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Festival Viva Mexico + Interview de Jean Christophe Berjon

FESTIVAL VIVA MEXICO / LE RENDEZ VOUS DU CINEMA MEXICAIN

Web

Durant une semaine et pour sa troisième édition, le Festival Viva Mexico confirme son rôle de dénicheurs de talents et fait rayonner la diversité culturelle et créatrice du Mexique. Reflet engagé des dernières créations cinématographiques, cette semaine riche en rencontres est plus que jamais placée sous le signe de l’échange et de la découverte. Du 6 au 13 octobre, au cinéma Etoile Lilas à Paris, le public de la capitale profite ainsi d’une sélection éclectique de courts et longs métrages. Comédies, films de genre ou documentaires, la fine fleure de la nouvelle génération de cinéastes pourra à coups sûrs émouvoir et surprendre un public avide de nouveaux horizons. Salués par la critique internationale, les héritiers de Guillermo Del Toro sillonneront également 5 villes de France jusqu’en décembre pour rendre hommage à leur terre natale. Bordeaux, Chelles ou Vichy pour ne citer qu’elles.

Ce bouquet de septième art ne s’arrête heureusement pas à la diffusion de pellicules venues d’outre-Atlantique. Récompenses, rencontres avec des acteurs du milieu cinématographique (comédiens, artistes, techniciens), séances scolaires pédagogiques, tables rondes, plateformes de coproductions ou soirées festives, autant de raisons pour petits et grands, professionnels ou amoureux du pays de profiter d’une semaine d’émulation humaine et culturelle exceptionnelle ! Projet fécondé par Inc France – Mexique traduit par une envie d’apporter une alternative rafraichissante et pertinente au regard porté sur la culture mexicaine, le Festival Viva Mexico et son armée de bénévoles souhaite donc plus que jamais cultiver l’amitié réciproque entre les deux pays et offrir au public français un pan érudit et qualitatif de son cinéma. On les en remercie.

Des séances rendues accessibles à tous par le biais de l’audio-description et du sous-titrage sourds et malentendants (SME), des projections spécialement dédiés aux familles, il nous était impossible de bouder la sélection construite en collaboration avec Jean-Christophe Berjon : ancien Délégué Général de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes (entre autres) et en interview en bas d’article. Homme de cinéma passionnant et dont l’amour du septième art explose à chaque parole, cette rencontre fut également la découverte d’un homme bourré d’humilité et transpirant l’humanité. On vous laisse apprécier ses conseils dans son interview. 11 longs métrages, 3 documentaires, 10 courts-métrages, 1 table ronde, 2 soirées spéciales, des rencontres avec toutes les équipes des films présentés… N’en jetez plus, cette semaine du 6 octobre est pleine en surprises! On vous laisse apprécier la programmation pour rattraper votre éventuel retard (voir le lien). Enfin et pour paraphraser Leonardo García Tsao, critique et directeur de la Cinémathèque nationale du Mexique entre 2006 et 2010 : Ce qui fait la différence à Hollywood pour les Mexicains c’est leur marque d’auteur, un regard critique, une audace formelle et une ambition artistique ». Nul doute qu’au delà des récents triomphes aux Oscars d’Alejandro González Iñárritu (Birdman) ou d’Alfonso Cuaron (Gravity), les cinéastes mexicains continueront d’explorer bien plus que ses sempiternels thèmes sensibles que sont le trafic de drogue ou l’émigration. Crimson Peak en octobre, The Revenant d’Iñárritu comme cadeau de noël, Frenetic Arts vous le confirme, les mexicains sont toujours les patrons!

Rendez vous sur le site www.viva-mexico-cinema.org pour retrouver la programmation, les invités et toutes les informations pratiques.

