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Jack Reacher : Never Go Back

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JACK REACHER: NEVER GO BACK – USA – 2017

Genre : Action / Thriller
Réalisateur : Edward Zwick
Acteurs : Tom Cruise, Cobie Smulders, Robert Knepper, Adis Hodge, Danika Yarosh
Musique : Henry Jackman
Durée :  1h58min

Image : Codec: MPEG-4 AVC Resolution: 1080p Aspect ratio: 2.39:1Original aspect ratio: 2.39:1
Son : English: Dolby Atmos English: Dolby TrueHD 7.1 French (Canada): Dolby Digital 5.1 Spanish: Dolby Digital 5.1 Portuguese: Dolby Digital 5.1
S-T : English, English SDH, French, Portuguese, Spanish
Éditeur/distrib. : Paramount ¨Pictures – Universal Pictures Vidéo
Date de sortie : 19 octobre 2016 en salles

Site officiel: http://www.jackreacher.fr/

Film : 1/6
Technique : 4/6
Interactivité :3/6

Synopsis :Jack Reacher est de retour, prêt à tout pour obtenir justice. Susan Turner, qui dirige son ancienne unité, est arrêtée pour trahison : Jack Reacher ne reculera devant rien pour prouver l’innocence de la jeune femme. Ensemble, ils sont décidés à faire éclater la vérité sur ce complot d’État.

TOP GUN… A BOUCHONS

De retour avec le metteur en scène de l’oubliable Dernier Samouraï (déjà dédié à la gloire du grand Tom), adapté du livre éponyme de Lee Child, on navigue en eaux familières (et un peu troubles) pour ce second volet des aventures du badass Jack. Enfin badass…

Formidable acteur malgré de nombreux détracteurs, Tom Cruise a longtemps été LA référence, LE nom. Mais un paquet de nouvelles bobines sont depuis apparues et il n’y a désormais qu’ à se baisser pour que la comparaison scarifie ce bon vieux Tom. Jake Gyllenhall, Ryan Gosling, Léo (le roi), Tom Hardy… Aujourd’hui, celui qui a tourné dans le dernier Kubrick ne tient plus la cadence.  C’est d’ailleurs à ce moment précis que la pression monte. Pourquoi nier l’évidence ? Pourquoi continuer à faire des films d’actions alors que sa palette de jeu parviendrait sans peine à magnifier thrillers, films d ‘espionnages ou suspense? Souvenez-vous pour vous en convaincre du sublime La Firme! Malgré un hallucinant dernier épisode de Mission Impossible, chant du cygne des capacités physiques du bonhomme, on a pour la première fois du mal à reconnaître la star… N’étant déjà plus un Expendable avec 20 ans de moins, on se retrouve souvent mal à l’aise face à la pauvreté, le manque d’impact et surtout les durées faméliques des 2 ou 3 séquences de combat du film. Tout au plus quelques secondes… Aujourd’hui à des années lumières du cinéma d’action asiatique, notamment coréen, le film d’Edward Zwick ne souffre aucune comparaison. Frais, décomplexé, assumé et surtout libre, le premier volet était un petit plaisir coupable à déguster entre amis autour de quelques bières. C’est donc cette réflexion que Tom Cruise aurait dû entreprendre pour ce direct to vidéo de luxe. Ressemblant à s’y méprendre à un téléfilm de seconde partie de soirée, le métrage n’intéresse jamais. Pire, il évolue vers l’embarrassant en accumulant les poncifs jusqu’à s’exclamer :  »non il n’ont pas osé!?», le film se prenant bien trop au sérieux. Ennuyeux à mourir, bourré de clichés et d’intrigues post-it, le film en devient même insultant en saupoudrant son intrigue de faux indices ! Se croyant plus malin que son spectateur cinéphile, la pellicule en devient même agaçante. Le manque de palpitant sur les courses-poursuites ou la fébrilité de la mise en scène sont sans doute parmi les premiers griefs. Mad Max Fury Road est passé par là, le niveau d’écart est inmesurable.

THE LAST ACTION HERO ?

