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L ‘Etrange Festival 2015

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21 ans… 21 ans que l’Étrange Festival pose ses valises 10 jours durant pour nous retourner le cerveau avec ses pépites barges et insondables. L’âge de la majorité? Que dalle! Si l’on ne coupera pas, à l’instar de nos cousins ricains, à la gueule de bois devant l’excès de pellicules contaminées, on peut au moins vous donner une vague idée de cette édition toujours aussi perturbée.

Du 3 au 13 septembre, rendez-vous donc au Forum Des Images (quel idée de situer un endroit aussi intéressant dans un centre commercial et l’enfer labyrinthiques des métros Châtelet / Les Halles…) pour un vingt et unième volet toujours plus fou et intriguant. Excitant et souvent inédit, on trouve une fois encore à boire et à manger durant le festival. Une compétition internationale de plus de 20 films avec par exemple Ghost Theatre d’Hideo Nakata, le jouissif Yakusa Apocalypse de Miike ou NH10 de Navdeep Singh, trois cartes blanches aux invités Benoit Delepine, Guy Maddin et Ben Weathley, les Prix du public (courts et longs métrages), le best of de 20 ans de courts, des documentaires, les séances « Retour de flamme » de Serge Bromberg et Eric Lange… N’en jetez plus, on frôle l’overdose mais on en redemande! Et encore, impossible de ne pas citer les deux concerts événements du collectif «le plus important de la pop du 20ème siècle» dixit Matt Groening, alias The Residents, les Pépites de l’Étrange ou les deux expos: « La Caverne de la spirale » au Cabinet des curieux (Paris IX) et celle de Frédéric Voisin chez Arts factory que nous avons adoré. Notamment les monstrueuses Tours de Babel et Memento Mori, on vous laisse vérifier par vous même. Bref, du cinoche incendiaire, des pellicules du monde entier, force est de constater que la team a cette fois encore proposé un vrai marathon à tous les fantastico-décalo-cinglo-cinéphiles. Morceaux choisis.

La compet’

Dès les premiers jours et malgré quelques fails agaçant (salle comble), nous avons toutefois pu mettre la main sur quelques films de la compétition internationale. Yakuza Apocalypse tout d’abord. Le bien nommé méfait du toujours aussi taré Takashi Miike (Audition, Hara-kiri 3D) nous gratifie ici d’une comédie horrifique sacrément jouissive. Vu à Cannes cet été, la pellicule aux mille visages est présentée par le réalisateur comme son ultime œuvre violente. Damned. Vampires, Yakusas, contamination, mafia, combats dantesques et une surprise finale ENORME ne sont donc que quelques atouts de la nouvelle pépite du metteur en scène nippon, ce malgré un manque flagrant de rythme. Punk, excessif, hilarant et bien gore, on ne peut que vous conseiller de vous ruer dessus lors de sa sortie en salles.

Beaucoup moins fun, La Peau de Bax, distribué par nos amis de Potemkine est une comédie décalée dans laquelle Schneider, tueur à gages, reçoit l’ordre d’exécuter un écrivain. Drôle, second degré et farfelu, le film d’Alex Van Warmerdam lorgne beaucoup du côté d’Un Plan simple ou de Fargo. Sans atteindre les sommets des précités, La Peau de Bax se laisse suivre avec un petit sourire au coin des lèvres. Absurde mais vite oublié. Quelques jours plus tard on a souhaité jeter un œil à Klovn Forever (prononcer: fort et veure). Mis en scène par le réal des adaptations des Enquêtes du département V: Miséricorde et Profanation, le film est ici présenté en première mondiale. Oui monsieur! Faisant suite aux six saisons de la série comique et d’un premier film éponyme, Klovn Forever décrit en mode road trip le quotidien délirant de deux artistes, dont l’un deux décide de tout plaquer pour conquérir l’Amérique. Rien que ça. Le problème est qu’à force d’enchaîner, on a plus les yeux en place des trous. VOSTA… Honnêtement, même si nos niveaux d’anglais sont tout à fait corrects, on a passé le premier quart d’heure à réfléchir à la phrase d’avant en passant à côté de ce qu’il se passe sur la toile. Le danois sous titrés anglais d’une comédie de 2015, avouons qu’on a baissé les bras. D’ailleurs, notons qu’une bonne vingtaine de métrage sont en vosta. En compétition officielle: The Corpse of Anna Fritz, Gangnam Blues de Yoo Han, NH 10, Ludo, Baskin… C’est le prix à payer si vous voulez assister à des premières françaises, européennes voir mondiales. Remarquons toutefois que les salles n’étaient pas combles quelques soient les sections: Another ou L’Incident dans la section Nouveaux Talents, Ruined Heart et Love and peace de Sono Sino pour Mondovision ou forcément certains des focus turcs de Turskish Delires (Seytan, Tarkan contre les vikings…).

On a malgré tout fait quelques exceptions dont Ghost Theatre d’Hideo Nakata, l’invité mythique de cette édition et qui nous a fait l’honneur d’une interview (à retrouver ICI). Remake de son inédit Ghost Actress, le film n’ a malheureusement rien de réjouissant. Récit quelconque d’une poupée possédée qui se venge d’un puppet master maladroit, le film plagie un peu le Argento des débuts, situant son action dans la mise en abyme facile du crime lors des répétitions d’une pièce de théâtre. Le créateur et ses poupées, le metteur en scène et ses acteurs… Rien de bien neuf. Hormis quelques jolies maquillages et plans en fin de métrage, on ne frissonne jamais. Rien à voir donc avec l’effroi de Ring ou Dark Water.