Interview de Jean Christophe Berjon: programmateur du festival

BIO EXPRESS

Ancien metteur en scène (Topor, Ionesco..) et professeur de comédie (au Cours Florent), il devient critique de cinéma en 1994 ainsi qu’animateur d’émissions dédiées au cinéma pour la radio et la télévision. De 1997 à 2005, il dirige en parallèle le magazine bimensuel Les Fiches du Cinéma ainsi que l’encyclopédie L’Annuel du Cinéma. Il collabore à de nombreux magazines et participe régulièrement à l’émission de télé Le Cercle (Canal +), de 2005 jusqu’à 2011. En 2008, il réalise un documentaire sur le cinéma mexicain, produit par Canal + et régulièrement diffusé sur les chaînes françaises. Ancien Secrétaire Général du Syndicat Français des Critiques de Cinéma, il est, de 2004 au 2011, Délégué Général de la Semaine de la Critique, section dédiée aux jeunes cinéastes du Festival de Cannes (où ont commencé Guillermo del Toro, Alejandro González Iñárritu, Gael García Bernal, Fernando Eimbicke, Gerardo Naranjo, Rodrigo Plá, entre autres). De 2008 à 2011, il occupe la fonction de directeur artistique du Festival de Biarritz (cinéma et culture d’Amérique Latine). En juin 2011, il quitte ses fonctions pour aller s’installer au Mexique, où il occupe le poste d’attaché audiovisuel de l’ambassade de France. Il crée et anime un programme hebdomadaire dédié à l’actualité du cinéma mondial, Contra Campo (26′ – Foro TV, Production CANANA). Il continue d’être consultant international pour les festivals de Morelia (Mexique), Lima (Pérou) et Cannes (France). Il est aussi membre du Conseil Académique de la Chaire Ingmar Bergman de l’UNAM (Université Nationale Autonome du Mexique).

NDLR : l’entretien ayant duré plus d’une heure, des coupes ont été nécessaires. Nous remercions par avance Jean Christophe Berjon pour sa compréhension.

.Ton parcours transpire l’amour du septième art sous toutes ses formes: metteur en scène, professeur de comédie, critique, directeur de magazine… Peux-tu expliquer, pour que les lecteurs de FA te connaissent un peu mieux, comment tu es tombé dans la marmite cinéma?

J’ai vu de la lumière (rires)! C’est très simple, je suis curieux donc dès qu’on me propose quelque chose de nouveau et que j’y trouve du plaisir, j’essaie de m’y investir. Ça donne un parcours très coloré et hétérogène mais dont les facettes se nourrissent entre elles. Je reprends par exemple une émission de télévision au Mexique et je sais interviewer, mettre en scène, poser une caméra… Tout ça est assez naturel en réalité. Et puis il y eu ce coup de foudre pour le pays. Ce cinéma, ces gens sont tellement généreux ! Ce pays est d’une intensité prodigieuse et au bout de 3 jours là-bas, j’ai compris que j’aurai dû mal à repartir. Et puis il y a des histoires de cœur… (Il regarde sa compagne).

.A partir de 2005, on te croise dans l’émission Le Cercle sur Canal + et en 2008, cette même chaîne, produit ton documentaire (et c’est pour cela qu’on en parle aujourd’hui) sur le cinéma mexicain. A qui doit-on la genèse d’un projet aussi précis et quelles étaient tes motivations?

En fait, c’est Canal qui est venu me chercher. C’est toujours des histoires de rencontres, de coïncidences… Il ne faut pas gâcher le destin. Ils m’avaient interviewé pour La Semaine de la critique et ils se sont dits « ah, il est drôle lui, il a quelque chose… ». Et donc ils m’ont invité au Cercle durant 3 ans. Pour le documentaire, j’avais demandé à Canal de me prêter le Pavillon à Cannes pour recevoir l’ensemble des jeunes cinéastes mexicains, et aller à la rencontre de Gaël Garcia Bernal qui était notre parrain. Il venait en touriste, on était avec Cuarón et Canal se rend compte qu’on est super copain, qu’on a passé 3 jours ensemble… Cette année là Del Toro présentait l’Orphelinat, Iñárritu était venu le lendemain, sur scène, avec Walter Salles autour de Gaël… Ils m’ont donc naturellement dit « Et bien si tu les connais si bien, faisons un doc avec eux ! ». Il faisait une série de portraits à l’époque. Il est visiblement régulièrement diffusé sur le bouquet de Canal depuis les oscars des cinéastes mexicains

.Avant ce documentaire, tu es depuis 2004, Délégué Général de la Semaine de la Critique, section dédiée aux jeunes cinéastes du Festival de Cannes. Peux-tu nous vulgariser un peu ces fonctions de dénicheurs de talents et est-ce la découverte de ces cinéastes mexicains encore inconnus qui va précipiter ton futur ?

Le rôle en réalité est soit de mettre en avant un premier film extraordinaire en se disant : ‘Putain, lui c’est un grand ! », soit en reconnaissant un film imparfait mais bourré d’idées et un vrai talent en devenir. Bancal, un axe intéressant, une volonté de raconter une historie… Milles raisons mais un propos qui interpelle.

.Comment travaillais-tu la dessus ? En recevant des K7, en voyageant, en écoutant d’autres journalistes ?

