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Conférence de presse Katsuhiro Otomo – 25/01/2016

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Lundi 25 janvier 2016 14h / Auditorium du Musée du Louvre

Le musée du Louvre a eu l’immense plaisir d’accueillir, ce lundi 25 janvier 2016, l’un des plus grands auteurs japonais de bande dessinée : Katsuhiro Otomo. Lauréat l’année dernière de la prestigieuse récompense du Festival d’Angoulême : le Grand Prix, le maître mangaka sera en effet en ce début 2016 l’invité d’honneur du 43ème Festival (dont, comme de coutume, il dessine l’affiche). Dans le cadre de cette nouvelle édition organisée du jeudi 28 au dimanche 31 janvier et en prélude à sa visite (qui le verra notamment proposer aux festivaliers une rencontre-événement de plus de deux heures), Katsuhiro Otomo a accepté une rencontre unique avec les médias à l’occasion de sa visite en France. Dans le cadre d’une conférence de presse organisée à l’auditorium du musée du Louvre, avec l’amicale complicité des éditions Glénat et Kana, Frenetic Arts a donc reçu l’insigne honneur d’y être convié et partager avec vous ce moment d’exception. Rencontre avec un monument.

Né en 1954 à Miyagi, préfecture rurale du Japon, Katsuhiro Otomo déménage à Tokyo à la fin de ses études pour y devenir dessinateur. Nous sommes au début des années 70. Sa première œuvre marquante est l’adaptation du roman de Prosper Mérimée : Mateo Falcone. Une BD pour le magazine Action où il dessine des histoires courtes. En 1979, Fireball est son premier manga conséquent. Suivra Domu jusqu’en 1982 qui connaitra un immense succès. La bande dessinée remportera en effet le grand prix de Science Fiction, jusqu’alors réservé à des romans. En 1982, il commence à publier son œuvre désormais mythique : Akira. Histoire fleuve de SF désenchantée dans une Neo-Tokyo apocalyptique, Akira fut tout simplement le manga le plus important depuis Tezuka, le plus définitif, le plus cru, sans concessions et visionnaire. Ce bijou qui inspire encore des générations de scénaristes, dessinateurs, graphistes ou mangakas aujourd’hui lui prendra une décennie.

Devenu célèbre, Otomo s’essaye à la réalisation d’anime en 1987 et signe l’un des trois sketches de Manie Manie ainsi que le début et la fin (et quel final !)  de Robot Carnival. Avec la même équipe, il se lance dans l’adaptation d’Akira en long métrage en 1988. Succès planétaire, culte, définitif et inégalé, l’anime impressionne tant qu’il permettra un essor mondial sans précédent de l’industrie du manga japonais. La France (merci M Glénat) lui a d’ailleurs depuis rendu la pareille. En 1991, il collabore au complètement barge Roujin Z comme auteur et mecha/chara-designer du film. En 1995, nouvelle claque avec Memories. Il y réalisera Cannon fodder, supervisera l’ensemble de l’œuvre (soit en scénarisant Stink Bomb, soit via l’histoire originale Magnetic rose : le vrai chef d’œuvre par Koji Morimoto et Satoshi Kon). Il aidera par la suite son ami et regretté Satoshi Kon pour réaliser le dantesque Perfect Blue sorti en février 1998. Participant à Spriggan en 1998, il scénarise l’adaptation du manga d’Osamu Tezuka : Metropolis réalisé par Rintaro. Il travaille enfin plus de 8 ans sur le long métrage d‘animation Steamboy. Un film somme mêlant 2D et 3D et où l’on retrouve le thème de prédilection d’Otomo : la science. Moins violent et davantage optimiste, le film demeure un éblouissement de tous les instants, une pellicule incroyable de mise en scène et d’ampleur. Vous l’aurez compris, Otomo est synonyme de superlatifs, de génie, d’œuvres qui ont développé et inspiré toute une génération de cinéphiles et créateurs. Rendez-vous convenu mais très enrichissant avec le maitre.

NDLR : Ces questions sont le fait de l’ensemble des journalistes présents à l’auditorium. Nous les remercions pour leur participation.

D’habitude discret quant à votre processus de création, pourquoi avoir décidé cette fois de vous ouvrir et de vous confier, notamment lors de cette rencontre exceptionnelle de 2h30 à Angoulême ?

Je suis profondément heureux et ravi de cette reconnaissance du festival, de son prix et de cet hommage à l’ensemble de mon travail. Je parle très peu mais je voulais faire un effort pour remercier le festival et le public français qui m’a toujours soutenu. Je n’ai pas l’habitude de cet exercice mais je ferais de mon mieux et j’espère que le public sera tendre avec moi !

