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Les Enquêtes du Département V : Délivrance. Table ronde avec Nicolaj Lie Kass et Louise Vesth

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A l’occasion de la sortie en e-cinéma du troisième volet des Enquêtes du Département V par Wild Bunch, Frenetic Arts a eu le plaisir de passer une heure en table ronde avec d’autres sites et l’acteur Nicolaj Lie Kaas (Carl dans le film) et la productrice Louise Vesth, responsable notamment de Nymphomaniac ou Melancholia. Rencontre  via le lien ci-après pour la vidéo en vo intégrale (Table ronde) ou le compte rendu écrit ci-dessous. Merci à Mulderville pour sa vidéo.

Êtes-vous surpris par le succès des films ?

N : Non (sourire). Nous n’aurions jamais imaginé ça. Oui, je le suis. C’est énorme ! Nous en sommes très fiers.

 Comment êtes-vous tombé sur le projet ?

N : A vrai dire, j’étais sur The Killing et au début, j’ai dis non. J’en avais assez des crimes. Mais la discussion avec mon agent, le réalisateur et la lecture du script m’ont fait changer d’avis. L : Nous avons eu beaucoup de chance. Nous avons fait passer un nombre incalculable de castings et l’équipe fonctionne vraiment. Toutes les volontés vont dans le même sens, à quelques niveaux de responsabilité que ce soit.

Un mot sur Farès Farès ?

N : C’est l’enfer de travailler avec lui (rires) ! Il est incroyable. Un acteur hors pair et j’y ai trouvé mon meilleur ami. Même s’il est suédois (rires) !

Quelle pression aviez-vous aux vues du succès des livres ?

L : Énorme bien entendu. Il fallait tout donner. Je me disais souvent « Oh mon dieu, comment réussir ? Comment aller au-delà du projet et dépasser l’ombre des livres… ». C’était très intimidant. J’étais très nerveuse

FA : A vrai dire, il a piqué ma question alors passons à la suivante ! J’ai été très étonné du changement de réalisateur pour ce troisième opus. Mikkel Norgaard et son chef op’ Erik Kress ont réalisé un boulot incroyable. Proche de Fincher avec des ambiances brumeuses étouffantes, un gros travail sur la lumière… Pourquoi ce choix surprenant ?

N : Trop cher ! L : Je suis très heureuse que vous en parliez. Notamment de l’influence de David Fincher. Ils travaillent ensemble de façon quasi maniaque, répétant les prises, butant sur chaque détail. C’était de la pure minutie. Mais nous devions trouver un ADN, nous concentrer sur ce qu’est la série quelque soit la personne derrière la caméra. Sans s’endormir ni ennuyer le spectateur, il fallait surprendre tout en respectant la colonne vertébrale du récit. On s’est imposé nous même ce challenge. Ici, la mise en scène est moins stricte, plus évocatrice. Je ne devrais pas vous le dire, mais si j’avais pu le garder, Mikkel aurait réalisé celui-ci aussi.

FA : Je comprends. Ce dernier réalisateur est lui plus dans l’évocation. Son rapport à la nature, ses plans larges… A mon avis, c’est un grand admirateur de Terrence Malick.

L : Tout à fait. N : Avec lui, j’ai travaillé vers de nouveaux objectifs, d’une manière différente. En danger. C’est comme ça que je suis meilleur.

Comment-avez-vous préparé le film ?

L : Dans la douleur. De la pression, des scènes difficiles avec les enfants mais aussi des problèmes de CGI… C’était un énorme challenge, technologique et humain. En tant que productrice, c’est très stressant ! N : En tant qu’acteur, on se pose mille questions. On répète différentes situations, on calcule les risques. Sur les cascades, il y avait beaucoup de tension comme lorsque je tire accroché à la voiture, à travers les vitres ! Nous, on essayait de prendre du plaisir mais je crois que Louise était terrifiée à cause des arbres environnants ! (rires). ndlr : elle acquiesce.

Il y a une vraie rupture de ton ici. Plus dramatique et on s’éloigne du buddy-movie.

N : C’est exact. On doit progresser pour le spectateur. L’osmose doit évoluer entre Assad et Carl. Je prends beaucoup de plaisir à jouer Carl. Il pousse d’ailleurs Assad vers l’obscurité. C’est un terrain glissant et instable mais c’est passionnant.

Quel sentiment avez-vous ressenti à la lecture du script ?

N : Déjà c’est mon livre favori. Quand on a des enfants, cette sinistre histoire de kidnapping d’enfants fait froid dans le dos. Je me suis senti très concerné. L : J’aime ce côté lugubre tout comme le comique de nos films. La scène de la dent du premier par exemple implante des souvenirs sombres dans les mémoires des spectateurs. A plus forte raison avec des enfants. Ici on ne suit pas vraiment leur destin. On est plutôt plongé dans la psyché de Carl.

FA : Rassurez-vous je parle bien entendu du personnage mais justement, ce côté sombre du personnage de Carl devient quasiment insupportable ici. Il crache sur la religion, tient des propos homophobes… C’est un vrai trou du cul et pourtant, on ne peut s’empêcher de l’aimer ! C’est souvent le cas dans vos fictions et ça en inspirent d’autres comme Broadchurch. Au Danemark, il semble flotter une odeur de souffre. De désillusion. Est-ce une vision pertinente de votre cinéma ?