Parmi la compétition, on retiendra enfin trois derniers métrages.
Tag, de Sono Sion (Suicide Club) tout d’abord. Entre poésie, fuite en avant et gore ponctuel, le metteur en scène nous gratifie d’un Z attachant et inspiré. Bourré d’idées de réalisation et habité par la musique de Mono, le film demande de l’énergie pour suivre chaque segment et les raccorder dans une même trame cohérente. Ne s’encombrant pas d’artificielles élongations scénaristiques, Sono Sion enchaîne joyeusement les scènes comme autant de prétextes à de nouvelles explorations et expérimentations vidéoludiques. Le tout reste ainsi sympathique malgré des acteurs ayant appris leurs répliques peu de temps avant leur scène…

The Corpse of Anna Fritz de Hèctor Hernández Vicens ensuite. Huis clos prometteur se diluant rapidement dans un script verbeux malgré une réal froide et une rigueur dans les cadrages bienvenue: l’histoire aurait mérité un peu plus de folie furieuse, de rage vengeresse ou d’une descente aux enfers plus marquée. Elle reste finalement trop sage et hésitante, son postérieur entre trois chaises malgré quelques moments très forts.
On achève notre tour d’horizon de la compétition officielle avec Brand New-U de Simon Pummell. Premier long métrage du britannique, ce thriller schizophrénique nous plonge dans un Londres futuriste et un scénario brouillant les pistes entre doubles maléfiques, sosies incompréhensibles, méga corporation et ambiance froide à la Oblivion. Ultra poseur et prétentieux, le film est d’un ennui intersidéral. Sans intérêt, mal écrit, une grosse déception pour un film d’ouverture.

Nouveaux talents, cartes blanches et autres pépites…

Niveau docu, section sacrément plus sexy, on cite bien évidemment The Death and Resurrection Show qui dresse le portrait sur les trois décennies d’influence de Killing Joke et les deux monuments dont les noms se suffisent à eux même: Dark Star: l’univers de H.R Giger et Jodorowsky’s Dune.

Pour les Nouveaux Talents, vos émissaires n’oublieront pas le sublime Extraordinary Tales de Raul Garcia. Film fantastique adapté de cinq nouvelles légendaires d’Edgar Allan Poe et misant sur des univers visuels différents pour chaque segments, le métrage est inattaquable en terme de soin et d’écriture. La Chute de la maison Usher magnifié, les univers de carton-pâte se disputant aux jeux d’ombres et lumière de Christian Volckamn dans Renaissance, chaque partie vous abandonne dans un univers unique. Macabre et ensorcelant, porté par des narrateurs aussi prestigieux que Guillermo Del Toro, Roger Corman ou feu Christopher Lee, impossible de rater ce bijou d’animation. Croyez-nous, passer de Klimt au comic-book d’après-guerre dans un même film, ça n’a pas de prix.

Mondovision nous aura elle permit de découvrir le sympathique The Invitation. Réalisé par Karyn Kusama, le film suit les retrouvailles de Will (le sosie de Tom Hardy) et de son ex-femme, lors d’un dîner organisé avec tous leurs amis communs. On sent bien vite que ça va partir en couille et la réalisatrice de Jennifer ‘s body ne nous fait pas mentir. Réussissant à entretenir son suspense avec quelques surprises et faux semblants tout le long du métrage, le film est un bon petit huis clos à ranger à côté de The Strangers (qui reste un modèle du genre) mais qui enterre les bouses comme American Nightmare. Simple, carré, écrit et bien interprété, The Invitation fait le job.

Des Cartes Blanches, impossible de ne pas citer le bonheur de jouir en salles de Bring me the head of Alfredo Garcia de Sam Peckinpah. Pour changer sa vie, un patron de bar mexicain accepte une mission de la pègre américano-mexicaine. Ce road movie romantique, badass et meurtrier amène son héros jusque dans la plus reculée des cambrousses où se dénouera une tragédie sanglante et implacable. Habité par des personnages possédés par la vengeance, la soif de justice ou un formidable instinct de survie (et parfois les trois à la fois), Peckinpah joue avec les sentiments et les tripes de son public jusqu’au bout, sans aucune sorte de répit. Le vertige qui se déchaîne lors du final crée ainsi une torpeur tenace dont le spectateur aura du mal à se défaire. Plus de trente ans après sa sortie, ce classique brutal et acide reste intact. Enfin, Norway of life pour Delépine est quant à lui toujours aussi délectable. Sorte de pellicule malade où le spectateur perd ses repères, paumé entre Le Prisonnier et Un jour sans fin, on reste certes un peu dubitatif face à certaines scènes pauvres et manquants franchement de perspicacité mais l’histoire d’Andréas et de son suicide avorté est à ne pas manquer.

Malgré notre bonne volonté, nous n’avons pas pu assister à la projection des courts-métrages en compétition. Une raison de revenir l’année prochaine, histoire, une fois encore, de profiter d’une rencontre avec un grand nom du septième art. Si vous souhaitez prolonger le plaisir, on vous conseille de vous plonger dans l’interview que nous a accordée L’Étrange Festival, une demi-heure durant, avec le réalisateur de Ring et Dark Water. Enjoy et à l’année prochaine!

Un grand merci à Xavier Fayet, Estelle et tous les bénévoles pour leur gentillesse et le monstrueux travail accompli. Rendez vous l’année prochaine.

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