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Paris International Fantastic Film Festival 2014 (du 18 au 23 novembre)

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La Guerre des mondes

Un peu plus de deux mois après la partition de son cousin L’Étrange Festival, c’est donc au tour du PIFFF, pour sa quatrième édition, de déverser son amour pour le genre et nous faire miroiter les pépites fantasticophiles glanées aux quatre coins du globe. Alliance d’exigence populaire, de décloisonnement des strates de la bienséance cinéphile ou à l’image d’errements parmi les pellicules les plus intéressantes (et/ou assumées) du moment, le rendez-vous des bisseux nous a offert, cette fois encore, de sacrés moments de bravoure. Voyage au pays des monstres ou de l’imaginaire décomplexé, le PIFFF c’est également des compétitions. Longs métrages (sélection en et hors compétition), courts-métrages français et internationaux, une Nuit Invasion Extraterrestre, des séances cultes, des prix spéciaux Ciné + Frisson, des intervenants (la Mad Team, Rob : compositeur de Maniac, Antoine Blossier réalisateur de l’excellent La Traque)… N’en jetez plus ! A boire et à manger 6 jours durant, c’est le programme hyper dense que proposait le Gaumont Opéra cette semaine.

Les hostilités commencent le mardi 18 novembre. Après une brève présentation des partenaires et d’un court métrage français d’animation en mode South Park, C’est la bave aux lèvres que l’on découvre le nouveau rejeton maudit du complètement barré Takashi Miike. Réalisateur de Dead or alive, Audition, Ichi the killer, Visitor Q ou Hara-kiri 3D (que des bombes pour ces derniers), le metteur en scène, en un peu plus de 20 ans, approche la centaine de longs métrages ! Stakhanoviste de la pelloche (inégal, tous ses films ne sont pas des pépites), Miike nous revient donc pour une avant-première française avec The Mole Song : Undercover Agent Reiji. Véritable manga pelliculé dans la forme, le réalisateur narre (enfin sur deux lignes) l’histoire basique d’un flic nigaud infiltré pour faire tomber des chefs de clans yakusas. Jouissif, délirant, onirique et outrancier, le film ne tient malheureusement pas la distance face à une première pellicule jubilatoire mais dont le soufflet retombe bien vite lors d’un second tiers franchement chiant. Dommage car la partition du comédien principal : Tôma Ikuta est poilante mais Miike donne tout dans la première heure avant de se regarder filmer. Un péché de gourmandise qu’on lui pardonne même si ce GTO like aurait gagné à perdre 30 minutes.

Seconde journée de plaisir, c’est cette fois l’occasion de revoir sur grand écran A Nightmare on Elm Street qui marqua les esprits. Inutile de parler du chef d’œuvre de 84 : un classique. En compétition se dévoilait ensuite Time lapse de Bradley King et son scénario original où une machine photo est capable de prendre des clichés du lendemain (ça éviterait les gueules de bois ingérables…). Érudit et lorgnant avec déférence du côte de Primer ou de Rod Serling, le film a visiblement intéressé plus qu’il n’était attendu. Second long métrage en compétition : Housebound de Gérard Johnstone. Fable décalé au pays des moutons du père Jackson, le film abat à coup de masses d’armes une galerie de personnages franchement barges et un univers comico-glauque assez délectable. La séduisante Morgana O’Reilly porte à bouts de bras ce Bienvenue au cottage néozélandais pour un film qui part dans tous les sens et réserve de très bons moments. Fini de déconner, la soirée s’achèvera avec Nightcrawler hors compétition. Un film de Dan Gilroy magnifié par celui qui est devenu l’un des tous meilleurs comédiens contemporains : Jake Gyllenhaal. Pas très loin de ses rôles dans Donnie Darko ou plus récemment Enemy, dans un film lorgnant souvent du côté du désormais culte Drive, l’acteur sera visible le 26 novembre prochain et risque de tout casser dans ce rôle glaçant de prédateur nocturne affamé et froid comme la mort.