.C’est vrai qu’à l’époque on ne recevait pas des DVD mais des K7 (rires)! On était une équipe, des gens d’origines et d’âges différents, cinq à sept et on se tapait en gros 1200 longs métrages en deux mois et demi ! (ndlr : rassurez-vous, on a fait le calcul, à sept, sur 90 jours, ça fait 2 films par jour). Du coup, évidemment je ne pouvais pas tout voir mais au fil des années, j’ai développé des méthodes pour que rien ne m’échappe. Quelqu’un trouvait un truc bizarre, intéressant mais voulait le montrer à quelqu’un d’autre, le quelqu’un d’autre c’était moi. Un jour il y a eu Canine (ndlr : Canine est le deuxième film réalisé par le cinéaste grec Yórgos Lánthimos). Deux autres ne le trouvaient pas assez intéressant pour me le montrer. On boucle les sélections, moi je le vois et c’est mon coup de cœur de l’année ! Donc là les gars non!! Sorti en 2009, il a été récompensé par le prix Un certain regard au festival de Cannes Ceci mis à part, l’autre réalité de ce métier sont les voyages. J’étais arrivé à 60 vols par an ! Pour l’essentiel transatlantique et beaucoup en Amérique latine, à travers un festival particulièrement pertinent dans chaque pays et les instituts nationaux. LE souvenir extraordinaire c’est la découverte d’un cinéaste. Quand tu vois que quelqu’un est en train de devenir important, tu te sens fortement lié à lui. Que tu l’ais sélectionné ou pas d’ailleurs mais tu reconnais du talent et tu le suis de très près. Biarritz me servait à ça, je compensais les cinéastes que je n’avais pas pu présenter à Cannes.

.Avant d’évoquer le festival à proprement parler, as-tu une idée sur les raisons qui mettent le cinéma mexicain contemporain au dessus de la mêlée? The Revenant et Crimson Peak débarquent et ils semblent monstrueux, Inarritu et Birdman l’année dernière, Cuaron et Gravity il y a deux ans…. Sans parler des baffes reçues films après films comme Babel ou le fameux plan séquence des Fils de l’homme, leurs propos touchent la planète entière !

Oui ils croulent sous les prix ces deux là! Ce sont les meilleurs amis du monde mais ils se tirent la bourre pour ne rien lâcher sur ce que l’autre a pu avoir ! En fait il y a plein de réponses. On peut déjà citer le passé pictural des mexicains, les Muralistes, les fresques de Diego Rivera entre autres. Un passé de turbulences, de richesse sur ces murs. Del Toro, son influence c’est la mort. Les cadavres, les squelettes, les momies de Guanajuato… Les mexicains sont fascinés par la mort. Pas une fascination morbide non, une fascination festive, comme à la toussaint. Ils passent la nuit à boire et à danser au milieu des cercueils, parmi les pétales de chrysanthèmes… C’est grave mais on fête avec les morts, la Cavalera… Au-delà de ces racines directes, on pourrait aussi citer la mélancolie spirituelle de l’écrivain Juan Rodolfo. L’une des vraies racines culturelles du Mexique. Une société d’Amérique du nord ET latine. Schizophrène et riche, elle est aussi rapide et frénétique que chaleureuse et généreuse. Tous les cinéastes mexicains balancent des uppercut ! Ce qui agaçait par exemple Stéphane Delorme dans le Chronik de Michel Franco qu’il qualifie de film de salauds, de pervers est en réalité tout l’inverse. Il veut tout simplement aller au bout des émotions, comme Rodrigo Pla dans Un Monstruo de mil cabezas présent au festival. Ils cherchent la réaction, balancent de fausses pistes… Au Mexique, ils vivent ça tous les jours et c’est pour ça que le cinéma hollywoodien cartonne là bas, ils cherchent quelque chose de plus lisse, de plus divertissant.

Pout ma part, tu me diras si je suis dans le vrai, le cinéma mexicain se caractérise non seulement par un soin extrême apporté à la plastique mais aussi par cette résonnance vers toute une génération ayant grandi avec les jeux vidéos, les comics, le cinéma de genre, les voyages… Prenons l’exemple de Del Toro, l’un de mes maîtres à penser que je connais par cœur depuis Cronos. On s’abandonne chaque fois sans aucunes craintes dans les méandres de sa psyché. Comme ci l’un d’entre nous, non pas des « geeks » comme on nous catalogue parce que c’est facile et à la mode mais une jeunesse avide de culture sous toutes ses formes, exprimait sans fausse notes nos affects et phantasmes. Du Comic avec Hellboy, des robots géants et le Kaiju Ega avec Pacific Rim, les jeux vidéos avec son projet avorté de Silent Hill, la scénarisation du Hobbit ou le conte de fée macabre Le Labyrinthe de Pan… Quel regard portes-tu sur sa carrière parce que bon sang, tout ce qu’il touche est une bombe !

