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Phantom of the paradise

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Winslow Leach, compositeur de talent, se fait aborder par la célèbre maison de production Death Records, afin que sa musique soit celle de l’ouverture du Paradise, la salle de concert colossale que Swan, le mystérieux directeur de Death Records, vient de faire construire. Winslow pense être le seul à pouvoir chanter la cantate de 300 pages qu’il a écrite. Mais Swan est convaincu du manque de charisme de celui-ci et décide de voler les partitions qui l’intéressent et d’organiser un énorme casting pour trouver des chanteuses pour les chœurs. Winslow décide de profiter de ce casting pour se confronter à Swan. Il y rencontrera une jeune candidate nommée Phœnix dont la voix le fera immédiatement tomber sous son charme mais n’arrivera pas à revendiquer la paternité de sa musique. Il se fait emprisonner suite à un complot du diabolique producteur et, rongé par la rancœur, décide de s’évader et d’organiser un attentat contre Death Records. Malheureusement, celui-ci tourne mal et Winslow Leach se trouve défiguré. Cachant son visage affreux sous un masque, il retourne au Paradise afin d’y fomenter sa vengeance.

Le fantôme de l’opéra                                                                               

Traumatisé par son expérience sur Get to know your rabbit, viré par la Warner, De Palma se penche sur un nouveau projet au début des années 70 et achète à Edward R. Pressman les droits de ce qui deviendra Phantom of the paradise. Diplômé de philosophie et producteur de quelques films obscurs comme La Balade sauvage, Conan, Wall street ou Bad lieutenant(!), ce dernier semble avoir du flair pour lancer les carrières (Malick, Stone ou Bigelow). Soutenu par la plume de Louisa Rose (Sisters) et fort d’un Paul Williams finalement compositeur et acteur principal du film, De Palma est prêt à faire éclater avec pertes et fracas les certitudes cinématographiques du monde !

Kitch, grand-guignolesque et souffrant de nombreux niveaux de lecture, Phantom of the paradise est avant tout une plongée psychédélique unique mixant avec brio Le Fantôme de l’Opéra de Leroux et le mythe de Faust. Swan, un magnat sans scrupule et pourriture Es-Buziness vole donc une cantate rock à un obscur musicien. Emprisonné, défiguré et désormais affublé d’un masque singulier, ce dernier veut sa vengeance et le cœur de sa promise.

Aussi simple que belle, cette histoire ultra-stylisée (décorum, personnages…) vogue donc sur des thématiques aussi banales qu’ici formidablement exploitées. Des multiples clins d’œil pastiches (Lennon, Dorian Gray ou Narcisse) à la partition (facile) de Swan (la vraie star du film): le métrage, 40 ans après, n’a rien perdu de sa fraicheur dévergondée ou de sa folie complice. Complice en effet puisque tout le monde a déjà compris que cette tagline sur l’affiche «He sold his soul for rock’n’roll» est une mise en abime peu subtile aux propres démons du réalisateur (a-t-il vendu son âme au diable-studio ?). Méthodique, moderne, divertissant et manipulateur, Phantom of the paradise n’a donc aujourd’hui rien perdu de son propos malsain et lubrique. Proposant au spectateur (et aux producteurs) son récit à coup de fléau d’armes dans la tronche, De Palma donne à son film une teinte de dualité binaire efficace. Ses démons contre son contrat avec les studios, la voix face au visage, la manigance contre la naïveté… Le tout se voulant magnifié dans une forme elle aussi pluridisciplinaire comme avec ses célèbres split-screens ou un clavier guilleret donnant le la à une sombre envolée lyrique. Mélancolique et pessimiste, la fascinante vision de De Palma vulgarise la mythologie précité, nous ouvre les portes de son cabinet de curiosités et, avec le même aplomb, dévoile ses obsessions comme un secret connu de tous.

La porte du paradis : Fond VS Forme / Acteur VS BO / De Palma vs Studios

A l’instar du film difficilement catégorisable (est-ce une comédie horrifique, une farce gothique ou un opéra rock ?), les deux protagonistes principaux : Swan et ce score entêtant font valser les conventions et réinventent une dramaturgie glam avant-gardiste. Outranciers, déclinants mais souvent virtuoses : les deux mamelles du métrage vont de pair et forment la véritable colonne vertébrale du récit. L’interprétation ironique et mordante soutient une bande originale décomplexée et ambitieuse, les sonorités contrastent avec des hommages en pagaille de Paul Williams (De Palma), l’Entertainment façon Rocky Horror cite avec révérence Hitchcock… Satire onirique parfois sacrément émouvante (le drame de l’amour trahi demeure un écho universel) et saupoudré de fulgurances visuelles et musicales du début à la fin, Phantom of the paradise demeure donc en l’état un voyage toujours aussi enivrant près d’un demi-siècle plus tard. Jessica Harper (le Suspiria d’Argento) et sa funeste ambition, William Finley en ange exterminateur psychotique (on pense souvent au magnifique Bloody bird de Soavi sorti en 1987) et forcément Paul Williams sont donc les incarnations vibrantes de toute la dualité inhérente au cinéma de De Palma. Compositeur et interprète autant qu’acteur obsédé de ces notes de musiques destructrices, le comédien (décédé le 14 avril 2012 à New York) rythmera tout le film, du rockabilly Goodbye Eddie, goodbye au thème principal du Phantom, Beauty and the beast.

Obsessions au bal du diable ou pulsions pour une femme fatale ?

Somme des obsessions passées ou futures d’un metteur en scène surdoué (les écrans, la dualité, le masque social…), drôle, simpliste, toujours émouvant et d’une maitrise formelle incontestable: Phantom of the Paradise a certes pris un petit coup de vieux mais il serait criminel de ne pas se replonger d’urgence dans ce monument baroque. Fantastique (dans tous les sens du terme) genèse de la monstruosité et des excès inhérents à la manipulation et aux faux semblants : une œuvre riche, entêtante et aux visionnages quasi-illimités.

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