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THE STRANGERS

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Goksung  – 2016  – Corée du sud

Genre : Thriller – Policier – Drame

Réalisateur : Na Hong-jin

Acteurs : Kwak Do-Won, Hwang Jeong-min, Chun Woo-hee

Musique : Jang Young-gyu, Dalpalan

Durée : 2h36min

Editeur/distrib. : Metropoltan FilmExport

Date de sortie : 6 juillet 2016

Site officiel : http://www.metrofilms.com/films/7684/the-strangers.html

Film : 5/6

Synopsis : La vie d’un village coréen est bouleversée par une série de meurtres, aussi sauvages qu’inexpliqués, qui frappe au hasard la petite communauté rurale. La présence, récente, d’un vieil étranger qui vit en ermite dans les bois attise rumeurs et superstitions. Face à l’incompétence de la police pour trouver l’assassin ou une explication sensée, certains villageois demandent l’aide d’un chaman. Pour Jong-gu aussi, un policier dont la famille est directement menacée, il est de plus en plus évident que ces crimes ont un fondement surnaturel…

Précédé d’une élogieuse réputation, The Strangers souffre depuis peu les oripeaux de nouveau porte-étendard du thriller sud-coréen. Convié dans les locaux de Metropolitan pour découvrir le film, Frenetic Arts a ainsi pu s’évanouir dans la nouvelle toile tissée par Na Hong-jin, metteur en scène surdoué des excellents (bien qu’un peu surestimés) The Chaser et The Murderer. Verdict pour un film très attendu.

Masques de cire au pays du matin frais

Dans un précédent long métrage sorti en 2008 (The Chaser), Na Hong-jin jonglait en équilibre constant avec les thématiques de hiérarchie et d’impuissance coercitive. Jurant avec le traitement habituel de la criminalité dans le polar coréen, le film décevait toutefois en s’étourdissant dans un final frustrant et des enjeux qui le dépassaient. Du chef d’œuvre absolu J’ai rencontré le diable à sa dynamique du milieu des années 90, miroir brisé de sa propre histoire, le septième art coréen s’est noyé jusqu’il y a peu parmi les cicatrices qui le caractérisent. De la censure à l’occupation japonaise, de la fragmentation du pays à la propagande idéologique… Entre tradition et clins d’œil évidents à l’occident, le polar coréen explose régulièrement la rétine de spectateurs désormais aux faits de son génie. JSA, Shiri, Memories of murder ou la trilogie de la vengeance (notamment le bijou Old Boy), impossible de ne pas s’incliner face à un genre désormais attendu comme le messie et dont les codes font mouche chaque fois (le récent Sea Fog). Désormais débarrassé des accusations de plagiat qu’il trainait à ses débuts, The Strangers confirme lui que le polar coréen hisse son niveau d’exigence à une prise de risque inattendue. Priver son spectateur de repères sensoriels et multiplier les pistes d’interprétations. Un témoignage de maturité évident pour un pays pourtant encore convalescent.

J’ai rencontré des démons

Présenté Hors-Compétion cette année au festival de Cannes, magnifié par le surdoué chef-opérateur Hong Kyung Pyo : Snowpiercer, Sea Fog ou The Mother – excusez du peu -) et l’implication de ses comédiens Kwak Do Won (Nameless gangster) ou Kunimura Jun (Kill Bill I et II) : Goksung (dont le nom vient du village de tournage) porte en lui les stigmates de l’exigence. 6 mois de travail,  121 jours de tournage, errance dans plusieurs grandes villes et villages de Corée comme Hamyang ou Cheolwon… Bien lui en a pris, les écharpes de lumières (naturelles) transperçant la forêt hypnotisent le parterre de témoins et la montagne sous une pluie battante n’a jamais été aussi belle. Au-delà de cette évidente réussite esthétique, le propos du réalisateur confirme une implication qu’on suppose dantesque. Interprétations de la rumeur et des us, certitudes religieuses, chamanisme, charlatanisme ou cynisme environnant, il est rare de voir un metteur en scène aussi respectueux de son auditoire. Ne livrant aucunes clefs quant aux disparitions mystérieuses tailladant un village isolé et cabossé, Na Hong-jin manie avec dextérité nos convictions et fait valser les conventions sémantiques. Égarant dans la forme comme dans le fond les interprétations des plus endurcies (sont-ce des superstitions ancestrales, l’œuvre d’un tueur en série, d’un champignon venimeux ou du diable en personne?), The Strangers a le courage de ne jamais relâcher son étreinte : de l’utilisation souvent juste d’un humour salvateur au défi évident de proposer un nombre incalculable de visionnages. Voyage sous champignons hallucinogènes sacrément éprouvant, il est à l’évidence impossible de trop en révéler tant la pépite du réalisateur coréen mérite de s’y abandonner vierge de tout apriori. Jeu de piste ambitieux qui aurait gagné à sacrifier une demi-heure de pellicule pour  devenir définitif (et c’est là le seul reproche à lui faire), le nouveau bijou du metteur en scène coréen confirme à quel point ce pays surnage au dessus de la mêlée. Perdue dans un jeu de quilles, la valse des suspects et les superstitions ancestrales, baignée dans une ambiance aussi poisseuse qu’onirique, la France risque fort le 6 juillet prochain de vaciller, puis d’en redemander.

Molesté par un climax ahurissant d’intelligence qui nous cloue au siège, The Strangers est l’un des films les plus étourdissants de l’année. Visuellement inattaquable, c’est par l’intelligence de son traitement et ses multiples couches de vernies (certes friables) qu’il parvient à se hisser au niveau des cadors du genre.  Le Se7en de Fincher est son modèle. Il n’a pas à rougir de son hommage. Cathédrale infranchissable ou grand huit émotionnel, à vous de voir comment vous recevrez cet uppercut. Pour nous, signe des grands voyages, une seule envie : devenir ermite et le revoir ad vitam aeternam.  In fine, on caresse le sans faute et la sincérité du regard d’un policier lambda prêt à tout les sacrifices pour sauver sa fille frappe droit dans le cœur. Noir comme le charbon et réflexion évidente sur le rejet de l’autre, The Strangers est une bombe, une vraie.

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