Prenons d’abord l’exemple de Mimic qu’il n’est pas nécessaire de révisionner, dixit Guillermo. Entre ça et Pacific Rim qu’est ce qu’on a ? On a l’industrie américaine. Aujourd’hui on a un supplément d’âme ! Enfin, il peut dire non, et il a du crédit quand il dit non. Quand t’es jeune cinéaste, tu acceptes… Et il s’est fait broyer. Après il y a l’Échine du Diable, Pan, il produit L’Orphelinat. Il est enfin reconnu comme un véritable auteur avec des choses à dire. Del Toro est tout simplement un pur. C’est un gamin et il l’est resté. (ndlr : Il hésite à nous parler en nous précisant l’importance psychologique de sa future remarque mais regrette con côté voyeuriste). Son père était impliqué dans des histoires de violence très crues, très durs dans sa jeunesse. Lui, c’était le gamin doux rêveur, un peu paumé, au physique un peu bizarre à une époque ou cela n’avait rien de charmant. Mais de tous c’est le plus perfectionniste. De loin.

C’est clair qu’à la lecture de son Cabinet des curiosités, on décèle une implication chirurgicale !

Exactement. Une obsession presque palpable. Mais tu sais, tous vont le voir avant que le film soit terminé car c’est un docteur du montage. C’est le type qui va dire : « il faut couper 3 images là. Ça, on l’avance d’une séquence ». Enfin il n’a jamais, lui, eu de problèmes d’égo. Tous ce qui lui importe ce sont les rêves du gosse qu’il a été. C’est ce que je demandais à Ron Perlman à l’époque d’Hellboy qui me confirmait son réel âge mental (rires) ! La seule chose qui a changé c’est qu’il a désormais les moyens de son obsession. Et il le fait toujours avec le même appétit. C’est pour ça que votre génération le savoure comme tel.

.Passons maintenant à cette troisième édition de Viva Mexico. Tu es aussi consultant avec le Festival de Lima au Pérou ou Morelia au Mexique. Comment travailles-tu avec l’association responsable du festival pour le choix des films ou les thématiques?

Tu sais, chaque festival à sa logique. De calendrier souvent, des négociations de Premières nationales… Viva Mexico est un festival particulier car c’est un festival de vulgarisation pour le grand public. Un pont entre deux pays. Quand je faisais Biarritz, on avait des parallèles avec Lima. Ici, rien à voir. 120 métrages à l’année, une trentaine en post-prod, ce sont les mêmes films que je dévore de cette avidité sans retenue. Comme ils n’ont rien à voir, tu vas retrouver des films de Viva Mexico dans deux semaines à Morelia. A l’inverse, certains étaient en première mondiale à Morelia l’année dernière. Par exemple, un film a été montré à Venise il y a peu mais sera aussi montré à Viva Mexico avant le Mexique. Voila, ca se passe comme ça, mais j’essaie toujours d’envoyer quelques indices à Cannes ! Le grand truc in fine, c’es comment nous, programmateurs, distributeurs, animateurs, work in progress, ce genre de machins, comment pouvons nous aider les jeunes cinéastes qui en valent le coup. Ça, c’est mon grand truc. C’est pour ça que les producteurs, les metteurs en scène écoutent mes remarques et me montrent souvent les films avant le final cut. J’ai un sentiment de famille avec ces gens là et c’est un pur bonheur. Et dernière chose à ne jamais oublier, on parle de la 4ème industrie mondiale ! Que ce soit le nombre d’écrans ou le nombre de billets vendus, le Mexique se place après les États-Unis, l’Inde et la Chine. Moi je veux convaincre les gens de voir ce volcan de diversité.

A ce propos, j’ai l’impression qu’on sort depuis quelques temps des sempiternelles histoires de drogue, de trafics d’armes ou de la pauvreté dans la cité en accédant à un nouveau panel d’exploration, à une diversité bienvenue ?

Oui, absolument. Même si les distributeurs français ont encore un peu de mal avec les films qui ne correspondent pas à ce qu’on attend du Mexique, comme dans le mélo. Mais qu’est ce qui importe ?

C’est l’histoire !

Totalement, qu’on nous raconte une histoire ! Un matériel humain. Dans l’âpreté, le compte rendu social mais baigné d’un humanisme prépondérant. Plusieurs niveaux de lecture, d’interprétation… C’est simple : la réalité est complexe bordel !

.Avant dernière question puisque nous allons interviewer les réalisateurs de Los Banistas et Un Monstruo de mil cabezas, peux-tu nous parler brièvement de ce qui t’as plu dans ces films?