 Rosamund Pike a disparue (sic) et Cobie Smulders ne joue pas dans la même cour. Comme dans Avengers, a chaque apparition, on s’attend à la voir chanter Let’s go to the mall ! On est donc très loin de la partition de Gone Girl. Une vraie et belle erreur de casting. Scénarisé par le réalisateur et deux comparses peu inspirés, n’offrant même pas le plaisir de voir se déshabiller la tout de même jolie Codie : difficile de trouver des qualités au métrage tant ce dernier est lisible dès les 5 premières minutes. Malgré ces efforts pour prendre son spectateur a contre-pieds (bluette ? Parenté ?), le script se noie dans un énième récit 1000 fois exploité. Sur fond de complots et de trafic d’armes, de sociétés militaires privées et de mercenaires eux aussi vieillissants, Jack Reacher Never Go Back ! est simplement barbant et extrêmement mal filmé. Loin de la gifle  Blood Diamond, on ne souffre ici aucun punch, aucune trouvaille formelle ni instant de grâce. Loin, bien loin d’un The Raid 2 par exemple. Comme exprimé plus haut, laborieux, premier degré ou prétentieux, le film n’a aucun intérêt. Tom Cruise devrait donc in fine songer à arrêter la production de films destinés à le glorifier pour réfléchir à des projets érudits et enrichissants. La fin de carrière qui s’annonce est à la croisée des chemins. S’il veut laisser une marque à l’image d’un Jeff Bridges par exemple, les choix à venir seront cruciaux pour ne pas devenir has-been.

John Wic 2 du pauvre où pour la première fois Cruise peine à trouver son second souffle, une évidence s’impose : Jack, never go back !

Image : Profondeur de champ, noir profond : force est de constater que techniquement, c’est inattaquable. Le piqué est assez hallucinant. On a jamais si bien apprécié la couperose de Lestat de Lioncourt

Son : Le son envoi du lourd. Les explosions et rafales aident à rester éveillé. Privilégier la vo et le Dolby Atmos puissant et bien équilibré

Interactivité : Malgré deux heures de bonus, on baigne en pleine promo. Film formidable, acteurs au top… Tout le monde fait de son mieux pour vendre sa série B comme un James Bond. Mais que ce soit les modules sur le retour de Reacher (dont tout le monde se fiche), le fight attendu pendant deux heures sur le toit ou pire, celui sur la famille: on ne peut s’empêcher de survoler tout cela du coin de l’œil. Les séquences de combats chorégraphiés sont par exemple bien plus longues que les scènes elles-mêmes. Une famille « inattendue »? Vraiment ? Si on n’a jamais mis les pieds dans une salle de cinéma peut-être… Deux bons amuses bouches à retenir toutefois avec la featurette sur les confidences de l’acteur et de David James, le photographe de plateau. Le module le plus intéressant reste toutefois celui de la séquence de carnaval en Louisiane, la meilleure idée du film.

Liste des bonus : 

Le retour de Reacher
Pas de pitié : combat sur le toit
Une famille inattendue
Sans répit : sur le tournage en Louisiane
Accomplis ta vengeance : combat à mort
Reacher dans l’objectif : avec Tom Cruise et le photographe David James

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INJECTION : TOME 1

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Dessinateur : Declan Shalvey

Scénariste : Warren Ellis

128 pages

Date de sortie : 20 janvier 2017

Collection : URBAN INDIES

3/6

Synopsis : Cinq génies sont invités à jouer les apprentis sorciers et à inventer, littéralement, la prochaine évolution technique de l’homme afin de permettre à celui-ci de poursuivre son évolution. Mais le résultat de leur démarche dépasse toutes leurs espérances, ou plutôt leurs peurs les plus profondes.

LA TAUPE SORTIE D’ASILE

Une création de Warren Ellis est toujours un évènement. Planetary, Trees ou le génialissime Transmetropolitan : le romancier – scénariste surdoué, également source d’inspiration pour le  cinéma (Red, Iron Man 3), est une référence. Touche à tout auteur d’articles sur les nouvelles technologies, l’érudition du bonhomme l’a visiblement servi pour imaginer ce récit particulièrement tordu et hermétique. Épaulé par l’auteur irlandais Declan Shalvey à l’univers particulièrement sombre et désenchanté (Freakshow, Sweeney Todd, le spin off de 28 Jours plus tard) et déjà bras droit sur Marvel Moon Knight, le tout distribué par l’excellent éditeur Urban Comics… Impossible de le nier, on bave ici d’impatience à la réception du comic book tant la dream tream promet tous les fantasmes. Et pourtant… Particulièrement ambitieuses (prétentieuses ?), les thématiques avec lesquels jongle le scénariste font forcément écho dans un monde en pleine mutation, en pleine crise identitaire face à une science toute puissante, entre fascination et défiance, méfiance et abandon. Dans un élan parfaitement cohérent, la bande dessinée commence avec moult précautions à poser les bases d’un monde particulièrement complexe. Une équipe de scientifique aux motivations obscurs, une organisation secrète mystérieuse, un puzzle qui avance lentement vers des enjeux planétaires, force est de constater qu’on avance à tâtons dès les premières lignes. Le style est magnifique, le découpage impeccable mais l’exposition des faits, et c’est voulu, est toutefois sacrément éprouvante. N’est pas Ghost in the shell qui veut. Rugueuse, exigeante, au crayonné minérale hypnotisant, nul doute que certains poseront les mains sur Injection en lisant le nom d’Ellis mais n’iront pas plus loin que quelques pages. Malgré toutes ces réticences ce serait un tort.

