Poster un commentaire

The 28 Heroes

1

The 28 Heroes Dvadtsat vosem panfilovtsev – 28 Панфиловцев Russie21/02/2018

Genre : guerre – drame – action
• Année : 24 11 2016
• Réalisation : Kim Druzhinin et Andrey Shalopa
• Acteurs : Sergey Agafonov, Ivan Batarev, Maksim Belborodov, Aziz Beyshenaliev, Andrey Bodrenkov, Kim Druzhinin
• Durée : 2 h 01

Image : 16/9 – 2,35/1 couleurs
• Sous-titrage : français
• Son : DTS-HD MA 5.1 et 2.0 russe, français
• Bonus : bande annonce
• Éditeur : Rimini Éditions

Distributeur : Seven 7

Site officiel: http://www.28panfilovcev.com/en/
Interactivité : film annonce (1 mn 41)

Synopsis: Novembre 1941. Alors que les forces allemandes progressent vers Moscou, un groupe de 28 soldats sous les ordres du général Ivan Panfilov va livrer un combat homérique face à la 11e Panzer Division du 3e Reich. Au prix d’un incroyable sacrifice, équipés uniquement d’armes de poing et de quelques grenades, ils parviennent à stopper 54 tanks allemands.

REQUIEM POUR UN MASSACRE (MENSONGE?)

L’histoire des hommes de Panfilov, The 28 Heroes, sort en Blu-Ray aux éditions Rimini et nous plonge en plein cœur d’une bataille, que l’on conte ici comme décisive de la Seconde Guerre Mondiale.

On songe souvent au film 300 à la vision de ce morceau de bravoure pelliculé. L’histoire d’une poignée d’hommes qui, au prix du sacrifice pour la mère patrie, n’ont qu’une seule mission: retarder l’avancée d’une armée ennemie dévastatrice en nombre et en moyens. Inutile de nier, à l’écoute des premiers échanges, que l’on sent pointer le haut de cœur patriotique à des kilomètres: de la propagande stakhanoviste aux visions réductrices et partisanes / romancées de certains métrages du genre (300, Gladiator, The Patriot…). Comme tout film visant à faire l’apologie de héros sacrifiés, The 28 Heroes ne brille ni par sa nuance et son érudition, ni par sa véracité historique. La précision était nécessaire. Côté mise en scène, force est de constater que l’on est ici proche du classicisme le plus académique. Musique grandiloquente, contre plongées ou rupture de ton, tout cela n’est toutefois que peu de chose face aux cinquantaines de plans identiques de collines enneigées citant ad nauseam la règle des 2/3 bien connue des cinéphiles. Beaucoup trop de classicisme donc dans ce métrage anti-brulôt a la gloire du régime et au courage de ses soldats. Des soldats qui sont toutefois le point fort du film tant la partition des comédiens fait oublier par moment les grossières approximations / inventions historiques pour s’abandonner avec eux au détour d’une anecdote dans les tranchées

Il FAUT SAUVER LE GENERAL PANFILOV

Face au croquemitaine allemand, ogre sans visage dévoreur de chair, les soviétiques, immaculés et armés de fusils à bouchon offrent, sans surprises, une vision bien plus humaniste du conflit. Instrument de propagande du gouvernement de Poutine? Confiture consciente des réalisateurs au regard de certains échanges au sujet de soldats «légendaires»? Difficile de se montrer définitif, l’œuvre se voulant de plus financée en partie par le ministère de la culture russe, kazakh et via le crowfunding (voir l’interminable générique de fin). Un pur casse-tête. La version officielle de Vasily Koroteev le 27 novembre 1941 dans le journal de l’Armée Rouge indique que 28 soldats (on vous laisse découvrir le film pour connaître leur sort…) auraient détruit 18 panzers le 16 novembre 1941 pour stopper l’avancée de la Panzer Division. Les récentes recherches semblent lui donner tort. Cinématographiquement par contre, impossible de nier que le rythme, l’implication émotionnelle et la prouesse technique sont au rendez-vous. Pas de vrais chars donc mais des maquettes au 1/16 sur fond vert. Le résultat, lui, est criant de vérité!

Exaltation populaire, contestations historiques a toutes les strates du régime (historiens, politiques, journalistes ou archivistes)Le film est, tout comme le mémorial de Dubosekovo: une superproduction, un conte magnifié, une peinture convenue. C’est également un moment de divertissement et de réflexion stratifié très appréciable, doté d’une mise en scène académique mais élégante, parsemée de taglines savoureuses, tantôt émouvantes, tantôt conviant le fiel le plus dévastateur. Une très bon rendez-vous donc après l’inégalable chef d’œuvre de Mel Gibson: Tu ne tueras point.

Combat isolé perdu d’avance pour stopper une progression de l’ennemi inéluctable en se livrant «chairement», voilà un pitch peu original mais qui fonctionne. On doute donc fortement de la véracité des faits tout en saluant la mémoire des combattants tombés au front dans la dernière ignominie mondiale du siècle dernier. Ce ne sera pourtant malheureusement pas le dernier des carnages… Face à une division entière de Panzers, on ne sait si une poignée d’hommes peut tenir les lignes plus de quelques secondes mais le résultat à l’écran transpire la passion et l’implication. Et puis, les «histoires vraies» magnifiées de toutes pièces dans las salles obscures n’ont jamais empêché de faire de bons films non?

Image : 4/6 – La définition (Red One pour les miniatures) joue avec brio le concert d’ images texturées, contrastées et chaudes. L’étalonnage il est vrai est un peu trop visible tout comme le contraste mais cela reste très agréable à l’œil. Le travail sur les maquettes et le fond vert est très professionnel.

