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Mimosas

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MIMOSAS: LA VOIE DE L’ATLAS

(Mimosas) ESPAGNE / MAROC / FRANCE. 2016. Réal.: Oliver Laxe. Scén.: Oliver Laxe, Santiago Fillol. Prod.: Felipe Lage Coro. Photo: Mauro Herce. Mont. : Cristobal Fernandez. Costumière : Nadia Agimi. Dist.: UFO Distribution. 1h36. Avec : Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Saïd Aagli, Ikram Anzouli. SORTIE : 24 AOÛT 2016

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Une caravane accompagne un cheikh âgé et mourant à travers le Haut Atlas marocain. Sa dernière volonté est d’être enterré à côté de ses proches. Mais la mort n’attend pas. Les caravaniers, craignant la montagne, refusent de continuer à porter le cadavre. Saïd et Ahmed, deux voyous voyageant avec la caravane, disent connaître la route et qu’ils mèneront le corps à destination. Dans un monde parallèle, Shakib est désigné pour aller dans la montagne avec une mission : aider les caravaniers de fortune.

Le Diable ne se prosterne pas

Auréolé cette année pour sa première fiction du Grand Prix de la Semaine de la Critique, Oliver Laxe propose avec Mimosas un poème onirique aussi troublant que salvateur. Traversée du Styx aux doux airs de Mirages de Talal Selhami, le film se déshabille avec retenue, dévoilant son fil d’Ariane comme autant de strates sémantiques et sensorielles. Profession de foi ou chemin de croix, un métrage en forme de méditation.

A l’image des crevasses scarifiant le visage sec comme le sable des berbères comme autant de contes millénaires, Mimosas s’appréhende comme un champ des possibles exigeant. Abandonnant son spectateur (qui manque parfois de clefs pour déverrouiller l’intrigue) dans un voyage inouï au milieu de montagnes toutes plus belles les unes que les autres, le cinéaste livre ainsi sa quête du Graal sous les oripeaux de quidams à la recherche de leur accomplissement et reflets de notre propre humanité. En effet, pour peu que l’on accepte ce postulat, l’enjeu ne repose alors ni sur les visages ou les prénoms des voyageurs, ni sur la parole des hommes. Le défi sera ce que l’on fait de notre vie. Martelant son propos (avec une certaine maladresse) en multipliant les plans iconiques et la règle des 2/3 parfois jusqu’à la nausée, métaphysique et asséché, le film se préserve du naufrage (malgré un bon quart d’heure contemplatif de trop) grâce à une judicieuse utilisation du rythme de ses péripéties.

En dépit donc d’ un schéma narratif somme toute classique (errance, événements déclencheurs comme les brigands ou les forces de la nature, repos, marche…), l’intelligence de Mimosas réside dans son écriture. Nous apprécierons alors l’illustration de cette aventure humaine via l’imagerie elle-même, la route se dévoilant par exemple sinueuse à intervalles réguliers: dans la montagne, sur un cours d’eau ou le tracé d’un véhicule… Lorgnant vers la plastique de Terrence Malick ou la succession de tableaux de Sorcerer, ce voyage énigmatique ne plaira à coups-sûrs pas à tout le monde. A l’image du premier plan du film, fresque murale en trompe-l’œil dissimulant une porte vers un monde inconnu, si le film d’Oliver Laxe manque parfois de subtilité dans sa forme, il n’en est pas moins sincère. Transpirant l humilité, Mimosas n’est ainsi qu’une pause salvatrice de moins de deux heures dans la frénésie de notre civilisation et un baume apaisant sur les cicatrices encore convalescentes de récents et dramatiques événements ayant affaibli nos certitudes. Road trip invitant à la réflexion en forme de main tendue ou d’un chant soufi, à l’évidence: le signe d’un grand film.

 

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