 LA MÉMOIRE DANS LES VEINES

Car le parti pris d’Ellis, notamment son refus d’une structure linéaire classique fait grandir l’aventure. Débarqué dans un asile sans sommation, encore dérouté par un propos écologique inquiétant et une nébuleuse corporation, le récit sera visiblement exigeant et demandera une implication totale de son lectorat. On navigue en eaux troubles quand à cette fameuse « injection », ces pouvoirs inexpliqués et ces héros qui n’en sont pas (encore l’amour d’Ellis pour les « sans voix »). Heureusement magnifiés par la coloriste Jodie Bellaire, elle aussi bourrée  de talent, on persiste.  Complexe à résumer et à exposer, Ellis le génie distille son œuvre comme bon lui semble. Il conviendra à l’évidence de juger sa création une fois le mot « FIN » imprimé. Jeu de piste souvent déroutant, ce 3/6 est donc à entendre comme un ‘wait and see’… Des personnages brisés par la vie, certaines cases éblouissantes (le fight) et une histoire qui ne prend pas ses lecteurs pour des abrutis : ce n’est déjà pas si mal. Ajoutant à cela un graphisme d’orfèvre, une évolution constante de l’intrigue entre occultisme et sf, espionnage et magie ou une écriture mature de personnages intrigants : on laisse la porte ouverte à une suite très attendue.

A ne pas mettre dans toute les mains, nécessitant un minimum d’implication pour digérer les flashbacks et les questions sans réponses, ce premier tome est un vrai travail d’équipe. Le trait illustrant à merveille les fulgurances de l’auteur, avançons alors à pas feutrés car on tient peut-être là un futur classique si le dynamisme du second tome laisse exploser sa rage. Affaire à suivre.

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OLYMPUS MONS T1

1

TOME 01 : ANOMALIE UN

Dessinateur : Stefano Raffaele
Scénariste : Christophe Bec

56 pages

Album cartonné

234 X 323 mm

14 euros 95

Date de sortie : 25 janvier 2017

4/6

Synopsis : 2026. D’étranges phénomènes se produisent simultanément en différents lieux. Dans les profondeurs de la Mer Baltique, des chasseurs de trésors sous-marins découvrent ce qui semble être les vestiges d’un artefact inconnu ; dans l’Iowa, un medium est hanté par d’étranges visions dans lesquelles il visite une épave mystérieuse au fond de la mer. Sur un écran, un message adressé aux habitants de la Terre ; sur Mars, des cosmonautes trouvent une série d’objets énigmatiques. En suivant leur piste, ils arrivent sur les pentes de la plus haute éminence de Mars : le Mont Olympus, où ils découvrent la carcasse d’un vaisseau spatial. L’énigme est totale mais aucun doute : ces différents phénomènes sont bien liés entre eux !

UN PETIT PAS POUR L’HOMME

Plongée en Mer Baltique à la recherche d’un mystérieux artefact, visions cauchemardesques d’une hypnotisante épave en Iowa, tournage risqué en Turquie … Le moins que l’on puisse dire est que ce premier tome d’Olympus Mons fait voyager son lecteur… Un voyage éprouvant jusqu’aux confins d’une galaxie surprenante et malheureusement inhospitalière. A l’origine : Olympus Mons, appellation latine du mont Olympe est un volcan bouclier situé dans les quadrangles d’Amazonis et de Tharsis de la planète rouge. Plus haut relief connu du système solaire culminant à 21 229 mètres, le mont fascine les astronomes.

