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Portrait Mamoru Hosoda

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Le Carreau Du Temple à Paris a consacré, du 6 au 17 janvier dernier, une exposition exceptionnelle dédiée au maître de l’animation nippone. Malheureusement terminée lorsque vous lirez ces lignes et en parallèle à la sortie dans nos salles de son nouveau film le 13 janvier : Le Garçon et la bête, focus sur une figure majeure du cinéma japonais pas toujours reconnue à sa juste valeur.

« Je ne suis même pas sûr de pouvoir faire un prochain film, il faut d’abord que Les Enfants-Loups soit un succès. » C’est par cette malicieuse réplique que Mamoru Hosoda expliquait à l’époque aux journalistes parisiens que rien n’était encore joué pour la mise en chantier de son prochain film. Né le 19 septembre 1967 au Japon, dans le département de Toyama, Mamoru Hosoda est engagé en 1991 en tant qu’animateur par le studio Toei-Doga. Dès son arrivée, il participe à des séries plus ou moins obscures comme Dragon Ball Z en 1993,  Slam Dunk en 1994-1995 ou Sailor Moon 1996 ! Rien que ça.

Après quelques publicités pour l’industrie du luxe, ses premiers longs métrages sortent en 1999 et 2000 : Digimon – Le Film I et II. Passons si vous le voulez bien… Son premier gros chantier sera pour la série à succès One Pièce et son film 6 : Le Baron Omatsuri et l’île secrète en 2005. L’année suivante, il quitte le studio pour devenir indépendant et œuvre cette fois avec Madhouse.

Immense institution au pays du soleil levant, Madhouse nous a par exemple aligné des chefs-d’œuvre comme, excusez du peu, les séries Monster (tout simplement le top), Death note ou Paranoïa Agent et les films Manie-Manie, Perfect Blue, Memories ou Vampire Hunter D : Bloodlust. N’en jetez plus ! Fort de cette expertise, Hosoda franchit un cap avec La Traversée du temps en 2006, son quatrième long métrage d’animation. Superbe et onirique, le film reçoit le tout premier prix du meilleur film d’animation crée par l’Académie Japonaise du Cinéma.

Makoto est une jeune lycéenne comme les autres, un peu garçon manqué, pas trop intéressée par l’école et absolument pas concernée par le temps qui passe ! Jusqu’au jour où elle reçoit un don particulier : celui de pouvoir traverser le temps. Améliorer ses notes, aider des idylles naissantes, manger à répétition ses plats préférés, tout devient alors possible pour Makoto. Mais influer sur le cours des choses est un don parfois bien dangereux, surtout lorsqu’il faut apprendre à vivre sans !

Comme une bouffée d’air frais, La Traversée du temps est le premier tour de force du réalisateur. Bourré de charme, d’humour et de fantaisie, le film emporte immédiatement l’adhésion grâce à un soin tout particulier apporté à son scénario et via une poésie palpable. Un petit classique instantané qui, sans être au niveau d’un Perfect Blue ou d’Akira, souffre de nombreuses strates sémiologiques et souffle un vent frais bienfaiteur sur l’animation japonaise. En effet, le film s’éprouve également comme une comédie sociale burlesque dans laquelle une jeunesse déresponsabilisée refuse tout dogmatisme jusqu’à l’égarement.

En 2009, Hosoda gifle la planète cinéma avec l’ovni Summer Wars. Écrivant pour la première fois le script d’un film qu’il réalise, Summer Wars est un immense succès au japon (1.2 millions de spectateurs) et est nominé aux Annies Awards en 2011, mention Meilleur Réalisateur.

Bienvenue dans le monde de OZ : la plateforme communautaire d’internet. En se connectant depuis un ordinateur, une télévision ou un téléphone, des millions d’avatars alimentent le plus grand réseau social en ligne pour une nouvelle vie, hors des limites de la réalité. Kenji, un lycéen timide et surdoué en mathématiques, effectue un job d’été au service de la maintenance d’OZ. A sa grande surprise, la jolie Natuski, la fille de ses rêves, lui propose de l’accompagner à Nagano, sa ville natale. Il se retrouve alors embarqué pour la fête traditionnelle du clan Jinnouchi. Il comprend bientôt que Natsuki ne l’a invité que pour jouer le rôle du  » futur fiancé  » et faire bonne figure vis-à-vis de sa vénérable grand mère. Au même moment, un virus attaque OZ, déclenchant catastrophe sur catastrophe au niveau planétaire. Avec l’aide de Kenji, tout le clan Jinnouchi se lance alors dans une véritable croisade familiale pour sauver le monde virtuel et ses habitants.

