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BATMAN VAMPIRE – Batman/Dracula: Red Rain + Batman: Bloodstorm + Batman: Crimson Mist

2

Dessinateur: Kelley Jones

Couleur: Les Dorscheid, Gregoy Wright

Scénariste: Doug Moench

Collection: DC DELUXE

288 pages

Paru le 23 / 09 /2016

4,5/6

Synopsis: Il rôde dans les recoins des plus sombres de la ville, cherche à protéger les innocents d’une armée de vampires en quête de festins nocturnes. Y parviendra-t-il avant de lui-même succomber à la soif dévorante de sang humain ? Le Batman est devenu l’un des leurs, rongé par le désir et la culpabilité.

Conte? Légende? Créature nocturne au pouvoir maléfique? Le vampire est aujourd’hui une chimère encore plus populaire que les Jekyll et Hyde, Dr. Frankenstein ou le mythe du loup-garou. Fruit des fantasmes dans lesquels s’entrechoquent quête d’immortalité, puissance sans égale ou pure domination sexuelle, l’élégante silhouette du vampire a toujours renvoyé aux hommes l’image de sa propre finitude, de ses intimes défaillances… Créé en 1897 par l’écrivain irlandais Bram Stoker: l’emblème de l’épouvante gothique venu du folklore des montages d’Europe de l’est se devait tôt ou tard de s’accoquiner avec le justicier le plus populaire de la planète: BATMAN. De Murnau à Feuillade, de Carpenter au chef d’œuvre 30 jours de nuits (Comic book ou film, les deux illustrations sont formidables), l’ombre menaçante fut maintes fois exploitée par le septième d’art. Tachons alors d’envisager ce recueil avec un minimum de retenue.

LES MORSURES DE L’AUBE

Frère sémantique évident (la chauve souris), Batman et sa symbolique auraient pu se prendre les pieds dans le tapis tant le chancellement d’équilibriste des auteurs pouvait ressembler de prime abord à pure entreprise mercantile. Pourtant, à l’évidence, l’équipe est talentueuse. Squelettique, terrifiant, menaçant, le crescendo de ces 3 histoires abandonne un spectateur forcément décontenancé face à un héros de toujours se transformant peu à peu en prédateur ultime. Circonvolution existentielle, perte de repères (à l’image parfois d’une autre aventure encore plus réussie, le définitif La Cour des hiboux), esclavagisme corporel, Batman devient sous le trait de son dessinateur une icône originale jamais vue-lue sous une autre plume et est désormais un chat qui se hérisse pour mieux vous glacer le sang. Si l’aventure face à Dracula traîne en longueur et ne livre jamais le délire d’hémoglobine et de folie attendue, c’est en tournant la dernière page qu’on se rend compte que le rythme et l’échelle émotionnelle choisis sont particulièrement bien trouvés offrant alors un climax inoubliable. Raconté chronologiquement, l’entame de la BD est au départ plutôt déroutante puisque face au prince des ténèbres et pour la première fois, le justicier est complètement à côté de la plaque. Il ne comprend pas comment ce tueur en série peut lui échapper et devra accepter son échec. C’est le début de la longue agonie d’un Batman qui chute au ralenti dans un précipice sans fond. Une chose est sûre, les deux auteurs n’ont pas peur de la prise de risque et l’effort se devait d’être salué. La seconde partie du récit enfonce le clou et donne à notre histoire beaucoup plus d’épaisseur, tombant au fil des pages nez à nez avec de nombreux méchants iconiques de Gotham City, Joker en tête. Particulièrement brillante, l’explosion des certitudes devient dans cette deuxième partie un vrai régal. Des cases se brisent sous notre regard, la folie de Batman fait passer le joker pour un cul béni et l’écriture se mue en poème. Page après page, nous sommes désormais non plus devant un comic book mais un roman. Les lignes qui parcourent le récit sont sublimes et certains passages donnent le frisson.

Ainsi, quand le cœur de Batman s’assombrit, il confit en courant a s’en faire consumer le cœur: «Trempé sous la pluie rouge, je fuis l’église. Maudit par le sort, je fuis le jour. Humilié par ma faute, je fuis le sang».

ALFRED, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE?

Poussé à son paroxysme dans un troisième acte particulièrement éprouvant, le récit se transforme alors en slasher movie décomplexé. Adulte, assumé et sans retenue, la conclusion en mettra plus d’un (qui ont la chance de ne jamais avoir mis les yeux sur ces pages), sur le carreau. D’une extrême violence, le pavé de 290 pages trouve enfin son rythme de croisière et laisse exploser sa rage. Elseword imparfait (l’entame est très poussive, les dialogues inutiles et répétitifs sont un peu trop visibles et certains bad guys sont VRAIMENT trop stupides), Batman Vampire demeure une jolie réussite. De l’ambiance brumeuse que n’aurait pas renié le Londres de Jack The Ripper aux grimaces insoutenables du Joker, du ton adulte et désespéré choisi par les auteurs (meurtres de prostitués et de sdf, perte d’identité et de lien social) à certains passages particulièrement gores voir sadiques, la prise de risque vise dans le mille et possède de véritables atouts. Audacieux, Batman Vampire n’aura donc jamais l’aura d’un Killing Joke mais à surpris pas mal de monde à sa sortie par sa qualité d’écriture et surtout son ascension vers un final grand guignol et désenchanté.

Jusqu’au-boutiste, cette trilogie alternative du caped crusader a donc réussi à jongler sans échouer avec les thématiques complexes que sont la perte d’humanité et l’acceptation de son côté obscur. Graphiquement inattaquable, certains passages comme le «peloton d’exécution» des ennemis emblématiques devraient même vous faire frissonner de plaisir. Gothique, riche, transpirant l’implication et la sueur, Batman Vampire est en l’état une vraie bonne anthologie.

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