Une roche montagneuse à haut potentiel réfléchissant : voilà un théâtre scénaristique particulièrement intéressant. C’est ce théâtre inouï qu’ont choisi d’exploiter les auteurs de Prométhée et Deepwater Prison. Saga inspirée des « anomalies de la mer baltique » et prévoyant une parution biannuelle, Christophe Bec et Stephano Raffaele (Batman, Conan le barbare…) embarquent leur auditoire dans un récit particulièrement audacieux et (trop ?) ambitieux. Ambitieux donc car le scénariste choisit ici de morceler son histoire à outrance. Un choc rapidement ingurgité mais particulièrement préjudiciable. En effet, impossible ici de s’abandonner à l’imagination car toutes les 6/8 pages, le récit morcelé en 4 intrigues destinées à se regrouper change de protagonistes. Difficile donc de s’acoquiner avec ces derniers et de lâcher prise. Un parti pris surprenant, dommageable mais pas insurmontable.

Visuellement assez quelconque (de jolis effets de lumières et un cadre impeccable malgré tout), impossible pour autant de nier le pied ressenti à la lecture de ces trop courtes pages.

MEMENTO MORI

En effet, plongé dès les premières lignes dans la découverte de San Salvador (n’étant pas sans rappeler le 1492 de Ridley Scott) ou perdu dans des intrigues à tiroirs jonglant entre le Memento de Christopher Nolan ou Déjà vu : Olympus Mons risque de ne laisser personne indifférent. Thriller d’anticipation obsédant et transpirant la sueur et la planche de travail, le thriller en 3 dimensions (fond marins, montagne, planète) joue avec les parallèles de la tridimensionnalité extatique de la conscience. Séparées de plusieurs centaines d’années, les aventures de ces quatre équipes formeront à coup sûr un grand tout lors du twist final. Pour autant (et malgré un manque flagrant d’originalité), impossible de lâcher la bd. Captivante, l’histoire ne fera surement pas l’humanité eu égard à ce puzzle morcelé et gâchant parfois le plaisir de la découverte. Quid de ce gigantesque fragment de vaisseau extraterrestre ? De ces visions médiumniques ? En l’état, ces 4 intrigues qui n’en formeront qu’une laissent un vrai gout d’inachevé par cette structure narrative exigeante mais maitrisée. Un premier tome qui ne raconte pas grand-chose et se contente de poser les bases pour une montée en puissance qu’on espère dantesque. En attendant, on ronge notre frein.

Si l’on en croit l’exceptionnelle couverture de Pierre Loyvet, Olympus Mons T1 joue les Prometheus (tiens, encore Ridley Scott) dans son illustration formelle et pose les jalons d’une aventure qui s’annonce comme l’une des plus belles promesses de 2017 en matière de SF. Des russes les premiers sur mars (vous avez dit Le Maitre du Haut-Château ?), un crash en mode Roswell, des clins d’œil soutenus : on trépigne donc d’impatience et la bave aux lèvres pour la suite de cette mise en bouche classique mais sacrément efficace. Une très bonne entrée en matière.

 

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BATMAN VAMPIRE – Batman/Dracula: Red Rain + Batman: Bloodstorm + Batman: Crimson Mist

2

Dessinateur: Kelley Jones

Couleur: Les Dorscheid, Gregoy Wright

Scénariste: Doug Moench

Collection: DC DELUXE

288 pages

Paru le 23 / 09 /2016

4,5/6

Synopsis: Il rôde dans les recoins des plus sombres de la ville, cherche à protéger les innocents d’une armée de vampires en quête de festins nocturnes. Y parviendra-t-il avant de lui-même succomber à la soif dévorante de sang humain ? Le Batman est devenu l’un des leurs, rongé par le désir et la culpabilité.

Conte? Légende? Créature nocturne au pouvoir maléfique? Le vampire est aujourd’hui une chimère encore plus populaire que les Jekyll et Hyde, Dr. Frankenstein ou le mythe du loup-garou. Fruit des fantasmes dans lesquels s’entrechoquent quête d’immortalité, puissance sans égale ou pure domination sexuelle, l’élégante silhouette du vampire a toujours renvoyé aux hommes l’image de sa propre finitude, de ses intimes défaillances… Créé en 1897 par l’écrivain irlandais Bram Stoker: l’emblème de l’épouvante gothique venu du folklore des montages d’Europe de l’est se devait tôt ou tard de s’accoquiner avec le justicier le plus populaire de la planète: BATMAN. De Murnau à Feuillade, de Carpenter au chef d’œuvre 30 jours de nuits (Comic book ou film, les deux illustrations sont formidables), l’ombre menaçante fut maintes fois exploitée par le septième d’art. Tachons alors d’envisager ce recueil avec un minimum de retenue.