Son: 4/6 – L’un des points forts du blu-ray! Le mixage russe 5.1 est très énergique (au cinéma en Auro 11.1, on imagine la claque). La spatialisation est très appuyée mais le surrond garantira l’immersion sans aucune contestation. L’impression d’être au cœur des explosions est scotchante et terrifiante.

Interactivité: 0/6.Vraiment dommage. Lorsqu’on se renseigne sur le film, on s’aperçoit que l’utilisation des maquettes sur fond vert (bluffant en visionnant le film grâce à l’étalonnage notamment) aurait pu faire l’objet de modules techniques et d’interviews particulièrement captivants.

Liste des bonus: bande annonce

Publicités
Poster un commentaire

Interview Juan Carlos Medina / Golem: le tueur de Londres

1.jpg

A l’occasion de la sortie en DVD/BD et VOD de : Golem, le tueur de Londres, Frenetic Arts a souhaité prolonger le plaisir de la découverte du dernier PIFFF en rencontrant son créateur Juan Carlos Medina. A l’origine du déjà très remarqué Insensibles, le réalisateur prouve en deux longs métrages le soin et l’implication indéniables des talents esthètes amoureux du film de genre. Un sacerdoce qu’il nous fallait saluer, la rencontre avec le cinéaste se voulant de plus d’une sincérité rare et d’une érudition toute aussi remarquable. Qu’il en soit le premier remercié. Foncez donc acheter le film au détour d’une ruelle sombre un soir de pleine lune, le cliquetis des sabots du cheval et de la carriole qui l’accompagne ne sont peut – être que des vues de votre esprit. Récit d’un voyage au bout de la fange.

De Limehouse à Whitechapel: From Hell to Death

.Bonjour Juan Cuarlos. La France te connait encore assez peu. Voudrais-tu rapidement nous présenter ton parcours et ce qui t’a poussé à choisir la réalisation comme moyen d’expression?

.JCM : A 17 ans, je savais que je voulais faire du cinéma. Mon père m’y a emmené très tôt. Il se fichait des interdictions et m’a montré en salles Robocop à 8 ans! Il a fait de moi un malade mental! Il avait beaucoup de goût. Par la suite je me suis intéressé aux autres traditions picturales : la peinture, la photo… Au départ je voulais être chef op’ tout en écrivant des scénarios. J’ai passé mon bac en France, et fait une prépa cinéma à Nantes (NDLR : JCM est britannique et sa mère est française. Il est donc parfaitement bilingue). Malheureusement ensuite j’ai raté le concours de chef op’ de la fémis et donc pour moi: pouvoir faire des films signifiait réaliser. Le tout en accordant beaucoup d’importance à la rencontre des acteurs, la création de personnages… J’ai fait 4 courts puis écrit Insensibles…

.Le film a visiblement été envisagé dans les mains de Terry Gilliam ou Neil Jordan. Comment t’es-tu retrouvé sur le projet avec seulement un film au compteur: Insensibles. Un film remarqué et élégant mais éprouvant et mêlant cicatrices historiques et onirisme?

JCM: Effectivement, c’est un livre qui avait déjà subi plusieurs tentatives d’adaptation dont Merchant Ivory et Gilliam qui avait successivement obtenu les droits d’adaptations. Terry Gilliam a travaillé dessus avec Tony Grisoni (NDLR : scénariste britannique de Las Vegas Parano, Tideland, The Red Riding Trilogy) mais je tiens à préciser que sur le scénario de Jane Goldman et Stephen Woolley à la production, je suis le seul réalisateur à avoir travaillé sur ce projet. Effectivement ils ont essayé de l’adapter, le bouquin est passé de main en main mais ça ne s’est pas fait. Lorsqu’on m’a proposé le scénario en 2012, j’étais à Toronto pour Insensibles et mon agent là-bas m’a dit que je devais absolument le lire. J’ai bien entendu flashé et je connaissais Stephen Woolley de réputation. J’ai d’ailleurs compris pourquoi le projet pouvait intéresser Terry Gilliam.

.Parlons justement du roman de Peter Ackroyd qui s’est visiblement inspiré d’un autre tueur en série bien connu du Londres du 19ème et sévissant lui à Whitechapel : Jack L’éventreur (bien qu’il situe à posteriori ses évènements 8 ans auparavant). Quels ont été les principaux obstacles pour différencier les deux récits et tenter de surpasser cette comparaison évidente ?

.JCM: A vrai dire, je n’ai pas essayé de le contourner. J’ai pris le sujet à-bras-le-corps, tout à fait conscient qu’ll s’agissait d’un avatar de l’histoire de Jack The Ripper. Par contre Limehouse utilise son récit à des fins bien différentes. J’ai choisi le film parce que je suis un fanatique du comic book d’Alan Moore : From Hell, frustré de l’adaptation des frères Hugues. Je la trouve trop propre, trop hollywoodienne, passant à côté de la verve, de la puissance des thématiques de Moore. Il pointe du doigt les grandes questions métaphysiques et morales d’une époque. Abandonner la critique féroce de la partie archi victorienne, de l’exploitation des faibles par la société industrielle : j’ai trouvé ça très dommageable. Je m’intéresse davantage aux raisons qui poussent à tuer qu’à la résolution de l’identité du meurtrier.

.Et bien je te conseille le bouquin de Sophie Herfort ou l’émission de France Culture La Malle des indes qui lui est consacrée. Elle explique avoir découvert son identité. Ripperologue, elle a eu accès aux archives de Kew, aux rapports de police dont les lettres au « Cher Patron ». Il s’agirait en effet de Sir Melville Macnaghten, motivé par son échec d’entrée dans la police à son retour des Indes. Il aurait ainsi tué ces prostituées pour démontrer l’incompétence du chef de police. Grace à de futures connexions politiques ou lobbyistes, il deviendra chef du département d’enquêtes criminelles de Scotland Yard. Dirigeant lui-même les recherches sur ses propres meurtres. C’est passionnant! Je t’enverrai le lien vers l’émission si tu veux?

