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Anomalisa

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ANOMALISA

Genre : Animation, comédie dramatique

Réalisateur : Charlie Kaufman, Duke Johnson

Acteurs : David Thewlis, Jennifer Jason Leigh, Tom Noonan

Musique : Carter Burwell

Durée : 91min

Image : couleur

Éditeur/distrib. : Paramount Pictures France

Date de sortie : 03/02/2016

Site officiel : http://www.anomalisa.com/

Film : 3/6

Synopsis : Michael Stone, mari, père et auteur respecté de « Comment puis-je vous aider à les aider ? » est un homme sclérosé par la banalité de sa vie. Lors d’un voyage d’affaires à Cincinnati où il doit intervenir dans un congrès de professionnels des services clients, il entrevoit la possibilité d’échapper à son désespoir quand il rencontre Lisa, représentante de pâtisseries, qui pourrait être ou pas l’amour de sa vie…

LE FABULEUX DESTIN D’ANOMALISA

Le mercredi 20 janvier, la team Frenetic Arts fut convié au MK2 Bibliothèque de Paris pour l’avant-première exceptionnelle (du moins le croyait-on) , en présence des réalisateurs : d’Anomalisa, le très attendu nouveau film de Charlie Kaufman et Duke Johnson. En réalité, ces derniers et leurs productrices présentèrent brièvement le film, eurent chacun droit à une question convenue du présentateur et nous quittèrent sans Q-A mais sous les applaudissements de spectateurs visiblement peu exigeants… 4 minutes montre en main, une rencontre inoubliable donc. Soit. Précédé d’une aura et d’une réputation extrêmement élogieuse : « Un chef-d’œuvre » pour Rolling Stones, « Étrange et magnifique» pour Libération, « une anomalie (ndlr : rires) grandiose » pour Télérama, n’en jetez-plus, l’intelligentsia est en marche, la révérence consommée. Projet sur le papier particulièrement alléchant, Anomalisa est donc le fruit de l’imagination de deux rêveurs particulièrement motivés : l’inconnu Duke Johnson et l’oscarisé Charlie Kaufman, scénariste surdoué pour Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich) ou Michel Gondry (Eternal sunshine of the spotless mind). Grand Prix du Jury au Festival de la Mostra de Venise 2015, le film est donc avant tout un tour de force technique et artistique réalisé dans une stop motion du plus bel effet. Un procédé qui découpe l’action en 24 images secondes, une animation en volume qui fut mise en lumière par le génie du père de tous les concepteurs d’effets spéciaux : Ray Harryhausen. Le détail et la minutie transpirent ainsi dans chaque plan et la reconstitution des maquettes et l’expressivité des visages font vite oublier qu’on se prend d’affection pour des marionnettes. Original et décalé, le cinéma de Kaufman est toujours inattendu. Un voyage vers un imaginaire unique, décomplexé et souvent avant-gardiste. Bien qu’on se pose la question du bien fondé et du défi qu’est la réalisation de son film image par image, on ne peut que saluer l’abnégation et l’amour des deux hommes pour leur projet. Dans ce morceau de bravoure, Michael Stone est un auteur à succès de livres sur l’art du service après-vente (passionnant j’en conviens) et représentant officiel de la dépression et du pétage de boulon. Profitant d’un voyage de Los Angeles à Cincinnati, ville dans laquelle il vient donner l’une de ses conférences à succès, Michael semble basculer pas à pas vers la folie, de l’agacement face au bavard chauffeur de taxi à son fils avide de cadeaux. La rencontre dans son hôtel de deux jeunes femmes admiratives de son érudition (notamment la complexée Lisa) suffira à conduire notre VRP de luxe à s’abandonner dans des circonvolutions neuronales inutiles, du sens de la vie à la singularité de l’humanité et à sa part de folie, consciente ou inconsciente.

BUG ET SCHIZOPHRÉNIE

Nominé aux Independant Annie Awards ou aux Golden Globes, le film semble taillé pour rayonner sur ce début d’année. Caution « auteur » tamponnée sur l’affiche, capital sympathie immédiat, impossible de prime abord de se dresser contre une critique unanime et enivrante. Le problème est qu’une fois n’est pas coutume, Kaufman ne parvient pas ici à réitérer tout ce qui fait son génie : raconter une histoire saugrenue. Habillé d’un humour pince sans rire saupoudré avec beaucoup trop de parcimonie, le film peine énormément à soutenir l’intérêt. Alors qu’on attend durant la première demi-heure le premier élément déclencheur du récit, on se rend vite compte que l’on ne fera que ça. Attendre. A l’image d’un copié-collé du rébarbatif et très ennuyeux Enemy de Denis Villeneuve, Anomalisa oblige le spectateur à souffrir sans espoir aucun face à un récit dont il n’a cure. Quelques jolies réparties ou une mise en scène qui s’abandonne au bord du précipice sont ainsi loin d’être suffisant pour réveiller un spectateur circonspect. Désenchanté quant à l’illusion d’une vie en société (la solitude attend chacun d’entre nous et les célèbres masques de cire de Jung sont légions), le film que l’on attendait comme une poésie tragi-comique ne parvient jamais à hypnotiser son auditoire. La faute à des personnages bien trop lisses et une « intrigue » souvent exaspérante. Dommage car impossible de nier que la pellicule a été travaillée avec amour et passion mais vu le talent du scénariste, on s’attendait à un vrai coup de cœur. Pathétiques ou crus, les portraits de quidams loosers au cinéma ont par ailleurs déjà été exploré de manière bien plus obscure et avec plus de prise de risque. The Wrestler, L’Épouvantail ou Leaving Las Vegas ont par exemple réussi eux le pari de passionner et de fissurer le cœur mais aussi et surtout d’établir une solide base de réflexion à leurs publics. Loin d’être totalement vain, Anomalisa n’a juste pas été au bout de ses convictions.

Succès sur kickstarter, cette Valse des pantins du pauvre rate de peu la mise en abyme métaphorique qu’elle cherche à signifier par son procédé plastique. 120 000 prises de vues ou 1261 visages ne sont donc pas parvenus à transcender la pirouette technique et l’indigence du propos. Cauchemar existentiel cru posant maladroitement les bonnes questions (Qui sommes-nous vraiment ? Toute cette mascarade a-t-elle un sens ? L’humanité a-t-elle encore de la valeur ?), ce huis clos théâtral a quoi qu’il advienne le mérite d’exister (la scène de sexe, le bureau du sous sol, l’arrivée en avion…). Dommage simplement qu’on en sorte frustré devant un manichéisme inattendu et une réflexion à peine effleurée.

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