Alors Los Banistas est un peu un coup de chance du destin. Une première il y a un an et demi, une sortie salles il y a moins d’un an, un film inattendu fait avec trois francs six sous mais tellement sincère… C’est de toute façon l’histoire de ce couple derrière le film et qui le sont dans la vie. Ils ont travaillé avec leurs parents qui sont très important malgré tout au Mexique (la mère est l’une des plus grandes costumières du Mexique et le père un grand metteur en scène de théâtre). C’est, rapidement, comment tu existes à travers ton boulot et sans lui, vieux, tu n’es rien, comme en dehors de la société… Un paumé dans l’immensité. L’autre dimension, ce serait un mouvement proche des Indignés dans les rues de Mexico. L’outrance militante, les drames de collusion entre les gansters, les narcos, le gouvernement et la disparition plus que suspecte d’étudiants, tout ça amène des réactions ultraviolentes. Et on assiste là à un réveil populaire, contre l’injustice sociale. Fantasme ou réel, on film ce que l’on a envie de croire. Un cinéma simple et à hauteur d’homme. Concernant Un Monstruo de mil cabezas de Rodrigo Pla, je te conseille déjà de voir La Zona pour comprendre le bonhomme. Alors, ce monstre à mille têtes qu’est ce que c’est ? Une boite privée, sorte d’assurance, où tu paies pour être remboursé de tes médicaments. Et c’est l’histoire d’un homme face à une tour où le type ne trouve aucune oreille humaine pour l’écouter. Comme quant on t’indique que le prix de remplacement de la vitre brisée est bizarrement égal au prix de la franchise. On va donc au-delà, on confronte la logique humaine à la logique économique. Comme dans La Zona où les gens qui ont du pognon empêchent les autres d’entrer. Je pense par exemple à A l’Intérieur, je ne sais pas si tu connais ?

Le film de Maury et Bustillo ? Je fais ma culture ciné avec Mad Movies depuis mes 15 ans tu sais !

(Rires).Bon et bien tu vois je l’avais sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes.

C’est vrai que c’était l’un des premiers « films de genre » en France à avoir autant de gueule. Puis il y a eu Martyrs par exemple de sacrément éprouvant.

Ah oui Martyrs ! Donc voilà, A l’intérieur est un film très intéressant donc j’avais contacté d’autres spécialistes du genre pour avoir confirmation sur la pertinence du film.

.Dernière question insoluble pour toi j’imagine: ton top 5 du cinéma mexicain ?

(NDLR : JCB précise qu’il ne s’agit en aucun cas d’un « Top » mais plutôt d’une porte d’entrée d’inclassables, la sélection ayant été faite en fonction de notre ligne éditoriale ! Grande classe).

.El Vampiro y el sexo de René Cardona. Version restaurée mais interdite (car bis et adulte) du film de série B Santo et le trésor de Dracula. Pour connaitre le côté obscur du légendaire Santo, luchador positif sur le ring comme à l’écran, qui s’est vu opposé toute au long de sa carrière des malfrats sans foi ni loi, mais aussi des extraterrestre ou des zombies ! On songe par ailleurs aux vampires ayant inspirés nombre de cinéastes mexicains : Les Proies du vampire de Fernando Méndez-1957, L’Invasion des vampires de Miguel Monrayata – 1963 ou Profanadores de tumbas de José Diaz Morales – 1966.

.Gangsters contra charros de Juan Orol. Légendaire roi des nanars, le Ed Wood des studios Churubusco supra-naze et ses titres définitifs : Le Monde fantastique des hippies, La Déesse de Tahiti ou La Serveuse boiteuse du café du port.

.Navajazo de Ricardo Silva. Documentaire cru, trash, pornographique, voyeur et malsain, met en scène sans pudeur ni bienveillance sa vision des bas fonds de Tijuana. Désespéré, amère et paradoxalement primé dans maints festivals dont Locarno en 2014.

.Mexico Barbaro (programme collectif). Extrêmement violent, régressif et de mauvais goût (gore ou nécrophile), ces courts métrages sont produits par Jorge Michel Grau (Ne nous jugez pas).

.Cronos de Guillermo Del Toro. Le seul vrai bon film de cette liste, aujourd’hui culte car bien avant sa reconnaissance internationale, le metteur en scène, spécialiste des effets visuels et des histoires envoutantes y livrait les clefs de son univers

Tous nos remerciements à Ophélie Surelle, les équipes de France-Mexique, Etoile Cinéma et surtout à Jean Christophe Berjon et sa compagne qui, une heure durant, ont partagé sans retenue leur amour du cinéma mexicain et leur érudition. A bientôt Mexico !

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