.JCM: Absolument! Ça semble passionnant, je vais regarder ça. Effectivement, toutes les théories représentent une histoire éloquente sur les mécaniques de pouvoir. Un tableau dévastateur sur cette société.

.L’ambiance brumeuse du film, le travail du chef op’, des éclairagistes est à tomber. Pour moi, la direction artistique du film et le cadrage se situe juste après A Ghost Story de David Lowery en termes de baffes artistiques en 2017. Quelles ont été tes exigences artistiques durant le tournage? T’es-tu servi de journaux d’époque, du From Hell d’Alan Moore pour inspirer ta réalisation?

.JCM: Je suis très flatté merci. Alors oui bien entendu, Alan Moore m’a beaucoup inspiré mais j’ai essayé d’éviter l’utilisation de journaux du 19eme en mode gravure d’époque… Par contre, j’ai utilisé celles que Gustave Doré à réaliser dans un livre absolument splendide sur Londres. L’éclairage des gravures est très puissant, c’est un travail exceptionnel. De plus, il retranscrit ce que l’on voit rarement sur ce Londres Victorien. Une vraie fourmilière surpeuplée, une masse de véhicules, chariots, hommes de tous horizons au milieu d’une société en pleine mutation industrielle et électrique. Sombre, noire de monde où le passage d’une aiguille est impossible. Pour les couleurs du film par contre, je me suis référencé à des peintres d’époque comme Johan Atkinson Grimshaw. Spécialisé dans les vues nocturnes,  Il peint des clairs de lune incroyable. De l’ambre, du turquoise… C’est sublime et mon inspiration pour les séquences de nuit. C’était donc mes indications, la palette de couleur pour mon chef op’ et mon production designer Grant. Un homme très cultivé, un collaborateur fantastique. Il a fait Peaky blinders. J’ai essayé d’embaucher toute l’équipe de la série! Dans ma démarche subjective en lieu et place de recherche de réalisme pour le film, je pourrais aussi citer Piranesi et John Martin et ses peintures de villes apocalyptiques. Je dis apocalyptique car après la lecture de nombreux textes d’époque racontant les premières impressions de découverte de Londres par Dostoïevski ou Verlaine, ce mot revient systématiquement dans leurs descriptions. Les premières lignes indiquent toujours le côté babylonien de Londres à l’époque. Corruption, pêchers, horreurs… Une ville prête pour le feu célestial qui va la détruire et la purifier. Une sorte de révolte morale auxquels ils ne sont pas préparés. C’est ce que j’ai cherché à créer avec le film : un pur choc sensoriel.

.A l’origine, d’après mes recherches historiques et étymologiques, le Golem est un humanoïde d’argile. Il apparait dans le talmud, et dans l’une des versions les plus populaires, figure sur son front le mot émet (« vérité ») qui devient, lorsque sa première lettre est effacée: met (« mort »). J’ai trouvé que c’était un magnifique parallèle par rapport au titre de ton film. T’es-tu servi de cette origine en parsemant ton film d’indices pour évoquer un propos plus fantastique ou religieux?

.JCM: J’ai toujours souhaité que la réponse fantastique soit l’une des possibilités quant à l’intrigue du film. Que l’existence de cette créature soit envisageable. Pour son appellation, ce monstre représente une coquille vide, faite de l’argile la glaise qui représente la vie et à qui l’on impose une volonté qui lui échappe. Une entité autre, faite de la multitude de ces personnalités qui sont elles-mêmes une émanation de cette ville. Un monstre de Frankenstein métaphorique.  

.Le film a reçu un très bel accueil public au PIFFF 2017 (j’étais dans la salle) et a reçu le Prix du jury du festival du film policier de Beaune en mars dernier. T’expliques-tu cette absence de sortie salles (distribué par Condor Entertainment en DVD/BD depuis le 23 janvier 2018) pour un film récompensé et porté qui plus est par deux si beaux acteurs?

.JCM: Ah… Le film a eu des sorties salles dans le monde: l’Australie, l’Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Espagne… Oui, je suis très blessé de cette absence d’exposition, c’est vrai… Je pense que c’est un problème conjoncturel… Beaucoup de distributeurs ont adoré et pourtant ont été effrayé par sa noirceur, son aspect dérangeant… Bien entendu ce film n’est pas une évidence commerciale. Y aura-t-il un public… C’est un mélange de malchance, de mauvais timing, de mauvais interlocuteurs au moment de l’achat…

.D’ailleurs peux-tu nous raconter le casting et les raisons de tes choix pour Olivia Cooke (hypnotisante et dans le nouveau Spielberg) et Bill Nighy (même si je doute qu’on fasse passer un casting à Bill Nighy!)?

.JCM: Alors oui j’ai fait passer un casting à Olivia mais à Bill non! Tu ne peux pas, pas avec un acteur de ce calibre!

.C’était une proposition du studio?