En 2009, Naoki Urasawa (nldr : Monster, Pluto, 20th Century Boys) déclare que Fireball (ndlr: manga de SF d’Otomo) est le nouveau L’Ile au trésor. Qu’est ce que ça fait d’être un monstre sacré pour toute une génération de mangakas? N’est-ce pas paralysant ?

Chaque fois que je reçois un éloge, j’en suis touché mais j’essaie d’être fidèle à la création et de ne pas trop en tenir compte.

Avec le recul, que changeriez-vous dans le manga Akira aujourd’hui ?           

J’ai dû mal à vous répondre mais à l’époque j’ai tout mis, tout donné, mais je ne le referais pas aujourd’hui. Pendant cette création, j’ai commencé l’anime. Il y avait beaucoup de restrictions, de frustrations aux vues de la durée donc j’ai mis dans le manga tout ce que je n’ai pas pu mettre dans le film

En France, les ventes de mangas sont dominées par Naruto ou One Piece. Que pensez-vous de ces œuvres ?

J’espère en vendre autant ! (rires)

FRENETIC ARTS : On a la malheureuse habitude de l’oublier mais le manga Akira date de 1982, il y a plus de 30 ans. Vous avez inspiré nombres de cinéastes et bédéphiles. Que pensez vous de la jeune génération de mangakas (débutants ou confirmés), à l’image de Mamoru Hosoda et le récemment salué The Boy and the beast. Avez-vous des protégés ou des noms que vous souhaiteriez mettre en valeur par le biais de cette tribune ?

L’année dernière j’ai créé, publié, créé et participé à un recueil de nouvelles, mangas ou illustrations avec nombre de jeunes auteurs japonais. J’ai adoré ça. In fine, les mangakas travaillent énormément et ne se connaissent pas forcément. Bien entendu, certains sont amis mais je tenais à travailler avec la jeune génération. J’y ai pris énormément de plaisir et j’espère rapidement retravailler avec eux.

Je reviens sur le succès incroyable d’Akira. Cette énorme vague de sympathie n’a-t-elle pas occulté le reste de vos travaux et n’êtes vous pas fatigué d’être parfois résumé à ce titre précis ?

Tout dépend des œuvres mais pour moi toutes sont importantes

Nous avons le plaisir, chez Dybex, de distribuer Akira en vidéo. L’idée d’une série télévisée vous a-t-elle traversée l’esprit ?

A vrai dire, je suis très embêté. Je ne suis pas ici avec la personne en charge du développent mais c’est vrai qu’il y a un projet à l’étude. Ne sachant pas ce que j’ai le droit de vous dire, je vous demanderai de ne pas évoquer cette question ! (rires)

Beaucoup de mangakas expliquent s’inspirer de leur quotidien dans leurs œuvres. Quelle est votre source d’inspiration à l’image de ceux qui s’intéressent aux insectes ? (NDLR : Del Toro ?)

Il y a le quotidien biensûr mais surtout l’enfance. Les romans, les mangas que je lisais petit. Pas forcément avec le temps mais la mémoire fait son œuvre et c’est d’elle que surgissent mes créations. J’ai besoin d’un temps de maturation et ça influe sur ma création.

En plus de vos longs métrages, vous avez participé à 4 anime omnibus que sont Manie-Manie, Memories, Short Peace et Robot Carnival. Que retirez-vous de ces expériences différentes ?

A vrai dire, j’espère refaire ce genre de courts métrages. Cela permet de faire des expérimentations impossibles avec le long. Le budget étant différent, on a moins de pression et plus de liberté. Le format court est très intéressant.

A l’image de Retour vers le futur et le parallèle dans le monde réel de l’arrivée de Doc et Marty le 21/10/2015, êtes vous amusé par le rapprochement continu vers le Neo-Tokyo de 2030 ?

C’est le problème de tous ceux qui travaillent dans la science fiction. Personne ne peut imaginer le futur. Il est de toute façon très différent de ce que nous imaginions. L’importance du téléphone portable par exemple. Il est très différent de ce que nous pensions.

Que pensez-vous de la version colorisée d’Akira ?

Aujourd’hui je la trouve perfectible mais à l’époque c’était du bon boulot. C’est Marvel qui avait eu l’idée et qui voulait travailler avec un coloriste, dont j’ai oublié le nom, mais qui voulait travailler par ordinateur. Je ne connaissais pas cette technique mais ça m’a intrigué alors j’ai accepté. Ce serait mieux aujourd’hui mais à l’époque nous avons bien travaillé.

