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VIVA MEXICO 2016 : Interview Eugénio Polgovsky

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Du 5 au 11 octobre dernier, au cinéma Luminor Hôtel de ville de Paris, se déroulait la quatrième édition de la célébration du cinéma mexicain : le festival Viva Mexico, rencontres cinématographiques. Festival itinérant jusqu’à la fin d’année dans 7 autres villes de France et que nous avions chroniqué via de nombreux articles l’année dernière, FRENETIC ARTS a cette fois décidé de célébrer le réveil des consciences en zoomant sur un film et surtout un cinéaste nous ayant profondément bouleversé. Un signal d’alarme nécessaire qui rappelle une nouvelle fois que le nom de ce festival n’est pas à entendre au premier degré, sa conscience politique et sociétal se dévoilant un peu plus à chaque édition.

Œuvre (car l’on parle ici d’une œuvre d’art tant dans la forme que dans sa portée soit : dévoiler l’envers du monde) en forme d’uppercut en plein cœur, Résurrection d’Eugénio Polgovsky est un film à voir d’urgence pour qui possède un minimum de conscience écologique et d’empathie pour l’humanité. Une évidence certes mais la Pangée ne l’étant pas pour tout le monde, rappelons donc que jusqu’à preuve du contraire, mieux vaut prendre soin de notre terre. Il n’y en pas d’autres…

CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ

Les chutes d’El Salto de Juanacatlán » furent un temps appelées le « Niagara mexicain » et constituaient une source de bien-être immense et un revenu garanti pour les villages alentour. Ce petit coin de paradis naturel disparut le jour où un couloir industriel fut mis en place sur le fleuve Santiago. Aujourd’hui, ce cours d’eau empoisonné détruit tout ce qu’il touche, emportant avec lui les souvenirs des pêcheurs et des paysans qui ont vu leur monde s’écrouler. Depuis les ruines toxiques des berges du Santiago s’élèvent des spectres anciens, échos d’un éden perdu. Dans Resurrection, une famille se bat pour survivre, risquant tout ce qu’elle possède dans sa quête pour faire revivre les eaux claires d’antan. Le destin d’un fleuve s’entremêle à celui d’un village, et de l’humanité tout entière.

FA : Bonjour Eugénio. On est dès le départ frappé par la beauté, le soin porté à certaines images du film. Poétiques et évocatrices, elles réussissent à magnifier et adoucir le constat dur et alarmant du documentaire. C’est ta manière de raconter des histoires ? Offrir au drame un écrin de sérénité ? Je pense par exemple à ces carcasses dorées de ruminants évoquant le sacrifice du vivant sur l’autel de l’argent ou ses racines de végétaux filmés comme des cascades.

EP : Je suis très touché ! Tu es d’une grande sensibilité. C’est la première fois qu’on me fait pareil compliment. Oui, je travaille beaucoup la puissance évocatrice, je tends à un propos universel. Je travaille beaucoup avec les images d’archives. Les vols d’oiseaux ou les images de cascades sont une appropriation de cette situation dramatique pour porter l’espoir.

FA : Par ailleurs, a contrario des 3 génies actuels du cinéma mexicains voir mondial : Guillermo Del Toro, Alfonso Cuarón Orozco et Alejandro González Iñárritu et toutes proportions gardées évidemment malgré l’immense respect que j’ai pour eux, ils ne profitent pas de ces tribunes pour propager un propos social sur le pays. C’est un indispensable pour toi ?

EP : Tu sais malheureusement le Mexique est un pays très compliqué. Cette obscurité, cette catastrophe environnementale est véhiculée, enfin j’essaie, à travers la beauté. C’est en somme ça l’espoir.

FA : C’est pour cela qu’il s’appelle Résurrection ?