Le jeudi c’est permis

Taf oblige, impossible pour l’auteur de ces lignes d’assister à toutes les projections. Inconcevable toutefois de pas vous parler de l’intriguant Bag boy lover boy et sa sombre histoire d’initiation traumatique à la photographie de charme à coups de marteau dans la gueule. Extrême, sexy, repoussant, dérangeant et n’évitant aucuns sévices, le premier long d’Andres Torres est surtout l’occasion de découvrir le surdoué Jon Watcher. Entre Ferrara, Clark et Morissey, le jeune acteur bénéficie d’un film inspiré et subversif pour laisser éclater la rage de son talent. Un bon premier film donc pour un genre pourtant usé jusqu’à la moelle. A l’instar de l’excellent et hilarant docu Not Quite Hollywood, c’est du côté de l’Ozploitation qu’il fallait s’abandonner après le brunch. Wake in fright demeure encore aujourd’hui une œuvre inclassable, burnée et moite à l’image de son réalisateur Ted Kotcheff. Oui oui le papa de Rambo ! En copie restaurée, les Séances Cultes sont définitivement un régal ! La journée se finira avec The Duke of Burgundy (non, rien à voir avec Ted). On pense parfois au travail de Cattet et Forzani (L’Étrange couleur des larmes de ton corps) au regard des travaux de l’inclassable Peter Strickland. Se définissant comme l’un des meilleurs quand on parle de poser une atmosphère (cf. Katalin Varga), on regrette de ne pas avoir pu assister à la danse macabre de ces deux prédatrices tour à tour insectes de proie et d’après nos confrères hypnotisante. Sortez les oriflammes de la culture bis, Why horror ? est là pour brosser un public tout d’abord séduit mais vite refroidit et dubitatif… Nouveau docu sur les séries B, le genre et basé sur la naissance de la passion (Suck my geek…), le travail de Kleiman et Lindsay est sans nul doute intéressant et louable mais sans pédantisme aucun, quand on a été élevé comme le public du PIFFF à la VHS fantastique, Mad Movies ou Gérardmer, on peine à imaginer des révélations chocs malgré une foule d’intervenants passionnants. Il demeure le mérite d’exister pour une culture qui aujourd’hui n’est plus, mais alors plus du tout alternative… Émissions, chaines de télé, sorties salles qui pullulent ou réalisateurs au panthéon (Raimi, Jackson, Wright…), tout le monde aujourd’hui aime les jeux (vidéo ou de rôles), la japanimation, le cinéma d’horreur et porte des t-shirts de Romero… Dommage quand on a grandi avec Les livres dont vous êtes le héros mais là est un autre débat, entre une reconnaissance enfin établie et cette boite de Pandore secrète que l’on souhaitait garder sienne… Dernière pépite de la soirée : la présentation inédite du nouveau rejeton de la team Gilles Penso / Alexandre Poncet qui après le très enrichissant Ray Harryhausen, Le Titan des effets spéciaux reviennent avec Le Complexe de Frankenstein. 11 minutes de passion et d’érudition pour, une fois le documentaire dans les bacs, une bonne soirée entre potes cinéphiles.

Festival de Cannes, deuxième jo…. Euh, PIFFF, quatrième jour

Pour ce vendredi 21 novembre, c’est Fabrice Du Welz (réalisateur de l’excellent Calvaire et du non moins troublant Vinyan) qui ouvre les hostilités. Relecture libre du célèbre fait divers de la fin des 50’s surnommé « Les Tueurs à la lune de miel », Alleluia fait-il mieux que l’unique réalisation de Leonard Kastle The Honeymoon killers sorti en 70 ? Déjà culte depuis pas mal d’années, un pari risqué que cette réadaptation du trip des amants criminels qu’il vous faudra découvrir par vous-même.

