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STARVE

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STARVE: Cuisine et dépendance

Scénario: Brian Wood
Dessin: Daniel Zezelj
Paru le 14 avril 2017
Collection: Urban Indies
Pagination: 256 pages
Prix: 22,50 euros
Note: 4,5/6

Synopsis:Dans un monde où les inégalités ont achevé de fracturer la société en deux. Puissants comme laissés pour compte se réunissent autour d’un programme de télé réalité culinaire, Starve. Créé par le célèbre chef Gavin Cruikshank et mettant en scène une série de défis tous plus obsènes les uns que les autres. En exil choisi depuis plusieurs années, le chef Gavin décide de revenir mettre de l’ordre dans son émission en enseignant à l’élite une leçon qu’elle n’est pas prête d’oublier…

De retour après DMZ et Rebels, Brian Wood pointe le projecteur dans ce récit complet sur une humanité qui ne parvient toujours pas à accéder à la félicité ou l’érudition. Plongeant au contraire cette dernière dans un cauchemar de division, de superficialité et de cynisme, riches et pauvres abandonnent leurs identités dans un show télévisé vulgaire et nauséabond. Les rues, toujours plus sordides et puantes régurgitent elles des sans-voix à l’horizon depuis longtemps sans issue.

CAUCHEMAR EN CUISINE

Top Chef, Le meilleur pâtissier, Norbert en cuisine… Les shows télévisés consacrés à l’art culinaire, depuis une bonne dizaine d’années, poussent comme des champignons (sic) sur le petit écran jusqu’à la nausée (resic). Détournant les codes de ces dernières dans un ouvrage n’étant pas sans rappeler le jusqu’au boutisme punk de Transmetropolitan, les auteurs de Starve abandonne un lecteur dans un monde d’immondice, de révolte: une ville à l’urbanisme exacerbé et anarchique dont la moralité n’est pas sans rappeler le Neo Tokyo d’Akira. Brian Wood au scénario donc (Conan, X-Men) et la plume incendiaire de Zezelj (Luna Park) détournent ainsi le populaire show préféré de la ménagère de moins de 50 ans pour en faire un brûlot anti-consumériste couillu et acide. Interrogeant chacun sur l’intégrité et la moralité de nos certitudes par le biais d’une identité visuelle unique et agressive (aidé il est vrai par les couleurs sans concessions de Dave Stewart: Sandman Ouverture), les deux comparses livrent avec Starve un brûlot incendiaire dont le monde étouffant pourrait se trouver en réalité bien mois éloigné de notre décennie qu’on pourrait le croire.

LE TORCHON BRÛLE. ET LE MONDE AVEC LUI

Aussi surdoué derrière les fourneaux que paumé dans son rôle de père absent et toxico, Gavin Cruikshank, ancienne légende de la boite à images débilitantes a enfui depuis un bail sa toque sous un immondice de casseroles (dans tous les sens du terme). Parano, agressif mais sincère et complètement barge quand la bêtise humaine fait fi du bon sens le plus élémentaire, le chef se réfugie dans une Asie fantasmée lorsque ses démons le rattrapent, à la manière d’un John Rambo, l’utilisation de couteaux de survie différant toutefois quelque peu. Lorsque le colonel T, euh les producteurs de l’émission phare qui l’a rendu célèbre se plient en quatre pour quémander son retour, notre artiste Es marmites tient bien à tout faire exploser sur son passage. De la surmédiatisation aux dangers de la surproduction, de la critique cinglante de la recherche de l’audimat pour des cochons qu’on gave jusqu’à plus faim à la peinture d’une humanité compartimentée et grotesque, le génie de ce court récit réside toutefois dans son propos. En effet, le bonheur de cette lecture explose parce qu’une fois n’est pas coutume, notre héros ne se contente pas de cracher à la gueule des puissants (bien qu’il le fasse aussi!) en enfonçant des portes ouvertes mais assume toujours son être au monde. Persuadé d’être dans le vrai, que ce soit en défonçant des crânes à coups de marteau ou en servant des plats orgasmiques réalisés à base de restes (toujours le propos économique ET social), le chef cultive sa rupture avec les prétendues attentes d’un public hypnotisé et jette aux yeux du monde un propos virulent et bienvenu. Magnifié par le trait anguleux et les encrages complexes de Zezelj, le comic book se reçoit comme un coup de pelle (à tarte hi hi hi) dans la gueule et se permet même le luxe de livrer de savoureuses et authentiques recettes.

Malgré une aparté père-fille un peu mièvre et donc jurant avec le caractère punk du héros, des personnages secondaires sous-exploités et qu’on aimerait découvrir dans un second voir troisième tome (comme Dina), Starve est une vraie bouffée d’air pollué, de gaz d’échappement mais un symptôme inattaquable. Ravagé ou effondré, le monde de Wood n’est portant pas sans lueur d’espoir. De Greer son ex femme complètement hystérique à son rival de toujours Roman, tout ce petit peuple subit les affres d’un monde qui s’effrite mais qui tient toujours debout, même s’il ne se rattrape qu’a une brindille. Malgré un prix franchement élevé et peut-être en espérant un second tome eu égard à un personnage principal attachant et charismatique, Starve est donc un vrai régal (resic) transpirant la sueur et l’exigence. Rythme trépidant, colorisation et découpage impeccables, violence graphique frontale sans concessions: mieux vaut se rendre à l’évidence: malgré un goût d’inachevé frustrant (on aurait aimé un crescendo proche d’un Running Man): Starve est une sacrée découverte et un morceau de choix pour ce premier semestre 2017. Bon appétit!

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