EP : Pas exactement, c’est plutôt un titre ouvert. Sujet à interprétations. La prise de conscience au cinéma EST une résurrection non ? Quelque chose en sommeil qui attend d’être illuminé par la conscience de la préservation de notre ressource fondamentale : l’eau. C’est le message pacifiste d’un film baigné dans le fleuve mais aussi dans les attentes humaines, politiques ou écologiques. Tout est entremêlé. En tout cas ça vient du cœur, c’est un hommage au cinéma, au fleuve cinéma… Des images construites pour un fleuve qui lui, à perdu sa mémoire, ses ancêtres disparus. J’essaie de modifier la structure de mon récit avec cette créature que j’appelle le temps. Qui avance comme une machine-outil sur ce fleuve. Tout ceci est dissimulé sous la tragédie mais renseigne toi sur cette histoire tu verras.

FA : Justement je ne connaissais pas ces « chutes du Niagara mexicaines » et ce funeste destin… C’est terrifiant. C’est pour cela qu’aujourd’hui Frenetic Arts dirige le projecteur sur ce film. Par respect pour la planète et la souffrance de ces milliers de personnes qui on perdu un membre de leur famille (au propre comme au figuré) … J’ai justement été abasourdi par le spot publicitaire gouvernemental que l’on voit dans le film (et l’un des seuls sourires), et qui promet le recyclage, l’énergie propre et un havre de sérénité pour les familles alors qu’ils déversent plus d’un millier de produits chimiques différents dans le fleuve 300 mètres plus loin ! Ces attaques virulentes t’ont-elles mis des bâtons dans les roues de la part des lobbys d’entreprises ?

EP : Non, c’est une manière de leur donner la parole et d’exposer leur version (rires) ! Honnêtement, le propos parle de lui même mais ce que tu dis est exactement la réalité. La question n’est même pas de savoir si le film déplaira ou pas à certains. En réalité, tout le monde l’ayant vu s’est rendu compte, qu’un jour ou l’autre, il sera touché par cette pollution. Tôt ou tard. La pollution traverse les frontières. Ma plus grande peur est l’apathie. Que rien n’arrive.

FA : On voit par exemple un plan très frappant dans le film où une photo noir et blanc encadrée du fleuve trône sur un meuble, posée sur une nappe. Comme un aïeul disparu…

E P : Je te remercie d’avoir été aussi attentif à tous ces symboles. C’est bien cela, un torrent nourri différent aujourd’hui mais un hommage aux habitants, à la famille, aux victimes, à ce fleuve plein de vie et de générosité. On a aujourd’hui oublié ce que disait les égyptiens. Que nous naissions « autour du fleuve ». C’est lui qui fait le paysage et cette cascade était sa perle rare.

FA : Dernière question dédiée cette fois aux victimes écologiques de ces pollutions d’entreprise. Une entreprise qui les a privés de ces ressources offertes par le fleuve (eau pure, poissons, migrations des canards ou tourisme) pour désormais les obliger à acheter leurs vivres en travaillant pour eux, la santé en moins. Quel paradoxe insupportable ! Que sont devenus ces gens et comment les as-tu rencontrés ?

EP : Malheureusement, rien n’a bougé. Pire, deux intervenants du film sont aujourd’hui décédés… J’ai par exemple reçu un appel de l’un d’entre eux qui me parle d’une bonne, et d’une mauvaise nouvelle. L’un de ses enfants à reçu sa transplantation de rein. L’autre est décédé. On essaie de garder espoir, d’ouvrir une humble fenêtre sur le monde, notamment dans les yeux de cette nouvelle génération qui organise des « visites infernales » pour propager l’histoire de ce fleuve et de ses habitants et réveiller les consciences. Les pupilles des anciens elles, sont désormais scarifiées et bien trop humides…

Production Tecolote Films, PIANO – FOPROCINE / 94min. / 2K – DCP 5.1 / México 2016 /

Producteur: Julio Chavezmontes, Eugenio Polgovsky.

Réalisé par Eugenio Polgovsky

Avec Graciela González, Sofía González, Enrique Enciso, María Guadalupe Hernández

Durée : 1h34. – Genre : DOCUMENTAIRE

Sortie nationale le 01/01/2016

Un salut aucunement emprunté à Barbara Caroll De Obeso, Eugenio Polgovsky, l’équipe du Luminor Hôtel de ville et à tous les bénévoles. Cette interview est humblement dédiée aux habitants des rives du fleuve Santiago.

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