LES MORSURES DE L’AUBE

Frère sémantique évident (la chauve souris), Batman et sa symbolique auraient pu se prendre les pieds dans le tapis tant le chancellement d’équilibriste des auteurs pouvait ressembler de prime abord à pure entreprise mercantile. Pourtant, à l’évidence, l’équipe est talentueuse. Squelettique, terrifiant, menaçant, le crescendo de ces 3 histoires abandonne un spectateur forcément décontenancé face à un héros de toujours se transformant peu à peu en prédateur ultime. Circonvolution existentielle, perte de repères (à l’image parfois d’une autre aventure encore plus réussie, le définitif La Cour des hiboux), esclavagisme corporel, Batman devient sous le trait de son dessinateur une icône originale jamais vue-lue sous une autre plume et est désormais un chat qui se hérisse pour mieux vous glacer le sang. Si l’aventure face à Dracula traîne en longueur et ne livre jamais le délire d’hémoglobine et de folie attendue, c’est en tournant la dernière page qu’on se rend compte que le rythme et l’échelle émotionnelle choisis sont particulièrement bien trouvés offrant alors un climax inoubliable. Raconté chronologiquement, l’entame de la BD est au départ plutôt déroutante puisque face au prince des ténèbres et pour la première fois, le justicier est complètement à côté de la plaque. Il ne comprend pas comment ce tueur en série peut lui échapper et devra accepter son échec. C’est le début de la longue agonie d’un Batman qui chute au ralenti dans un précipice sans fond. Une chose est sûre, les deux auteurs n’ont pas peur de la prise de risque et l’effort se devait d’être salué. La seconde partie du récit enfonce le clou et donne à notre histoire beaucoup plus d’épaisseur, tombant au fil des pages nez à nez avec de nombreux méchants iconiques de Gotham City, Joker en tête. Particulièrement brillante, l’explosion des certitudes devient dans cette deuxième partie un vrai régal. Des cases se brisent sous notre regard, la folie de Batman fait passer le joker pour un cul béni et l’écriture se mue en poème. Page après page, nous sommes désormais non plus devant un comic book mais un roman. Les lignes qui parcourent le récit sont sublimes et certains passages donnent le frisson.

Ainsi, quand le cœur de Batman s’assombrit, il confit en courant a s’en faire consumer le cœur: «Trempé sous la pluie rouge, je fuis l’église. Maudit par le sort, je fuis le jour. Humilié par ma faute, je fuis le sang».

ALFRED, VOUS AVEZ DIT VAMPIRE?

Poussé à son paroxysme dans un troisième acte particulièrement éprouvant, le récit se transforme alors en slasher movie décomplexé. Adulte, assumé et sans retenue, la conclusion en mettra plus d’un (qui ont la chance de ne jamais avoir mis les yeux sur ces pages), sur le carreau. D’une extrême violence, le pavé de 290 pages trouve enfin son rythme de croisière et laisse exploser sa rage. Elseword imparfait (l’entame est très poussive, les dialogues inutiles et répétitifs sont un peu trop visibles et certains bad guys sont VRAIMENT trop stupides), Batman Vampire demeure une jolie réussite. De l’ambiance brumeuse que n’aurait pas renié le Londres de Jack The Ripper aux grimaces insoutenables du Joker, du ton adulte et désespéré choisi par les auteurs (meurtres de prostitués et de sdf, perte d’identité et de lien social) à certains passages particulièrement gores voir sadiques, la prise de risque vise dans le mille et possède de véritables atouts. Audacieux, Batman Vampire n’aura donc jamais l’aura d’un Killing Joke mais à surpris pas mal de monde à sa sortie par sa qualité d’écriture et surtout son ascension vers un final grand guignol et désenchanté.

Jusqu’au-boutiste, cette trilogie alternative du caped crusader a donc réussi à jongler sans échouer avec les thématiques complexes que sont la perte d’humanité et l’acceptation de son côté obscur. Graphiquement inattaquable, certains passages comme le «peloton d’exécution» des ennemis emblématiques devraient même vous faire frissonner de plaisir. Gothique, riche, transpirant l’implication et la sueur, Batman Vampire est en l’état une vraie bonne anthologie.

