissement, en partenariat avec L’Étrange Festival, elles vous offriront un bol d’air frais salvateur pour vos matinées.

La caravane de l’étrange est passé

Plus d’une trentaine d’invités (Jodorowsky, Sono Sion, Catriona Maccoll : actrice chez Fulci, Gaspard Noé, Murray Head etc.), deux compétitions officielles, des dizaines de films et courts-métrages, des expositions, n’en jetez plus, l’Étrange Festival a tout donné. Que ce soit pour revoir les pellicules cultes et barges de votre enfance ou découvrir les traumas de demain, une chose est sûre, L’Étrange festival à réussit son pari. Entremêler les ménagères et les addicts de Nanarland, les lecteurs des Cahiers avec les bloggeurs de tous horizons et hurler son amour pour le genre, sans dédain ni fausse modestie.

Invitant de prestigieux acteurs de nos affects culturels et continuant à nous surprendre années après années, si c’est cela la seule et unique raison d’être de L’Étrange Festival, qu’il en soit unanimement salué.

Un merci aucunement emprunté à Xavier Fayet et toute l’équipe de l’Étrange Festival et du Forum des images, tous disponibles, réactifs et passionnés. A l’année prochaine 

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