.JCM: C’est beaucoup plus compliqué que ça. A l’origine, l’acteur attaché au projet était Alan Rickman (ndlr : le légendaire Hans Gruber de Die Hard  est décédé le 14 janvier 2016). Le film était bâti sur lui. (NDLR : Juan Carlos marque un temps d’arrêt et semble particulièrement ému). On le rencontre en janvier 2015, il souhaite faire le film, 6 mois après le film était financé et nous partions en tournage. Le jour 1 de la préparation, le producteur m’annonce qu’il a un cancer du pancréas et qu’il lui reste 4 mois à vivre… On a essayé de le faire mais il a été hospitalisé, c’était fini. Pour moi sans lui, le film était mort. En rentrant à Paris, en sortant du cinéma aujourd’hui fermé pour travaux La Pagode, le producteur m’appelle et me propose de rencontrer Bill. J’ai alors vu le personnage et le film renaitrent dans ses yeux. C’était 3 semaines avant le début du tournage, les décors étaient déjà construits. C’est la vie… Une disparition humainement très douloureuse pour moi, un projet d’adaptation qui passe entre les mains de grands metteurs en scène, 3 ans de travail pour réunir le budget, l’arrivée inattendue de Bill… C’est comme ça… Pour moi tout était perdu. Quand j’ai rencontré Alan, qui pour moi était un mythe, un acteur légendaire qui plus est d’une gentillesse absolue, qui explique à mon producteur qu’il a adoré Insensibles, que je suis la personne parfaite pour le Golem, vous vous dites « Woaw ! ». Se construit forcément une certaine amitié au fil du temps. Un homme très classe, d’une douceur incroyable, affable… Lorsqu’on vous annonce un tel drame le premier jour de préparation on tombe de haut. On ne veut pas vivre ça…

.Je comprends. Alan Rickman c’était vraiment la classe incarnée. Ton implication est palpable. Tout comme Insensibles, The Limehouse Golem évoque les scarifications du passé, la souffrance et ses conséquences sur l’être humain que nous devenons. Je crois que sur tes deux films, tu t’es impliqué en tant que scénariste. J’imagine donc que ces thématiques ont un certain écho en toi et que tu ne souhaites pas, à travers tes œuvres, être réduit à un simple metteur en image mais mêler réflexion et esthétisme ?

.JCM: Effectivement, nous avons, après la première épreuve, travaillé sur le scénario avec Jane et Steven durant 3 ou 4 mois. Jane est adorable et a accepté mes idées sans problèmes. Nous avons pu rendre un scénario complet 4 mois après ce qui est extraordinaire.

.J’ai écrit un dossier il y a quelques années sur les raisons qui, pour moi, faisait du cinéma fantastique espagnol le plus effrayant et le plus captivant. L’Orphelinat (Bayona), Les Autres (Amenabar), ¿Quién puede matar a un niño?… Toujours cette alliance de classicisme hitchcockien, de superstitions rurales et de dénonciation politique. La poésie morbide par l’exorcisme des démons franquistes… Pour moi, tu sembles parfaitement t’inscrire dans cette tradition espagnole, dans ce mélange de genres, de propos lourds et de fêlures.

.JCM: Je ne peux qu’acquiescer tes propos. Je connais très bien le cinéma que tu évoques et le travail de ces réalisateurs. J’ai passé du temps avec Del Toro au moment du Labyrinthe de pan, j’ai erré dans cette forêt, passé des nuits avec lui à discuter… idem avec Bayona. Il y a tout un cercle de personnes qui gravitent autour de Guillermo. Je suis un fan absolu. Et lui, en venant en Espagne, a fait les films qui étaient nécessaires… Juan Antonio s’est inséré dans la brèche et a réalisé, avec L’Orphelinat: un chef d’œuvre. Guillermo a sorti l’épée d’Excalibur de la roche. On a appris autour de lui, en l’admirant. Ce mélange de genres, cette puissance dramatique, ces confrontations historiques et politiques… Il réalise les films que je souhaitais faire et Insensibles n’existerait pas sans lui. J’ai une dette totale envers lui. C’est incroyable d’avoir bâti cette passerelle entre le Mexique et l’Espagne qui ont tout de même une culture commune. Donc oui, quand tu cites NRC ou même Saura par certains aspects hors genres, ce sont des gens qui ont exploré par la tangente les thématiques sociales et politiques de l’époque alors que la dictature empêchait un traitement frontal. Il fallait louvoyer en mélangeant les genres pour évoquer cette effervescence violente. Cria Cuervos, le cinéma de Juan Antonio Bardem aussi… Le cinéma devenait cette expression, un discours cryptographique de ces sociétés pour contourner le franquisme. Par exemple dans La Residencia, on métaphorise une scène de sexe en filmant ce femmes qui font du canevas. C’est très beau.

.Un mot enfin pour te remercier pour la beauté de tes réponses et leur sincérité palpable. Peux-tu donc in fine évoquer tes futurs projets et peut-être ton projet fantasme en tant que réalisateur ?

.JCM: Alors concernant les projets futurs j’ai un projet de film noir en Espagne, un thriller policier en France et un film fantastique, une production anglo-américain. C’est assez Lovecraftien.

.Tu ne vas quand même pas osé voler Les Montagnes Hallucinés à Guillermo?!

.JCM: (rires) Ça non, je n’oserai jamais! J’attends avec impatience qu’il y parvienne. Ce serait incroyable et la première véritable adaptation de Lovecraft digne de ce nom. Pour le projet fantasme, honnêtement, le trip absolu serait de faire un Alien ou une suite à Blade Runner.

.Ah, dommage tu arrives un poil trop tard ! (rires)

.JCM: Oui non mais je sais (rires) et d’ailleurs le film de Villeneuve est l’un des plus beaux films de l’année dernière. Je viens de l’acheter en blu-ray.

.Oui, Villeneuve c’est très costaud. C’est aussi un réalisateur que j’affectionne particulièrement.

.JCM: Son film est incroyable. Je pense que je vais le revoir 10 fois, c’est extraordinaire. En tout cas oui, faire un film dans ce genre d’ambiance me plairait beaucoup.

Un salut aucunement emprunté est adressé à Juan Carlos Medina pour sa sincérité et ses confessions, Condor Entertainment ainsi qu’a Blanche Aurore Duault (team MIAM) pour sa disponibilité et son professionnalisme.