L’auteur de ces lignes travaillant pour le distributeur (CARLOTTA FILMS), tâchons d’éviter tout conflit d’intérêt et de respecter l’intégrité de Frenetic Arts. S’en suivit Le chef d’œuvre ultime de Mamoru Oshii : Avalon. Une vraie chance pour ceux qui n’avaient pas eu l’occasion de le découvrir en salles en 2001. Époustouflant, beau à en chialer, complexe, dénonciateur, le film est toujours aussi enivrant. De sa bande son qui vous pénètre pour ne plus jamais (mais jamais !) vous quitter à ce fantasme pelliculé sur fond de triturages de méninges cyber-technologiques, on s’abandonne ici un pur moment de grâce, du cinéma de très, très haut niveau. Nouveau film en compétition : Shrew’s Nest. Attention ici, on joue avec les pontes. Un casting prestigieux (on retrouve pas mal de visages du récent Sorcières de Zuggaramurdi), une photographie soignée comme savent le faire les surdoués ibériques, sobres et esthètes (Les Autres, L’Orphelinat, Darkness, Abandonnée…) ou un climax éprouvant. Un premier film à quatre mains où plane l’ombre de la folie douce du cinéma de Polanski, du génial Misery, de l’ambivalent Stoker et l’hystérie d’Alex De la Iglésia. Une réussite. Fin de soirée en compagnie du mélo et foutraque R100 pour La Séance interdite ou quand un salary man s’engage dans un club SM spécialisé dans la théâtralisation et les scénarios extrêmes. Bref, Candy. Avant dernière journée samedi avec la compétition internationale des courts-métrages français et internationaux (une quinzaine qu’on vous laisse le plaisir de découvrir), et deux longs en compétition. Starry eyes tout d’abord, mis en scènes par deux réals désabusés et pessimistes, condamnant le système de production hollywoodien et particulièrement cyniques. Si vous adorez Fight club ou Requiem for a dream, penchez vous sur l’œuvre de Kolsch et Widmyer, toutes proportions gardées of course. Spring lui recevra l’Oeil d’or longs-métrages du public en présence des réalisateurs, récompensés pour leur vison tragi-romantique à la lisière des excès Cronenbergien et de ses obsessions de chair. Best of the best La Nuit Invasion Extraterrestre! Invasion Los Angeles de Big John, L’invasion des profanateurs de Kaufman, Le Blob ou le culte Killer Klowns from outer space ! Du très bon pour un public forcément conquis d’avance.

This is the end

Last but not least, le dimanche achèvera un public dont les yeux saignent déjà depuis plusieurs jours. 10 ans après le très réussi Undead les frères Spierig reviennent avec le tordu et ambitieux Prédestination (quel titre…) porté par un Ethan Hawke qui lutte pour ne pas devenir has-been. On enchainera ensuite avec L’Homme qui voulait savoir et un Bernard – Pierre Donnadieu en état de grâce pour la Séance Culte avant une clôture de festival en apothéose pour le dieu de toute l’assemblée (l’auteur compris) : le bien nommé Kevin Smith ! Clerks, Dogma, Red state… On ne présente plus le légendaire Silent Bob qui dans son nouveau méfait Tusk, nous fait perdre nos repères dans une lumière chaude et faussement bienfaitrice, l’occasion pour ce thriller inattendu et toujours un peu décalé de profiter de l’interprétation de l’excellent Justin Long et revoir en mode Big Mac l’ex-surdoué Haley Joel Osment. Des litres de coca engloutis, des esquarres plein le fessier, les yeux recroquevillés et un rythme de vie WTF, le PIFFF 2014 tombe le rideau.

On vous tire également notre révérence et espère vous avoir donné envie de découvrir ces dizaines de péloches !

Un salut aucunement emprunté à la team MIAM, Blanche, Nathalie, aux bénévoles bien sûr, aux équipes du Gaumont Opéra et plus généralement aux programmateurs qui cette année encore nous ont offert de belles tranches de septième art. Merci et rendez-vous en 2015 !