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HADRIAN’S WALL: TOME 1

1

Dessinateur: Rod Reis

Scénariste: Kyle Higgins / Alec Siegel

Collection:Glénat / Comics

144 pages

Format:18,5 x 28,3cm. Cartonné

Paru le 19 octobre 2016

4/6

Synopsis: En 1985, les tensions et les États-Unis et l’Union Soviétique ont abouti au désastre nucléaire. Pour trouver la paix, les deux superpuissances se sont associées pour établir ensemble la première colonie spatiale. Mais 100 ans plus tard, en 2085, une nouvelle Guerre Froide est en train de naître entre la Terre et la Colonie.C’est dans ce contexte que vogue le Hadrian’s wall, un vaisseau chargé d’explorer l’espace interstellaire pour y répertorier les ressources exploitables. Lorsque le détective Simon Moore est envoyé à bord pour enquêter sur le meurtre d’un membre de l’équipage, il va découvrir que c’est peut-être le destin des deux mondes qui se joue sur ce vaisseau.

DANS L’ESPACE, PERSONNE NE VOUS ENTEND CRIER

Faisant suite à leur série à succès C.O.W.L, les talentueux auteurs Higgins et Siegel ont entrepris, à l’image de nombre de leurs homologues cinéphiles, de livrer une énième révérence au cinéma SF des 80’s. Portes-étendards Alien ou Blade Runner en bandoulière, alourdis des oripeaux parfois encombrants de ces illustres prédécesseurs, les deux comparses s’acharnent ici à renouveler le genre codifié voir ultra-balisé du thriller psychologique spatial: entre huis-clos et space opéra, whodunit et impasse. Illustré par le trait (sacrément inégal et pas franchement hypnotisant) caractéristique du dessinateur brésilien (déjà à l’œuvre sur la série précitée ou sur Superman), Kyle Higgins (Gates of Gotham, réalisateur de The League) et Alec Siegel (Captain America: Theater of war – également avec Higgins) lorgnent donc ici en direction des jeux vidéos Mirror’s Edge, Dead Space (recherche de ressources naturelles, désastre écologique, vaisseau en proie à la faucheuse…) et Alien: Isolation. Thriller psychologique adulte et oppressant, le trio livre avec Hadrian’s wall: Meutre en apesanteur une exploration intéressante des liens fragiles et friables que peuvent être les relations humaines en temps de guerre, à plus forte raison perdu dans le vide intersidéral.

Sans pour autant renouveler un univers déjà maintes fois exploité, ce premier tome transpire l’amour du genre et l’érudition des classiques. Baladé à pas de loups entre révélations, jumpscares et twists plus ou moins malicieux, on suit sans déplaisir cette première histoire. Pratiquant un découpage efficace, l’aventure n’est jamais aussi excitante que lorsqu’elle se dévoile concise. L’exposition des personnages (mais qui a tué Edward?) se la joue alors Cluedo lors d’une série d’interrogatoires rappellent énormément certains leitmotivs de séries policières américaines. Rien de très original donc dans ce premier tome mais les 10 dernières pages sont hypnotisantes (enfin) et mettront vos neurones en ébullition. Distillant dans cette première partie d’autres problématiques bienvenues (menace spatiale ou géopolitique), impossible de nier que l’on souhaite en apprendre plus.

THIS IS GROUND CONTROL TO HERCULE POIROT

Le bas blesse malheureusement dans la forme du récit. A l’évidence, certaines planches et croquis n’ont pas bénéficié d’un soin constant. Alors que certaines pages sont splendides et surprenantes de vigueur (l’immolation, le présentation des suspects), d’autres souffrent d’un traitement bâclé franchement désagréable (fond blanc, découpage à la serpe, dessin flou et approximatif)… Dommage car l’encrage est, pour les amateurs de couleurs automnales, sacrément réussi. Ocre, pourpre, anthracite bleuté ou grisaille en dégradé, le titre aurait sans doute été une bien meilleure initiation s’il avait réduit ses planches d’un tiers en lui apportant l’attention qu’elles méritent.

En l’état, on retiendra une galerie des personnages classiques mais de nombreux suspects, certains clin d’œils plus ou moins subtiles (la moquette de Shining) et une envie de connaître le responsable du meurtre de l’astronaute Edward. On se doute que le contexte géopolitique guerre froide vs conglomérats devrait faire accéder l’intrigue à une dimension toute nouvelle mais attention à ne pas se noyer en passant d’un whodunit hérité de Miss Marple à un récit un peu trop ambitieux eu égard à des qualités plastiques indéniablement discutables. Réponse en 2017.