 

Poster un commentaire

AFC 2018 : Interview Guillermo Navarro

1

Cette interview a été réalisée dans le cadre du MICRO SALON AFC le 10 février 2018 à la Fémis, à Paris. Le Micro Salon AFC fait parti du Paris Images Trade Show, groupement de 4 manifestations dédiées à la valorisation de l’ensemble de la filière audiovisuelle et cinématographique française. Cet événement est dédié aux directeurs de la photographie.

Guillermo Navarro fut donc invité dans le cadre d’une carte blanche ASC (American Society of Cinematographers) pour mettre en valeur le travail des directeurs de la photographie américains, au côté d’Ed Lachman (Ken Park, Virgin Suicides…). Guillermo Navarro est d’origine mexicaine et travaille parfois sous la casquette de  réalisateur (les séries Hannibal, Narcos). Son travail est célèbre en tant que chef opérateur, notamment pour ses collaborations avec Guillermo Del Toro.

FA : Bonjour M Navarro et merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Vous avez œuvré sur des films aussi divers que Desperado et Jackie Brown mais autant le confesser, c’est surtout votre travail dantesque pour magnifier l’imaginaire de Guillermo Del Toro qui nous hypnotise. L’Echine du diable, Cronos, Hellboy 2, Pacific Rim et surtout Le Labyrinthe de Pan pour lequel vous avez été oscarisé. J’ai lu quelque part que vous aviez commencé vos prises de vue et diverses expérimentations à l’âge de 13 ans ! C’est bien cela ? J’aimerai par ailleurs savoir si vous aviez (et avez) des maitres à penser, des artistes qui vont ont particulièrement inspirés, quel que soit leur médium.

GN : Vous savez, j’ai grandi et commencé mes travaux à Mexico. Mexico possède une incroyable tradition picturale. Notamment pour les photographies, c’est quelque chose de capital là-bas. Mais pour être honnête, j’ai établi mes propres processus de création. J’ai déjà essayé de suivre un fil conducteur créatif qui m’intéressait et j’ai alors créé, chez mes parents et à 13 ans vous avez raison, une chambre noire. C’est comme cela que tout mon processus de création est né.

FA : Aucune œuvre ou artiste qui vous ait donc guidé dans cette voie ?

GN : Non, je dirais plutôt que c’est la culture mexicaine puis la culture en générale qui m’a nourrie. Vous devez voir ça. Au Mexique, il faut la vivre, la capturer.

FA : J’ai vu que dans les 90’s vous avez développé, en Europe et à Paris, votre art avec Ricardo Aronovitch, un chef opérateur argentin qui a beaucoup exercé avec des réalisateurs français et européens de renom comme Louis Malle, Costa-Gavras, Alain Resnais ou Yves Boisset. Que vous a apporté  cette sensibilité mariant l’Amérique latine et le classicisme français notamment et comment avez-vous appréhendé ces autres visions du métier, le cœur et l’implication que l’on y met?

GN : Je n’ai pas étudié ici en France mais j’ai beaucoup appris avec lui oui. Il travaillait souvent avec des cinéastes français. Je n’étais pas forcément autorisé à faire ce genre de films à Mexico mais je me souviens avoir beaucoup étudié Providence d’Alain Resnais (ndlr : nommé au César de la meilleur photo). Pour le reste, je ne pourrais pas dire qu’il y a de réelles différences dans le traitement. Les histoires et le langage visuel que j’essaie de transmettre : c’est cela qui m’intéresse. Vous voyez une lumière est une lumière. Je pense que c’est ce qui est appréciable, que ce soit ressenti quel que soit l’endroit du monde où l’on se trouve.

FA : J’espère que je ne fais pas d’erreur dans cette appréciation et sans douter une seule seconde de votre implication dans différents projets, il semble que votre travail pour Guillermo Del Toro est particulièrement investi. Une application, un melting-pot d’émotions et d’implications transpirent dans vos collaborations. Pardon de vous le dire mais pour moi ce sont vos meilleurs travaux. Il en ressort une sorte de sacerdoce.

GN : Oui il y un lien spécial,  et un particulièrement qui a eu beaucoup d’importance pour moi c’est L’Echine du diable. Ensuite, Pan est le film dont je suis le plus fier.

FA : Et comment ! Quand on est scotché devant autant de beauté, on se dit tellement loin d’un film de commande, d’Hollywood.

GN : Bien entendu, je suis complètement d’accord.

FA : D’ailleurs y a-t-il eu des évolutions dans votre manière de travailler ensemble sur plus de deux décennies ?

GN : Eh bien, la chose la plus importante pour nous c’est d’avoir tous les deux envie de raconter cette même histoire. Ce n’est pas un job à proprement parlé. C’est un objectif commun. C’est toute la différence entre répondre à une proposition de tournage et un film que l’on « doit » faire. Dans le sens le plus noble et inévitable. On s’investi à différents niveaux  et on échange sur nos visions respectives et on évolue comme cela. Mais oui, ce sont les films dont je suis le plus fier.

FA : Je ne peux malheureusement qu’acquiescer, impossible de nier l’émerveillement quand vous travaillez tous les deux. Je me demande par ailleurs quels sont vos intentions, vos buts lorsque vous entremêlez ces rêves et cauchemars à l’écran, vos propres créations et les carnets de croquis de Guillermo Del Toro. Je me dis souvent que vous aussi vous avez comme lui, un musée des horreurs connu peut-être de vous seul, à la maison. Un autel dédié au fantasme et à l’allégorie, au mysticisme.

