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INTERVIEW D HIDEO NAKATA

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Master of Horror

Lors de cette 21ème édition de l’Étrange Festival, Hideo Nakata est venu présenter en première mondiale Ghost Theatre. Remake à demi avoué d’un de ses premiers films, Ghost Actress, dans lequel une poupée aux traits troublants semble semer la pagaille dans un théâtre en pleine répétition. L’occasion était trop belle pour ne pas tenter d’en savoir un peu plus sur ce nouvel opus. On vous propose donc une interview exceptionnelle avec le papa de Ring et Dark Water.

Avant de se pencher plus précisément sur votre parcours et Ghost Theatre que vous êtes venus présenter ici en première mondiale, pourriez vous nous dire un mot sur vos compatriotes également présents en compétition internationale?
Dans la compétition, je sais qu’il y a trois autres réalisateurs japonais : Sono Sion, Sabu et Takashii Miike qui sont très appréciés mondialement et forcément en France, à l’Étrange Festival. Je connaissais évidemment leur popularité en Europe et c’est vrai qu’ici particulièrement, il y a des films vraiment pointus. Je savais que ces films auraient leur public à Paris, une ville dont la cinéphilie n’est plus à prouver.

A ce propos, si je peux rebondir sur la propagation du cinéma japonais… J’ai l’impression qu’à contrario de votre génération qui, au-delà de rayonner dans le monde entier via la gastronomie, le manga, la j-pop ou le cinéma, se nourrissait essentiellement des rencontres et des cultures venues d’autres civilisation, la jeunesse japonaise actuelle, elle, semble se recroqueviller sur elle-même.
Écoutez, je ne veux pas parler pour les autres mais je pense que malheureusement, vous avez tout à fait raison.

Concernant cette flamboyance mondiale, vous semblez, vous, me faire mentir en entretenant des liens étroits avec les USA. Ring 1 et 2 deviennent Le Cercle aux États-Unis (vous réaliserez d’ailleurs le second), Dark Water est remaké en 2005 par Walter Salles… Pensez-vous que les américains ne peuvent pas apprécier une œuvre originale comme nous le faisons en Europe et doivent forcément passer par l’étape de l’adaptation avec leurs propres acteurs, costumiers, compositeurs?
(rires) En fait, autant le dire, je fais partie des réalisateurs qui ont eux-mêmes refait leurs propres films à la sauce américaine. Je me suis interrogé à ce sujet car c’est comme si je niais mon propre travail! Toutefois, pour la fabrication d’un film, on ne peut pas éluder la fatalité capitaliste. Je vis ça comme une sorte de destin. Si on veut gagner de l’argent dans le circuit américain mais qu’on passe un film japonais original doublé en anglais, il ne fera jamais un carton. Finalement, on achète les droits et on fait le remake à l’américaine. L’industrie cinématographique est comme ça, j’en fais partie.

Je viens de découvrir Ghost Theatre, remake d’un de de vos précédents films. J’aimerai savoir comment vous avez travaillé avec le scénariste Ryûta Miyake, auteur entre autres, de l’un des épisodes de Ju-on ? Est-ce lui qui vous a contacté pour essayer de surfer sur la vague des films horrifiques ayant consolidé vos heures de gloire dans le genre ou est-ce le fruit d’une rencontre fortuite?
Pour le coup, je dirais non à votre remarque. Je n’ai pas du tout pensé à mes films précédents ou à son expérience sur l’un des épisodes de la série Ju-On. Il y a 20 ans que j’ai réalisé le premier film. Il se déroule durant un tournage de cinéma et il s’y passe des choses terribles. Par exemple, l’actrice principale meurt d’un accident et à la fin du film, on croit presque que le metteur en scène est tué, hanté par un fantôme. Dans Ghost Theatre, la différence est que cela se passe dans un théâtre et que le danger vient d’une poupée. Certains y voient un parallèle avec le premier film mais ce n’était pas mon intention. Le producteur a voulu faire le lien entre les deux en insistant sur les coulisses du show-business mais c’est très différent.
Enfin et pour revenir à mon scénariste, vous avez indiqué son travail sur l’un des épisodes des films Ju-on. Vu que c’est quasiment une série au japon, aux États-Unis, en direct-to-vidéo, pour moi, ça n’a aucune importance. Toutefois c’est quelqu’un qui maîtrise vraiment le monde du cinéma d’horreur japonais et je voulais faire quelque chose de différent avec lui.

Justement, je voulais vous poser la question quant au traitement que vous vouliez incorporer au film et l’originalité pour y parvenir face à vos précédentes collaborations avec Koji Suzuki. Par ailleurs, il semble que vous ayez des comptes à régler avec le milieu! Quand on étudie les personnages têtes à claques de l’actrice principale capricieuse ou du metteur en scène cliché profitant de son statut, on se demande si vous ne vouliez pas signifier certains clins d’œils que je qualifierai… d’épicés!
(rires) Bon c’est vrai qu’on croise certains personnages dans le milieu qui ressemblent vraiment à ça. Je ne connais pas bien le milieu des metteurs en scène de théâtre mais en tout cas il y a peut-être de l’abus de pouvoir chez les producteurs de télévisions ou de cinéma qui choisissent leurs petites amies parmi les actrices… Pour ma part, non ce n’était pas du tout une manière de régler mes comptes.

Je sors à peine de la projection donc je n’ai pas encore beaucoup de recul mais j’ai cru déceler dans Ghost Theatre quelques inspirations notables. Edgar Allan Poe par exemple et la difficulté de personnalisation d’une présence qui nous entoure, le Giallo avec ses couleurs rouges tranchantes et la teinte blafarde de l’automate, ou les écrits du mangaka Junji Ito. Le film Bloody Bird de Michele Soavi, s’il n’est pas une influence directe, devrait d’ailleurs vous combler!
Je ne connais pas Bloody Bird mais pour faire ce film j’ai beaucoup pensé à Dario Argento. Je me souviens, étant petit, avoir été terrifié devant Suspiria, J’étais fasciné par l’héroïne d’une vingtaine d’années (ndlr: Jessica Harper) qui dégageait un érotisme incroyable. Cette jeune fille était à la fois un pur symbole de désir et d’effroi. Dans mon film, j’ai essayé de me rapprocher de cet univers car Argento m’a beaucoup influencé. Je suis un grand admirateur d’Inferno et de Suspiria et nous en avons beaucoup discuté avec mon équipe technique, mon chef opérateur… J’ai beaucoup insisté sur ce point et je leur ai demandé d’étudier ces films.

Pourriez-vous nous parler de vos futurs projets?
Il y a un film que j’ai terminé cette année et qui sortira l’année prochaine mais dont je ne peux pas parler. En tout cas vous serez surpris, ce n’est pas du tout un film d’horreur et cela permettra de démontrer à l’étranger que je suis capable de réussir dans un domaine différent que le genre horrifique. Pour mes futurs autres projets, il y a deux/trois films en attente de confirmation.

Merci à Hideo Nakata et sa traductrice pour leur sourire et leur disponibilité.

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