N : Je pense que c’est mondial. Que ce soit sur la religion, l’immigration ou que sais-je, il faut tout simplement parler. Les gens doivent discuter. Ici, Carl n’en a rien à foutre. Il dit, comme je l’aimerais parfois si je n’avais pas certaines responsabilités de père ou de personnage public : « Fuck the world ! ». Il n’a aucun garde fou. Il est libre et emmerde la terre entière. On veut tous être écouté. J’aimerai être parfois comme lui. Si j’osais !

L : Exactement. Carl dit tout ce que les gens pensent sans oser le dire. Il s’en sert pour créer une réaction chez les autres. Entrer en interaction…

FA : Oui, il nous insupporte mais on l’aime malgré ses propos homophobes par exemple !

L : Vous pensez qu’il l’est ? C’est intéressant car personne au Danemark ne le pense

FA : Ah oui ?! Vu ce qu’il balance dans la voiture à Assad…

N : pour moi, c’est juste une vanne !

FA : Je ne veux pas faire une fixette dessus hein, c’est juste un détail !

L et N : Non non, cette réception du personnage dans un autre pays est très intéressante.

FA : En fait, ses propos outranciers, son attitude, son côté écorché vif font alors de lui le personnage le plus intéressant.

N : Tout à fait. En fait, au début des films, Carl et Assad sont très éloignés, ils ne se comprennent pas. Puis forcément, leur relation évolue, la frontière s’amenuise et Carl évolue. Je ne le vois pas comme un immonde connard et l’apport de Farès, de sa spiritualité est primordiale. Vous parliez de communautés, de religion… J’adore le fait que Carl mette des mots sur les actes. Cette dualité, cette conviction aussi qu’à Farès sont très courantes au Danemark. Les films traitent de respect. Si vous ressentez la foi en vous, couler dans vos veines, il n’y a pas matière à discussion. L : je pense que l’intérêt qu’on porte à Carl est sa proximité. On le comprend tout simplement. On peut être en désaccord avec lui mais on sent que c’est un type bien. Que lui aussi, cherche quelque part à être aimé. Il faut réussir à contourner ses réflexes d’autodéfense, son aspect asocial.

Un mot sur sa relation avec son beau-fils ?

N : Cette relation est expliquée dans les livres. C’est un personnage qui pourrait revenir. Euh… (Ndlr : ils oublient le nom du personnage et cherchent son nom sur internet via leurs téléphones !) Jasper ! Bref, c’est un fantastique acteur en tout cas. On a beaucoup échangé. Surtout avec le réalisateur. C’est une chose très appréciable au Danemark. Les metteurs en scène écoutent beaucoup les acteurs.

Comment s’est passé le tournage de Men and chichen d’Anders Thomas Jensen ?

N : Eh bien c’est plutôt le même genre de rôle… (Rires). Je crois que c’est son troisième film. Il est incroyablement ambitieux et perfectionniste. C’est le genre de rôle qui m’a remué en temps qu’être humain. C’était génial de travailler avec les enfants et ça m’a profondément touché.

Nous en sommes à six romans et trois films. Pouvons-nous espérer que vous continuiez.

N et L : Nous n’avons les droits que pour 4 films. Je pense qu’on s’arrêtera là. Nous verrons bien mais c’est déjà bien comme cela et pour l’instant ce sera 4.

Vous êtes désormais connus dans le monde entier grâce à ce rôle. Comment avez-vous gérer cette soudaine hausse de notoriété ?

N : C’est génial de voyager pour parler de films ! Être ici, à Paris… Et puis la plupart du temps, les gens sont adorables. Sauf quand ils ont trop picolé ! Mais on a des fans, on fait des photos avec eux. J’ai beaucoup de chance et je suis très fier de défendre ces films. L : Ce weekend nous avons présenté le film en festival, avec du public avec qui nous avons discuté, c’était top! Les gens sont adorables. Ils ont ressenti le film très intensément visiblement. Nous avons parlé de la foi, des personnages, du suspense… Nous avons donc beaucoup échangé, et en temps que productrice de films dramatiques, c’est très enrichissant. Nous avons aussi évoqué l’église et la condition de croyant. L’ambiance de recueillement d’une église, la musique liturgique…

FA : Ma dernière question concerne le personnage de Rose. L’actrice crève l’écran. Peut-on espérer que son personnage s’étoffe dans le quatrième film ?

L : Bien entendu, son personnage est beaucoup plus dense dans les livres mais je suis d’accord avec vous. Elle épaule ces deux hommes et mériterait plus de présence. Mais il y a déjà tellement d’ellipses par rapport au livre qu’en  passant plus de temps avec Rose, pour mieux la connaitre, ferait exploser la durée du film. Nous devons nous en tenir aux deux heures. Mais c’est vrai, dans chaque film, à chaque fois qu’on la croise, on ressent quelque chose. Nous n’avons malheureusement pas le temps de faire plus.

Quel regard portez-vous sur la production cinématographique danoise ?

L : Wow ! C’est une bien trop large question ! Nous sommes simplement heureux de faire les films qu’on veut, sans censure. Je me sens très privilégié. N : Il y a aussi de très beaux acteurs (rires) ! L : Nous n’avons pas beaucoup d’argent mais tout le monde s’investit énormément et l’émulation est constante. Nous parlions plus tôt du personnage de Carl. C’est notre point fort je pense. L’écriture des personnages dramatiques depuis des années. C’est ce qu’on compte continuer à développer à l’avenir.

Un immense merci à l’équipe de Wild Bunch pour son accueil dans ses locaux (avec des caouètes !) et un salut aucunement emprunté à Louise Vesth et Nicolaj Lie Kass pour leur disponibilité et leur gentillesse.

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