GN : Non pas du tout ! Sachez que ce soit mes propres créations ou le travail d’autres artistes que j’apprécie, je n’attache aucune importance au matériel. Les choses que je crée sont là. Dans mes films. C’est à ça que j’accorde de l’intérêt ; pas aux choses. Je ne suis pas du tout intéressé par les possessions matérielles…

FA : Cette réponse m’émeut particulièrement et en même temps confirme que ce n’est pas un hasard si nos sensibilités artistiques se rejoignent. J’ai fait l’expérience d’une mort subite il y a quelques années et j’ai décidé par la suite de tout vendre et de me concentrer sur la recherche du bonheur, l’humain et la découverte du monde, en abandonnant autant que possible les possessions matérielles

GN : Oh et bien moi aussi j’ai fait l’expérience d’une mort imminente… J’en ai parlé ce matin à la Fémis durant la master class… Quelqu’un m’a mis un pistolet sur la tempe à Mexico. J’ai mis des années à surpasser ça et à m’en remettre. Ça a été le déclencheur de mon départ de Mexico. Après ça je suis parti. Et c’est difficile de recommencer après ça.

FA : Cela avait d’ailleurs peut-être un rapport avec le trafic de drogue, je ne sais pas mais avez-vous une relation particulière avec ce fléau ? Je ne veux bien entendu pas réduire la culture mexicaine, loin de là, au trafic de drogue et à la violence mais je sais que vous avez réalisé des épisodes de la série Narcos, que votre prochain film si je ne me trompe pas sera Cocaine Godmother avec Catherine Zeta-Jones (portrait de Griselda Blanco, grande figure des cartels dans les années 70/80)… 

GN : A vrai dire, il est terminé. Il a été diffusé à la télévision. C’était d’ailleurs la première fois que je réalisais un film complet. J’ai fait des épisodes de séries comme Hannibal, Damien ou Narcos mais jamais de film. Là c’est un véritable arc narratif de deux heures. Un arc dramatique. Pour répondre à votre question, ce n’est pas une fascination mais la réalité du pays… Quand je suis fasciné par quelque chose, cela devient une autre sorte de conte. Toutes les histoires de drogues sont sur le modèle up – down. On accède aux cimes avant de chuter brutalement. Les bons, et les méchants. La relation entre le Mexique et la drogue est tellement plus complexe… J’ai échangé avec des politiciens de chaque côté de la frontière et chaque fois j’explique que la frontière mexicaine est le seul endroit du monde, le seul, sur lequel le « premier monde », celui de la richesse, de la puissance et de la bureaucratie rencontre le tiers monde… Le seul! La relation de l’Europe avec ses colonies est encore différente. Vous devez voyager si vous voulez aller en Afrique. Ça fait partie des conséquences. C’est un problème complexe et grave. Tout ça créé un flou économique fort. On devait notamment traiter le problème du point de vue des autorités américaines dans d’autres épisodes de Narcos mais ça ne s’est pas fait.

FA : Les visions du monde de ces deux côtés de la frontière sont très différentes, je comprends… Bon c’est malheureusement ma dernière question. J’aimerai in fine savoir si vous aviez le droit d’évoquer vos projets en cours et si vous aviez une histoire, un fantasme qui vous tenait particulièrement à cœur que vous aimeriez réaliser. Peut-être travailler de concert sur L’adaptation des Montagnes hallucinées de Lovecraft que Guillermo Del Toro s’échine à mettre sur pied depuis 10 ans ?

GN : Oui, nous avons plusieurs projets en cours tous les deux. Notamment un triptyque dont l’Echine de diable serait le premier volet. Il se déroulait durant la guerre civile espagnole. Nous voulons évoquer la naissance du fascisme dans un second opus. Une fois la troisième thématique définie pour le dernier film, nous avancerons sur le sujet. Voilà le « must do », le genre de film important dont je vous parlais tout à l’heure et très différents des commandes de studio. J’adorerais avancer sur le projet avec Guillermo.

FA : Vous aimeriez réaliser l’un d’entre eux ?

GN : Non je pense que c’est à lui de le faire mais j’ai d’autres projets en cours en tant que réalisateur. Ils sont en développement donc je ne peux pas trop vous en dire mais actuellement je tourne un film à Londres avec Robert Downey Jr : Le voyage du docteur Dolittle. C’est un très gros film.

FA : C’est une comédie ?

GN : Oh, je dirais que c’est un pur film d’aventure avec quelques touches de comédie.

Un grand merci pour leur accueil est adressé à tous les bénévoles, le personnel de la Fémis, l’équipe de l’AFC et tout particulièrement la coordonnatrice Marie Garric et bien entendu monsieur Guillermo Navarro pour sa disponibilité et sa sincérité.

Poster un commentaire

Interview Junichi Hayama: Paris Manga 2018

1.jpg

Junichi HAYAMA: Dessinateur, Chara-designer, Directeur de l’animation

JDJ: Bonjour Mr Hayama et bienvenue en France après une première rencontre avec les fans luxembourgeois et européens lors des Tsume Fan Days, en 2015. Merci d’avoir accepté ce passage en France.

JH: Et bien j’ai tout simplement été invité par mon ami Mamoru Yokota (Directeur de l’animation de Death Note, Macross Frontier également présent au salon…)

JDJ: Pour rappeler à nos lecteurs votre parcours, vous êtes né le 19 décembre 1965 dans la préfecture de Nagano et travaillez comme directeur de l’animation, illustrateur et chara-designer. Pourriez-vous avant tout nous confier rapidement ce qui vous a poussé, enfant, à progressivement choisir la voie de l’animation. Un mentor? Un anime fétiche? Je crois d’ailleurs que c’est une histoire de famille. Votre frère Kenji occupe par exemple un poste similaire sur l’OAV Karas.

