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SEA FOG

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Genre : Drame
Réalisateur : Sung Bo Shim
Acteurs : Yun-seok Kim, Yu-chun, Han Ye-Ri
Durée : 1h45min
Éditeur/distributeur : The Jokers / Le Pacte
Date de sortie : 01/04/2015
Site officiel : http://www.thejokersfilms.com/film/sea-fog-les-clandestins

Synopsis : Capitaine d’un bateau de pêche menacé d’être vendu par son propriétaire, Kang décide de racheter lui-même le navire pour sauvegarder son poste et son équipage. Mais la pêche est insuffisante, et l’argent vient à manquer. En désespoir de cause, il accepte de transporter des clandestins venus de Chine. Lors d’une nuit de tempête, tout va basculer et la traversée se transformer en véritable cauchemar…

La boucle est bouclée

Kim Yoon-seok (The Chaser), Bong Joon-ho : réalisateur du chef d’œuvre Memories of Murder ou du non moins excellent The Host au poste de coscénariste, le directeur photo du complètement barré de Save the green planet !, n’en jetez plus, voici le casting 4 étoiles réuni par Sung Bo Shim pour son premier long métrage. Rendant la pareille au metteur en scène précité (lui aussi était coscénariste de Memories of murder), le réalisateur coréen parvient-il à tenir la dragée haute face aux mastodontes du genre, Old boy ou J’ai rencontré le diable en tête? Certes le film lorgne plus du côté du drame sociétal que vers le polar pur et dur mais force est de constater que sous les oripeaux d’une peinture désespérée (on en reparlera), Sea fog dissimule avec malice un puzzle thématique aux multiples facettes.

La traversée du Styx

Film d’ouverture lors du récent festival du film coréen de Paris, Sea Fog souffre difficilement l’exercice ardu de la simplification thématique. Véritable ovni conceptuel et formel, le film fait montre d’une inventivité folle pour un premier film. Sombre récit de marins fauchés se laissant aller à l’ultime tentative de survie (faire passer clandestinement des migrants pour de l’argent), on s’attendait à une évocation subtile de la dramaturgie humaine en matière de recherche d’identité ou d’un cynisme brulant déguisé sous le vernis friable de la solidarité. Sea fog est encore bien plus que ça. Véritable leçon d’écriture (on le rappelle, pour les cinéastes français chevronnés et qui sortent des purges autant de fois qu’ils vont pisser dans une journée : c’est un premier film !), ce dernier fait preuve, à chaque aspect de sa conception, d’un soin réfléchi et inattaquable. Chaque personnage est ainsi unique et jouissif, tour à tour dégueulasse, obsédé, émouvant, violent, drôle, flippant ou perdu. Mais le réalisateur n’en reste pas là. Son chalutier fait de lambeaux de bois et rafistolé de la coque à la salle des machines ne nous est jamais (ou quasi) montré par une photo identique ! Les trois quarts du métrage se passent sur le bateau et la mise en scène est tellement travaillée en amont qu’on ne voit pas deux fois le même plan ! Scotchant. On ajoute à cela quelques peintures inoubliables (les écharpes de lumière divine dans la calle, l’hommage au Radeau de la méduse de Géricault…) ou une perte de repère aussi intense que dans le Fog de Carpenter ou le chef d’œuvre The Myst de Darabont et l’on se doit de s’incliner face au talent de ce nouveau porte étendard coréen.

Dans la brume électrique au pays du matin calme

Mais le métrage tâche à l’évidence de ne pas gâcher ses bonnes intentions. Après avoir soigné sa forme, ce dernier fait le parti pris d’utiliser comme moteur principal la Loi de Murphy. Pour les profanes, en somme si quelque chose doit merder dans les évènements à venir, ça merdera… Clin d’œil jubilatoire à des petits classiques comme Fargo, After hours ou Un plan simple, Sea fog décide petit à petit de faire muter son métrage d’un drame somme toute classique vers un polar violent aussi décomplexé et frontal qu’hilarant et inattendu. C’est d’ailleurs en ce sens que réside tout la finesse du rejeton ! Surprenant, assumé et malin, le film lève l’ancre et se laisse voguer en lâchant la barre. La boucle est bouclée, lé cinéma reprend ses droits et l’on assiste devant nos yeux ébahis à une histoire qui vit désormais par elle-même. Les personnages vivent leurs désirs de leurs côtés, sans aucune retenue, et le bordel total peut finalement s’installer laissant la tristesse et les regrets s’embrouiller avec l’immoralité.

Valhalla Rising

On peut pourrait in fine pester légèrement sur ces 3 minutes de trop (pour ma part : les traces, noir, générique) ou… Et bien non en fait. C’est tout. Désolé pour les donneurs de leçon mais que ce soit dans sa mise en scène, son écriture de personnages, l’évolution du récit, le grand huit perpétuel entre rires et larmes ou un final aussi dantesque qu’inévitable (ce fut très frustrant de ne pas l’évoquer…), Sea Fog est tout simplement une petite bombe. Descente aux enfers onirique (je préfère ne rien dire et laisser aux lecteurs le panard que réserve la seconde partie), drame social, réflexion sur les non sens de notre humanité (la libre circulation ou le manque de reconnaissance par exemple), voyage scénaristique inattendu ou peinture souvent éblouissante, Sea Fog est l’un des gros coups de cœur de la rédaction pour ce début d’année. Nous pourrions continuer à vous en parler pendant pas mal de temps mais vous avez sûrement compris le message. Croix rouge, éteindre l’ordinateur et courez voir le film. Par avance, de rien.

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