Découvert en salles à l’époque, le film est un vrai trip sous acide! Internet est devenu fou et jongle avec ses âmes à un rythme effréné. Hosoda lui devient virtuose. Réflexion métaphysique ambitieuse sur l’avenir du numérique et de l’exception humaine, la pellicule lorgne du côté d’8th Wonderland et du maitre Ghost in the shell. A la fois tour de force formel et mille-feuilles sémantique, l’histoire du jeune Kenji souligne autant une vraie universalité qu’une propension parfois un peu trop visible à se regarder le nombril. Un film confus mais indispensable.

Sixième méfait du metteur en scène, Les Enfants loups, Ame et Yuki est le premier film produit par sa société en 2012. Succès critique et populaire, vu par 3,5 millions de spectateurs au Japon, il suscite aussi de nombreuses réactions élogieuses France.

Hana et ses deux enfants, Ame et Yuki, vivent discrètement dans un coin tranquille de la ville. Leur vie est simple et joyeuse, mais ils cachent un secret : leur père est un homme-loup. Quand celui-ci disparaît brutalement, Hana décide de quitter la ville pour élever ses enfants à l’abri des regards. Ils emménagent dans un village proche d’une forêt luxuriante…

Confrontant sans cesse le spectateur à des thématiques qui le dépasse: le voyage dans le temps, l’opposition du réel et du virtuel, l’animalité des hommes ou le conflit parents-enfants omniprésent au Japon (le poids de l’honneur familial, le phénomène des « célibataires parasites », les retraités seuls devenus voleurs…), Hosoda propose en réalité à ses sujets leurs propres prises de consciences. Il justifie ainsi le script des Enfants loups en écoutant des amis confier que vers deux ou trois ans, leurs enfants deviennent un peu comme des monstres ! Il s’est alors posé la question d’avoir une bête à domicile au sens premier du terme, avant de développer sa réflexion vers l’humanisation et vice-versa. Vu le titre de son dernier métrage, nul doute que cette obsession n’est pas prête de le quitter. Dans les paysages bucoliques de son enfance, Hosoda confie « Mon père était à la fois employé des chemins de fer et paysan. Je l’aidais aux travaux de la ferme, ce que je détestais. » Celui qui dirigea un temps la direction du Château Ambulant (Une nouvelle preuve qu’on tient là l’un des héritiers de Miyazaki) évoque ici autant le japon féodal que la place du loup dans l’imaginaire nippon. A contrario de nos craintes européennes (notamment via le mythe de La Bête du Gévaudan), le loup y est souvent synonyme de divinité ou de sagesse (voir la déesse louve Moro No Kimi de Princesse Mononoke).

Déclaration d’amour maternelle et éducation poétique de l’adversité, du drame (nommant le face à face avec la mort) et de la recherche d’identité, ce nouveau bijou d’humour et de tendresse s’effrite à peine par l’omniprésence de bons sentiments. Modèle de soin apporté à une animation transpercée de moments de bravoure (la course dans la neige), le film questionne l’homme sur l’acceptation de sa condition tout en cherchant à sublimer son propos. Comme souvent dans l’animation japonaise, la nature se veut protectrice et mère du vivant.

Sorti au Japon l’été dernier, Le Garçon et la Bête y a battu les records du précédent film d’Hosoda. Le score des Enfants Loups est ainsi dépassé en août 2015 au bout d’un seul mois d’exploitation. Ce nouveau triomphe confirme le talent du réalisateur et le film est de nouveau sélectionné à la 43e cérémonie des Annie Awards dans la catégorie du Meilleur long métrage d’animation. Dévoilé lors d’une conférence de presse donnée par le réalisateur à Tokyo en décembre 2014, le box-office devient le nouveau meilleur indicateur de la santé qu’on croyait déclinante du cinéma d’animation japonais. Lors de son premier week-end de diffusion, le film se classe à la première place, rapportant plus de 667 millions de yens. Sur l’année 2015, il est placé à la deuxième place avec 5,85 milliards de yens.

Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire…

C’est la fin de ce non exhaustif portrait de Mamoru Hosoda, on vous retrouve pour la critique du film !

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