JH: En effet depuis tout petit, je suis passionné de dessin animé, de manga. C’est quelque chose dans lequel j’ai toujours baigné. J’aime aussi beaucoup dessiner. C’est quelque chose de très naturel pour moi. Quand j’étais au lycée, il m’arrivait régulièrement d’envoyer mes dessins, mes planches à des éditeurs afin d’être publié. Donc j’ai eu des expériences assez tôt mais j’étais assez déçu de mon travail sur les mangas, alors j’ai décidé de me consacrer à l’animation. C’est d’ailleurs par l’entreprise d’un ami qui travaillait dans le milieu que ça s’est concrétisé.Que mon petit frère fasse la même chose que moi, je n’y vois pas de nécessité. Peut-être notre éducation commune, le fait qu’il me regarde ou une émulation réciproque, je ne sais pas. On s’est probablement nourri mutuellement mais nous ne sommes pas forcément amenés à travailler ensemble sur des projets.

JDJ: Vous avez travaillé sur des OAV mondialement célèbres, notamment sur Jojo’s Bizarre Adventure: Phantom Blood, l’arc Le Sanctuaire d’Hadès pour Saint-Seiya ou Hokuto no ken: La légende de Toki. Pourriez-vous nous indiquer pour quelles raisons vous acceptez un projet en particulier, vous qui avez j’imagine le luxe du choix et s’il y a une œuvre ou un personnage dont vous êtes particulièrement fier.

JH: Vous vous trompez! Je ne peux pas choisir mon travail. Je dois malheureusement toujours postuler (rires)!

JDJ: J’ai eu la chance d’interviewer un autre grand nom de l’animation en 2016 à savoir Katshiro Otomo. Lors d’un échange il indiquait un plaisir non feint de travailler avec la jeune génération et de transmettre son savoir. Avec qui dans la jeune génération auriez-vous envie de travailler et pourquoi? Qu’aimeriez-vous lui/leur transmettre?

JH: Malheureusement je vis en reclus! Je passe tout mon temps chez moi à travailler donc je n’ai pas le temps de découvrir le travail de la jeune génération, de regarder des anime récents. Pour être très honnête, j’ai plus de 50 ans et n’ai pas forcément l’occasion d’échanger avec la jeune génération. J’ai vraiment l’impression de vivre à l’extérieur du monde.

JDJ: Vu le monde ici, c’est très différent de votre quotidien d’hikikomori de l’animation! (ndlr: bien qu’avec ses épaules de rugbyman, son cuir de biker et ses lunettes de soleil, le sympathique M Hayama ressemble plus à une rock star!)

JH: Ah ah ah! C’est exactement ça: un hikikomori de l’animation (rires)! Vous m’avez cerné! C’ est vrai que pour le coup, je pense avoir cultivé mon approche du travail et expérimenté suffisamment pour posséder un certain socle technique. Je pense donc aujourd’hui avoir une bonne connaissance des us et coutumes et des aspects du métier. Si je pouvais transmettre cela aux jeunes générations j’en serai très heureux. Pour l’instant seulement, je n’ai pas encore cet espace d’expression mais j’aimerai beaucoup effectivement avoir un lieu dans lequel je puisse enseigner.

JDJ: Dernière question. Un mot si possible sur vos futurs projets et peut-être un message à vos nombreux fans hexagonaux?

JH: Pour mes futurs projets, eh bien en avril, sort la série animé Golden Kamui. Je m’occupe du dessin et du chara design. J’y suis totalement investi et dévoué. Concerant les fans et bien, je peux simplement vous indiquer que tout mon amour et mon respect pour eux transpire dans mon travail.

Propos recueilli le samedi 3 février 2018 par Jonathan Deladerrière pour Journal du Japon lors du salon Paris Manga – Porte de Versailles à Paris. Un grand merci à Abyssium, Emmanuel, Claire Regnaut, monsieur Hayama, son traducteur et toute l’équipe de Paris Manga pour leur accueil et leur disponibilité.

Poster un commentaire

ECHO

ECHO.jpg

Genre : Infiltration – Aventure
Développeur: Ultra Ultra
Durée : une dizaine d’heures
Langue : Anglais / Français
Distributeur : Ultra Ultra
Date de sortie : 19 septembre 2017 sur PC / 17 octobre 2017 sur PS4

LE PITCH : ECHO est un jeu d’aventure en vue TPS sur PC / PS4. Après avoir passé un siècle en stase dans son vaisseau spatial, « En », votre personnage, arrive à sa destination : un lieu légendaire témoin d’une civilisation éteinte. Tentant de ramener cette dernière à la vie, elle fait face à des événements qu’elle n’aurait jamais soupçonnés. Le cauchemar commence.

IDENTITY OU LE MASQUE DE CIRE

Ovni. C’est sans doute le meilleur qualificatif à apposer sur l’autel du jeu danois. Doté d’un gameplay et d’un aspect apprentissage en mode « die and retry » particulièrement ambitieux, le jeu porte en lui des promesses aussi lourdes que seront les déconvenues que subiront les joueurs trop décontractés. A chaque fois que vous progressez, votre adversaire apprend lui aussi vos actions (d’où le nom du soft). Aussi simple que génial. Voyageuse spatiale en sommeil, notre héroïne aux cheveux de cendre se réveille donc à l’approche d’une planète glacée qui semble aussi hostile qu’est mystérieux (malsain ?) le somptueux palais qu’elle renferme. Rien de bien original me direz-vous, notamment lorsqu’on apprend devoir libérer son amour disparu que l’on porte sur le dos… Ajoutant à cela, LONDON, une I.A à l’humour fleuri et une découverte des lieux et du gameplay on ne peut plus déroutante, inutile de nier que nos premières impressions sont dubitatives, voir soupçonneuses… Mêlant toutefois avec beaucoup de détermination : la science-fiction, l’ésotérisme, le drame (prévisible) et les circonvolutions mystiques, la jeune équipe ayant déjà œuvré sur certains Hitman s’est visiblement inspirée de ses légendes nordiques familières et de ses environnements enneigés. Heureusement, le charme d’Echo ne se limite pas son majestueux palais (qui a vraiment de la gueule !) et à son isolement forcé. Nous l’évoquions plus haut, le système de jeu est un vrai pari. Et l’on flirte régulièrement avec le hors-piste avec la compote surannée : réveil spatial, voyage initiatique, amour disparu, fin ouverte… Pour le coup, nous n’y échapperons (presque) pas…