LE PALMARÈS     (SOURCE : http://www.pifff.fr/)

OEIL D’OR – LES PRIX DU PUBLIC

OEIL D’OR – Long-métrage

SPRING

Réalisé par Justin Benson et Aaron Moorhead (États-Unis / Italie, 2014)

Une jeune tête brûlée quitte les États-Unis et part s’installer en Italie où il y fait la rencontre d’une « créature » de rêve…

Les réalisateurs étaient présents pour recevoir leur prix. Le film n’a pas encore de distributeur en France.

OEIL D’OR – Court-métrage français

PUZZLE

Réalisé par Rémy Rondeau (France, 2014)

Un vieil homme se sent seul depuis la mort de sa femme. Pour tromper l’ennui, il se plonge dans la construction de puzzles. Un jour, sur le pas de sa porte, il trouve une boîte mystérieuse.

Le réalisateur était présent pour recevoir son prix.

OEIL D’OR – Court-métrage international

THE BOY WITH A CAMERA FOR A FACE

Réalisé par Spencer Brown (Grande-Bretagne, 2013)

Madame pousse, Monsieur lui tient la main, le nouveau-né se présente bien. Soudain le visage de la sage-femme se fige de stupeur : en guise de tête, l’enfant a un appareil photo !

LE PRIX DU JURY DU MEILLEUR COURT-MÉTRAGE FRANÇAIS

Le jury courts-métrages français, composé de Céline Tran (réalisatrice, comédienne et scénariste), Antoine Blossier (réalisateur et scénariste), Kook Ewo (créateur de génériques de films), Rob (compositeur) et Bastien Vivès (auteur et dessinateur) a décidé de décerner son prix cette année à :

PUZZLE

Réalisé par Rémy Rondeau (France, 2014)

Mention spéciale du jury courts-métrages :

SHADOW

Réalisé par Lorenzo Recio (France, 2014)

Taipei. Xiao Shou est un garçon timide qui exerce le métier de montreur d’ombres. Un jour, il croise la sublime Ann dont il tombe amoureux. Mais un terrible accident va plonger le jeune homme dans un monde de ténèbres.

LES PRIX DU JURY CINÉ+ FRISSON

Le jury Ciné+ Frisson, composé de Myriam Hacène (directrice de la chaîne) et Christophe Commères (directeur adjoint) a décerné les :

PRIX SPÉCIAL CINÉ+ FRISSON – Long-métrage

ALLELUIA

Réalisé par Fabrice Du Welz (France / Belgique, 2014)

Une mère de famille séparée s’amourache d’un gigolo détrousseur de dames. Et les deux amants de se lancer dans une odyssée passionnelle et homicide.

Distribué en France par Carlotta Films / Sortie en salles : 26 novembre 2014

La chaîne offre une campagne de promotion sur les antennes de Ciné+ (25 diffusions) à l’occasion de sa sortie en salles.

Romain Protat, scénariste du film, était présent pour recevoir le prix.

PRIX SPÉCIAL CINÉ+ FRISSON – Court-métrage

SHADOW

Réalisé par Lorenzo Recio (France, 2014) Achat par la chaîne pour diffusion sur ses antennes.

Le réalisateur était présent pour recevoir son prix.

SOIRÉE DE CLÔTURE

Pour clôturer le festival, les organisateurs proposaient la projection en avant-première du film TUSK de Kevin Smith, grand ayatollah de la geek culture et réalisateur farouchement indépendant.

Le film sortira directement en Blu-ray, DVD et Digital en France, en mars 2015 chez Sony Pictures Home Entertainement.

Cette année encore, la programmation des longs-métrages était assurée par Fausto Fasulo, également directeur artistique du festival et rédacteur en chef du magazine Mad Movies et Cyril Despontin, Délégué Général du PIFFF, déjà à l’initiative du festival Hallucinations Collectives à Lyon.

La sélection de la compétition courts-métrages français et courts-métrages internationaux était assurée respectivement par R-One Chaffiot et Benjamin Leroy.

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