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Rampage 2

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Deux ans après avoir abattu froidement plus de cent personnes dans une petite ville et avoir disparu des écrans radar, Bill Williamson poste une vidéo sur internet et annonce son retour. Décidé à purger la société de ses maux, il prend en otage une chaîne de télévision pour y diffuser ses exploits et ses messages vaseux

 « On citera également sans retenue (et avec une vraie tendresse) le nouveau et toujours explosif Rampage Capital Punishment d’Uwe Boll ». C’est par ces mots au centième degré que nous évoquions le nouveau méfait du père Uwe lors de notre compte rendu de l’Étrange Festival il y a quelques jours. 100 % bas du front, bourrin et à l’idéologie réactionnaire indigeste faisant passer la NRA pour des activistes du « manger bio », le metteur en scène des chefs d’œuvre House of the dead, Far Cry warrior ou Final Storm (bon, ne soyons pas mauvaise langue : Postal était vraiment fun) est de retour. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’est pas content…

Gros bourrin versus Gros facho

 Avant toute considération cinématographique, il est primordial, en tout premier lieu, d’évoquer la véritable gêne ressentie à la vision de l’idéologie vomitive scandée tout au long du film. Sans en croire ses oreilles, on se demande en effet durant tout le métrage si nous devons prendre ce ramassis de conneries comme argent comptant. Impossible par la même de se dire que ce propos naviguant entre la dénonciation consommatrice d’un Fight club (un peu plus subtil donc fondateur d’un vrai écho) et les raccourcis d’un Michael Moore est à recevoir au second, voir au troisième degré. En somme : il faut buter tous les riches (pas les menteurs ni les corrompus hein, les riches), tout le monde manipule tout le monde, la vie c’est de la merde, elle n’a aucune valeur et autant filer des flingues à une gamine pour qu’elle shoote ses parents. Sans aucune prise de recul ni tempérance ou hauteur, Uwe (qui s’offre d’ailleurs l’inoubliable rôle transparent du mec qui dit : « ouai, il a raison !») persiste et signe nous permettant ainsi de jouir plusieurs fois de la même scène de monologue! Du Grand Art…

Sans pour autant nier les réels dysfonctionnements politiques, bancaires ou sociétales qui pullulent de l’orient à l’occident (l’hypnose de la téléréalité, les guerres prétextes, les détournements de fonds, NRJ 12 etc.), impossible de trouver grâce à ce discours mille fois entendu et où la réponse offerte est tout simplement … merdique. Loin du « Vigilant Movie » à la Inspecteur Harry, Death Sentence ou le I Spit on your grave de 1978 (des séries B burnées, polémiques mais mère de dénonciations salutaires) : plongée dans la psyché malade d’un réalisateur qui n’a plus rien à dire.

Bowling for Elephant

Suite directe du film Rampage, Sniper en liberté sorti en 2009 où un frustré désœuvré règle ses comtes en pleine rue avec ses flingues et son armure de samouraï, difficile de prime abord de voir dans Rampage 2 autre chose qu’un énième traumatisme des tueries à répétition qui endeuillent régulièrement l’Oncle Sam (libéralisation des armes, loi du talion, 5 siècles de recul, individualisme). Pas de scénario ici, notre « héros » sort donc de sa cachette après 3 ans et compte bien faire entendre sa colère à coup de shotguns. On suit donc avec les yeux recroquevillés en mode « What the fuck ?! » un ovni indéfendable. Bien entendu, on ne taxera pas le réalisateur de partager la « solution finale » de son héros (quoi que sa propension à répéter les même discours nous permette d’en douter) et on imagine aisément que le but de sa démarche est justement de dénoncer la vente d’armes et les manipulations politiques. Le problème est que là où Gus Van Sant (dans un film imparfait) tâchait d’élever le débat par un malaise artistique, un décalage évident et une ambiance brumeuse, Uwe Boll lui ne parvient jamais à surclasser son volonté première ni à magnifier son propos. Il singe alors la mise en scène caméra à l’épaule d’un The Shield (abusant d’insupportables décadrages en plan fixe), utilise des acteurs qui ne croient pas une seconde à ce qu’ils font (regarder bien, vous en verrez rire !) et ne réussit à aucun moment à faire oublier son absence de moyens (les explosions sont ultra cheap).

BIS REPETITA : L’American Dream à coups de tatanes

Alors que le choc de ces assassinats gratuits mérite sans nul doute une soutenue réflexion (surtout aux vues de ses répétitions depuis 10 ans), le metteur en scène allemand réussit le pari de se rendre détestable par l’absence de mise en abyme. La partition de Brendan Fletcher (Freddy contre Jason, Tideland) ne faisant que le minimum syndical, impossible d’adhérer en quoi que ce soit à ce discours nauséabond et qu’on ne peut accepter comme justement dénonciateur. Aucune morale d’autodéfense ou de légitimité judiciaire, œuvre méprisable vaguement polémique et plus que tendancieuse, navré M Boll, ce n’est ni de la bienséance ni de la critique premier degré : Rampage 2 est tout simplement raté. Un film à l’image du méprisable Terreur Sainte de Frank Miller pour une Amérique qui souffre donc toujours de son manque d’histoire et cicatrise encore de son manque de justice.

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