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PIFFF 2015 / ITW Fausto Fasulo

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Responsable de programmation du PIFFF et Rédacteur en chef de Mad Movies

FA: Avant d’évoquer le festival, un seul mot si tu es d’accord sur la dramatique actualité. La soirée d’ouverture au Rex Club a été annulée, la sécurité du festival renforcée. N’avez vous pas songé, avec l’équipe, à reporter jusqu’au dernier moment ? A l’instar, toute proportion gardée, du film de Boukhrief Made In France? Un malheureux présage tourné avant les attentats de Charlie Hebdo.

Déjà nous sommes tous bénévoles. Donc passionnés. Nous nous sommes évidemment tous concertés et notamment avec les gens du Rex. Sur le maintien des séances du PIFFF, leur demander si la semaine d’exploitation commerciale demeurait… On a simplement préféré, pour une question d’humeur, annuler la soirée d’anniversaire. Le Rex a fait un super boulot pour renforcer la sécurité. On savait qu’on serait tous bien dans le club mais de manière générale, on se posait la question sur la décence d’une soirée 4 jours après tu vois? Autant conserver notre programmation avait un sens pour changer les idées du public et leur transmettre notre message à travers les films, autant la soirée tombait à plat.

FA: Fausto on te connaît comme rédacteur en chef de Mad Movies. Concernant l’organisation du festival, au-delà de la recherche de partenaires ou de la logistique, tout est-il travaillé bien en amont, ou alors, la programmation est elle le résultat de rencontres et de coups de cœur au fil de l’année via Mad ou Zone bis pour Cyril? Je n’ai pas remarqué de thématique principale. Peut-être des deals de distributeurs? Je demande ça car certaines rencontrent furent visiblement enthousiasmantes comme Ankama quand je vois Dofus en séance Jeunesse et Run dans le jury courts.

Non à vrai dire, on ne suit aucune stratégie particulière dans la programmation. Run faisait partie du jury avant qu’on ait Dofus et comme je suis amateur de son boulot… Un peu comme Bastien Vivès l’année dernière. J’ai eu le contact de Run par Céline Tran (Katsuni) qui était dans le jury l’année dernière et c’est assez drôle de voir comment tout cela se répond. Run connaît par exemple Perturbator, le musicien qui nous a donné son morceau pour illustrer la bande annonce. Le même morceau utilisé pour illustrer la bande annonce de Heart Breaker, une bande dessinée faite avec… Céline Tran! Tout ça est totalement involontaire mais sympa.

FA: C’est bourré de ramifications!

Exactement. Tu te rends compte alors que toutes ces affinités ne sont pas dues au hasard. Mais quand je suis allé voir Dofus, Run faisait déjà partie du jury courts-métrages qui n’est, de toute façon, pas un levier d’influence pour autre chose. Pour le reste c’est très simple: les marchés du film, les festivals en Europe, des films qu’on reçoit… On en discute, on essaie d’écrémer le plus possible (au sens premier du terme), on fait une liste A, une liste B (en cas d’imprévus pour la première) et la sélection est faite.

FA: Un dernier mot sur l’hexagone avant de nous recentrer sur l’édition. Que penses-tu de la distribution de genre actuelle? On a eu de sacré baffes comme Martyrs, A l’intérieur ou Calvaire et pourtant un film comme Alleluia de Du Welz (programmé en 2014) a peiné à trouver des salles… D’ailleurs, aviez-vous beaucoup de propositions françaises pour cette édition?

Pour cette année déjà, on propose deux documentaires. Mais on ne se pose pas du tout la question de la nationalité. C’est bon ou pas. On a eu des propositions particulières cette année, des films pas évidents comme Blind Sun ou Évolution et quand on programme des films comme ceux là, on sait qu’on ne brosse pas notre public dans le sens du poil. Ce sont des films un peu autiste tu vois? Des films libres avec des gens qui sortiront de la salle en disant «c’est nul!» mais pour nous, il font partie du spectre du genre fantastique. Mais on ne dirait pas non pour montrer des Alléluia tous les ans!

FA: Je vois et pourtant cela a été difficile pour lui en salles. Je ne vois pas trop comment faire pour leur assurer le succès…

Honnêtement? Je suis très pessimiste.

FA: Un mot sur l’animation. Découvrir en salles tous les coups de cœur de mon enfance qui ont développé ma cinéphilie comme Jin Roh ou Mind Game, c’est dingue! Après Avalon et Perfect Blue c’est un sans faute! Je verrais bien Redline l’année prochaine d’ailleurs! Comment vous fonctionnez pour le choix des films datant de plusieurs décennies. C’est juste des envies de partage? Et pourquoi principalement la japanimation?

On a pensé à Redline c’est année mais on s’est dit que c’était un peu proche de sa diffusion à L’Étrange Festival. Et puis Mind Game, en copies restaurées, sur grand écran! Concernant la japanim, c’est juste une question d’affect. On est tout simplement fan depuis qu’on est mômes. On se fait simplement plaisir! Ça peut paraître égoïste mais quand on voit le monde dans la salle hier, on se dit qu’on a bien fait. Alors certes, on constate une baisse qualitative de leur production par rapport a ce qu’ils faisaient il y a 15 -20 ans mais ils dominent toute de même de la tête et les épaules le reste de la planète. Et puis cette nuit japanimation demeure une prise de risques. Quelle est la porosité du public pour l’animation jap? Certains ne viennent que pour ça et se foutent du fantastique et inversement. C’est intéressant de varier les publics, de voir si des ponts entre eux sont possibles et de rompre avec les précédentes nuits. Je crois d’ailleurs qu’on a réussi.