Quels sont projets actuels ? Il y a eu des bruits de travaux avec le musée du Louvre, d’un manga sur l’époque Edo, d’un retour à l’animation…

Je ne peux pas vous parler de tout mais oui le manga sur l’époque Edo est toujours en cours mais j’ai du mal à avancer car je fais beaucoup de choses en même temps. J’ai un projet de film en prises de vues réelles, un film d’animation… On s’emploie pour le moment à trouver les budgets mais je suis aussi en discussion avec Le Louvre et le musée d’Orsay. J’aimerai tout planifier, enfin, cette année.

Connaissez vous la BD Européenne, que pensez-vous de la production et avez-vous des auteurs fétiches ?

Ils sont très nombreux ! Je ne connais pas forcément toute la création contemporaine mais j’apprécie Nicolas De Crécy, Kerascoët ou Lewis Trondheim. Je suis en tout cas toute ouïe si vous avez des auteurs à me conseiller !

Seriez-vous intéressé par une version live d’Akira ? Avez-vous reçu des propositions et auriez vous envie de vous investir ?

J’imagine que vous parlez du projet de la Warner ? A l’heure actuelle, je n’ai toujours pas reçu de scénario. Je n’ai pas plus d’informations que ça… Je n’ai pas l’intention d’y participer, si elle se fait, je serai juste spectateur. J’ai fait mon boulot et cela me convient très bien.

Que représente pour vous le festival d’Angoulême et qu’attendez-vous de cette édition 2016 ?

J’avoue ne plus trop savoir quand je suis venu la dernière fois. En fait ça fait 12 ans! J’ai découvert les œuvres ayant reçu des prix. Ce festival me faisait rêver, j’y ai découverts beaucoup d’œuvres et c’est un grand honneur d’avoir dessiné l’affiche de l’édition 2016. Je voulais vraiment surprendre, que cette affiche soit du jamais vu. En tout cas j’y vais dans quelques jours et je compte bien en profiter!

Nous avons découvert Akira dans les années 90 et notamment ce regard angoissé sur le monde. Ce dernier a-t-il changé ?

Mon angoisse vis-à-vis du monde est la même que celle qui était la mienne quand j’écrivais Akira. Les êtres humains ne sont pas des êtres parfaits, c’est pour cela qu’advienne des événements étranges ou dramatiques. Nous devons faire face à ce monde et cela se reflète dans nos créations.

Les créateurs de bande dessinée avouent souvent qu’ils aimeraient avoir accès a votre cerveau, connaitre l’origine de votre génie. Avez-vous un créateur qui vous fait fantasmer ?

J’avoue ne pas trop me préoccuper des autres auteurs et me concentrer plutôt sur mon travail. Avec l’âge, je me rends compte que j’ai encore beaucoup de choses à faire. Je veux réaliser mon devoir. Les autres ne m’intéressent pas.

Une expo hommage à Angoulême dans quelques jours, une à Paris cet été. Avez-vous pu approcher ces œuvres et quel regard portez-vous sur ces dernières?

Cette idée m’intimidait au début mais je ne pouvais pas refuser. Mais je n’ai encore rien vu.

Comment travaillez-vous avec les responsables éditoriaux sur vos mangas. Ils sont en effet très présents au Japon.

C’est vrai que nous travaillons très étroitement avec nos « tantôsha » ou « tantô » et le rédac. chef du magazine. Aujourd’hui les relations sont accentuées. C’était beaucoup plus souple à l’époque. J’avais carte blanche donc mon exemple n’est pas représentatif.

Comment avez-vous travaillé sur l’affiche du festival ?

J’étais très en retard et j’ai embêté tout le monde ! J’y ai passé pas mal de temps et je voulais faire une œuvre que personne n’avait jamais vu, de surprenant. Entre la tradition japonaise, les clins d’œil… Juste avant Angoulême, j’ai créé une affiche pour un festival de Jazz. Une affiche proche de l’estampe japonaise. Je me suis dis que c’était intéressant de reprendre cette idée. Mais elle était très colorée. J’ai ici travaillé à l’encre de chine et j’espère qu’elle vous plait.