Errant seul donc (malgré une voix off satyrique bienvenue) dans ce palais labyrinthique afin de trouver  le moyen de ressusciter son bienaimé, on se doute que le calme intriguant est en réalité le signe annonciateur de futures déconvenues. Enfin, plus ou moins proches car en effet, les premières heures sont très éprouvantes. Bien qu’il faille saluer un jeu qui prend son temps pour poser son intrigue et ses environnements, force est de constater que nombre de joueurs devraient lâcher leurs pads d’ennuie tant les premiers émois peinent à poindre leurs museaux.

DE L’AUTRE COTE DU MIROIR. BRISÉ

On avance, on regarde, on cherche, on attend, on déambule, on écoute, on fronce les sourcils… Oui le jeu est visiblement adulte et écrit, mais ce n’est pas lui faire injure qu’imaginer qu’il perdra une partie de ses bonnes volontés face à un rythme aussi mou, à une expérience mystique louable mais parfois trop opaque. Heureusement, on craft, beaucoup. Des orbes, des cristaux d’énergie… Rien de bien neuf certes mais cela permet de préparer au mieux nos premières rencontres avec nos futurs ennemis, sorte de créatures informes qui mueront au fil de l’aventure tant dans leurs aspects que dans leurs caractéristiques (ah les typhons de Prey…). Certes oui, ces ennemis apprendront vos capacités et assimileront vos compétences mais tout comme les décors, ils ne brilleront malheureusement pas par leur variété. Une fois donc qu’on aura compris que plus nous jouerons la carte de la discrétion et de la précision, plus ces derniers demeureront un cran sous notre héroïne : plus nous maitriserons notre errance. CQFD. C’est donc bien peu pour enivrer les aficionados de la manette, surtout dans un décor monochrome et particulièrement vide. Autre point plus ou moins insupportable selon votre capacité à rester zen : la résistance d’En. En effet, seuls deux coups devraient la faire passer à trépas! C’est peu et souvent rageant. Il faudra donc prouver que vous êtes le Garry Kasparov du joystick en utilisant vos méninges plus efficacement que vos ennemis. Dernier détail : bien qu’évidemment le craft que nous évoquions vous permettra d’améliorer vos caractéristiques, on ne peut s’empêcher de pester lourdement sur cette désormais sempiternelle habitude que de réduire l’endurance (votre barre de stamina), comme peau de chagrin. Nous pouvons entendre que les roulades ad vitam aeternam ou les sprints d’un quart d’heure peuvent casser un gameplay mais les asthmatiques atteints de mucoviscidose en guise de héros, ça commence sérieusement à titiller le transit intestinal comme dirait l’autre… C’est d’ailleurs sans doute l’un des défauts grossiers des plus évidents : le jeu manque de punch. Malgré donc ses artifices plus ou moins appréciables (alternance du jour et de la pénombre, obligation d’utiliser l’un de vos pouvoirs sachant qu’il sera par la suite utilisé contre vous, trop peu de moments de détente…), le joueur n’est pas dupe et pourra, s’il maitrise déjà les impératifs de souplesse et de virtuosité des jeux d’action, parvenir à identifier les limites de ces satanés échos, notamment lors des reboot. Nous n’en dirons pas plus. On vous conseillera donc d’agir avec furtivité,  intelligence et réflexion en préparant au mieux vos déplacements, en gérant aux mieux vos ressources afin de parvenir au terme de cette dizaine d’heures  concocté par les anciens d’I.O Interactive avec toutes vos capacités.

A l’évidence, Echo est un jeu qu’on a envie d’adorer : exigeant, fort d’une écriture mature, un monde labyrinthique original à la DA complètement folle et un pitch de gameplay très ambitieux. Toutefois, impossible de balayer sous le tapis les premières heures très poussives, une tristesse dans la variété des ennemis ou des environnements beaux mais trop similaires. Ce système clair / obscure ne plaira pas lui non plus pas à tout le monde. Toutefois, le jeu se doit d’être respecté, tant pour sa prise de risque que pour son respect du joueur. Espérant un second volet plus grandiloquent et varié, on pourrait peut-être tenir avec Echo une future grande licence.

LA TECHNIQUE :

Doté d’une DA à l’élégance indéniable, Echo n’a pas à rougir de ses environnements ou de son ambition. On pourra toutefois pester sur des textures parfois grossières et un manque certain de variété ou de décrochement de mâchoires. Toutefois, hormis donc un palais majestueux et inoubliable, on mettra également l’accent une fois n’est pas coutume sur une ambiance sonore de haute volée. L’ambiance pesante, le doublage très convaincant de Rose Leslie (Game of Thrones) et Nick Boulton (Druth dans Hellblade) et les envolées lyriques du score sont inattaquables. Reste l’impression figée dans le marbre (facile) de voir une succession de décors quasi identiques, des animations parfois rigides sauvés in extremis par une gestion de la lumière très efficace et une gestion de l’Unreal Engine 4 maitrisé.