FA: Un mot copinage assumé pour évoquer le travail de vos potes Alexandre Poncet (co-créateur de Frenetic Arts) et Gilles Penso pour la présentation en première mondiale du Complexe de Frankenstein? Comment trouvez-vous le documentaire?

Honnêtement si le doc était mauvais, on ne l’aurait pas pris. Pas de copinage pour justement ne jamais tomber dans ce travers tous les ans. Ne pas programmer les films de ses potes. Mais travaillant avec Alex, tu te doutes que j’en entends parler… Tous les jours, depuis des mois! Mais si je devais le juger, je le trouve d’abord didactique dans le bon sens du terme. Il laisse place de manière noble aux concepteurs du cinéma. Une place indispensable. Mettre en lumière qu’un grand film n’est pas le fait d’un seul homme. Avouons qu’on se fixe souvent sur la vision de l’auteur. Impossible bien entendu de retirer cela à des génies comme Spielberg ou Cameron hein, de la validité de leur vision. Mais force est de constater que les morceaux de bravoure qu’on revoient, années après années, dans tous nos films fétiches sont le fruit de toutes ces collaborations. On le sait évidemment mais c’est une bonne chose de le rappeler. Et puis il y a aussi l’aspect de suivre ces trajectoires personnelles de légendes d’Hollywood. Des mecs qui ont les mains dans le cambouis, sur des films qui coûtent des dizaines de millions de dollars et eux sont là avec leur argile, leur mousse ou leur fils de fer! Tout ça est un peu fou, de voir ces sommes astronomiques et ces types dans des garages en train de bricoler des trucs! Je trouve ça tellement noble. Des stars des 80’s aujourd’hui oubliées

FA: A propos d’ambition, à l’image de Maury et Bustillo ou Dahan et Rocher, est-ce que votre team du PIFFF songe à la réal?

Je ne peux pas parler pour Cyril mais moi j’ai fais des études de ciné au départ donc même si on ne peut pas affirmer que je me dirigerais forcément vers la réalisation, forcément j’y songe. Mais c’est un peu plus compliqué que ça. Je n’irai pas jusqu’à dire que je suis chez Mad par accident mais disons qu’il s’est trouvé sur mon chemin, même si je suis très heureux de faire partie de l’aventure. Bien sûr que je caresse des envies d’écriture mais je ne dois pas confondre vitesse et précipitation. Après, quand tu bosses dans la presse ciné et en plus pour un festival, tu as une vision tellement réaliste de la difficulté à faire un film, à évoluer au sein d’une équipe que ça peut te freiner un peu. Tu peux te retrouver tellement baigné dans le pragmatisme ambiant que ça peut te couper les ailes. Tu peux enfin envisager cette connaissance en étant réaliste, sachant ce que tu peux faire ou pas et éviter certains écueils. C’est le revers de la médaille.
D’un côté du connais des gens de l’industrie et tu vois ce qui est faisable ou pas et de l’autre, tu as moins le temps de rêver.

FA: Dernière question. J’ai entendu lors de la soirée d’ouverture que vous souhaitiez devenir le premier Festival de Film Fantastique d’Europe. Je ne comprends pas trop le propos. C’est top pour l’émulation d’avoir Strasbourg, Neuchâtel, Gérardmer… Si c’est une question de reconnaissance pour obtenir des partenaires et donc des moyens pour proposer d’autres choses comme des tables rondes, des ateliers, je comprends. Sinon…

Oui j’ai entendu ça! A vrai dire, je ne savais pas que Gérard Cohen allait nous sortir ça! L’une de ses célèbres envolées lyriques. Je ne cache pas que je n’étais absolument pas au courant de ce qu’il allait dire. Je pense que c’est pétri de bonnes intentions. Après pourquoi pas hein, je ne dirais pas non mais c’est bien sa formule. Non, moi je voudrais grossir dans le sens que tu évoques. Mais il faut être réaliste et avoir les moyens de ses ambitions. Et puis je trouve satisfaisante notre formule actuelle. Je n’ai pas forcément envie de voir notre programmation tripler de volume. Avec cette semaine, on reste exigent sur le top du marché et on évite le moyen ou le médiocre. Mais grossir comme ce que tu évoquais à la fin de ta question, oui bien entendu. Des rencontres, des débats, peut-être des ateliers, un ou deux jours de plus ou d’autres cadres comme la Séance Jeunesse, ça oui, ça m’intéresse. On veut enfin garder cette dimension humaine. On reste accessible, on parle avec les gens… On n’est pas des organisateurs planqués dans nos bureaux. Je ne dis pas, ce serait chouette d’avoir un budget plus confortable pour envisager des événements supplémentaires mais le volume de films est cohérent.

Un grand merci à Fausto Fasulo pour sa ponctualité et sa disponibilité malgré sa très courte nuit.

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