Il y a de plus en plus de femmes scénariste de bandes dessinées. Il y a par ailleurs une polémique actuelle pour cette édition du festival concernant leur absence de la sélection au Grand Prix. Quel opinion porte vous sur l’évolution du métier, notamment en France. (Ndlr : deux questions identiques ont ici été regroupées)

Je trouve cela formidable que de plus en plus de femmes dessinent mais la différence de sexe n’a pas d’importance face à l’intérêt des œuvres-mêmes. Je ne connais pas la liste des dessinateurs ni leurs travaux mais l’important est l’abnégation et le travail. Cela vous parait peut être froid mais tout ça n’a aucune importance. Seule l’œuvre compte. Mais j’en conviens, l’égalité des femmes n’est pas encore un fait établie dans notre civilisation.

Quels souvenirs gardez vous de votre participation à un film en prises de vue réelles et quel sont les cinéastes qui vous inspirent ?

J’aime beaucoup de cinéma live bien entendu. C’est pour cela que quand je le fais, je mélange la vie quotidienne et des éléments fantastiques. Impossibles à l’époque, on peut aujourd’hui réaliser des prouesses grâce aux CGI. Enfin je suis un grand amateur du cinéma de Kurosawa ou Ozu par exemple. Mais j’imagine que vous les connaissez.

A ce propos, comment s’est passé la transition du travail solitaire de dessinateur à celui de metteur en scène et comment gère-t-on l’écriture d’un film quand on n’a pas révélé la fin du manga ?

C’est un peu curieux mais quand je dessine seul, ça me donne envie de cinéma et de travail collectif. Et quand je travaille sur un projet cinématographique, ça me donne très envie de retourner devant ma planche à dessin ! Quand j’ai commencé à réaliser l’adaptation d’Akira, je n’avais pas encore terminé le manga mais j’avais à peu près décidé de la fin de l’histoire. Pour le film, j’avais une contrainte, celle de faire tenir l’histoire en deux heures. J’ai donc ressenti une sorte de frustration mais, après, comme je vous l’expliquai tout à l’heure, j’ai repris la publication du manga et j’ai pu y mettre tout ce que je pouvais

Pourriez-vous nous parler un peu de Moebius (Ndlr : il a adressé un clin d’œil au génie sur son affiche en incluant le personnage d’Arzach)

Je l’aime énormément. Nous avions un projet commun. Un film d’animation. Nous avons beaucoup discuté mais ça n’a pas abouti. Mais il n’est pas le seul. J’aime beaucoup aussi Enki Bilal. A vrai dire, beaucoup de monde aimait la BD dans les 70’s et des gens allaient en France tous les deux ans pour surveiller la création.

Pour rebondir sur l’avancée technologique ou sur l’inspiration de Moebius dans de nombreux imaginaires, n’avez-vous pas vous aussi envie de travailler pour le medium jeu vidéo ou pensez vous qu’il est trop tard (ndlr : en réalité, il lui demande s’il se sent trop vieux !) ?

Pour être honnête, je joue beaucoup moi-même. J’adore ça ! Le monde des jeux vidéo a beaucoup évolué. Le graphisme est incroyable et on utilise même la technologie 4 K, des budgets colossaux. C’est un peu dur pour moi mais j’ai un bon ami, très important chez Bandai-Namco, avec qui je vais souvent boire un verre et qui se plaint de plus en plus des dépenses faramineuses du milieu. J’ai juste un peu de mal à suivre la vitesse des jeux d’aujourd’hui.

Pour sortir un peu du domaine artistique, qu’aimez vous faire quand vous venez en France et à l’inverse conseillez vous des activités au Japon?

D’abord, j’ai le devoir de boire du vin et de manger du fromage (rires) ! Et si vous venez, je vous conseillerai des très bons restaurants de ramen et de nouilles.

L’évolution des techniques d’animation impactent t’elles l’approche de vos travaux ?

Les progrès ne changent pas ma manière d’écrire. Le progrès me donne envie de montrer certaines séquences mais l’avancée de la technologie et bâtir une intrigue n’ont rien à voir.

Un dernier mot sur la moto de Kaneda et l’engouement qu’elle suscite depuis tant d’années. Comment expliquez-vous ce succès ?

A vrai dire je réserve mes remarques pour la rencontre d’Angoulême !

Un salut aucunement emprunté à l’équipe du Festival de BD d’Angoulême, le musée du Louvre et son éqauipe, Glénat, Kana, Julie Réhaume et bien entendu à Katsuhiro Otomo et sa traductrice, la même qui nous a accueille pour l’interview d’Hideo Nakata. La prochaine fois, on lui demande son nom ! En espérant que ce compte rendu vous a comblé amis lecteurs. A très vite sur Frenetic Arts !

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